‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 161 sur 179 · Cat. rom., I, art. 1, x-xiv. — 2. Prov., vin, aa-3i · texte numérisé non relu

Cat. rom., I, art. 1, x-xiv. — 2. Prov., vin, aa-3i

« Jéhovah m'a possédée au commencement de ses voies,

Avant ses œuvres les plus anciennes.

J'ai été fondée dès l 'éternité,

Dès le commencement, avant l'origine de la terre.

Il n'y avait point d'abîmes quand je fus formée,

Point de sources chargées d'eaux.

Avant que les montagnes fussent affermies,

Avant les collines, fêtais enfantée,

Lorsqu'il n'avait encore fait ni la terre, ni les plaines,

Ni les premiers éléments de la poussière du globe.

Lorsqu'il disposa les deux, j'étais là ;

Lorsqu'il traça un cercle à la surface de l'abîme,

Lorsqu'il affermit les nuages en haut,

El qu'il dompta les sources de l'abîme,

Lorsqu'il fixa une limite à la mer,

Pour que les eaux n'en franchissent pas les bords,

Lorsqu'il posa les fondements de la terre,

J'étais à l'œuvre auprès de lui,

Me réjouissant chaque jour,

Et jouant sans cesse en sa présence,

Jouant sur le globe de la terre,

Et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes, »

L'Ecclésiastique (i) reprend à son tour le portrait de la Sagesse :

« Je suis sortie de la bouche du Très-Haut,

Et comme une nuée je couvris la terre.

J'habitai sur les hauteurs les plus élevées,

Et m&n trône était sur une colonne de nuée.

Seule j'ai parcouru le cercle du ciel,

Et je me suis promenée dans les prof ondeurs de l'abîme.

Dans les flots de la mer et sur toute la terre,

Dans tout le peuple et toute nation j'ai exercé l'empire.

Parmi tous les peuples j'ai cherché un lieu de repos,

Et dans quel domaine je devais habiter. »

« J'ai poussé mes racines au milieu du peuple glorifié,

Dans la portion du Seigneur, dans son héritage.

i, Eccl.. xxiv, 3-7, ia-i4, 18-21, 26-27.

Je me suis élevée comme le cèdre dans le Liban,

Et comme le cyprès sur la montagne d'Hermon.

Je me suis élevée comme le palmier des rivages,

Et comme les roses de Jéricho ;

Comme un bel olivier dans la plaine,

Et j'ai grandi comme un platane. »

« Venez à moi, vous tous qui me désirez,

Et rassasiez-vous de mes fruits.

Car mon souvenir est plus doux que le miel,

Et ma possession plus douce que le rayon de miel.

Ceux qui me mangent auront encore faim,

Et ceux qui me boivent auront encore soif.

Celui qui m'écoute n'aura jamais de confusion,

Et ceux qui agissent par moi ne pécheront pas. »

« Le premier (qui l'a étudiée) n'a pas achevé de la connaître,

Et le dernier ne l'a pas pénétrée.

Car ses pensées sont plus vastes que la mer,

Et ses conseils plus profonds que le grand abîme. »

Le livre de la Sagesse (i) ajoute encore de nouveaux traits :

(( En elle il y a un esprit intelligent, saint,

Unique, multiple, immatériel,

Actif, pénétrant, sans souillure,

Infaillible, impassible, aimant le bien, sagace,

Ne connaissant pas d'obstacle, bienfaisant,

Bon pour les hommes, immuable, assuré,

Tout-puissant, surveillant tout,

Pénétrant tous les esprits,

Les intelligents, les purs et les subtils,

Car la Sagesse est plus agile que tout mouvement ;

Elle pénètre tout à cause de sa pureté.

Elle est le souffle de la puissance de Dieu,

Une pure émanation de la gloire du Dieu tout-puissant ;

Aussi rien de souillé ne peut tomber sur elle.

Elle est le resplendissement de la lumière éternelle,

Le miroir sans tache de l'activité de Dieu

i. Sap.t vu, aa-a8.

LA TRINITÉ ! PREUVE SCRIPTURAIRE 55y

Et l'image de sa honte.

