Daniel, iv, 3a — a. Ephes
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se suffire à lui-même, cherche dans les biens créés un complément à son indigence, un aliment à sa faim et à sa soif de bonheur. Il aime les choses parce qu'elles sont bonnes ou lui paraissent bonnes. Dieu, au contraire les aime pour les faire bonnes, pour leur donner avec l'être cette bonté qu'elles ne sauraient avoir sans lui ; il répand le bien. Si donc les choses ont l'être et quelque bien, c'est parce que Dieu l'a voulu librement. Mais Dieu n'aime pas de la même manière que nous aimons. Comme notre volonté, loin de donner l'existence aux êtres, en reçoit plutôt l'impulsion qui la porte à l'acte, l'amour par lequel nous leur voulons du bien n'est pas la cause de leur bonté ; c'est leur bonté qui fait naître l'amour. Il n'en est pas ainsi de Dieu : son amour répand et crée la bonté dans les choses (i). D'où l'indépendance de Dieu vis-à-vis des créatures, et sa souveraine liberté. Il donne sans recevoir ; il produit sans avoir besoin de s'enrichir ; il modifie sans être modifié lui-même ; il reste l'acte pur, unique, éternel et nécessaire.
C'est une difficulté de concilier en Dieu ces deux attributs : la liberté et la nécessité. Si l'être divin est nécessaire, comment le vouloir divin est-il libre ? Sans doute le vouloir divin est nécessaire, mais il est nécessaire, dit M. Farges, qu'il soit avec toutes ses perfections, dont la plus importante est son Indépendance absolue des créatnres et sa parfaite liberté à leur égard. Il est donc nécessaire que le vouloir divin soit libre de ce chef. La conception d'un être parfait, nécessité ad intra et libre ad extra, n'a donc rien de contradictoire, puisque la nécessilj et la liberté n'existent qu'à deux points de vue différents, et qu'elles découlent l'une et l'autre également
i. Sam. theol., I, Q. xx, a. a
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•de l'infinie perfection de Dieu, qui ne peut souffrir, ni l'indifférence de la liberté envers le bien infini, ni sa nécessité et sa dépendance envers les biens finis (i). C'est là, du reste^ ce qui a lieu dans l'homme, qui est à la fois nécessité pour le bonheur et libre pour les moyens non indispensables qui y conduisent.
La volonté de Dieu ne change pas : elle est immuable, comme sa science, comme son être. Infiniment parfait, infiniment sage, Dieu sait ce qu'il veut, et il le veut sans revenir sur ses décisions, sans les modifier, comme l'homme, au gré du caprice ou des circonstances imprévues. Ayant tout vu, tout prévu, à raison de sa science infinie et infaillible, il a voulu en conséquence par une délibération complètement libre ; et cette délibération libre de sa volonté demeure perpétuellement inébranlable.
Elle est de plus efficace : elle s'accomplit toujours parce qu'elle est la cause universelle de tout ce qui est. Dans le domaine créé, tel ou tel événement peut nous sembler s'écarter de ses lois par un côté ; mais très certainement il reste sous son empire par un autre. C'est ainsi que le pécheur croit se soustraire à l'action divine en refusant sa miséricorde, mais il tombe alors sous les coups de sa justice. Il semble pourtant, d'après l'Ecriture, que cette efficacité de la volonté divine soit limitée. N'est-il pas écrit, en effet, que la volonté de Dieu c'est notre sanctification (2), et que Dieu veut le salut de tous (3)P Et combien hélas ! qui ne se sanctifient pas et qui ne se sauvent pas ! Mais c'est qu'il faut distinguer ici, car cela s'impose à notre esprit, entre la volonté absolue, qui infailliblement atteint et réalise son
1. Farges, loc. cit., p. 387. — a. I Thés., iv, 3. — 3. I Tim.p
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but, et la volonté hypothétique, qui permet aux causes secondes intelligentes et libres d'aller à rencontre de ses commandements. C'est une difficulté sur laquelle nous aurons à revenir.
Elle est enfin Impeccable, incapable par conséquent de pouvoir faire le mal. C'est le triste privilège de l'homme de pouvoir faire le mal et de ne pas faire le bien. Mais la liberté ne consiste nullement dans le choix entre deux contraires, le bien ou le mal ; il lui suffit de pouvoir choisir entre deux contradictoires, comme agir ou ne pas agir. Et comme le dit saint Thomas, la vraie liberté consiste à choisir parmi les divers moyens qui respectent l'harmonie des fins et non parmi ceux qui la détruisent, ce qui serait un défaut de liberté (i). Or, Dieu qui est par essence le bien souverain et la perfection absolue ne saurait vouloir ou faire le mal. INous verrons comment le mal existe pourtant dans le monde créé.
