III. IVe siècle
1. Originaire de la Lybie, Arius, devenu prêtre d'Alexandrie et chargé de l'église paroissiale de Baucale, renforça l'erreur, malgré son évêque, soutenu qu'il était par des personnages étrangers, particulièrement par son ami Eusèbe. Pour lui, le Fils est inférieur au Père ; il est créé par Dieu et créé pour créer tout le reste ; il n'a donc pas la substance du Père, mais une nature dissemblable. Par suite les substances du Père, du Fils et du Saint- Esprit diffèrent, sont étrangères l'une à l'autre, sans rapport Tune avec l'autre. Et le Saint-Esprit est l'œuvre du Christ comme le Christ est l'œuvre du Père. D'où la doxologie habituelle se trouve remplacée par celle-ci : « Gloire au Père par le Fils dans le Saint-Esprit (1). »
Condamné à Alexandrie, Arius le fut de nouveau au concile de Nicée, en 325. De là, dans le symbole de Nicée, ces expressions caractéristiques : a Et en.
1. Théodoret, Hœret. fab., iv, 1 ; Patr.gr», t. lxxxiii, col. 4<4*
un seul Jésus-Christ, l'unique engendré du Père, c'est-à-dire de la substance du Père ; Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre (i). » De là encore la condamnation expresse des formules favorites d'Arius, placée à la fin du symbole de Nicée.
L'expression qui tranchait dans la racine l'erreur arienne, celle qui allait servir de tessère à l'orthodoxie, c'est le consubstantiel, Yb\i.ooû<sio<;. Bien qu'étrangère à l'Ecriture, elle répondait trop bien à l'idée maîtresse pour qu'on la négligeât. Les Pères de Nicée, en déclarant le Fils consubstantiel au Père, le proclamaient vrai Dieu, possédant comme le Père la nature divine, en vertu d'une génération propre et naturelle, et non métaphorique. C'est ce que remarque fort justement saint Athanase (2). Sans doute, ce terme avait été rejeté au ni0 siècle, parce que, sur les lèvres et dans la pensée de Paul de Samosate,il masquait sous l'identité de substance l'identité numérique du Père et du Fils et servait ainsi de véhicule au sabellianisme. Mais repris cette fois dans un sens orthodoxe, nettement défini, il acquérait droit de cité dans l'Eglise et servait à exprimer convenablement le dogme. Les semi-ariens essayèrent de l'escamoter en y introduisant une voyelle, qui ne le défigurait pas trop, mais qui en changeait complètement la signification. L'ô;xoiou<yioç n'est pas l'ôtxûous'.oç ; il signifie semblable et non consubstantiel ; les défenseurs de l'orthodoxie ne prirent pas le change et dénoncèrent le subterfuge.
1. Voir plus haut ; Denzinger, n. 17. — 3. De decr. Nie, syn., 20 ; Pair. gr.t t. xxvi, col. 45a.
2. Mais, dans le courant du siècle, l'erreur s'en prit à la troisième personne de la Trinité. On avait nié la divinité de Jésus-Christ, on nia la divinité du Saint-Esprit. Jusque-là, il est vrai, la spéculation ne s'était pas portée sur cette troisième personne ; mais tôt ou tard la question devait se poser de savoir si le Saint-Esprit possède lui aussi la consubstantialité et à quel titre. Pour le Fils, la génération explique sa consubstantialité. Si donc le Saint-Esprit est consubstantiel au Père, c'est qu'il serait engendré, hypothèse inadmissible, le Fils seul procédant du Père par voie de génération. Reste alors que le Saint-Esprit a été créé par le Fils, et dès lors il n'est pas consubstantiel, il n'est pas Dieu. Ce fut en particulier l'erreur de l'évêque semi-arien de Constantinople, Macédonius, qui avait été déposé en 36o par le parti d'Acace ; et c'était une difficulté de plus qui s'ajoutait à celle de faire triompher le consubstantiel de Nicée.
3. La décision doctrinale de Nicée avait déchaîné bien des colères et suscita des luttes acharnées, de violentes persécutions. Elle rencontra une vive opposition de la part d'adversaires qui ne craignirent pas de faire appel à la force impériale pour appuyer leurs revendications ; ils opposèrent des évoques aux évéques, des synodes aux synodes, des professions de foi aux professions de foi. Mais ni les subtilités de la logique, ni les menaces du pouvoir, ni les arrêts d'exil ne firent taire les champions de la foi de Nicée. A la tête de ces derniers marchaient vaillamment le glorieux Athanase d'Alexandrie et l'illustre Hilaire «le Poitiers. Tous deux, par la plume et par la parole, durent mener le bon combat et tenir tête à l'hérésie. L'un représenta l'Orient de 325 à 373 et fut, selon l'expression de saint Basile, le a porte- drapeau de l'ortho-
5 gO LE CATÉCHISME ROMAIN
doxie (i) ; » l'autre, représentant l'Occident, n'entra en scène qu'en 355 et mourut en 366.
[\. Saint Athanase commence par défendre le consubstantiel contre les arguties d'Arius. Oui, disait-il, Dieu est un, mais dans cette unité il y a une trinité ; une seule nature, mais trois personnes distinctes (2). Les termes de Père et de Fils sont corrélatifs (3). Le Fils n'a pas été tiré du néant ni produit par un acte libre de la volonté divine ; il est engendré de la substance du Père (/[), et cette substance il la possède tout entière par son caractère propre (5). Il possède la divinité dans sa plénitude (6) ; il est éternel comme son Père (7). Ils sont deux cependant, le Père et le Fils, distincts l'un de l'autre ; mais il n'y a qu'une seule nature, et dans cette nature divine unique pas l'ombre d'une division (8).