Etant l'unique, elle peut tout ; Restant la mêm.e, elle renouvelle toutes choses, Et à travers les âges elle se répand dans toutes âmes saintes; Elle en fait des amis de Dieu et des prophètes. Dieu, en effet, n'aime que celui qui habite avec la Sagesse.» « C'est elle qui initie à la science de Dieu (i). » « L'immortalité est le fruit de l'union intime avec la

[Sagesse (2). »

« Avec vous (Seigneur) est la Sagesse qui connaît vos œuvres, Qui était là quand vous faisiez l'univers, Et qui sait ce qui est agréable à vos yeux Et ce qui est juste selon vos commandements (3). » « Qui a connu votre volonté si vous ne lui avez pas donné la

[Sagesse Et si vous n'avez pas envoyé du ciel votre Saint-Esprit (4) ? »

« La source de la Sagesse, dit encore l'Ecclésiastique (5), c'est la Parole de Dieu au plus haut des deux » ; et le livre de la Sagesse (6) représente « cette Parole toute-puissante s1 élançant du haut da ciel. » La Parole ! Le Logos I

Malgré tant de traits et de titres, cette Sagesse restait assez énigmatique aux yeux des Juifs monothéistes. Son portrait ne pouvait pourtant point passer inaperçu auprès des rabbins qui méditaient sur l'Ecriture. Mais comment concilier avec l'unité de Dieu l'idée d'un personnage distinct, d'une hypostase divine autre que Jéhovah ? On s'arrêta à l'idée de sagesse et puis, probablement sous l'influence alexandrine, on aboutit au concept de la Memra ou Parole (7).

1. Sap., vin, l\. — 2. Ibid,, vin, 17. — 3. Ibid., ix, 9. — A. Ibid., ix, 17. — 5. Eccl., 1, 5. — 6. Sap., xvm, i5. — ■ 7. Cf. Hackspill, Etude sur le milieu religieux et intellectuel contemporain du Nouveau Testament, dans la Revue biblique , janvier 1902.

Dans l'école judéo-hellénique d'Alexandrie, plus libre d'allures et plus audacieuse dans ses spéculations, Philon se garda bien de négliger ces données scripturaires que lui fournissaient les livres sapientiaux ; mais il y mêla des éléments hétérogènes empruntés à la philosophie grecque, notamment à Heraclite, à Platon et au stoïcisme, et aboutit ainsi à un concept du Logos assez déconcertant. Au regard de Platon, le Logos est le monde intelligible, le monde est le fils de Dieu, et le Verbe le premierné de Dieu. Pour Heraclite, le Logos n'est autre chose que la force intelligente et créatrice du monde. Pour les stoïciens, le Logos est l'âme du monde. Et pour l'éclectique Philon, heureux de trouver dans la Sagesse et l' Ecclésiastique ce terme grec de Logos à signification si imprécise, il fait sans doute du Logos l'image de Dieu, le monde intelligible, mais il en fait aussi le premier-né de Dieu, l'architecte du monde, le démiurge, un Dieu secondaire, un viceroi de l'univers chargé du gouvernement des hommes et des créatures. Ceux qui sont incapables, dit-il, de s'élever à l'unité se représentent comme un groupe Dieu et ses deux premières puissances, celle par laquelle il crée et organise l'univers, à laquelle on donne le nom de Dieu, et celle par laquelle il le gouverne et qu'on appelle Seigneur : ce sont là les trois hommes qui apparurent à Abraham (i). Grâce à cet éclectisme, Philon ouvrait la voie au gnosticisme et à l'arianisme (2).

L'apôtre saint Jean dut rétablir et fixer la vraie théorie du Logos, en la dépouillant tout d'abord de ses éléments hétérogènes, en la mettant ensuite en pleine lumière, dans le sens de la véritable tradition

1. De Abraham., p. 287. — a. Cf. Souben, Les personnet divines, Paris, 1903, p. i3 sq.

juive, et grâce aux données de l'Evangile. Il fallait donc renoncer à voir dans le Logos une puissance intermédiaire, une force nécessaire ou l'âme du monde ; il fallait y voir le Verbe de Dieu, existant éternellement en Dieu, et Dieu lui-même, créateur, descendu sur terre par son incarnation.

