‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 143 sur 179 · Caro, L'idée de Dieu, p · texte numérisé non relu

Caro, L'idée de Dieu, p

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abstrait, résumé des idées de la raison, ni même cet infini des hégéliens qui s'engendre et se révèle dans le monde, mais un' Dieu qui soit la plus haute et la plus sainte des réalités au lieu d'être la négation ironique ou sentimentale de Dieu (i). »

i. L'idée de Dieu, p. 85-86. Cf. de Margerie, Théodicée, 39 édit., Paris, i874, t. i, p. 393-4oi ; t. h, p. i59-2a3 ; Farges, Vidée de Dieu, Paris, 1894, p. 409-442.

Leçon XIV De Dieu

I. Science de Dieu. — II. Volonté de Dieu. — III. Difficultés.

près avoir étudié l'être divin dans sa nature, nous devons l'étudier dans ses opérations : les unes sont immanentes, comme V intelligence et la volonté ; les autres se manifestent au dehors et sont le principe de ses actes extérieurs, comme la toute-puissance (i).

Pour arriver à la connaissance de ces nouveaux attributs, le procédé rationnel ne varie pas. Par A^oie d'analogie, la raison attribue à Dieu ce qu'elle trouve de meilleur dans la meilleure des créatures, l'intelligence, la volonté, le pouvoir. Par voie de négation, elle écarte de cette intelligence, de cette volonté, de ce pouvoir, tout ce qui implique une imperfection, un défaut, une limite, dans la créature. Et enfin, par application de principe de suréminence, elle leur attribue tout ce qu'elle peut concevoir de plus parfait.

i. Saint Thomas, Sam. iheol., I, Q. xiv-xix ; de Margerie, Thêodicée, 3*édit., Paris, 1876, t. 1, 283-335; Farges, Vidée de Dieu, Paris, 1894, p. 346-399.

i. Ses caractères. — La raison humaine connaît, comprend, sait bien des choses, mais son objet est limité. La science qu'elle possède, elle ne parvient à l'acquérir qu'en passant successivement d'un objet à un autre, ou d'une manière discursive en tirant des conclusions des principes qu'elle connaît. En tout état de cause, elle reste fort imparfaite.

En Dieu, il n'en saurait aller de même. Dieu est intelligent: il connaît, il comprend, il sait. Mais étant le premier en tout ordre, il est l'intelligence suprême, il possède la connaissance parfaite, il a une science infinie, l'omniscience ; il connaît tout, il comprend tout, il sait tout. « 0 profondeur, disait saint Paul, des trésors de la sagesse et de la scinnce de Dieu ! »

On. comprend qu'en Dieu, la science soit à son plus haut degré de perfection ; car la connaissance est en raison directe de l'immatérialité. Les plantes ne connaissent pas, parce qu'elles sont matière ; les sens connaissent, parce qu'ils reçoivent des objets les espèces sensibles, sans la matière; l'intelligence connaît, parce qu'elle reçoit les espèces intelligibles et qu'elle se distingue de la matière, tout en y étant impliquée. Mais Dieu, étant souverainement simple, a par là même une connaissance et une science aussi parfaites que possible.

La science, dans l'homme, constitue une habitude, une qualité ; en Dieu, elle s'identifie avec son essence, elle est un acte pur. Dans l'homme, elle est multiple, divisée ; en Dieu, une et simple. Dans l'homme, elle est successive ou discursive ; en Dieu, pas de succession ni de raisonnement : il

voit tout, d'un seul regard, dans son essence. L'homme a besoin des sens et des facultés ; Dieu, n'étant pas en puissance mais en acte, n'a besoin d'aucun intermédiaire : l'intelligence, l'intelligible, les idées ne font en lui qu'une seule et même chose. A ces différences dans le mode de connaissance s'ajoutent d'autres différences dans l'objet de la science.

2. Son Objet. — i°. Le premier objet de la connaissance de Dieu c'est Dieu lui-même ; il se connaît. La science, en effet, est la connaissance des êtres dans leur cause ; or le premier principe, la cause première, c'est Dieu. Dieu est donc souverainement intelligible. Et étant souverainement intelligent, il se connaît lui-même, directement, immédiatement, par un acte de simple vision : il se voit tel qu'il est, il voit tout ce qu'il fait. De plus il se connaît autant qu'il est connaissable, infiniment, c'est-à-dire qu'il se comprend ou que la connaissance qu'il a de lui-même va jusqu'à la compréhension totale et adéquate de lui-même, sans qu'il puisse y avoir rien de lui-même qu'il ne connaisse. En lui, à raison de sa merveilleuse simplicité, intelligible et intelligence, vérité connue et savoir ne sont qu'une seule et même chose, qui est sa propre essence.

20. Dieu connaît toutes choses. Dieu, se connaissant et se comprenant adéquatement, connaît sa propre vertu et tout ce à quoi elle s'étend. Or sa ; vertu s'étend à tout ce qui est, et puisqu'il en est j la cause efficiente, il connaît tout ce qui est. Mais les choses qui sont, c'est en lui-même qu'il les connaît, parce que son essence contient leur image. H les connaît non seulement d'une manière générale, mais encore séparément d'une manière distincte, et

dans ce qu'elles ont de commun par l'être, et dans ce qui les distingue les unes des autres, dans leurs essences et dans l'actualisation de leurs essences. Il les voit toutes en même temps, d'un seul regard, sans succession, sans raisonnement. Il les connaît toutes dans leur individualité propre ; car sa science égale sa causalité, et sa causalité s'étend à chaque être en particulier, « II atteint jusqu'à la division de l'âme et de V esprit ; il discerne les pensées et les mouvements des cœurs, et aucune créature n'est invisible à ses yeux (i). » « // est grand, le Seigneur, et il regarde les choses les plus humbles (2) ».

3°. Dieu connaît les choses possibles. Dieu, en effet, ne connaît pas seulement ce qui est en acte, mais encore tout ce qui est en puissance par lui ou par ses créatures ; car, outre les choses qui sont, son essence infinie représente celles qui peuvent être, et dans leurs principes généraux, et dans leurs principes particuliers. Il connaît donc tous les possibles, quel qu'en soit le nombre, par un seul acte égal à cette possibilité infinie d'imiter son essence divine.

4°. Dieu connaît les futurs contingents. Il ne les connaît pas seulement dans leurs causes, mais encore dans leur réalisation, dans leur existence contingente et future. Ils ont beau se succéder dans le temps, Dieu est au-dessus de la durée, il les connaît simultanément. Car tout ce qui s'agite dans le temps est éternellement présent à Dieu, non seulement parce que Dieu a présentes en lui-même les raisons des choses, mais encore parce que son regard embrasse dans les siècles tous les êtres futurs, comme existant devant lui, comme constitués dans leur existence actuelle, bien qu'ils soient

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