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III. La Catéchèse de la fin du Ve siècle au IXe

Pendant que l'Eglise grecque, après la chute de l'empire romain d'Occident, se mettait à la remorque du pouvoir civil et épuisait sa force dans d'interminables querelles jusqu'au schisme final, l'Eglise latine resta aux prises avec les invasions. Mais déjà très puissante en Italie, dans l'Afrique du Nord, en Espagne, en Gaule, dans une partie de la Germanie et dans les îles britanniques, l'Eglise de Rome assure sa prépondérance et reçoit dans son sein les barbares, dont elle fait des peuples chrétiens. Or, dans ce milieu où les familles qui ont embrassé la foi forment la majorité delà population, l'ancienne organisation du catéchuménatperd en partie sa raison d'être. Car le baptême des enfants tend de plus en plus à être la règle ordinaire,

1. De myst., 1, 2 ; Pair, lat., t. xvi, col. 389. — 2. Saint Augustin, Serm., cclx, Pat. lat., t. xxxviu, col. 1202 ; Serm., cccliii, Ibid., t. xxxix, col. i56o.

tandis que le baptême des adultes devient de plus en plus une exception. Sans doute, même pour le baptême des enfants, on pratique encore, durant le carême et jusqu'à la veille de Pâques, les cérémonies spéciales delà tradition du symbole et de l'oraison dominicale, à laquelle on ajoute celle des saints Evangiles et de la foi ; le triple renoncement au démon, à ses pompes et à ses œuvres, la triple affirmation de la foi ont toujours lieu. Mais ce sont les parrains et les marraines qui se substituent à leurs filleuls et jouent le rôle actif dans toutes ces cérémonies.

La catéchèse ancienne, préparatoire au baptême, doit être forcément remplacée par un enseignement postérieur au baptême. Dès qu'ils parviennent à l'âge de raison, les enfants baptisés doivent recevoir une instruction chrétienne, de manière à connaître les vérités à croire et les devoirs à remplir pour mener une vie conforme au baptême qu'ils ont reçu. Cette instruction incombe tout d'abord aux parents et aux parrains comme une obligation étroite de leur parenté naturelle ou spirituelle ; mais, pour divers motifs, elle ne pouvait que laisser beaucoup à désirer et devait être en tout cas fort rudimentaire. Elle fut également confiée aux prêtres chargés du soin des paroisses. Mais qu'il fût donné par les parents et les parrains ou par les membres du clergé, cet enseignement élémentaire était destiné à remplacer la catéchèse du catéchuménat. Devant particulièrement s'adresser à des enfants, il dut être mis à leur portée, être réduit à sa plus simple expression, de manière à être saisi et retenu. A la longue, après bien des tentatives et des essais, il aboutit à ce que n«us appelons aujourd'hui le catés/risme, comme nous le verrons plus loin.

La catéchèse ne continue pas moins d'être pratiquée, à titre exceptionnel dans les pays chrétiens auprès des adultes infidèles, et normalement en pays païens, c'est-àdire au centre, à l'est, au nord de l'Europe, partout où l'Eglise porte l'effort de son apostolat.

1° La Catéchèse en pays Chrétien. — En Afrique, en Espagne et en Gaule, on continue à traiter les catéchu-

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mènes et les compétents comme par le passé. Dans la province d'Afrique, Saint Fulgence de Ruspe (f 533) dit aux compétents que le démon a été frappé pareuxdedixplaies. Or ces dix plaies rappellent dix pratiques déjà connues du catéchuménat, entre autres la traditio symboli (i). Son correspondant Ferrand, diacre de Carthage, lui écrit pour savoir ce qu'il faut penser du sort réservé à l'un des compétents qu'il préparait au baptême et qui venait de mourir subitement ; il a soin de constater que ce catéchumène avait été admis au nombre des compétents, aux approches de Pâques, qu'après l'inscription de son nom, il avait reçu l'instruction propre à son rang et la notification des mystères de la vie chrétienne ; qu'il était passé par les exorcismes et avait subi le scrutin solennel ; qu'il avait pris l'engagement de renoncer au démon ; qu'il avait assisté à la tradition du symbole et de l'oraison dominicale et qu'il avait récité la formule de foi (2).