2. Son objet. — En parlant des principaux caractères de la volonté divine, nous avons dû indiquer quelques-uns de ses objets. Ajoutons quelques mots.
i° Dieu se veut d'abord lui-même, et par conséquent s'aime lui-même, absolument, par nécessité de nature. L'objet premier, seul nécessaire et adéquat de sa volonté, ne peut être que lui. C'est en lui, et non hors de lui, qu'il trouve sa béatitude, et sa béatitude consiste à se connaître et à s'aimer tel qu'il est, infiniment.
2° Mais D'eu veut autre chose que lui. Ecoutons saint Thomas : les choses naturelles ont une double inclination relativement à leur propre bien ; d'abord elles le cherchent quand elles ne l'ont pas et sq
i. Swri. tJicol, I, Q. lxii, a. 8, ad 3. '
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reposent en lui quand elles l'ont ; puis elles s'efforcent de le répandre, selon les lois du possible, dans les autres êtres ; c'est pourquoi l'agent, qui est en acte et parfait, produit son semblable. C'est le propre de la bonté, dans l'homme, de se communiquer ; cela convient surtout à la bonté de Dieu. Dieu aime à répandre sa bonté. Et c'est ainsi qu'il se veut lui-même et qu'il veut les autres choses : il se veut comme fin, et il veut les autres choses par rapport à sa fin (i). « De même que Dieu, dit-il ailleurs, en connaissant son essence, connaît tous les êtres qu'il crée, en tant qu'ils sont une certaine image de sa vérité ; de même, en voulant ou aimant Bon essence, il aime tous les êtres qu'il crée, en tant qu'ils ont une ressemblance de sa bonté. D'où il faut conclure que ce qui est d'abord voulu par lui, c'est ca bonté ; mais il veut le reste par rapport à sa bonté (2). ))
3° Gomme nous l'avons dit plus haut, si Dieu veut par nécessité son propre bien et sa béatitude, il veut librement le bien et le bonheur de ses créatures. Il aime les créatures, qui sont l'œuvre de son amour ; il les aime toutes, parce que toutes sont une manifestation de sa bonté. Mais l'amour qu'il leur porte se reporte finalement sur lui-même ; c'est sa gloire qu'il aime en elles. « Jéhovah a tout fait pour son but (3). )) Tel n'est pas, on le sait, le Dieu des déistes. Celui-ci n'aime que lui ; il est sans sympathie, sans bienveillance, sans amour pour les autres ; il ne voit pas la souffrance, il n'entend pas la prière, il ne soulage pas l'indigence, il ne sèche pas les larmes, il ne panse pas les plaies et ne guérit pas les maux. Dieu sans cœur, sans entrailles, sans pitié,
1. Sam. theol., I, Q. xix, a. a. — a. DisL, xlv, Q. i, a. a. — 3. Prov., xvi, 4-
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sans miséricorde, relégué dans un égoïsmc inaccessible, complètement indifférent ou désintéressé à l'égard du monde qu'il s'est contenté de créer et d'abandonner à ses lois. Le vrai Dieu, le Dieu des chrétiens, est au contraire la bonté, l'amour, dans ce qu'ils ont de plus exquis et de plus efficace vis-à-vis des créatures. « Il sème Vaumône, il donne aux pauvres (i), est-il écrit ; « Tu ouvres ta main, chante le prophète, et tu rassasies de tes biens tout ce qui respire (2). »
4° Dieu ne voulant que le bien, comment s'explique la présence du mal dans son œuvre ? Dieu ne saurait vouloir le mal, ni le faire, puisqu'il est parfait, saint et bon ; mais il le tolère, le pardonne ou le punit, et le tourne vers un bien. Ainsi, dans le monde des êtres purement sensibles, certains faits qui nous paraissent mauvais, contribuent, d'après la volonté de Dieu, à l'ordre général et au but qu'il s'est proposé ; dans le monde des êtres intelligents et libres, il défend et condamne le péché ; il le tolère cependant parce qu'il provient de la volonté libre qu'il a créée ; il le pardonne dès qu'on s'en repent ; il le châtie dans ceux qui s'y obstinent et y meurent. C'est là un des grands mystères qui scandalisent la sagesse toujours courte de l'homme, et que nous retrouverons en parlant de la Providence.
3. Ses divers noms. — Ici encore, comme pour l'intelligence, afin de pouvoir parler d'une manière aussi exacte que possible, les théologiens recourent à divers noms pour qualifier la volonté divine.
Saint Thomas distingue la volonté de bon plaisir et la volonté de signe. La volonté de bon plaisir est la volonté de Dieu proprement dite ; c'est celle qui