Denzinger, n
«ngendrant éternellement le Fils, lui a donné sa substance, comme il (le Fils) en témoigne : « Ce que le Père m'a donné est plus grand que toutes choses. » Et on ne peut pas dire qu'il lui ait donné une partie de sa substance et qu'il en ait retenu une partie pour lui-même, puisque, étant absolument simple, la substance du Père «st indivisible. Mais l'on ne peut pas dire davantage que 'le Père, en engendrant, ait transféré sa substance au Fils, comme s'il l'avait donnée au Fils de manière à ne pas la retenir pour lui-même : autrement il aurait cessé d'être uane substance. 11 est donc clair qu'en naissant le Fils a reçu la substance du Père sans aucune diminution, et ainsi le Père et le Fils ont même substance. Par conséquent une même chose est à la fois le Père et le Fils, et aussi le Saint-Esprit, qui procède de l'un et de l'autre (i). »
4. Le Catéchisme romain commence par légitimer le nom de Père qu'on donne à Dieu dans le Symbole. « Quelques-uns, dit-il, même de ceux dont la foi n'éclairait pas les ténèbres, ont compris que Dieu est une substance -éternelle, qu'il est le principe de toutes choses, qu'il gouverne et conserve, par sa providence, l'ordre et l'état de tout ce qui est ; et de là, voyant que les hommes donnent le nom de père à celui qui est le chef d'une famille, qui la gouverne par son autorité et ses conseils, ils ont attribué aussi, par comparaison, le même nom à Dieu, qu'ils reconnaissent pour créateur et gouverneur de toutes choses. C'est du même nom que se servent les Ecritures lorsqu'elles rappellent que Dieu est le créateur de toutes choses, que son pouvoir et sa providence admirable s'étendent sur tout.
« îf est-il pas ton père, ton créateur ? Celui qui Va jait et qui Va établi (a) ?
« N'avons-nous pas tous un même père? Un même ,&ieu ne nous a-i-ilpas tous créés (3) ? » Mais il est appelé
i. Denzinger, n. 358. — a. Deut., xxxii, 6. — 3. Malach., II, io.
bien plus souvent et d'une manière toute particulière le père des chrétiens, surtout dans le Nouveau Testament. C'est des chrétiens que l'apôtre dit : a Vous n'avez pas reçu un esprit de servitude pour être encore dans la crainte, mais un Esprit d'adoption, en qui nous crions : Abba ! Père (i). » Là « le Père nous a témoigné tant d'amour, dit saint Jean, que nous sommes appelés et que nous sommes réellement les enfants de Dieu (2) ; » « or si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ (3), » « qui est le premier-né d'un grand nombre de frères (4), » « et qui ne rougit pas de nous appeler ses frères (5). » Ainsi, soit que l'on regarde Dieu du côté de la création et de sa providence universelle, soit qu'on considère spécialement l'adoption spirituelle qu'il a faite des chrétiens, c'est avec raison que les fidèles le reconnaissent pour leur père.
« Mais, outre ces significations, le pasteur avertira les fidèles qu'en entendant le nom de Père, ils doivent élever leur esprit à des mystères plus sublimes encore. Tout ce qu'il y a, en effet, et de plus caché et de plus impénétrable dans a cette lumière inaccessible que Dieu habite (6), » ce que la raison humaine ne pouvait ni atteindre ni soupçonner, se trouve exprimé par ce nom de Père, comme nous l'apprennent les oracles sacrés. Il nous avertit donc qu'il y a dans l'essence divine, non une seule personne mais plusieurs réellement distinctes. Nous croyons, en effet, qu'il y en a trois dans la même nature : celle du Père, qui n'est engendrée d'aucune autre ; celle du Fils, qui est engendrée du Père avant tous les siècles ; celle du Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils, de toute éternité. Le Père est, dans l'unité de la nature divine, la première personne, faisant avec son Fils unique et le Saint-Esprit un seul Dieu, un seul Seigneur : non point une seule personne, mais une seule nature en trois personnes. Et on ne doit pas s'imaginer qu'il y ait entre elles aucune différence, ni aucune inégalité. Toute la
1. Rom., vin, i5. — 2. 1 Joan.t m, 1. — 3. Rom., vin, 17. — 4. Rom., vin, 39. — 5. Heb., 11, 11. — 6. 1 Tim., vi, 16.
distinction que l'on conçoit en elles, vient de leurs propriétés respectives. Le Père n'est point engendré ; le Fils est engendré du Père ; le Saint-Esprit procède de l'un et de l'autre. Et ainsi, pour ces trois personnes, nous confessons la même essence, la même substance, et, dans la confession de cette vraie et éternelle divinité, nous adorons avec piété et respect la distinction dans les personnes, l'unité dans l'essence, et l'égalité dans la Trinité.
u Ainsi lorsque nous disons que le Père est la première personne, il ne faut pas croire que nous reconnaissions dans la Trinité quelque chose de premier et de dernier, de plus grand et de plus petit. A Dieu ne plaise qu'une telle impiété entre dans l'esprit des fidèles. La religion chrétienne enseigne que la même éternité, la même gloire et la même majesté conviennent aux trois personnes. Mais parce qu'il est le principe sans principe, nous affirmons avec vérité et sans hésiter que le Père est la première personne ; et parce qu'il est distingué des autres personnes par la propriété de Père, c'est par là que de toute éternité il a dû engendrer son Fils. Et de là vient que dans cet article nous joignons ensemble le nom de Dieu et de Père pour nous faire souvenir que la première personne a toujours été Dieu et Père.