D'autre part, les données partielles et insuffisantes sur la Sagesse sont développées, précisées et fixées par le Nouveau Testament, au point que l'identification du Verbe, du Fils de Dieu avec la Sagesse ne saurait plus faire doute. Car si la Sagesse est le rayonnement de la gloire de Dieu, si elle est le miroir sans tâche de l'énergie divine et une image de sa bonté, le Fils de Dieu est « le rayonnement de sa gloire, l'empreinte de sa substance (i) » ; ce mot rayonnement exprime l'identité de nature entre le Père et le Fils ; et le mot empreinte marque que le Fils porte tous les traits de la nature du Père, qu'il en est la manifestation ou révélation extérieure. Si la Sagesse a collaboré à la création, si elle peut tout et renouvelle tout sans sortir d'elle-même, le Fils n'a-t-il pas créé le monde (2) ? « Tout a été fait par lui, dit saint Jean, et sans lui rien na été fait de ce qui existe (3). » « Il soutient toutes choses par la parole de sa puissance (4). » Et c'est ainsi que, grâce à la révélation évangélique, nous savons à quel personnage s'appliquaient, dans l'Ancien Testament, les traits donnés à la Sagesse.

2. Il est également question, dans l'Ancien Testament, de l'Esprit de Jéhovah. La Genèse nous le représente planant sur les eaux (5). Isaïe reproche à Israël d'avoir contristé l'Esprit-Saint (6). Et Joël écrit :

x. Hebr., 1, 3, — a. Ibid., 1,3. — 3. Joan., 1, 3, — 4. Hebr., 1, 3. — 5. Gen., 1, a. — 6. Is., lxxiii, 10.

66o LE CATÉCHISME ROMAIN

(( Et il arrivera après cela

Que je répandrai mon Esprit sur toute chair ;

Vos fils et' vos filles prophétiseront..

Même sur les serviteurs et les servantes

Je répandrai mon Esprit en ces jours-là (i). »

Cet Esprit est ainsi mis en scène dans la Bible ; son rôle est nettement indiqué dans le passé et prédit pour l'avenir ; cela n'éveille-t-il pas l'idée d'un personnage à part, d'une hypostase divine ? Certes, il n'est nulle part décrit comme la Sagesse, avec l'abondance de détails et les traits caractéristiques que nous venons de voir, de sorte, dit M. Hackspill, que le développement de la doctrine de l'Esprit de Dieu, dans l'Ancien Testament, s'arrête à une simple personnification sans jamais aboutir clairement à l'hypostase (2).

Mais avec le Nouveau Testament, toute hésitation cesse. Le Saint-Esprit est bien une personne divine. Sa personnalité s'accuse dans la théophanie du baptême de Notre Seigneur, dans la déclaration de Jésus que le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera pas remis (3), dans la fonction de consolateur qui lui est attribuée (4), dans le parallélisme constant entre l'œuvre du Christ et la sienne, dans les paroles qu'il prononce et les ordres qu'il donne (5), dans les prières et les inexprimables gémissements dont il est l'auteur (6), dans le témoignage qu'il nous rend que nous sommes enfants de Dieu (7). Nulle part, il est vrai, le Saint-Esprit n'est expressément appelé Dieu dans le Nouveau Testament, mais il l'est en termes équivalents ; sa divinité ressort clairement de plusieurs passages. Saint Paul lui

1. Joël., 11, 28-29. — 2* Loc. cit.t p. 68. — S.Matth., xn, 3i. 4. Joan., xv, 26. — 5. AcL, vin, 29 ; x, 19 ; xm, a. — G.Rom.p vin, 26. — 7. Rom., vin, 16.

attribue, en particulier, l'œuvre essentiellement divine de la justification, de la régénération du pécheur. Il dit aussi : « Dieu nous a révélé par son Esprit, car l'Esprit scrute toutes choses, même les profondeurs de Dieu. Qui, parmi les hommes, sait ce qui se passe en lai, sinon l'esprit de r homme qui est en lui ? De même nul ne connaît ce qui est de Dieu, sinon l'Esprit de Dieu (i). » Comparer de la sorte l'Esprit-Saint par rapport à Dieu à l'esprit de l'homme par rapport à l'homme, n'est-ce pas dire qu'il existe dans l'essence divine comme la conscience est en nous, qu'il est Dieu comme la conscience c'est nous ?

