II. Fin du IIe siècle et IIIe siècle
Vers la fin du 11e siècle éclate un conflit doctrinal entre deux écoles rivales, l'école des unitaires, qui exagère l'unité sous le nom de monarchie, pour couper court à l'erreur polythéiste, mais qui en même temps compromet la Trinité, formulée dans le symbole et la liturgie baptismale, et l'école des trinilaires, qui entend avant tout sauvegarder la Trinité des personnes, mais qui donne prise à l'accusation de dithéisme ou de trithéisme.
i. Un byzantin ambitieux, réfugié à R.ome. Théodote le corroyeur, se mêla de questions religieuses. Rejetant la métaphysique folle des gnostiques et l'illuminisme des montanistes, il tomba dans un rationalisme intempérant. Contrairement aux données les plus formelles de la tradition, il en vint à nier la divinité de Jésus-Christ, sous prétexte de sauvegarder l'unité de Dieu, la monarchie. Suivi, à quelques nuances près, par son homonyme le banquier et par Artémon, il fut finalement condamné par le pape Victor (i).
2. Un asiate, Noët de Smyrne, déjà condamné pour ses opinions hétérodoxes par sa propre Eglise, vint également à Rome avec son compatriote Epigone et eut pour disciple Cléomène. A tout prix, disait-il, il faut maintenir la monarchie divine contre le polythéisme païen, le plérome gnostique et le dualisme de Marcion. Le Père est père en tant qu'il n'a pas été engendré ; une fois engendré, il est son propre fils. Par suite ces termes de père et de fils, dans la Trinité, s'appliquent à une seule et même personne, considérée dans deux états successifs différents.
i. Eusèbe, Hist. eccl., v, 28 ; Pair, gr., t. xx, col. 5i3.
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Epigone précisait que c'est le Père qui a souffert sur la croix, en tant que fils incarné (1).
3. De la Lybie survient Sabellius qui, systématisant ces idées nouvelles, professe le Modalisme. Il n'admet qu'une seule personne en Dieu, laquelle, il est vrai, porte trois noms différents, mais d'après le rôle joué dans le monde soit pour le créer, soit pour le racheter, soit pour le sanctifier, et se manifeste tour à tour, comme Père dans l'Ancien Testament, comme Fils dans l'incarnation et la rédemption et comme Saint-Esprit dans la justification de l'homme. C'est la monade qui, en se développant, devient triade. Saint Grégoire de Nazianze accusera plus tard les Sabelliens d'athéisme, tandis que saint Hilaire de Poitiers et saint Athanase les accuseront de panthéisme (2).
[\. Pris énergiquement à partie par Caïus, saint Hippolyte et Tertullien, la plupart de ces unitaires furent condamnés par l'autorité romaine. Le pape Zéphirin condamna Artémon (3) ; Praxéas fut obligé de rétracter par écrit son erreur (4) ; et Sabellius fut excommunié par Calliste (5). Tertullien écrivait avec sa verve mordante : « Les simples, pour ne pas dire les pauvres d'esprit et les imbéciles, qui forment toujours la majorité des croyants, une fois tirés de leur polythéisme et amenés à croire au seul vrai Dieu, ne comprennent pas que ce Dieu est unique sans doute, mais avec une certaine économie ; c'est celte économie qui épouvante leur foi. Ce qui est nombre et distribution dans la divinité, dans la trinité, ils le prennent pour une division de l'unité. Or l'unité, produisant d'elle-même la trinité, n'est
1. Voir Philosophumena, ix. — 2. Voir Eusèbe, loc. cit. — 3. Eusèbe, Hist. eccl., v, 28 ; Patr. gr., t. xx, col. 5i3. — U. Tertullien, Adv. Prax., 1 ; Patr. lat., t. 11, col. i56. — 5. Philosophumena, ix, 12 ; édit. Cruice, Paris, 1860, p. 44i.
