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I. Aux deux premiers siècles

Es les temps apostoliques, les écrivains ecclésiastiques et les Pères possèdent la connaissance explicite de l'existence du mystère de la Trinité. Ils en emploient du reste la formule dans la récitation du symbole et la liturgie baptismale. Mais bientôt, en face de l'hérésie, il faudra défendre ce mystère. Or, les concepts d'essence, de nature, de substance, de personne, sont loin d'être déterminés d'une façon précise ; la langue théologique n'en est qu'à ses débuts. De là une terminologie indécise, des impropriétés de termes, des tâtonnements inévitables, des essais d'explication notoirement insuffisants, et parfois aussi des vues erronées. Le progrès ne se fera que peu à peu et la vérité ne sera mise dans tout son jour qu'après bien des luttes (1).

1. BIBLIOGRAPHIE: Franzelhi, De Deo trino, 2ecdit., Rome, 1874 î Schwane, Histoire des Dogmes, trad. franc., 2e cdit., Fribourg-en-Brisgau, 189/i, t. 11 ; Scheeben, La Dogmatique, trad. franc., Paris, 1877, t. u ; Pesch, De Deo irino

b^'2 LE CATÉCHISME ROMAIN

Quoi qu'il en soit, ce qui ressort tout d'abord avec une indéniable évidence, c'est que, dès le début du Christianisme, le mystère de la Trinité, est connu.

A la fin du Ier siècle, l'auteur de la Didaché donne la formule baptismale : « Baptisez, dit-il, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit (i). »

Le pape saint Clément écrit : « N'avons-nous pas un seul Dieu, et un seul Christ, et un seul Esprit d'amour répandu sur nous (2). »

Au commencement du 11e siècle, c'est saint Ignace d'Antioche (f c. 107) qui dans sa Lettre aux Ephésiens, félicite les fidèles d'Ephèse d'avoir fermé l'oreille à toute doctrine perverse et étrangère. Il les compare à des pierres vivantes, destinées à l'édifice de Dieu le Père, et mises à leur place respective par la puissante machine de la croix du Christ, grâce au Saint-Esprit (3). Aux Magnésiens il écrit que « Jésus-Christ était auprès de son Père avant tous les siècles (4) ; » que « Dieu s'est manifesté par son Fils, le Verbe sortant du silence (5). » « Appliquez-vous, ajoute-t-il, à vous affermir dans les enseignements du Seigneur et des apôtres pour

secundum personas, Fribourg-en- Brîsgau, 1890 ; Tepe, De Deo trino, Paris, 1895 ; Billot, De Deo uno et trino, Rome, 1897 ; de Régnon, Etudes de théologie positive sur la sainte Trinité, t. iv ; Harnack, Dogmengeschichte, 3e édit., Fribourg-en-Brisgau, t. ni ; Précis de l'histoire des dogmes, trad. franc., Paris, 1893 ; Loofs, Leitfaden zum Studiam der Dogmengeschichte, 3e édit., Halle, i8g3 ; Seeberg, Dogmengeschichte, Erlangen, 1895 ; Duchesne, Les origines chrétiennes, ae édit. litb., Paris, 1886; Petau, De Trinitate ; Bull, Defensio Jîdei Nicenœ.

1. Funk, Doclrina duodecim apostolorum, Tubingue, 1887, vu, p. 20. — 2. Funk, Opéra Palrum apostolicorum, Tubingue, 1881, I Clem.j xlvi, 6, p. 118. — 3. Ephes., ix, 1 ; ibid., p. 180. — 4- Mag., vi, 1 ; ibid., p. 194. — 5. Magn., vin; ibid., p. 196.

que tout ce que vous faites vous réussisse... dans le Fils et le Père et l'Esprit (i). »

Un ami de saint Ignace, mort longtemps après lui, l'évêque de Smyrne, saint Polycarpe (f i55), qui avait connu dans son enfance l'apôtre saint Jean prie ainsi au moment de subir le martyre : a Seigneur Dieu tout-puissant, Père de Jésus-Christ, votre Fils aimé et béni, par qui nous avons appris à vous connaître, Dieu des anges et des vertus, de toute créature, de tous les justes qui vivent en votre présence, je vous bénis d'avoir daigné, aujourd'hui et à cette heure, m'admettre au nombre de vos martyrs, à la participation du calice et de votre Christ, pour la résurrection à la vie éternelle de l'âme et du corps, dans l'incorruptibilité de l'Esprit- Saint, je vous loue de toutes choses, je vous bénis, je vous glorifie avec Jésus-Christ, votre fils bienaimé, éternel et céleste, avec qui gloire soit à vous et au Saint-Esprit, maintenant et dans les siècles futurs (2). »

D'après l'auteur de VEpître à Diognète, « c'est le Fils, le créateur, que Dieu a envoyé, de préférence à toute créature, ange ou prince, gouverneur de la terre ou gouverneur des cieux (3) ; » a c'est par ce Fils que Dieu a révélé tout ce qui avait été préparé dès le commencement (4). »

A l'accusation d'athéisme, portée contre les chrétiens, saint Justin (f i63) faisait cette réponse : « Oui, s'il s'agit de vos dieux, nous sommes athées ; mais nous ne le sommes pas à l'égard du Dieu très vrai, sans mélange de mal, père de la justice, de la tempérance et des autres vertus. Aussi nous l'honorons et adorons le Fils, qui est venu de lui et nous

i. Magn., xm ; ibid., p. 200. — 2. Martyr Polyc, xiv, ibid., p. 298. — 3. Epist. adDiogn., vu, 2 ; ibid., p. 320. — 4- Ibid., vin, 11 ; ibid., p. 324.

a enseigné ces choses... et l'Esprit prophétique (1).» Dans son Dialogue avec Tryphon, le philosophe martyr proclame le Fils Dieu, engendré du Père de toutes choses, Verbe, Sagesse, Puissance et Gloire de celui qui l'engendre (2), mais distinct du Père puisque, dans les Ecritures, le Père lui adresse la parole (3), émanant du Père sans se détacher de lui comme la lumière sort du soleil (4).