En espagne, où les ariens sont nombreux, les évêques décident, au concile d'Agde de 5oG, que l'on doit enseigner aux compétents partout le même jour, c'est-à-dire, le huitième avant Pâques, can. i3, et qu'il faut obliger les juifs qui veulent se convertir, à passer huit mois eu rang des catéchumènes, can. 34 (3). Plus tard, trois ans après la conversion du roi des Suèves, Ariamir, en 563, au iep concile de Braga, ils rédigent une formule de symbole pour l'opposer au priscillianisme et veulent que l'on continue à administrer le baptême conformément aux indications envoyées par le pape Vigile à Profuturus (4).

En 572, II9 concile de Braga : on y trace la conduite à suivre pendant le carême a l'égard des compétents, touchant les exorcismes et l'enseignement du symbole ; les évêques sont invités à pousser leurs diocésains, pendant la visite pastorale, à abandonner les erreurs païennes et à éviter les fautes graves (5). Après la conversion de Récarède, le concile de Tolède de 589 ordonne aux fidèles

1. Serm. lxxviii, Patr. lat., t. lxv, col. 95o. — a. Epist., 1; Epist., xii, 1,2; Patr. lat., ibid., col. 38o. — 3. Hardouin, Acla, Concil., t. 11, col. 999, 1002. — 4- Capit., 5 ; Hardouin, t. m, col. 35 1. — 5. Can. 1, ibid., col. 386.

de chanter à la messe le symbole de Constantinople (i). Au siècle suivant, le catéchumène, d'après saint Isidore (2),, est celui qui rejette le culte des idoles et apprend à connaître qu'il n'y a qu'un seul Seigneur ; quant au compétent, il est instruit sur ce qui regarde les sacrements, sur le symbole et la règle de foi et sur ce qui touche au baptême, à la chrismation et à l'imposition des mains (3). Saint Ildefonse, dans son De cognitione baptismi, suit d'abord la nar ratio de saint Augustin ; il distingue ensuite le compétent du catéchumène, et cite comme faisant partie de son instruction spéciale le symbole, l'oraison dominicale, les sacrements du baptême, de confirmation; et d'eucharistie (4).

En Gaule, nous savons par Gennade (5), ce qu'on enseignait aux futurs baptisés, à la fin du ve siècle. Pour le vie, saint Avit (7 526) nous a laissé un petit poème en cinq chants, qui rappelle une partie de la narratlo augustinienne et qui traite de la création, du péché originel, du jugement de Dieu chassant Adam du paradis, du déluge et du passage de la mer Rouge, deux types du baptême (6). Saint Césaire (7 542), fidèle écho de l'évêquer d'Hippone, nous fait connaître les devoirs des parents à l'égard des enfants, des parrains vis-à-vis de leurs filleuls; il énumère les vices et les superstitions de son temps qu'il faut abandonner pour devenir chrétien, traite de l'obligation qui incombe au compétent, des divers articles du symbole qui faisaient l'objet de la catéchèse préparatoire au baptême, de la foi due au symbole, de la trinité.de l'incarnation, de la rédemption et du jugement dernier (7). Après lui, saint Grégoire de Tours (7593 ou 5g4) cite parfois quelque trait relatif à l'administration du baptême pen-

1. Capit., 2, ibid., col. 386. — 2. De offic, II, xxi; Pair, lat.* t. Lxxxiu, col. 8i4- — 3. De ojfic, II, xxn-xxvn, ibid., col.,. 812-824. — 4. De cognit. bapt., xxxiu, cxxxu-cxlii ; Pair, lat.* t. xcvi, col. 124, 166-171. — 5. De eccles. dogm., 74 ; Patr. lai.,. t. Lvui, col. 997. — 6. De Mosaicœ historiœ gestis, Patr. lat., t. lix, col. 323-368. — 7. Serm., vi, 6 ; clxviii, 3 ; cclxv, 5 ; cclxvii ; ccxhv-ccli; Pair. lat.t t. xxxix, col. 1751, 2071, 2239,

dant le vie siècle dans son Histoire des Francs (i).