Il y a donc eu dans la révélation de ce profond mystère une gradation progressive, un développement accentué, dont le terme final se trouve dans le Nouveau Testament. Saint Grégoire de Nazianze a donné quelques raisons de cette Economie, soit dans l'Ancien, soit même dans le Nouveau Testament : « Voici, dit-il, comment cela s'est passé : l'Ancien Testament prêchait ostensiblement le Père, plus obscurément le Fils. Le Nouveau nous a montré très clairement le Fils, mais n'a indiqué la divinité de l'Esprit que d'une manière obscure. Mais maintenant l'Esprit vit avec nous et se déclare à nous plus ouvertement. C'est qu'il n'était pas prudent de nous prêcher clairement le Fils, tant que la divinité du Père n'était pas reconnue, ni de nous imposer l'Esprit-Saint comme un fardeau plus lourd, s'il est permis de s'exprimer ainsi, avant que la divinité du Fils n'eût été admise ; sans cela, à l'exemple d'hommes trop chargés de nourriture ou présentant aux rayons du soleil des yeux éblouis, nous aurions couru un danger pour les révélations même

i. I Cor., ii, ii. À

LE CATÉCHISMB. — T. I. 36

qui nous étaient faites. C'est par degrés ou, comme dit David, par des ascensions, par une progression croissante de clarté en clarté, que la lumière de la Trinité devait briller d'une manière splendide. C'est pour cela, je crois, que (le Saint-Esprit) se fait connaître progressivement aux disciples, selon leur degré de capacité. Au début de l'Evangile, il opère des prodiges ; après la passion du Christ, il leur est insufflé ; après l'ascension, il paraît sous forme de langues de feu (i). »

Dans le Nouveau Testament. — « Après avoir , à plusieurs reprises et en diverses manières, parlé autrefois à nos pères par les Prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, et par lequel il a aussi créé le monde (2). » Le Fils a donc parlé et l'un des mystères qu'il a révélés, c'est le mystère de la Trinité ; lui seul pouvait en parler pertinemment, car si « si nul ne connaît le Fils sinon le Père, nul ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils aura voulu le révéler (3). »

Ce n'est pas de prime abord que Notre Seigneur révèle l'existence de ce mystère. Il fallait que les apôtres y fussent préparés, et ils y furent préparés peu à peu par les diverses manifestations, dont ils furent les témoins au cours de la vie publique de leur Maître. La scène du baptême de Notre Seigneur au Jourdain était faite pour frapper les esprits et soulever un coin du voile. Telle qu'elle est racontée par les Synoptiques, que nous montre-t-elle ? Au moment où Jésus sort de l'eau, le Saint-Esprit descend sur lui sous forme d'une colombe, et une

1. Orat.t xxxi, 26, Patr. gr., t. xxxvi, col. 161-164. — 3. Hebr., 1, 1-2. — 3. Matth., xi, 27.

voix du ciel se fait entendre, qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me suis complu (i). » Dans cette théophanie, le Père révèle la qualité de celui qui vient de recevoir le baptême de Jean ; ce baptisé n'est autre que le Fils de Dieu ; et l'Esprit de Dieu, comme dit saint Matthieu, l'Esprit-Saint, comme dit saint Luc, se communique au Verbe fait chair pour le rôle de Messie et de Rédempteur. Ils sont donc trois : le Père, celui que Notre Seigneur appelle de ce nom ; le Fils, celui qui est descendu du ciel pour remplir sa mission ; et le Saint-Esprit, dont le rôle sera caractérisé tout particulièrement, au moment voulu. Ils sont trois, mais ne font qu'une seule et même chose ; c'est ce que Jésus affirme de lui et de son Père. Il le dit aux Juifs étonnés : « Le Père et moi nous sommes une même chose (2). » Il le répète à ses apôtres : « Père saint, gardez dans votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme nous sommes un (3). » Cette unité mystérieuse n'empêche pas la distinction ; c'est ce que Notre Seigneur donne clairement à entendre dans ses discours : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur pour qu'il demeure toujours avec vous ; c'est V Esprit de .vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure au milieu de vous, et Usera en vous (4). » Il insiste de nouveau : « Je vous le dis en vérité : il vous est bon que je m'en aille , car, si je ne m'en vais pas, le Consolateur ne viendra pas en vous; mais si je m'en vais, je vous l'enverrai... Celui-ci me glorifiera, parce qu'il recevra de ce qui est à moi, et il vous l'annoncera. Tout ce que