pas pour cela divisée, mais organisée. Ils disent que nous prêchons deux ou trois dieux, se vantent euxmêmes de n'adorer qu'un seul Dieu ; comme si, en resserrant outre mesure l'unité divine, on n'était pas hérétique ; comme si la trinité, raisonnablement expliquée, n'était pas la vérité même. Nous tenons, disent-ils, à la monarchie ! Et l'on entend nos latins, même ces bons opiques, répéter ce mot grec avec leur agréable accent ; on voit de suite qu'ils comprennent aussi bien qu'ils prononcent (1). »
5. Mais d'autre part, les trinitaires n'étaient-ils pas à l'abri de tout reproche doctrinal, dans leur manière d'entendre et d'expliquer a raisonnablement » « l'économie » de la trinité ? L'accusation de dithéisme n'était-elle pas justifiée ?
Le prêtre romain Hippolyte composa une réfutation de Noët, où il disait entre autres choses : « Il est bien obligé de confesser le Père, Dieu tout-puissant, et Jésus-Christ, Fils de Dieu, Dieu fait homme, à qui le Père a tout soumis en dehors de lui, et l'Esprit-Saint, et d'avouer qu'ils sont vraiment trois... En ce qui est de sa puissance, Dieu est un, mais trine quant à l'économie (2). » D'autre part, à la suite des apologistes, il insistait trop sur la distinction du Verbe intérieur et du Verbe proféré et donnait prise au subordinatianisme. Le pape Calliste accusa de dithéisme une telle doctrine. C'était le point de vue également adopté à Carthage.
6. Dans son traité Contre Praxéas, Ter tuilier* expose le dogme à sa manière. Il défend la trinité, mot qui paraît pour la première fois chez les Latins, et son traité est le premier en date sur cette matière ;
1. Adv. Prax., 3 ; Pair, lai., t. 11, col. i58. — 2. Homel. conL hœres.
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au nom de la tradition, dit-il, il veut concilier « ï économie » avec la « monarchie » : « Custodiatur œconomiœ sacramentum, quœ unilalem in trinitatem disponit, très dirigeas, Patrem, et Filium, et Spiritum Sanctum. Très autem non statu, sed grada ; nec substantia, sed forma ; nec potestate, sed specie : unius autem substantiœ, et unius status, et unius proiesiatis ; quia unus Deus, ex quo et gradus isti et formée et species, in nomine Patris et Fitii et Spiritus Sancti deputantur (ï). »
A côté d'expressions et de formules nouvelles, qui accusent un progrès sensible dans la manière de concevoir et d'exposer le mystère, Tertullien a des imprécisions de termes, des incorrections de langage et des idées erronées. On le sent, quand il s'exprime avec justesse, sur le terrain ferme de la tradition. Et c'est bien comme un écho fidèle de l'enseignement traditionnel qu'il soutient la distinction des personnes divines, qu'il affirme que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu, que le Saint-Esprit est Dieu, et que pourtant ce ne sont pas là trois dieux. Mais la notion de pleine consubstantialité n'est pas suffisamment mise en relief ; elle semble même parfois compromise. C'est dire que Tertullien, et ceux qui, comme lui, attaquaient les monarchiens, en sont au même point que leurs prédécesseurs sur les deux états successifs du Verbe, d'abord caché en Dieu, puis proféré ou engendré. Caché en Dieu, le Verbe est éternel. L'est-il également comme Fils par sa génération ? Qu'on en juge : « Tune igitur etiam ipse Sermo speciem et ornatum sumit, sonum et vocem, cum dicit Deus : Fiat lux. Haec est nativitas perfecta Sermonis, dum ex Deo procedit ; conditus ab eo primum ob cogitatum in nomine Sophiae,
ï. Adv. Prax., 2 ; ibid., col. 157.
dehinc generatus ad ejfeclum (i). » Et ceci ne semble-t-il pas compromettre la parfaite consubstantiali té . « Pater, tota substantia est ; Filius vero derivatio tollus et porlio (2) ? » Du reste il explique que le Fils était plus apte à l'incarnation à cause de son infériorité (3).