2° La Catéchèse en pays de missions. — Commencées dès <le ve siècle, les missions amènent successivement la conversion de l'Irlande, de l'Ecosse et de la Grande-Bretagne pendant le vie siècle. Puis, sous les Mérovingiens d'abord, sous les Carlovingiens ensuite, des Irlandais viennent se mêler aux Francs pour évangéliser les Pays-Bas des rives de l'Escaut à celles de la Meuse, toute l'ancienne Germanie romaine, l'Austrasie, l'Alémanie, la Thuringe et la Bavière. Enfin des missionnaires anglo-saxons entreprennent la conversion de la Saxe et de la Germanie, qui n'avaient pas connu le joug de Rome, et qui sont réduites par Charlemagne. Au ixe siècle, le christianisme pénètre en Moravie et en Bohême, grâce aux saints Cyrille et Méthode, en Danemark avec saint Anschaire, et, à partir de la fin du x6 siècle, en Suède et en Norvège, en Pologne, en Hongrie et en Russie. Sans dépasser ici inutilement le règne de Charlemagne, il faut rechercher la méthode suivie par saint Patrice (f 460) chez les Irlandais, par saint Colomban (f 573) chez les Pietés et les Scots, par saint Augustin de Cantorbéry (f 608) chez les Anglo-Saxons, par saint Amand et saint Eloi (f 658) chez les Francs austrasiens, par saint Gall (f c. 627) chez les Alémans de la Suisse, par saint Kilian (vers 689) en Thuringe, par saint Rupert en Bavière, par saint Wilfrid (f 700) et saint Willibrord (f c. 739) dans la Frise, et par saint Boniface (f 755) dans la Saxe et les pays environnants.

Malheureusement il ne nous est resté aucune catéchèse de cette époque, sans doute, parce que, prêchant en langue vulgaire, les missionnaires d'alors ne prirent pas soin de rédiger en latin les discours qu'ils adressaient aux païens et aux catéchumènes, comme ils le firent pour quelques homélies, adressées à des chrétiens, dans le but de les mettre entre les mains du clergé, à titre de modèle ou de manuel de prédication. Nous en sommes donc réduit aux conjectures.

x. Hist. Franc, m sq ; Pair. lat.t t. lxxi, col. 241 sq.

Cependant, ce qui rend ces conjectures très vraisemblables, c'est que ces missionnaires ont dû naturellement s'inspirer de l'expérience déjà acquise ailleurs ainsi que des traditions introduites dans l'Eglise par le catéchuménat. Le milieu, il est vrai, difïérait, mais l'obstacle à vaincre était toujours le paganisme et ses superstitions. De ce côté, la catéchèse ne pouvait procéder tout d'abord que par la démonstration de l'erreur païenne, sauf à ne pas trop heurter de front ces natures farouches et susceptibles. Des ménagements s'imposaient. Et si trop souvent, contrairement aux sages prescriptions de l'Eglise, la force brutale intervint pour obliger les peuples vaincus à accepter le joug de la foi, il était facile de prévoir combien éphémères devaient être de pareilles conversions. Mieux valait incontestablement user d'une sage modération et ne recourir qu'aux procédés ordinaires de la persuasion évangélique en appuyant l'enseignement donné sur l'autorité de l'exemple, la sainteté de la vie et l'efficacité du dévouement ; et c'est ce à quoi ne manquèrent pas, en général, la plupart-des missionnaires.

Mais ayant affaire à des caractères droits, à des natures, généreuses et enthousiastes, ils se hâtèrent parfois d'admettre les catéchumènes au baptême sans une préparation intellectuelle suffisante pour des esprits aussi peu cultivés. La catéchèse préparatoire devait contenir cependant le strict nécessaire des vérités à croire et des devoirs à pratiquer pour devenir chrétien ; mais elle était si promptement oubliée que quelques-uns de ses éléments essentiels n'étaient plus connus après le baptême et que, des ordres furent donnés en conséquence, à plusieurs, reprises, pour enseigner, par exemple, aux nouveaux, baptisés, l'objet du triple renoncement au démon, à ses pompes et à ses œuvres, et pour leur faire apprendre par cœur la formule du symbole des apôtres et de l'oraison dominicale.

Voici, du reste, d'après les documents contemporains,les quelques indications sommaires qui permettent de reconstituer à peu de chose près la catéchèse d'alors, et de constater que la plupart des éléments de la catéchèse

-apostolique et patristique s'y retrouvent. C'est, en effet, en premier lieu, la condamnation de l'idolàlriesous toutes ses formes, et l'on sait combien elle était profondément enracinée dans ces races pietés, saxonnes, germaniques. «Saint-Eloi énumère un grand nombre de superstitions (i), et le concile de Leptines, 743, en compte une trentaine dans son Indiculus super stitionum et paganariam (2). C'est ensuite la proclamation de l'existence d'un Dieu uni- <jue, créateur du ciel et de la terre, envoyant son fils pour sauver les hommes, avec un abrégé de l'histoire religieuse <Ju monde et de l'économie de la rédemption. C'est aussi le rôle du baptême, les renoncements et les engagements <jui précèdent sa collation, la liste plus ou moins détaillée des fautes à éviter et des devoirs à remplir. Et c'est enfin la question des fins dernières, du jugement général et de la sanction des récompenses ou des peines éternelles.