1. Matth., in, i6-i7« — 2. Joan., x, 3o. — 3. Joan., xvn, 11. «— 4. Joan., xiv, 16-17.

le Père a est à moi. C'est pourquoi j'ai dit qu'il recevra de ce qui est à moi et vous V annoncera (i). » Enfin, dans ce discours qui suivit la dernière Cène, il ajoute : « Lorsque le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, sera venu, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il vous rendra témoignage de moi (2).»

Unité et distinction, voilà ce qui constitue l'économie mystérieuse du dogme révélé par Notre Seigneur: unité d'essence, de nature; distinction des personnes ; personnes qui portent chacune un nom propre, mais personnes égales entre elles, a Le Fils priera le Père, et le fruit de sa prière sera la mission du Saint-Esprit, à laquelle il collaborera. Le Fils est égal au Père, parce que tout ce que possède le Père est à lui ; le Père lui a tout remis comme à son propre Fils, à son héritier nécessaire; par conséquent, il lui a communiqué ce qu'il possède essentiellement, la nature divine, et dans ce don souverain il ne s'est rien réservé. D'autre part, l'Esprit n'est pas inférieur au Fils, puisqu'il procède du Père ; il participe au don que le Fils a reçu et tiendra la place du Fils près des apôtres que le Père lui avait confiés (3). »

Aussi, au moment de son ascension, dans le dernier ordre qu'il donne à ses apôtres, Notre Seigneur formule-t-il le mystère de la manière la plus brève : Yous baptiserez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Au nom! Voilà un singulier qui caractérise l'unité de nature qui appartient également aux trois personnes ; et ces trois personnes sont désignées nominativement, l'une après l'autre; elles sont unies par un lien, et ce lien est indiqué pour les deux premières, le Père et le Fils,

1. Joan., xvi, 7, i4-i5. — 2. Joan., xv, 26. — 3 Souben» Les personnes divines, Paris, 1903, p. 9.

c'est celui de la génération ; le lien qui rattache le Saint-Esprit au Père et au Fils n'est pas aussi formellement indiqué, mais il n'en existe pas moins et peut être déterminé par renseignement déjà donné aux apôtres par Notre Seigneur.

D'autre part, cette formule trinitaire doit être employée dans l'administration du baptême, c'està-dire dans le sacrement de la régénération chrétienne ; ce qui revient à dire que de même que les trois Personnes divines ont agi de concert pour la création de l'homme, de même elles interviennent ensemble pour sa régénération, œuvre essentiellement divine.

Ainsi instruits, les apôtres ne font que se faire l'écho de l'enseignement de leur Maitre dans l'enseignement qu'ils donnent à leurs disciples, et dans cet enseignement ils insistent naturellement sur le dogme de la Trinité. Très nombreux sont les passages du Nouveau Testament où sont expressément nommées deux des trois personnes de la Trinité ; mais il en est quelques-uns où les trois sont rappelées à la fois. Bornons-nous à quelques citations.

Le chef du collège apostolique commence sa première épître par ces mots : « Pierre, apôtre de Jésus-Christ, aux étus, étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie, choisis selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, pour obéir à la foi et pour avoir part à l 'aspersion du sang de Jésus-Christ : à vous grâce et peux de plus en plus(i). » Dans cette adresse se trouvent réunies les trois personnes de la Trinité ; l'une y est nommée Dieu le Père, et ce terme de Père implique nécessairement le terme

i. I Petr., i, 1-2.

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correspondant de Fils ; l'autre est nommé Jésus- Christ et la troisième l'Esprit; toutes les trois sont mises en rapport avec la justification de l'homme ; mais cette manière dénoncer le mystère de la Trinité suppose évidemment la connaissance de son existence tant de la part de saint Pierre que de celle des chrétiens à qui il écrit.

