EXPOSÉ DU MYSTÈRE DE LA TRINITÉ
abstraction faite de leurs termes, ne posent en Dieu rien de nouveau, mais se confondent avec le principe agissant ; mais si on les envisage in sensu, composito termini, c'est-à-dire comme posant en dehors du principe le terme vers lequel Celui-ci tend par son opération, elles se subjectent dans deux réalités distinctes, soit du principe, soit l'une de l'autre. L'essence divine, principe de l'acte d'intelligence, se distingue d'elle-même considérée comme objet de connaissance, mais seulement sous le rapport où elle s'exprime elle-même par son Verbe; elle ne se distingue de ce chef que du terme de son opération, lequel est son Verbe ou sa Parole. De même Dieu se distingue de son essence, objet de son amour, par le côté où cette essence pénètre pour ainsi dire dans le principe aimant et termine son opération. D'où il suit que la dualité seulement virtuelle de l'opération par laquelle l'essence divine se connaît et s'aime elle-même comme le vrai et le bien substantiels, aboutit à la dualité de deux termes réellement distincts.
9. Cette mutuelle distinction est fondée autant sur leur opposition réciproque que sur leur opposition respective à leur commun principe. Car si le terme formel de l'acte de connaissance est en corrélation de procession avec le principe de cet acte, il faut affirmer le même rapport entre le Verbe et le terme de l'acte de volonté. Le Verbe éternel manifestant à son principe la bonté de la nature divine, c'est en communion avec ce Verbe, et c'est par ce Verbe que le principe de l'acte intellectif produit le terme de l'acte d'amour. Ce dernier se distingue donc par une commune opposition et du principe du Verbe et du Verbe lui-même.
Il y a donc en Dieu trois sujets irréductibles l'un à l'autre et s'opposant comme des termes que de
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mutuelles relations rendent incommunicables ; mais, par ailleurs, chacun de ces sujets s'identifie avec la nature divine. Chacun d'eux subsiste donc, puisque cette nature est une subsistance ; et il subsiste pleinement, c'est-à-dire ajoute à l'indépendance substantielle de l'être divin, considéré absolument, l'indépendance hypostatique ou l'incommunicabilité. Et chacun d'eux est une personne, puisque leur distinction est fondée sur des relations de procession ou d'origine, qui sont comme les points extrêmes d'un acte de connaissance intellectuelle et d'un acte d'amour spirituel. Il y a donc en Dieu trois personnes, qu'il convient de désigner par des noms personnels.
10. Reste à déterminer la nature de ces processions. L'acte d'intelligence, ayant pour objet direct et formel de produire un terme qui est la représentation de l'objet connu, on peut et on doit dire que l'acte par lequel Dieu produit son Verbe, c'est-àdire la Parole vivante, qui, en vertu de la procession même dont il est le terme, l'exprime et le représente tout entier, est une génération, puisque la génération se définit : Origo viventis a vivente, principio conjuncto, in similiiudinem naturœ, vi processionis formaliter .
Or la génération est le fondement d'une double relation de paternité et de fdiation : au principe de la génération du Verbe, au sujet de la relation de paternité, correspond donc le nom de Père ; au terme de cette génération, au sujet de la relation de filiation, celui de Fils.
ii. Quant au terme de l'acte d'amour, l'acte qui le produit lui communique l'essence infinie, et. par ce côté, sa procession ressemble à la précédente ; mais, parce que le terme formel de cet acte n'est pas la production d'une représentation de l'objet
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aimé, cet acte n'a pas le caractère d'une génération proprement dite. Dès lors, si la troisième personne reçoit avec sa personnalité la nature divine, ce n'est pas formellement en raison de l'opération d'amour dont elle dérive, mais en tant qu'elle terminé une opération divine. Par suite, la génération étant, pour nous, le seul mode naturellement connu par lequel un être communique à un autre son essence spécifique, il nous est impossible de concevoir directement entre les deux premières personnes et la troisième une relation dont l'idée soit distincte de celle de la procession qui la fonde. Or cette dernière est une opération d'amour que nous appelons Spiration. Considéré dans son principe, l'acte de volonté constitue la relation de Spiration active ; considéré dans son terme, il fonde la relation de Spiration passive, à laquelle répond le nom personnel de Saint-Esprit.
12. Mais comme en Dieu l'abstrait s'identifie avec le concret, la Paternité sera le Père, la Filiation le Fils, et la Spiration passive le Saint-Esprit. C'est dire que les personnes divines sont des relations subsistantes , lesquelles, à leur tour, ne sont que la nature divine subsistant en trois hypostases, par lesquelles elle s'oppose à elle-même, et dont chacune, l'embrassant dans sa plénitude, se distingue d'elle par une pure distinction de raison.
En outre, il n'y a en Dieu qu'un Père, qu'un Fils» qu'un Saint-Esprit. Les trois personnes, il est vrai, connaissent et aiment ; mais ce n'est pas par le côtéoù elles se distinguent et s'opposent mutuellement, c'est par celui où elles s'identifient dans l'unité d'une même et indivisible essence. Leur distinction vient tout entière de ce que cette unique essence ou nature, par elle-même subsistante, s'oppose réellement à elle-même, considérée comme principe et
terme formellement irrréductible d'une double opération. De la distinction réelle du principe et des termes naît la trinité des subsistances incommunicables, c'est-à-dire la trinité des hypostases ou personnes.
i3. La personnalité divine a donc une double racine ; car la raison de la subsistance est tout entière dans la nature considérée absolument, tandis que la raison de son incommunicabilité est uniquement dans l'opposition des relations subsistantes. Cette opposition, du reste, est le seul fondement de la multiplication des hypostases ; car la personne est un tout fermé, une unité distincte et indépendante des autres unités. Or ce sont là les effets formels de l'incommunicabilité. Il est donc vrai de dire que les relations réelles sont la raison pour laquelle la subsistance de la nature divine, ail lieu de s'arrêter et de se terminer dans cette nature considérée absolument, se multiplie avec la raison d'incommunicabilité, essentielle à la subsistance hypostatique ou personnelle. Mais arrivée, en vertu de sa loi interne, à cette perfection de développement immanent, la substance divine atteint le suprême degré d'incommunicabilité personnelle, en sorte que non seulement le caractère absolu de cette substance lui assure une transcendance inaliénable, mais encore les personnes qui se constituent dans l'unité de son essence ferment la série des opérations intérieures et possèdent, de ce chef, avec la nature divine dans laquelle elles subsistent, une perfection hypostatique infinie comme cette nature que chacune d'elles embrasse adéquatement.