II. Enseignement de saint Thomas
! i. Avant de s'occuper de chacune des personnes
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de la Trinité, saint Thomas commence par établir le nombre de processions et de relations qui existent en Dieu (i).
La procession n'est autre chose que l'origine d'un être venant d'un autre être. Si cet être sort de son principe pour former un être distinct, extérieur, séparé, la procession est dite transitive ; si, au contraire, l'être reste dans son principe, elle est dite immanente. C'est de cette dernière qu'il s'agit ici. Il y a autant de relations en Dieu que d'actes immanents. Or, dans toute nature intellectuelle, les actes immanents ne sont qu'au nombre de deux, savoir l'acte de l'intelligence et l'acte de la volonté. Il y à donc deux processions en Dieu et il ne peut y en avoir que deux : l'une, celle de l'intelligence divine, par laquelle Dieu comprend la vérité totale de son essence ; l'autre, celle de la volonté divine, par laquelle il veut et aime la bonté totale de son essence. La première n'est autre que la procession du Verbe et porte le nom propre de génération, parce qu'elle exprime l'origine d'un être vivant, qui tient d'un être vivant comme lui, la même nature spécifique ; la seconde est celle de l'Amour et s'appelle la Spiration, parce qu'elle exprime le mouvement de la volonté vers l'objet aimé.
2. Cette double procession pose en Dieu, non pas des relations purement logiques ou de simples modalités, mais des relations réelles, de vraies réalités. Sans doute, parce que, en Dieu, rien n'existe à la manière des accidents et que tout est substantiel, ces relations ne font qu'un avec l'essence divine et ne s'en distinguent que dans notre manière de les concevoir, mais, entre elles, elles se distinguent réellement les unes des autres. Or cette distinction réelle
i. Sum. theol., I, Q. xxvn.
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ne pouvant être dans l'essence, dans l'être absolu, où règne l'unité souveraine, la suprême simplicité, se trouve dans l'être relatif, c'est-à-dire dans les personnes.
Le nombre de ces relations est de quatre, ni plus ni moins ; car toute relation est fondée, ou sur la quantité — et celle-ci ne saurait exister en Dieu qui est un pur esprit, — ou sur l'action et la passion, comme cause et effet, père et fils, maître et serviteur. En Dieu, la relation a pour fondement l'action, non pas l'action transitive, mais l'action immanente, qui détermine les processions intimes dans le sein de l'Etre infini. Or deux actions de cette nature, et deux seulement, nous venons de le dire, se consomment dans l'essence divine : l'action de l'intelligence, qui donne lieu à la génération du Verbe, et l'action de la volonté, qui est le principe de la procession de l'Amour. Mais de chacune de ces processions naissent, par opposition l'une à l'autre, deux relations : la relation du principe au terme, et la relation du terme au principe. La procession du Verbe étant une génération, il y a la relation active de paternité, propre au principe générateur, et la relation passive de filiation, propre au Verbe engendré. Quant à la procession de l'Amour, elle constitue la relation active de spiration dans le principe et la relation passive de procession dans le terme.
3. Ces deux processions et ces quatre relations impliquent l'existence, en Dieu, de trois personnes et rien que de trois. Mais qu'entendre par ce mot personne? Il sert à désigner le parti "'dier ou V individu, dans la catégorie de substance, et plus spécialement ou proprement dans la catégorie de substance raisonnable. La personne est donc une substance particulière, individuelle, de nature raisonnable ; elle exprime ce qu'il y a de plus parfait dans toute
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la nature, l'être subsistant et raisonnable. Ce terme convient donc à Dieu, non comme il convient aux créatures, mais dans un sens beaucoup plus élevé» Il ne se trouve pas, il est vrai, textuellement dans la sainte Ecriture, mais il y est d'une manière équivalente.
Ce qui rend difficile de circonscrire son sens dans la Trinité, c'est, d'une part, qu'il se dit au pluriel, contrairement aux noms qui désignent l'essence, et c'est, d'autre part, qu'il n'exprime rien de relatif, à l'inverse des noms qui expriment les rapports des êtres. Il signifie la substance individuelle d'une nature raisonnable. Or, l'individu se distingue de tout autre individu. Et la distinction, en Dieu, ne provient que des relations d'origine. Mais ces relations ne sont pas, en Dieu, des entités modales, des accidents inhérents au sujet, elles sont l'essence divine elle-même, et par suite elles subsistent comme elle et constituent des relations subsistantes. Or, ces relations subsistantes se distinguent entre elles par leur opposition relative. Donc deux relations opposées doivent nécessairement appartenir à deux personnes. Dès lors, la paternité et la filiation, formant deux relations qui s'opposent, appartiennent à deux personnes : la paternité subsistante est la personne du Père, la filiation subsistante est la personne du Fils.
Quant aux deux autres relations, la spiration active et la spiration passive, elles ne sont pas opposées aux précédentes, c'est-à-dire à la paternité et à la filiation, mais elles forment opposition à l'égard l'une de l'autre, et par suite ne peuvent convenir toutes les deux à une seule et même personne. Mais à qui convient la spiration active ? Est-ce au Père ou au Fils? Est-ce à l'un et à l'autre en même temps ? C'est à tous les deux à la fois,
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d'autant plus que cette spiration active ne renferme aucune opposition ni vis-à-vis de la paternité, ni vis-à-vis de la filiation. Et quant à la spiration passive, elle appartient en propre à la troisième personne, à la personne du Saint-Esprit. D'où il suit qu'il y a trois personnes en Dieu.
k. Il y a trois personnes en Dieu et il ne peut y en avoir que trois, ce qui est proprement le mystère de la sainte Trinité, l'unité de trois, trima wiitas, une essence et trois personnes, mystère qui demeure inaccessible aux seules lumières de la raison. La raison naturelle, en effet, ne peut connaître Dieu que par les créatures. Or, les créatures conduisent à la connaissance de Dieu comme l'effet conduit à la connaissance de la cause. La raison peut donc découvrir uniquement les attributs que Dieu possède comme principe des êtres, comme créateur. Mais comme la puissance créatrice est commune à toute la Trinité, elle appartient à l'unité de l'essence divine, et non à la pluralité des personnes, et ne peut dès lors rien nous apprendre sur les personnes, en tant que personnes.
Du reste, vouloir établir la trinité des personnes sur des preuves tirées de la raison pure, serait déroger doublement à la foi, dit saint Thomas. D'abord, en blessant sa dignité ; car elle a pour objet les choses invisibles. Ensuite, en éloignant autrui de la foi ; car lorsqu'on apporte en faveur de la foi des preuves irrésistibles, on tombe sous la dérision des impies, qui s'imaginent que nous croyons en nous appuyant sur ce genre de preuves. A ceux qui admettent l'autorité, prouvons notre doctrine par l'autorité ; à ceux qui la repoussent, contentonsj nous de montrer que les choses de la foi ne renferi ment rien d'impossible, rien de contraire à la raison. Relativement à l'existence de Dieu, les raisonnements