Saint Augustin, envoyé par saint Grégoire le Grand, prêche l'Evangile au roi anglo-saxon, Ethelbert, le convertit et le baptise avec une multitude des siens à Cantorbéry, le jour de Noël 597, comme Saint Rémi avait baptisé Clovis et ses Francs, à pareille fête, un siècle auparavant (3). Le pape, félicitant son missionnaire de ce <jue la nation des Angles, dégagée des ténèbres de l'erreur et éclairée des lumières de la foi, a embrassé le christianisme, laisse entendre quelle fut la méthode catéchétique •de saint Augustin (4).

Quelques années plus tard, en 624, Boniface V écrit à Hdwin, roi saxon du Northumberland encore païen, pour l'engager à embrasser la foi de sa femme Edelburge et à se faire chrétien. Sa lettre est un programme de catéchèse. Inanité des idoles, importance de croire un Dieu créateur, qui a envoyé son fils unique pour sauver le genre humain, nécessité d'embrasser l'évangile et de re-

1. Vita S. Eligii, 11, xv ; Pair, lai., t. lxxxvii, col. 524-55o. — 2. Pair, lai., t. lxxxix, col. 810 sq ; Hardouin, t. ni, col. «gis ; Hefele, Histoire des Conciles, t. iv, p. 407. Cf. Ratramne, Pair, lai., t. cxxi, col. n53. — 3. Bèdc, Hist. eccles.. ï, xxv; Pair, lai., t. xcv, col. 55. — 4. Epist., L. xi, xxvu ; Pair, lat., $. lxxvii, col. n3g.

naître par le baptême, tels sont les principaux points qu'elle traite (t). Le roi rassemble ses chefs et ses prêtres ; et le pontife des idoles, Coïf, constate franchement l'inutilité du culte païen et affirme qu'il serait sage d'accepter une religion qui enseigne d'où nous venons et où nous allons (2). La question de l'origine et de la destinée humaine devait donc faire partie de la catéchèse adressée aux Anglo-saxons.

En 634, le roi Oswald, voulant convertir les provinces de son royaume restées idolâtres, s'adresse à des religieux scots. L'un de ceux-ci, Corman, avait rebuté les Angles par ses austérités. « Vous avez été trop sévère auprès de ces ignorants, lui fait remarquer un vieillard, Aedan ; vous auriez dû, selon la discipline apostolique, commencer par leur offrir le lait d'une doctrine plus douce jusqu'à ce que, nourris peu à peu du Verbe divin, ils eussent été à même de comprendre un enseignement plus parfait et de s'élever à la pratique des commandements du Seigneur» (3). Ici, c'est la catéchèse apostolique qu'on invoque et dont on suppose l'emploi ordinaire.

Saint Eloi, au rapport de Saint-Ouen, touchait si bien le cœur des barbares que chaque année, à Pâques, il donnait le baptême à des foules de catéchumènes (4). Or, paraît-il, il détachait peu à peu le peuple bercé de labiés de ses croyances païennes et de ses pratiques superstitieuses, lui parlait du seul vrai Dieu, créateur, lui inspirait la crainte des châtiments futurs et lui montrait les récompenses éternelles, dont il n'avait pas jusqu'alors le soupçon (5). Il utilisait trop bien les œuvres de saint Gésaire pour avoir ignoré celles de saint Augustin ; son discours rappelle à la fois les Deux voies de la Didaché et et la catéchèse du De catechizandis rudibus.

Saint Gall, dans un discours prononcé sur les bords du lac de Constance, semble également faire écho à la narratio de saint Augustin : c'est un résumé de l'histoire re-

i. Epist., ni ; Pair, lat., t. lxxx, col. 438. — 2.Bède, II, xm, col. io4- — 3. Bède, III, v, col. 124. — 4. Vita S. Eligii, II, vin; Patr. lat., loc. cit. col., 5i3. — 5. Vita S. Eligii, II, xv ; ibid, col. 5a4-55o.

ligieuse du monde depuis la chute jusqu'à la rédemption par la croix de Jésus-Christ, traitant de la mission des apôtres, de la vocation des gentils et de la constitution divine de l'Eglise, arche du salut (i). Bien qu'adressé à des auditeurs, dont la plupart avaient reçu le baptême, ce discours rappelle la catéchèse d'introduction au catéchuménat.