7. C'est justement cette consubstantialité qu'il fallait sauvegarder à tout prix pour maintenir intacte l'unité divine, tout en professant la trinité des personnes. Et c'est elle qu'a défendue Calliste, quoi qu'en disent les Philosophwnena. Calliste, de l'aveu même des Philosophumena, a condamné Sabellius et le modalisme ; s'il n'en a pas fait autant pour les trinitaires, qui compromettaient la consubstantialité, ce n'est pas à dire qu'il partageât de tous points leurs manière de voir ; il la partageait même si peu qu'il fut de leur part l'objet d'accusations injustifiées ; d'autant plus, et ce sont toujours les Philosophumena qui nous renseignent, que son enseignement resta celui de l'Eglise de Rome. Or cet enseignement nous est connu par l'attitude de l'un des successeurs de saint Calliste, le pape saint Denys (259-268), vis-à-vis de l'évêque d'Alexandrie. Sa lettre est un document de la foi romaine, nettement consubstantialiste et anti-sabellienne, également éloignée de l'erreur, qui prétend que le Fils est le même que le Père, et de celle qui divise l'unité en trois substances séparées. Comme Calliste, Denys condamne le sabellianisme ; comme Calliste, Denys accuse de dithéisme les adversaires exagérés du Sabellius. De part et d'autre, même langage théologique montrant que les deux papes, à un demi-siècle de distance, ont sur la légitimité de certaines
i. Adv. Prax., tu ; Pair, lat., 1. 11, col. 161. — 2. lbid.t ix; ibid.t col. 164. — 3. Ibid,, xvi ; ibid., col. ij4«
formules et sur le sens de certains textes de l'Ecriture les mêmes idées contraires à celles des antisabelliens. Ils sont pour l'identité substantielle du Père et du Fils en môme temps que pour la trinité et pour la distinction personnelle des hypostases ^divines (i).
8. Peu après le milieu du 111e siècle parut un traité spécial sur la Trinité, dû au schismatique Novatien ; mais il ne constitue pas le moindre progrès sur la question. Le Christ promis dans l'Ancien Testament est celui de l'Evangile : il est homme et Dieu, il est l'Homme-Dieu. Fils de Dieu, né de Dieu, engendré de Dieu, mais quand ? Novatien répète plusieurs fois que la génération du Fils a précédé la création, sans jamais affirmer qu'elle fut éternelle, mais laissant entendre au contraire qu'elle a été motivée et datée par la création (2). De ce côté, point de progrès. D'autre part, tout en combattant le di théisme, il lui prête le flanc parce qu'il pousse trop loin la distinction du Père et du Fils. Conformément à la Règle de foi, il proclame l'unité divine et la divinité de Jésus-Christ ; il affirme que le Christ reste un avec le Père, auquel il doit son origine, sa génération, sa naissance, son "titre de Fils. Ne dirait-on pas la consubstantialité ? Il n'en est rien ; car cette unité, sur laquelle appuie tant Novatien, c'est, dit-il, une unité de « concorde, d'amour, de dilection », unité purement morale (3). Relativement au Saint-Esprit, il ne l'appelle nulle part Dieu ou personne divine, mais il le donne clairement à entendre En revanche, il passe complètement sous silence le mode de relation du Saint-
1. Voir notre article Calliste, dans le Dictionnaire de théologie* i,. 11, col. i337~i338. — 2. De Trinit., 3i ; Pair, lat t in, col. 4)5o. — 3. Ibid. 27 ; ïïid., col. 938.
Esprit avec le Père et le Fils. Il est vrai que jusque là, Tertullien avait été le seul à dire que le Saint- Esprit procède du Père par le Fils. Et enfin Novatien a le tort d'expliquer l'ordre hiérarchique des personnes de la trinité par une sorte d'amoindrissement de la troisième sur la seconde (i), et de la seconde sur la première (2), ce qui laisse la porte ouverte au subordinatianisme.
