Epist. xli ; Patr. lat., t. lix, col
(f 6i5) se dirige vers le sud à travers l'Europe occidentale et marque chacune de ses étapes par les créations célèbres de Luxeuil en Bourgogne, de saint Gall en Suisse et de Bobbio en Italie. A leur tour, sous l'action de saint Grégoire le grand, des missionnaires romains entrent en scène dès 5o,6. Et, au siècle suivant, les divers royaumes anglo-saxons d'Angleterre embrassent la foi, les uns après les autres. De plus les Bretons et les Celtes chrétiens finissent par renoncer à leurs préjugés et à leurs traditions et acceptent la discipline romaine, les Irlandais du sud dès 633, ceux du nord en 716, et l'unité religieuse triomphe en Occident.
En même temps les rives de la Meuse, de l'Escaut, du Rhin et du Danube sont parcourues par des apôtres anglo-saxons, qui prennent leur mot d'ordre à Rome et obéissent aux directions du pape. La foi pénètre ainsi parmi les divers peuples de race germanique. Malgré les conseils de saint Grégoire le grand, qui étaient d'user avant tout de mansuétude (1), le service du Christ devant être, selon la remarque de Bède, un service volontaire et sans contrainte (2), on eut recours parfois à des moyens violents. Le plus souvent on conféra le baptême à des groupes entiers de barbares, après quelques catéchèses qui soulevaient l'enthousiasme, et sans les avoir soumis rigoureusement à la discipline antique du catéchuménat. Ces admissions hâtives n'étaient pas sans danger; car ces barbares, même après le baptême, conservaient dans l'esprit et le cœur des préjugés et des passions qu'ils essayaient de concilier avec leur nouvelle foi religieuse. Baptisés, ils étaient encore loin d'être foncièrement chrétiens. Des habitudes persistaient en eux qui étaient en opposition complète avec l'idéal du christianisme.
Sans doute l'Eglise essayera de les faire disparaître peu à peu ou de leur infuser assez de sève chrétienne pour les rendre inoffensives (3). En attendant, elle dut reprendre
1. Epist., I, xxxv ; IX, vi ; Pair, lat., t. lxxvii, col. 489,945. — 2. Hist. eccles., I, xxvi ; Patr. lat., t. xcv, col. 57. — 3. Cf. S. Grégoire, Epist., XI, lxxvi ; Patr. lat,, t. lxxvii, col. 12 15 ; Bcde, Hist. eccles., I, xxx ; loc. cit. col. 70-71.
sur nouveaux frais, après le baptême, l'instruction de ces barbares baptisés. De là l'objet si particulier de l'enseignement postbaptismal dans ce milieu de missions pour détruire les préjugés de l'esprit et amortir les passions du cœur. De là les instances réitérées de la prédication sur la notion capitale de l'unité de Dieu, les dangers de l'idolâtrie, sur la nature et les conséquences pratiques du renoncement et des promesses du baptême, qui font ressembler cette prédication aux catéchèses du catéchuménat. C'est ainsi, par exemple, que, s'adressant à des baptisés le jour où Jean fut sacré évêque de Constance dans l'église de saint Etienne, saint Gall (f 6l\6) fait une véritable catéchèse (i). Saint Léger (f 678), d'après le résumé de sa prédication rapporté par saint Ouen, parle également à des néophytes et leur rappelle le pacte baptismal, les renoncements, les promesses, la profession defoi du baptême, etc. (2). Plus tard saint Boniface dut composer des homélies pour servir de modèle ou de manuel aux prêtres des paroisses ; ces homélies visent des baptisés et la xve, De abrenuntiatione in baptismale, insiste sur les étroites obligations contractées au baptême par les fidèles, sur l'objet des renoncements et sur ce qu'il faut croire et pratiquer pour être sauvé.
2° En pays chrétien. — Pendant ce temps, que se. pàssait-il en milieu chrétien, là où dominait l'usage de baptiser les enfants? Ici, l'ancienne préparation pédagogique des catéchumènes n'avait plus sa raison d'être. Seuls, les cadres du catéchuménat persistaient ; la liturgie, particulièrement pendant le carême, conservait encore certaines cérémonies ; mdïs les enfants baptisés n'y jouaient qu'un rôle inconscient, le vrai rôle incombant aux parents ou aux parrains. La question de leur instruction religieuse restait donc. Celle-ci ne pouvant leur être donnée qu'à partir du moment où ils étaient capables de la comprendre, comment chercha-t-on à y pourvoir ?
