‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 166 sur 179 · IV. L'œuvre de saint Augustin · texte numérisé non relu

IV. L'œuvre de saint Augustin

Aux prises avec l'hérésie d'Arius et de Macédo-

i. Voir plus haut le symbole de Nicée-Constantinople ; Denzinger, n. 47.

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nius. les Pères durent essayer de formuler une interprétation rationnelle du dogme de la trinité ; grecs et latins rivalisèrent. Mais, chose curieuse, la spéculation fut moins profonde chez les premiers, beaucoup plus hardie chez les seconds.

Les Pères grecs, en effet, dans l'étude de ce mystère, se placèrent surtout au point de vue des personnes divines, n'atteignant la nature de Dieu qu'à travers ces personnes. A leurs yeux, la personne du Père est la source de la divinité ; la personne du Fils est la perfection physique du Père; lapersonne du Saint-Esprit est sa perfection morale. Ainsi que le remarque le P. de Régnon, « les perfections divines identifiées au Fils, ou personnifiées dans le Fils, ce sont en général les perfections physiques, comme si l'opération physique, qu'on appelle génération et qui a pour terme un fils de même nature que son père avait pour résultat propre et formel de produire des perfections physiques (i). » On l'appelle la Raison, la Sagesse, et ce sont là des perfections de l'intelligence ; on l'appelle la Volonté, la Puissance, et ce sont là des perfections de la volonté divine ; et comme la production des créatures est une œuvre de sagesse, de volonté et de puissance, c'est au Fils que les Pères grecs l'attribuent spécialement. La troisième personne, le Saint-Esprit, est la perfection morale du Père, sa Sainteté personnelle, et principe de sanctification des créatures. Dans cet épanchement de la divinité, une différence existe sans nul doute entre la génération du Fils et la procession du Saint-Esprit; c'étaient là deux données de la Révélation, deux termes consacrés par l'Ecriture ; mais les grecs ne cherchèrent pas à préciser davantage. Leur concept de la trinité peut se

i, De Régnon, Etudes de théologie positive, t. rv, p. 35o.

formuler ainsi : « Trois personnes participant pleinement et également à une même nature divine. »

1. Saint Augustin, qui est justement appelé le Docteur de la grâce, et qui mériterait tout aussi bien d'être appelé le Docteur de la trinité, selon la remarque de Schwane (1), ne se contente pas, dans son traité De Trinitate (2), de résumer et de compléter tout ce qui a été dit de plus profond, il renverse complètement le point de vue. Au lieu d'aller, comme les grecs, des personnes divines à la nature de Dieu, il commence par l'étude directe de la nature divine avant de passer aux personnes pour atteindre la réalité complète.

Dieu, c'est la divinité, non pas abstraite, mais concrète et personnelle, s'épanouissant sans succession, mais non sans ordre d'origine, en trois personnes. Jusque là tous les symboles, formulés d'après le concept ancien, posent d'abord la foi au Dieu unique qui est le Père, passent ensuite à la foi en Jésus-Christ, son Fils unique, et nomment enfin le Saint-Esprit : c'est leur seule manière de formuler la trinité. Le Qalcamque, au contraire, d'inspiration manifestement augustinienne, consacre le nouveau point de vue et débute par la foi à l'unité de Dieu dans la trinité et à la trinité dans l'unité.

Augustin met donc l'accent sur l'unité divine en face des trois personnes ; c'était éviter le danger de toute accusation de trithéisme qui obligeait les grecs à récapituler la trinité dans sa source première, le Père. En mettant en plein relief l'égalité des trois personnes, il évitait également le danger de laisser croire à la supériorité du Père et à la

1. Schwane, Histoire des dogmes, trad. franc., t. il, p. a65. — 2. Pair, lat., t. xlii.

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subordination du Fils et du Saint-Esprit. Mais ce double avantage n'offrait-il pas un inconvénient grave, celui de considérer la divinité comme un Dieu personnel avant d'être Père, Fils et Saint- Esprit? Saint Augustin a prévu la difficulté ; aussi, a-t-il soin de refuser à la divinité ainsi considérée toute réalité distincte de la réalité des trois personnes divines (i).

2. En outre, saint Augustin insiste pour faire de toute opération divine ad extra l'œuvre indistincte des trois personnes : création, théophanics, incarnation, sanctification. Et s'il est d'usage d'attribuer à chacune, dans ces opérations, un rôle particulier à raison de son origine, c'est, dit-il, uile simple appropriation. Les grecs, au contraire, insistaient sur le rôle distinct de chacune des personnes dans l'œuvre commune au point de laisser croire que chaque personne avait exclusivement une opération propre. Pour l'évêque d'Hippone et pour les scolastiques à sa suite, l'appropriation consiste à attribuer spécialement à l'une des personnes l'un ou l'autre des attributs essentiels, l'une ou l'autre des opérations communes, lorsque cet attribut ou cette opération est particulièrement apte à mettre en relief le caractère propre d'une personne, lorsque celte aptitude repose sur une analogie véritable, sur un rapport avec la propriété de la personne. De la sorte le Père est dit tout-puissant, parce que, dans la famille créée, le père a naturellement l'autorité ; la création est attribuée au Fils, parce qu'elle est l'œuvre de la science divine et qu'elle se rapporte à l'intelligence d'où procède le Verbe ; et la sanctification est attribuée au Saint-Esprit, parce qu'il est l'amour incréé. Et ainsi l'appropriation se fonde

i. Epist. cxx ; Pair, lat., t. xxxm, col. 452-46a.

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sur une relation de similitude entre la propriété d'une des trois personnes et Fattribut essentiel ou l'opération commune.

3. Enfin, saint Augustin a fondé la théorie psychologique des processions sur l'étude de l'âme humaine, qui existe, pense et veut ; théorie systématisée plus tard par saint Anselme et achevée par saint Thomas. Cette théorie explique en quoi et comment différent la génération et la procession, pourquoi il y a deux processions en Dieu et rien que deux, pourquoi le Verbe est Fils et mérite personnellement le nom d'Image du Père, et pourquoi le Saint-Esprit, amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, procède de l'un et de l'autre sans que sa procession ressemble le moins du monde à la génération (1).

C'est donc dans les actes d'intelligence et de volonté que saint Augustin trouve l'explication des processions divines. Dans l'homme, l'intelligence et la volonté sont des facultés naturelles ; leur existence relève de la nature et non de la personne. Comment donc ces actes peuvent-ils être en Dieu la source des processions, puisqu'ils relèvent de la nature et que ce n'est pas la nature qui engendre, mais la personne du Père ? C'est qu'il ne faut pas oublier que si nous distinguons en Dieu l'essence divine et les personnes, c'est sans doute parce que <cette distinction de raison est fondée sur la réalité, mais ce n'est pas une distinction réelle. Car l'essence n'existe pas avant ou en dehors des personnes. Ce n'est donc pas à l'acte d'intelligence de la nature divine qu'on doit attribuer la génération du Fils, mais à l'acte d'intelligence de cette

1. E. Portalié, saint Augustin, dans le Dictionnaire de théo- 4ogie, t. 1, col. 2346-2349.

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