8. Aurons-nous du moins plus de chance de trouver une doctrine plus ferme dans le célèbre Didascalée d'Alexandrie ? Il n'y paraît guère, en ce qui regarde le successeur de Pantène. Sans doute Clément croit à la « sainte Triade, » à la divinité du Fils et du Saint-Esprit (3). « 0 miracle mystique s'écria-t-il ! Un seul Père de toute chose ! Un seul Verbe de toute chose ! Un seul Esprit, et luimême partout (4) I » « Faites, ô Dieu, qu'après avoir vécu dans la paix nous soyons introduits dans la cité, qu'après avoir franchi sans encombre les flots du péché nous soyons transportés paisibles avec F Esprit-Saint et que, vous louant nuit et jour avec l'ineffable Sagesse jusqu'au jour parfait, nous vous rendions grâces, et, en rendant grâces, que nous louions Père et Fils, Fils et Père, le Fils notre pédagogue et maître, avec le Saint-Esprit (5) I » « Les aveugles comprennent quel grand trésor nous portons dans un vase d'argile par la vertu de Dieu le Père, par le sang de Dieu le Fils, et par la rosée du Saint-Esprit (6). » Mais, d'autre part, Clément ne serre pas d'assez près la question trinitaire et ne surveille pas suffisamment son langage. Tantôt il désigne les personnes divines par des expressions
1. De TriniL, 16 ; ibid., col. 91 5. — 2. Ibid., 3i ; ibid., coJ. $49. — 3. Sirom., v, i4 ; Patr. gr., t. ix, col. i58. — 4- Pedag., 1,6; Patr. gr., t. vm, col. 3oo. — 5. Pedag., ni, 12 ; ibid., col. 680. — 6. Quis dives salv., 34 ; Pat. gr., t. ix, col. 64o.
que ne désavouerait pas un modaliste ; tantôt il leur attribue des aptitudes si tranchées qu'on croirait entendre un subordinatianiste, ainsi que l'a remarqué Petau.
9. Tout autre est le cas d'Origène, bien qu'il n'ait pas échappé à la critique de saint Jérôme. Voulant réfuter ceux qui ne regardaient le Logos en Dieu que comme un simple phénomène sans existence propre, il dit que le Fils de Dieu est appelé Logos pour deux motifs; car Logos signifie à la fois raison et parole. Le Fils étant la raison du Père, fait participer tous les hommes à cette raison éternelle ou à la vérité. On peut l'appeler également la parole qui révèle les secrets de Dieu, de même que la parole, chez les hommes, est le signe révélateur de la pensée. Mais cette parole ne se réduit pas à un pur accident, à un son passager : elle est substantielle, et cette substance est celle du Père (1). Donc consubstantialité du Verbe et de Dieu.
Mais de plus existence éternelle du Verbe. « Relativement à Dieu, le Verbe ne devient pas... Le Verbe n'a point passé du non-être dans le principe à l'être dans le principe, du non-être en Dieu à l'être en Dieu ; mais avant tous les temps et tous Ses siècles, le Verbe était dans le principe, et le Verbe était Dieu (2). » D'où co-éternité du Verbe et de Dieu, co-éternité aussi du Fils et du Père : « Dieu n'a pas commencé d'être Père à la façon des hommes... Car si le pouvoir d'être père ne lui a jamais manqué, si c'est pour lui une perfection d'être Père d'un tel Fils, quel motif aurait-il eu de différer son acte et de se priver d'une perfection ? Pourquoi ne serait-il pas devenu Père aussitôt qu'il
1. In Joan., 1, 4a ; Pair, gr., |t. xiv, col. 96-104. — 2. In Joan., 11, 1 ; ibid., col. io5.
le pouvait. On doit raisonner de même touchant le Saint-Esprit (i). » Il est difficile, on l'avouera, de se prononcer plus formellement contre la gêné- • ration temporelle, et ceci est un progrès incontestable. Qu'Origène ait enseigné la consubstantialité et la co-éternité du Verbe et du Père, c'est ce qu'affirme saint Athanase, en le citant contre les Ariens (2). Cette consubstantialité, Origène l'accuse énergiquement contre les modalistes et sabelliens. « Quant à nous, dit-il, nous croyons qu'il y trois hypostases, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et que le Père seul ne tire son origine d'aucun autre. » Mais il insiste trop sur le rang que déterminent leurs relations naturelles, sur la hiérarchie fondée sur leurs rapports d'origine, et par là les subordonne tellement l'une à l'autre qu'il semble les diviser et par suite compromettre leur absolue égalité !
