‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 167 sur 179 · L'AME, IMAGE DE LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

L'AME, IMAGE DE LA TRINITÉ

nature en tant qu'elle est possédée. Car c'est là un acte naturel sans doute, mais c'est aussi un acte personnel, ou, comme diront les scolastiques, un acte notionneU c'est-à-dire un acte envisagé formellement sous le concept de personne.

C'est ainsi que le génie de saint Augustin a apporté sa large et décisive contribution à l'étude du mystère de la sainte trinité. Sur le chemin tracé par lui et dans la direction fixée par lui, la scolastique n'aura qu'à marcher. Et saint Thomas pourra d'une main sûre dresser et remplir le plan d'un traité de la trinité, qui est un monument d'érudition, de clairvoyance et de profondeur.

L'âme, image de la Trinité. — a Nous sommes quelque chose d'intelligent, quelque chose qui s'entend et s'aime soi-même ; qui n'aime que ce qu'il entend, mais qui peut connaître et entendre ce qu'il n'aime pas... Ainsi entendre et aimer sont choses distinctes, mais tellement inséparables qu'il n'y a point de connaissance sans quelque volonté. Et si l'homme semblable à l'ange connaissait tout ce qu'il est, sa connaissance serait égale à son être ; et s'aimant à proportion de sa connaissance, son amour serait égal à l'un et à l'autre. Et si tout cela était bien réglé, tout cela ne ferait ensemble qu'un seul et même bonheur de la même âme, et à vrai dire la même âme heureuse, en ce que par la droiture de sa volonté conforme à la vérité de sa connaissance, elle serait juste. Ainsi ces trois choses : être, connaître et vouloir, font une seule âme heureuse et juste...

« Ainsi, à notre manière imparfaite et défectueuse, nous représentons un mystère incompréhensible. Une trinité créée que Dieu fait dans nos âmes nous représente la Trinité incrééc, que lui seul peut nous révéler; et pour nous la faire mieux représenter, il a mêlé dans nos âmes, qui la représentent, quelque chose d'incompréhensible.

« Entendre et vouloir, connaître et aimer sont actes très distingués ; mais le sont-ils tellement que ce soient choses entièrement et substantiellement dillérenlcs ? Cela ne

peut être ; la connaissance n'est autre chose que la substance de l'âme affectée d'une certaine façon ; et la volonté n'est autre chose que la substance de l'âme affectée d'une autre. Quand je change de pensée et de volonté, ai-je cette volonté et cette pensée sans que ma substance y entre ? Sans doute elle y entre ; et tout cela, au fond, n'est autre chose que ma substance affectée, diversifiée, modifiée de différentes manières, mais dans son fond toujours le même : car, en changeant de pensée, je ne change pas de substance, et ma substance demeure une pendant que mes pensées vont et viennent...

« Je ne sais qui peut se vanter d'entendre cela parfaitement, ni qui pourra se bien expliquer à soi-même ce que les manières d'être ajoutent à l'être, ni d'où leur vient leur distinction dans l'unité et identité qu'elles ont avec l'être même, ni comment elles sont des choses, ni comment elles n'en sont pas. Ce sont des choses, puisque si c'était un pur néant, on ne pourrait véritablement ni le? assurer, ni les nier ; ce n'en sont point, puisqu'en ellesmêmes elles ne subsistent pas. Tout cela ne s'entend pas bien; tout cela est pourtant chose véritable et tout cela nous est une preuve que, même dans les choses naturelles, l'unité est un principe de multiplicité en elle-même, et que l'unité et la multiplicité ne sont pas autant incompatibles qu'on le pense...

« Si j'étais une nature incapable de tout accident survenu à sa substance, et en qui il fallût que tout fût substantiel, ma connaissance et mon amour seraient quelque chose de substantiel et de subsistant : et je serais trois personnes subsistantes dans une seule substance, c'est-àdire je serais Dieu. Mais comme il n'en est pas ainsi, je suis seulement fait à l'image et à la ressemblance de Dieu, et un crayon imparfait de cette unique substance qui est tout ensemble Père, Fils et Saint-Esprit : substance incompréhensible dans sa trine divinité, qui n'est au fond qu'une même chose, souveraine, immense, éternelle, parfaitement une en trois personnes distinctement subsistantes, égales, consubstantielles. » Bossuet, Elévations sur les Mystères, ne Sem., élév. vi,

Leçon XVIII

De la Sainte Trinité

I. Exposé du mystère. — IL Enseignement de saint Thomas. — III. Notions erronées et objections.

Page 1