Saint Paul, instruit directement par Notre Seigneur lui-même, connaît lui aussi l'existence de la Trinité ; il sait que le Père et le Fils sont égaux, car, dit-il, bien que le Christ Jésus fut dans la condition du Père, il n'a pas retenu avidement son égalité avec Dieu (i); il sait aussi, par sa connaissance de l'Ecriture que le titre de Seigneur est exclusivement donné à Dieu dans l'Ancien Testament ; mais quand il parle des trois personnes divines, il nomme Dieu la première, Seigneur la seconde, Esprit la troisième, pour les mieux distinguer. De là, sous sa plume, des formules dans le genre des suivantes, qui marquent neltement les trois personnes divines : a II y a des divisions de grâces, mais c'est le même Esprit : diversité de ministères, mais c'est le même Seigneur : diversité d'opérations, mais ce- le même Dieu qui opère tout en tous (2). » « Que la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, et la charité de Dieu, et la communication de l'Esprit- Saint soit avec vous tous (3). » La pensée de saint Paul est claire pour qui veut se rendre compte du but qu'il vise en écrivant aux Corinthiens . Les païens avaient l'habitude d'attribuer à divers dieux les différentes qualités des hommes ; les chrétiens auraient tort de les imiter. Et la différence des charismes dont ils sont l'objet 11e doit pas leur faire oublier qu'ils découlent d'une

1. Philipp., 11, 6. — 2 I Cor., xii, 4-6. — 3. II Cor., xm, i3.

source unique, de Dieu, qui seul produit toutes ces merveilles. Dans rémunération de ces dons surnaturels, l'Esprit, le Seigneur et Dieu sont nommes séparément parce qu'ils sont distincts réellement, mais ils constituent le principe unique de ces grâces, ils possèdent la même nature divine. Ils sont trois, mais ne forment qu'un seul Dieu.

Impossible, par conséquent, de se refuser à voir dans ces textes du Nouveau Testament le fait de la révélation historique du dogme de la Trinité. Mais une telle révélation doit correspondre à une réalité en Dieu, sans quoi elle serait futile et ne mériterait à aucun titre le nom de révélation. Si donc Dieu, d'après l'enseignement de Notre Seigneur et des apôtres, s'est révélé sous la forme d'une trimté de personnes dans l'unité d'essence ou de nature, l'esprit chrétien peut accepter un tel dogme en toute sécurité ; et, pour se conformer aux prescriptions de l'Eglise, notamment à ses symboles, il doit la regarder comme un dogme de foi catholique. L'étude des Pères et des travaux des théologiens l'aidera, dans la mesure du possible, non seulement à savoir comment la tradition chrétienne a envisage un si profond mystère, mais encore à connaître les raisons de convenance qui en rendent l'acceptation raisonnable.

Comparaisons. — i. « Pourquoi se trouve-t-il, par exemple, que la physique, ayant décomposé le rayon solaire, découvre justement qu'il se réduit à trois rayons que l'on peut obtenir isolément, savoir : un rayon de forme chimique, sans lumière ni chaleur ; un rayon de lumière sans chaleur ni action chimique ; un rayon de chaleur sans action chimique ni lumière ? De sorte que la physique doit dire de la lumière ce que la théologie dit de Dieu : Trinité de forces, radicalement distinctes, dans