10. Ainsi donc, au nr9 siècle, le dogme de la Trinité se trouvait battu en brèche, d'un côté par les modalistes sabelliens, qui n'admettaient en Dieu qu'une seule personne avec trois noms différents servant à caractériser ses différents rôles, et d'un autre côté par les trinitaires trop tranchants qui introduisaient un subordinatianisme exagéré parmi les hypostases. L/autorité romaine condamnait formellement les premiers et tenait en légitime suspicion les derniers. Le mérite d'avoir dégagé le véritable enseignement de l'Eglise revient au pape saint Denys, bien qu'il ne l'ait pas formulé avec la netteté et la précision des Pères du ive siècle. Son homonyme, l'évêque d'Alexandrie, saint Denys, n'avait pas su éviter, dans sa réfutation du sabellianisme, le danger du subordinatianisme. C'est
1. Pamphile, Apolog., 111 ; Pair, gr., t. xvn, col. 56 1. — U. In Joan.t 11, 6 ; Pair. gr.t t. xiv, col. 128.
pourquoi le pape lui écrivait : « Il serait juste de discuter contre ceux qui détruisent la monarchie, dogme très auguste de la prédication ecclésiastique, la divisant et la scindant en trois puissances et personnes séparées, en trois divinités. J'ai appris, en effet, que, parmi vous, certains qui prêchent et enseignent la parole de Dieu, soutiennent cette opinion, s'opposant ainsi diamétralement, si je puis dire, à l'erreur de Sabellius. Celui-ci blasphème en affirmant que le Fils même est le Père et réciproquement; ceux-là prêchent d'une certaine manière trois dieux, lorsqu'ils divisent Funité sainte en trois hypostases étrangères l'une à l'autre, tout à fait séparées l'une de l'autre. Il est nécessaire, en effet, que le Verbe divin soit uni au Dieu de toutes choses, que l'Esprit-Saint demeure et inhabite en Dieu, et qu'ainsi la divine Trinité se ramène, se réduise en un point culminant, c'est-à-dire au seul Dieu tout-puissant de l'univers... 11 ne faut pas moins blâmer ceux qui pensent que le Fils est une créature et que le Seigneur a été créé comme l'une des choses qui ont été réellement faites, alors que la parole divine atteste qu'il a été engendré ainsi qu'il convient, mais non créé ou produit... Ne séparons donc pas en trois divinités l'admirable et divine unité; ne diminuons pas par ce terme de création la dignité et la suprême grandeur du Seigneur ; mais croyons en Dieu le Père tout-puissant, et en Jésus-Christ son Fils, et en l'Esprit-Saint ; croyons que le Verbe est uni au Dieu de l'univers. En effet, « le Père et moi, dit-il, nous sommes une même chose ; » et encore : « Je suis dans le Père, et le Père est en moi. » Ainsi seront conservées et la divine Trinité et l'affirmation delà sainte unité (i). »
i. Saint Athanase, De ctecr. Nie. syn., a6 ; Pair, yr., t. xxvi, col. 46 1 sq.
LA SAINTE TRINITÉ : PREUVE PATRISTIQUE b8j
il. Cette lettre du pape saint Dcnys n'enraye pas le mouvement de l'erreur. Celle-ci allait s'affirmer avec force et susciter des luttes et des troubles fort graves pendant le iv° siècle. L'un des foyers fut la capitale de la Syrie, Antioche, où Paul de Samosate, en 269, fut condamné par un Synode pour avoir professé sur la Trinité des opinions erronées qui rappelaient celles des antitrinitaires ; opinions, que Lucien d'Antioche colporta et répandit à Nicomédie avant de subir le martyre. C'est du prêtre Lucien, en effet, que se réclament deux « conlucianistes* » Eusèbe et Arius.