1. Sermo, Pair. lat.t t. lxxxvii, col. i3 sq. — 2. Vita Eligii, II. i5 ; Patr. lat., ibid., col. 525 sq.
LE CATHÉCHTSME. T. I.
L'Eglise maintient, cela va sans dire, le devoir qui incombe aux parents et aux parrains de donner à leurs enfants où à leurs pupilles l'instruction chrétienne ; c'est un concours effectif' qu'elle réclame de leur part. Les évoques, dans leurs statuts synodaux, et plus tard, les princes chrétiens dans leurs lois reviennent sans cesse sur cette obligation de la parenté naturelle ou spirituelle. Qu'il suffise de signaler parmi les canons attribués à saint Boniface le xxvie, d'après lequel personne ne peut tenir un enfant sur les fonts baptismaux s'il ne sait par cœur le symbole et l'oraison dominicale; car, est-il spécifié, comment enseigner aux autres ce qu'on ignorerait soi-même ? Tout fidèle, proclame le concile anglais de Galchut, en 782 ou 787, doit savoir par cœur le symbole et l'oraison dominicale ; tout parrain doit être averti de l'obligation qu'il contracte envers Dieu pour l'instruction de son filleul, auquel il doit enseigner le symbole et l'oraison dominicale (1). Gharlemagne se gardera bien d'oublier de telles prescriptions, dont on trouve la présence beaucoup plus tard encore parmi les lois des rois Edgard (f 975) (2) et Canut le grand (f io36) (3).
Mais ce devoir des parents et des parrains, outre qu'il pouvait être négligé ou mal rempli, était loin de suffire pour assurer aux enfants l'instruction religieuse nécessaire. L'Eglise doit intervenir elle-même. Elle ne se contente pas d'obliger les parents et les parrains à savoir par cœur certaines formules, notamment le Credo et le Pater, pour l'apprendre à leurs enfants ou à leurs filleuls ; elle exige que tout baptisé sache cette double formule, soit en latin, soit en langue vulgaire ; elle exige enfin, et ceci regarde l'enseignement par la prédication, que désormais l'évêque dans son diocèse, le prêtre dans sa paroisse, insistent sur l'explication claire et simple du symbole et de l'oraison dominicale et emploient pour mieux se faire comprendre la langue maternelle. Bède écrit à Egbert, évêque d'York, que, puisqu'il ne peut parcourir en un an
1. Canon 2; Hardouin, t. in, col. 2073. — 2. Canon 17; Hardouin, t. vi, col. 661. — 3. Loi 22 ; Hardouin, t. vitcol. 901.
son diocèse tout entier, il doit placer des prêtres danschaque village, sans doute pour administrer les sacrements, mais aussi pour expliquer aux fidèles le Credo et le Pater, les leur faire apprendre par cœur, soit en latin, soit en langue vulgaire (i). De leur côté, les conciles insistent sur ce même sujet. Tout évêque, dit le concile de Cloveshow, 747, doit visiter son diocèse chaque année pour y détruire les superstitions, can. 3 ; tout prêtre doit savoir par cœur le Credo, le Pater et la Trinité c'est-à-dire le Quicumque, pour les expliquer en langue vulgaire (2). Semblables prescriptions aux conciles de Calchut (3). Une homélie du vin6 siècle, en langue tudesque (4), recommande le symbole et oblige les parrains à l'enseigner à leurs filleuls sous peine d'en rendre compte au jugement de Dieu.
Ainsi donc, durant cette période, tout parrain, tout chrétien doit savoir par cœur la formule du symbole des apôtres et de l'oraison dominicale ; tout prêtre doit insister, dans sa prédication, sur l'explication du Credo, du du Pater, et du Quicumque. Tels sont les rudiments de l'enseignement catéchétique. C'est le noyau autour duquel vont peu à peu se grouper d'autres éléments nécessaires. La prédication ordinaire sert à assurer cet enseignement qui, naturellement, se complétait par la notification des devoirs à remplir et des fautes à éviter, à cause des obligations de la vie chrétienne, en particulier à cause de la confession. Mais si le clergé possède déjà un résumé de ce qu'il doit spécialement enseigner aux fidèles, il n'y a pas encore trace d'un manuel catéchétique à l'usage des enfants ou des jgnorants.
1. EpisL, 11 ; Patr. lat., t. xciv, col. 659. — a. Canon 10 ; Hardouin, t. m, col. 1954-1955. — 3. Canon a ; i&id., col. 3073. — 4. Wackernagel, Altdeutsches Lesebuch, p. 5i, cité par Ozanam, La civilisation chrétienne chez les Francs, 2* édit., Paris» i855, t. il, p. 3o8.