A en juger parles quinze homélies qui nous restent et qui sont un manuel d'instruction religieuse à l'usage des commençants, saint Boniface devait insister sur les obligations de la vie chrétienne, fautes à éviter et devoirs à remplir, sur l'objet du triple renoncement et des promesses baptismales (2). Parmi les canons qu'on lui attribue, le 27e spécifie que le prêtre qui baptise doit faire faire au catéchumène les renoncements et la profession de foi en langue vulgaire, afin qu'il sache à quoi il s'engage (3). Dans une lettre à son ancien évêque de Winchester, il demande des conseils pour mener à bien la conversion des saxons et des thuringiens. Daniel répond et, parmi les conseils que lui dicte sa vieille expérience, il indique celui d'écarter tout d'abord les superstitions de ses auditeurs (4).

La Didaché n'était pas inconnue à saint Boniface, car il s'en est servi non seulement pour rappeler aux fidèles les engagements pris au baptême, ainsi qu'en témoigne son homélie xv, De abrenuntiatione in baptismate (5), mais aussi pour instruire les catéchumènes avant de les admettre au baptême. Et l'on peut en dire autant de saint Ph> minius de Reichenau, son contemporain, dont nous possédons un traité sous forme de discours, sorte de compendium catéchétique comprenant un abrégé d'histoire sainte, des considérations relatives au baptême, à Yabrenuntiatio, à la reddilio symboli, quelques points de morale et la liste des fautes à éviter (6). Du reste la

1. Serm.; Pair, lat., t. lxxxvii, col. i3-2Ô. — 2. Flomil., III, xv ; Pair, lat., t. lxxxix, col. 8^7, 870. — 3. Ibid., col. 822. — 4. Episl., xiii ; Pair, lat., ibid., col. 703. — 5. Ibid., col. 870. - — 6. Scarapsas, Patr. lat., ibid., col. 1029-1050. Cf. Schlecht. DoctrinaXII apostolorum, Fribourg-en-Brisgau, 1901, p. 83.

doctrine morale des Deux voies de la Didaché avait sa place marquée dans la catéchèse des catéchumènes ; son texte servait en réalité à cet enseignement. La preuve en est, note M. Ladeuze dans la Revue d'histoire ecclésiastique (i), dans les deux homéliaires de Malk et de Fressing, qui nous ont rendu la version latine des Deux voies. La Didaché y est conservée parmi les homélies sur la foi, le symbole, etc., et, dans les deux manuscrits, elle fait suite à l'homélie xv, déjà citée, de saint Boniface.

Lorsqu'il fut sacré évêque à Rome par Grégoire II, en 723, l'apôtre de la Germanie connaissait déjà, pour l'avoir pratiquée, la marche à suivre dans levangélisation des païens. Au besoin, la lettre du pape qu'il emportait et qui était adressée aux saxons de vieille race, encore païens, la lui aurait rappelée. « Le royaume de Dieu est proche, écrivait Grégoire II (2): ne cherchez pas votre salut dans les vaines idoles fabriquées de mains d'homme, d'or, d'argent, de pierre ou de bois, et décorées par les païens du nom de divinités. Elevez vos regards et vos cœurs vers le Seigneur Dieu, créateur du ciel et de la terre. N'adorez que lui et vos fronts ne rougiront plus. Dépouillez le vieil homme pour revêtir le Christ nouveau. Déposez toute malice, colère, fureur et tout blasphème... L'éveque que je vous envoie vous délivrera de l'esclavage et des fraudes du démon. Il vous arrachera au péril de la damnation éternelle pour vous introduire dans les joies du royaume du ciel. ))

A l'assemblée générale de ces redoutables Saxons, à Merklo sur le Weser, où il eut le courage de se présenter, saint Lebwin, disciple de saint Boniface, condense ainsi en quelques mots sa catéchèse : « Ecoutez-moi, écoutez surtout celui qui parle par ma bouche. Je vous porte les ordres de celui à l'empire et au jugement duquel tout est soumis. Ecoutez et sachez que le Seigneur, créateur du ciel et de la terre et de la mer et de tout ce qu'ils contiennent, est le seul vrai Dieu. Vos idoles ni ne vivent, ni ne se meuvent, ni ne sentent, car elles sont l'œuvre des hom-