De même le grand évêque prend la défense de la troisième personne. Le Saint-Esprit participe lui aussi à la divinité et à la puissance de Dieu (9). Il a pour principe le Fils qui est avec le Père (10), et il est inséparable du Père et du Fils (n). Il forme avec le Père et le Fils une seule et même substance (12). Il n'y a par conséquent qu'une seule nature divine et un seul Dieu en trois personnes (i3).
5. De son côté, Févêque de Poitiers compose un traité en douze livres sur la Trinité. Partant de la
1. Epist., lxvi ; Patr. gr., t. xxxn, col. ^24- — 2. Orat. cont. arian., 1, 18; Pair, gr., t. xxvi, col. 48. — 3. Ibid., m, 6; ibid., col. 333. — 4- Ibid., in, 62 ; ibid., col. 453. — 5. Ibid.t 1, 16; ibid., col. 45. — 6. Ibid., m, 6; ibid., col. 33a. — - 7. Ibid., 1, i4; ibid., col. 4i. — 8. Ibid., in, 4; ibid., t. xxvi, col. 328. — 9. De inc. et cont. arian., ix ; ibid., col. 997. — 10. Ibid., col. 1000. — 11. Tom. ad Ant., 5; ibid., col. 801. — 12. Epist. ad Serap., 1, 27; ibid., col. 5y3. — i3. De inc. et cont. arian., x ; ibid., col. 1000.
LA SAINTE TRINITÉ : PREUVE PATRISTIQUE - 5g I
formule baptismale, il traite d'abord de la génération du Verbe et prouve la consubstantialité du Père et du Fils. Et après avoir réfuté les objections ariennes contre la divinité du Christ, il venge la doctrine de la génération éternelle du Verbe dans le sein du Père de toutes les calomnies d'Arius ; il s'applique à saisir cette génération éternelle en elle même, dans son absolue distinction de toute procréation ou production temporelle, enfin il défend la divinité du Saint-Esprit (i). Grâce à lui, remarque Schwane, la terminologie se trouva mieux fixée dans la langue latine que dans la grecque. Unité de substance : u Dieu le Père et Dieu le Fils ne font absolument qu'un, non par l'union de personne, mais par l'unité de substance (2). » Identité de nature, le Père et le Fils « se compénètrent réciproquement, parce que tout est parfait dans le Fils unique, comme tout est parfait dans le Père inengendré (3). » Mais distinction personnelle. La génération n'est « ni un partage, ni une diminution, ni une émanation, ni une extension, mais la production d'un être vivant par un être vivant (4). » « A la différence de plusieurs de ses devanciers, dit Largent, Hilaîre parle du dogme trini taire avec une justesse irrépréhensible ; il se garde des paradoxes de langage et de pensée où Tertullien s'était quelquefois emporté (5). » 6. Bientôt, du sein même de la Cappadoce, jusque ià l'un des foyers et l'une des forteresses de l'hérésie, Dieu suscite de vaillants émules et de puissants auxiliaires à saint Athanase et à saint Hilaîre : ce sont les célèbres cappadociens, saint Basile le grand, son frère saint Grégoire de Nysse, son ami saint Grégoire de Nazianze et son corres-
1. De Trinitate, Pat. lat.t t. x, col. 25-472. — 2. De Trw., iv, 42 ; ibld., col. 128. — 3. Ibid., 111, 4; ibid., col. 78. — A. laid., iv, 35 ; ibid., col. i85. — 5. Largent, saint Hilaire, p. 45.
pondant saint Amphilochius d'Inconium. Ceux-ci apportent plus de précision dans la terminologie grecque et trouvent une formule équivalente à la formule latine. Ils conservent les termes dt oùc(% pour désigner la substance et de uTrôaTacj'.ç pour désigner la personne; ils accentuent la réalité de l'unité d'essence en ramenant les trois hypostases, expression d'Origène, à l'unité de substance : Tpeïç u7ro<7T7.(T£t; Èv t/Ya oiWot, qui répond au très personse unius substantise des latins ; ils distinguent nettement en Dieu l'essence ou la nature, la substance et toutes les perfections absolues des propriétés relatives et personnelles ; ils marquent enfin avec précision que ces noms de Père, de Fils et de Saint- Esprit se rapportent aux relations d'origine. Et par là ils font faire un progrès notable à la notion et à l'exposition du mystère de la Trinité.
7. Pendant la période qui précéda le concile de Nicée, la question trinitaire avait surtout porté sur le Fils, sur sa divinité et ses relations avec le Père. Le concile de Nicée s'était borné à mentionner le Saint-Esprit. Mais l'arianisme regardant le Fils comme une créature créant les autres, tôt ou tard on devait en conclure logiquement que le Saint- Esprit est une œuvre du Fils. L'erreur allait ainsi s'étendre de la seconde à la troisième personne de la Trinité. Les anoméens firent d'abord du Saint- Esprit un intermédiaire du Verbe. Pour Eunomius, « le Saint-Esprit a été, quant à l'ordre et quant à l'essence, créé le troisième, sur l'ordre du Père, par l'action du Fils ; honoré du troisième rang comme la première et la plus élevée des créatures du Fils unique, seul de son espèce, mais dépourvu de divinité et de puissance créatrice (1). » Saint Athanase