l'unité de lumière. Pourquoi toutes les forces de la nature se ramènent-elles à ces trois forces qui, au fond, n'en sont qu'une ? Pourquoi les sept nuances du rayon* de la lumière décomposée se réduisent-elles à trois couleurs, la première, la troisième, la cinquième, qui produisent toutes les autres ? Pourquoi les sept notes delà gamme s'appuient-elles aussi sur trois notes fondamentales, qui, en rentrant dans la première, forment l'accord parfait, et sont aussi, comme pour les couleurs, la première, la tierce et la quinte ? Pourquoi le syllogisme, analysé par Aristote, se compose-t-il précisément de trois propositions, qui ne font qu'un, si le raisonnement est vrai ? Et pourquoi la proposition se compose-f-elïe précisément de trois termes qui ne font qu'un, si la proposition est vraie? Pourquoi la vie organique a-t-elle justement trois fonctions essentielles dont la sympathie et l'union constituent la santé ? Pourquoi cette loi universelle de l'unité dans la variété, et de la variété dans l'unité, est-elle le propre caractère du vrai, du beau, dans le discours, la musique, le drame, l'architecture, la vie sociale et la vie organique? Pourquoi enfin la plus grande découverte qu'ait laite l'esprit humain, celle de la forme exacte du monde astronomique et de ses lois, dérive-t-elle, historiquement du moins, de cette idée de Kepler que les cieux etleurs mouvements devaient porter quelque vestige et quelque trace du mystère de la Trinité, trace que Kepler recherche dans un petit chapitre intitulé : De adumbratione Trinitatis in circulo? » [A. Gratry, La philosophie du Credo, Paris 1861 p. 99-100.]

2. « Il n'y a qu'un infini et cependant ils sont trois, le Père,^ le Fils et l'Esprit-Saint, trois qui subsistent dans la même essence, existent dans la même existence, trois personnes Dieu et pourtant un seul Dieu. Voilà le dogme des dogmes et le mystère des mystères. L'expliquer, je ne puis pas, j'ose à peine raconter ce que j'admire. Le Père innascible est le principe du mouvement vital, la racine de la famille divine. 11 se voit, il se dit à lui-même sa perfection, et l'acte par lequel il se voit et se parle est si parfait qu'il subsiste par cela seul qu'il est produit. Le

LA SAINTE TRINITÉ '. PREUVE SCRIPTURAIRE ' D6q

fils est engendré. Il s'appelle Verbe, image du Père, splendeur de sa gloire, figure de sa substance; car il représente avec toute la perfection possible son principe. Ils sont deux, ils se contemplent, ils s'admirent, ils s'aiment, ces deux amours en se donnant l'un à l'autre se rencontrent ; par le fait même de leur rencontre, ils subsistent en un seul amour ; c'est l'Esprit-Saint. Il s'appelle don, charité, bonté, bénignité, suavité, onction divine. Ils sont trois : le Père, le Fils et l'Esprit-Saint. Autres, par les relations, la subsistance, les propriétés personnelles; mêmes, parl'essence, la substance, la nature. Distincts cependant l'un de l'autre, dépendants par ['origine, car le Fils est engendré par le Père, l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils ; dépendants par la mission, car le Père envoie le Fils, le Père et le Fils envoient l'Esprit-Saint ; mais ils gardent avec cela une parfaite égalité. 0 vie ! ô processions admirables ! On ne peut pas dire qu'elles commencent, car elles sont nécessaires et éternelles ; on ne peut pas dire qu'elles sortent de Dieu, car elles sont immanentes, on ne peut pas dire qu'elles tourmentent la nature divine, car elles sont paisibles et immaculées ; on ne peut pas dire qu'elles diminuent ou partagent les perfections, car elles sont intègres. » (Monsabré, Conférences de Notre-Dame, Gonf. Ire).

3. « Ces trois personnes ne font-elles pas trois dieux ? Non pas plus que la longueur, la largeur, la profondeur d'un corps ne font trois corps ; pas plus que le mouvement, la limpidité, la lluidité des eaux ne font trois fleuves ; pas plus que la force propulsive, la lumière et la chaleur du soleil ne font trois soleils ; pas plus que la racine, le tronc et les rameaux d'un arbre ne font trois arbres : pas plus que la forme gracieuse, le coloris et le parfum d'une fleur ne font trois fleurs ; pas plus que la conscience, le connaître et le vouloir d'une Ame ne font trois âmes ; pas plus que la mémoire, l'intelligence, la volonté d'une substance spirituelle ne font trois substances. Considérées en elles-mêmes et dans le fond de l'être, dit saint Augustin, la mémoire, l'intelligence, la volonté sont âme, vie et substance, ce sont leurs relations qui les déterminent

e} les, distingucrlt (0- Portez en Dieu la distinction et l'unité jusqu'à, l'infinie perfection, et vous verrez que trois peuvent être Dieu sans qu'il y ait plus d'un seul Dieu. » (Ibid., conf. Xe).

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