1. Louvain, Avril 1903, p. 263-264. — 2. Epist., vu ; Patr. lat., t. lxxxix, col. 5o4-5o5.

mes ; impuissantes à se défendre elles-mêmes, elles ne sauraient vous être d'aucun secours ; c'est en vain que vous leur immolez des victimes. Le Dieu seul bon, seul juste, vous a pris en piété. Il m'a envoyé vers vous pour que vous abandonniez vos erreurs et vous vous tourniez vers lui. C'est lui qui vous a créés et c'est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes. Si donc vous le reconnaissez fidèlement, si vous faites pénitence et recevez le baptême, si vous observez ses commandements, il vous conservera sur la terre et vous récompensera dans le ciel. Sinon, les peines futures vous attendent (i). » Rappelant et dépassant le discours de saint Paul à l'aréopage, saint Lebwin ajoute à la menace des châtiments de la vie future ceux de la vie présente, car il fait allusion, à la fin de son petit discours, à l'intervention possible et terrible du roi des Francs.

On sait qu'en 811 Charlemagne envoya une lettre circulaire à tous les évêques de son vaste empire pour leur demander des renseignements précis sur le baptême, tel qu'il était pratiqué dans leurs diocèses, sur ses rites et ses cérémonies (2). Or, de toutes les réponses qui durent lui être adressées quelques-unes seulement sont parvenues jusqu'à nous.

Parmi celles-ci, aucune ne provient d'évêques missionnaires ou installés en pays de mission, ce qui aurait été une source précieuse de renseignements pour le sujet qui nous occupe. Nous constatons cependant, d'après Magnus, évêque de Sens (3), et Jessé d'Amiens (4), quel était le thème général sur lequel roulait la catéchèse ; et déjà, au siècle précédent, le concile de Cloveshow, en 747, avait indiqué l'objet propre de la catéchèse, et c'était d'enseigner le symbole aux catéchumènes ut intelligant quid credere, quid sperare debeant (5).

Et, postérieurement à la consultation de Charlemagne,

1. Vita S. Lebwini, xn, Pat. lai., t. cxxxn, col. 890. — 9. Patr. lat, t. xcvm, col. g33 ; cf. Capitulai™ de 811, 11, 9; Patr. lat, t. xcvn, col. 33 1. — 3. Libellus de mysterio baplismatis, Patr. lat., t. en, col. 981. — 4- De baptismo, Patr. lat., t. cv, col. 781. — 5. Can. 11 ; Hardouin, t. ni, col. 1955.

un disciple d'Alcuin, Raban Maur, composa un De disciplina ecclesiastica en trois livres, dont le premier traite des ordres sacrés, le second des divins sacrements, et le troisième dix combat chrétien, dans le but très précis d'indiquer la marche à suivre pour l'instruction des païens qui demandaient à recevoir le baptême. Or le L. Ier (i) n'est autre chose que la reproduction à peu près intégrale du De catechizandis rudibus de saint Augustin ; nouvelle preuve de l'influence de l'évêque d'Hippone sur ce point particulier. Le II6 traite des rudiments de la foi, de l'oraison dominicale et du symbole ; autant d'éléments que nous avons trouvés ailleurs et qui entraient, eux aussi, dans la trame de la catéchèse. Enfin le IIIe traite des vertus à pratiquer et des vices à éviter, ce qui nous ramène une fois de plus, par une amplification très détaillée, aux Deux voies de la Didaché.

Ainsi donc, du ve au ix9 siècle, la catéchèse préparatoire au baptême, fidèle à la tradition des premiers siècles, ne fait que continuer et reproduire ce que nous avons constaté, soit aux origines apostoliques, soit à l'époque de l'organisation systématique du catéchuménat. Cette enquête pourrait se poursuivre pour l'époque ultérieure ; mais elle semble inutile, car elle amènerait à une constatation nouvelle de ce que nous venons de relever pour la période qui va du v9 au ix° siècle. Il ne reste plus, dans ces conditions, qu'à se rendre compte de l'état, de la forme, de l'objet de l'instruction religieuse donnée aux nouveaux baptisés, en particulier aux enfants, en la suivant dans sa marche progressive jusqu'à son aboutissement final dans, ce que nous appelons le Catéchisme (2).

1. Patr. lai., t. cxii, col. 1193 sq. — a. Voir notre article dans le Dictionnaire de Théologie, t. n ; les pages qui précèdent n'en sont que la reproduction abrégée.

avant

le Concile de Trente

I. Pendant la période patristique. — IL Du Ve siècle au VIIIe. — III. Sous Charlemagne, et du IX6 siècle au Xe. — IV. Au XIIe et XIIIe siècles. — V. Au XIVe et XVe siècles. — VI. Pendant la première moitié du XVIe siècle (1).

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