Voici, à cette même accusation, la réponse d'un autre apologiste, Athénagore : a J'ai suffisamment démontré que nous ne sommes pas athées, nous qui croyons en un seul Dieu non engendré, éternel, invisible, impassible, incompréhensible, immense, connu de l'esprit seul et de la raison, environné de lumière, de beauté, d'esprit, de puissance indicible, qui enfin a créé et orné et conserve toutes choses par son Verbe, car nous reconnaissons aussi un Fils de Dieu. Que personne ne pense qu'il est risible de ma part (de soutenir) que Dieu a un Fils. En effet, notre conception de Dieu le Père ou du Fils ne ressemble pas aux imaginations des poètes qui nous montrent les dieux aussi mauvais que les hommes. Mais le Fils de Dieu est le Verbe du Père en idée et efficacité ; car, d'après lui et par lui tout a été fait, le Père et le Fils n'étant qu'un. Gomme le Fils est dans le Père et le Père est dans le Fils par l'unité et la puissance de l'Esprit, le Fils de Dieu est l'intelligence et le Verbe du Père. Si, pour mieux comprendre, vous désirez savoir ce que signifie ce mot Fils, je répondrai brièvement qu'il est le premier-né de Dieu, non qu'il ait été fait, car, dès le commencement, Dieu, intelligence éternelle, avait le Verbe en lui, étant éternellement raisonnable,

1. Apol. I ; Pat. gr., t. vi. col. 336. — a. Dial. cam Tryph., txi. — 3. Ibid., lxii. — 4. Ibid., cxxvm ; Pat. gr., t. vi, ;col. 616.

mais parce qu'il s'est avancé pour être l'idée et l'énergie formatrice de toutes les choses matérielles... L'Esprit prophétique est aussi conforme avec le Verbe... Or, ce Saint-Esprit, agissant dans les prophètes, nous disons qu'il est une émanation de Dieu, qu'il sort (de lui) et qu'il revient (à lui) comme un rayon de soleil. Qui donc ne s'étonnerait d'entendre appeler athées ceux qui affirment Dieu le Père, Dieu le Fils et TEsprit-Saint, qui montrent leur puissance dans l'unité et leur différence dans l'ordre (i).

Saint Théophile d'Antioche donne aux trois personnes divines le nom de Triade (2).

L'évêque de Lyon, saint Irénée, écrivait contre les gnostiques : « Pour faire ce qu'il avait résolu de créer, Dieu n'avait pas besoin des anges, comme s'il n'eût pas eu ses mains. En effet, le Verbe et la Sagesse, le Fils et l'Esprit, lui sont toujours présents ; par eux et en eux il a fait toutes les choses librement et spontanément, et c'est à eux qu'il parle lorsqu'il dit : « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance (3). » « Nous avons démontré par beaucoup de preuves que le Verbe, c'est-à-dire le Fils, était toujours avec le Père. Mais comme la Sagesse, qui est l'Esprit, était en lui avant toute création, elle dit par Salomon : « Dieu m'a créée principe de ses voies pour ses œuvres, il m'a établie avant les siècles, au commencement avant qu'il fit la terre (4). »

Saint Irénée insiste sur l'éternelle génération du Verbe, mais renonce à dire ce qu'est cette génération : « Que si l'on nous demande comment le Fils est produit par le Père, nous répondrons que cette

1. Légat, pro Christ, 10 ; Pair. gr.9 t. vi, col. 908-909. — 9. Ad. Anlol.y 1. 11, i5 ; ibid., col. 1077. — 3. Adv. hœr., IV, tx, 1 ; Pair, gr., t. vu, col. io3a. — 4. Ibid., 3, col. io33.

production, de quelque nom qu'on la désigne, génération ou autre, personne ne la connaît... si ce n'est le Père qui engendre et le Fils qui est engendré. Et puisque cette génération est indicible, ce n'est pas avoir la pleine possession de soi-même que d'entreprendre de raconter génération, émanation (1). »

Jusqu'ici ce point de concept de substance, d'hypostase ou de personne nettement défini ; pas d'autre relation caractérisée que celle de génération. C'est que les Pères s'occupent alors beaucoup moins de la vie intime de Dieu que de sa manifestation extérieure, beaucoup moins du Verbe dans ses relations avec le Père que dans ses rapports avec la création et l'œuvre rédemptrice, beaucoup moins du Saint-Esprit que du Verbe. Certaines de leurs expressions ne cadreraient pas aujourd'hui avec la pure orthodoxie. Après avoir proclamé l'éternité du Verbe, les apologistes semblent ne le faire sortir du sein du Père par voie de prolation ou de génération qu'au moment et dans le but de créer, ce qui impliquerait une génération purement temporelle, le Verbe passant ainsi de son état caché dans le sein de Dieu, èvotàôero;, à l'état de icpocpoptxoç ou d'être manifesté, selon les expressions de Théophile (2). Cette idée, moins les termes, se trouve pareillement dans saint Justin, Tatien et Athénagore. Enfin, tout en parlant de Puni té divine et en distinguant dans cette unité les trois personnes, ils accusent trop leur subordination

1. Adv. hœr., II, xxviii, 6. — 2. Ad Autol., 11, 10, 22 ; Pair, gr., t. vi, col. 1064, 1088 ; voir notre article Les Pères apologistes dans le Diction, de théol., t. 11, col. 1696-1597.

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