« Mais comme il n'y a rien de plus périlleux que de chercher à pénétrer des choses si sublimes et si difficiles, ni rien de plus grave que de se tromper en voulant les expliquer, les pasteurs feront entendre aux fidèles qu'ils doivent retenir soigneusement les mots d'essence et de personne, consacrés à l'expression propre de ce mystère, et se souvenir que l'unité est dans l'essence et la distinction dans les personnes. Qu'ils se gardent de faire là-dessus des recherches subtiles et curieuses, conformément à cette sentence : « Celui qui veut sonder la majesté (divine) sera accablé par sa gloire (i). » C'est assez pour nous de connaître certainement par la foi que Dieu luimême nous a enseigné cette vérité ; car ne pas croire à ses oracles serait le comble de la folie et du malheur.
i. Prov., xxv, 27.
a Allez, dit Jésus-Christ à ses apôtres, enseignez toutes tes nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et »Ui Saint-Esprit. » Et nous lisons dans saint Jean : « Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Verbe et l'Esprit, et les trois ne font qu'une chose (i). » - Que celui donc qui, par la grâce de Dieu, croit ces vérités, adresse sans cesse ses prières au Père qui a créé toutes choses de rien, qui les a ordonnées par sa bonté, qui « nous a donné le pouvoir de devenir ses enfants (2), » qui a révélé à l'esprit humain le mystère de la sainte Trinité, afin qu'il le rende digne d'entrer dans les tabernacles éternels et d'y contempler cette infinie fécondité de Dieu le Père qui, en se contemplant et en se connaissant lui-même, engendre un Fils qui lui est égal et sem-
1. I Joan., v, 7. Ce verset dit des trois témoins célestes cadre avec l'enseignement de saint Jean. Est-il vraiment de l'apôtre ? C'est ce que la critique révoque en doute, parce qu'il ne se trouve pas dans les anciens manuscrits. En fait, pendant toute la controverse trinitaire, au 111e et iv° siècles, il n'est jamais cité ; c'eût été pourtant le cas. Tout au plus croit-on trouver quelques allusions dans Tertullien et saint Cyprien. Ni saint Hilaire, ni saint Athanase, ni les Pères cappadociens, ni même saint Augustin n'en font mention ; mais il paraît à partir de la seconde moitié du ve siècle, et depuis il a été souvent utilisé. La Vulgate latine le renferme. La question s'est donc posée de savoir s'il faut le regarder comme authentiqne ou comme interpolé. Sa présence dans la Bible officielle lui confère au moins l'autorité d'un témoignage traditionnel de vérité doctrinale, sans qu'on en puisse conclure que ce soit vraiment un témoignage biblique. Le Saint-Office, il est vrai, a répondu négativement, le i3 janvier 1897, à cette question : Utrum tuto negari aut saltem in dubium revocari possit, esse authenticum textum sancti Joannis epistola? prima?, v, 7, et a dit de l'opinion contraire : tuto doceri non potest. Interrogée par le cardinal Vaughan, la Congrégation a répondu qu'elle n'avait pas prétendu trancher la question de critique ni d'authenticité proprement dite, mais que l'authenticité doit s'entendre relativement à la Vulgate, en ce sens que le texte doit être respecté comme partie de la Bible ecclésiastique et comme document traditionnel. Voir sur ce verset l'étude de Le Hir, Etudes bibliques, Paris, 1869, 1. 1. — a. Joan., 1, 12.
blable, ce lien éternel et indissoluble par lequel le Saint- Esprit, amour parfaitement égal du Père et du Fils, procédant de l'un et de l'autre, unit ensemble à jamais celui qui engendre et celui qui est engendré ; enfin l'unité d'essence dans la sainte Trinité et la parfaite distinction des trois personnes (i). »
IL La preuve scripturaire
1° Dans l'Ancien Testament. — Le mystère de la sainte Trinité ne se trouve pas formellement exprimé dans l'Ancien Testament ; il n'y est qu'insinué ; et ce n'est que grâce à la révélation évangélique qu'on peut en relever les traces. Nulle difficulté en ce qui regarde la divinité et la personnalité de Dieu le Père : ces vérités s'y trouvent nettement enseignées. On n'en saurait dire autant en ce qui concerne la personne du Fils et du Saint-Esprit.
i. Toutefois, dans la Genèse et dans l'histoire des patriarches, paraît souvent un personnage qui s'appelle l'Ange ou l'Envoyé de Jéhovah, qui est traité comme Jéhovah lui-même, qui parle comme s'il était Jéhovah, se révèle à Moïse comme Jéhovah El Schaddaï, sauve les Israélites, apparaît à Gédéon, annonce aux parents de Samson la naissance du futur libérateur des Hébreux, qui doit se montrer dans le temple de Jérusalem.
N'est-ce pas là une hyposthase, une personne divine, ayant pour rôle de manifester et de révéler la providence de Dieu, rôle qui deviendra plus visible dès qu'il paraîtra au milieu d'Israël? Ce personnage mystérieux est dépeint à plusieurs reprises sous les traits de la Sagesse. C'est ainsi, par exemple, que nous lisons dans les Proverbes (2) :