‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 21 sur 179 · III. Sous Charlemagne et du · texte numérisé non relu

III. Sous Charlemagne et du

IXe au XIe siècle ;

1° Sous Charlemagne. — Avec Charlemagne et sous sa forte impulsion, d'importantes améliorations se produisent dans le domaine de la prédication et de l'instruction religieuse. L'enseignement catéché tique semble avoir été l'une des grandes préoccupations de cet empereur, car il s'accuse en un puissant relief. D'un côté, la prédication continue sans doute à s'inspirer des modèles de l'antiquité, mais elle prend une forme populaire et traite avant tout des sujets pratiques, relatifs au baptême, à la foi et aux mœurs chrétiennes. Charlemagne, en effet, charge Paul Diacre, dès 788, d'extraire de l'œuvre des Pères un recueil d'homélies pour aider les prêtres peu experts et pour servir de modèle à tous (1).

En 789, il ordonne aux prêtres de prêcher avec soin, de manière à être compris, la foi catholique, c'est-à-dire le symbole, et l'oraison dominicale (2). En 802, il ouvre le congrès d'Aix-la-Chapelle par un discours où est résumé ce qu'un chrétien doit croire et faire d'après les engagements du baptême (3) ; il y renouvelle les capitulaires de •789 (4). En 809, il prescrit aux prêtres d'avoir des Capitula de majoribas vel minoribus viliis pour en faire l'objet de leur instruction (5), après leur avoir recommandé de prêcher, de faire apprendre et de faire réciter le Credo et îe Pater (6). En 811, il leur prescrit encore d'examiner leurs ouailles, de les interroger sur les promesses et les renoncements du baptême, sur ce qui rend ces promesses vaines et ces renoncements nuls (7). Cette même année,

1. Epist., iv ; Pair, lat., t. xcviii, col. 1896 ;t. xcv, col. 1160. - — 2. Cap. 60, 69, Pair, lat., t. xcvn, col. 171, 175. — 3. Ibid., ■col. 2/10-242. — 4- Cap. 28 ; ibid., col. 238. — 5. De presbyleris, cap. i5 ; ibid., col. 326. — 6. Cap. 1, 3 ; ibid., col. 323.— «7. De inlerrog, cap. 5, 6 ; ibid., col. 329.

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il envoie une circulaire à tous les évoques de l'empire pour savoir qualiter tu et suffraganei tai doceatis et instruatis sacerdotes Del et plebem vobis commissam de baptisant sacramento ; nous y avons déjà fait allusion. Deux ansaprès, en8t3, nouveau capitulaire sur l'objet de la prédication, qui doit traiter du symbole, de l'oraison dominicale et des péchés (i). D'un manuscrit d'Orléans, ancien 94, actuellement 116, f. 85, L. Delisle a extrait 21 capitulai res dont voici le vie : Ut unusquisque sacerdos orationem dominicain et symbolum populo sibi commisso curiose insinuet ac totius religionis studium et christianitatis cultum eorum menlibas ostendat (2).

D'autre part, Charlemagne tient à ce que les parrains sachent par cœur le symbole et l'oraison dominicale pour pouvoir les enseigner à leurs filleuls (3), et il fait défense à quiconque les ignore de tenir un enfant sur les fonts baptismaux (4); car il regarde avec raison la parenté spirituelle contractée au baptême comme la source d'obligations sacrées de la part des parrains vis-à-vis de leurs filleuls, obligations dont ils auront à rendre compte devant Dieu (5).

De plus, pour suppléer à l'insuffisance des écoles des cathédrales et des monastères, trop peu nombreuses et trop disséminées, qui, du reste, ne servaient presque exclusivement que de séminaire pour le clergé ou de noviciat pour les moines, et par là n'atteignaient pas la masse du peuple, Charlemagne multiplie les foyers d'instructions. Dès 797, Théodulfe d'Orléans (f 821) avait fondé dans son diocèse des écoles populaires et gratuites : Ut scholas presbyteri habeant, in quibus fidelium parvulos gratis erudiant (6). L'idéal eût été, en effet, que chaque

1. Cap. i4 ; Patr. lat., t. xcvn, col. 363 ; Anségise, Lib. i, 76; Benoît diacre, Lib. 1, 161, 170; ibid. col. 159, 520, 72a.

— 2. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Notices et extraits, i884, t. xxxi, p. 421. — 3. An. 802, cap. i5 ; Patr. lat.% t. xcvii, col. 248. — 4. Epist., xv; Patr. lat,, t. xcvm, col. 917.

— 5. An. 8o4, cap. 2 ; 8o5, cap. 24; ibid., col. 281, 282, 288.

— 6. Cap. 20; Patr. lat., t. cv, col. 196 ; Hardouin, t. iv, col. Ql3.

curé possédât une école presbytérale, non pas seulement comme l'avait décidé le second concile de Vaison en 529, pour les besoins du ministère, Ut presbyteri per parochias juniores lectores domi nutriant eterudiant (1), mais encore pour y donner avec l'enseignement primaire l'instruction religieuse. C'est dans ce but que Charlemagne publia le célèbre capitulaire, Utscholœ legentiumpuerorumJîant(2). D'après le texte du capitulaire, le programme de ces écoles comprenait la lecture, l'écriture, l'étude des psaumes, le chant sacré, le comput ecclésiastique et la grammaire. Mais il englobait également les éléments de la foi chrétienne, de sorte que l'école ainsi comprise devenait un secours efficace pour l'Eglise.

Toutes ces importantes décisions, relatives à l'instruction que le clergé devait répandre et que les chrétiens devaient recevoir, devinrent autant de lois ecclésiastiques, grâce aux conciles de l'époque. C'est ainsi, par exemple, que le concile de Tours, en 81 3, ordonne que, pour instruire le peuple, chaque évêque doit posséder un recueil d'homélies sur la foi, l'objet des renoncements du baptême, les fins dernières, les moyens du salut et les œuvres qui méritent soit la récompense, soit la damnation éternelles (3). Ce canon est promulgué de nouveau au «concile de Mayence de 847, sous la présidence de Raban Maur, par le canon 2, qui exige que le recueil homélétique soit traduit, selon les lieux, in rusticam romanam llnguam aut theotiscam (4). C'est ainsi encore que, d'après le concile d'Arles, 81 3, les parents doivent instruire leurs enfants et les parrains leurs filleuls : ceux-là, parce qu'ils les ont engendrés ; ceux-ci, parce qu'ils ont répondu pour -eux (5). Le concile de Mayence de 8i3 dit : a Ut unusquis-

1. Can. 1 ; Hardouin, t. 11, col. no5. — 2. Cap. xxn, 72, d'après Kurth, Origines de la civilisation moderne, 2e édit., Paris, 1888, t. 11, p. 3o3 ; Anségise, Lib. 1, 68 ; Patr. lat.t t. xcvn, col. 517. — 3. Can. 17, Hardouin, t. iv, col. 1025 ; cf. Concile de Reims, 8i3, can. i5 ; Hefele, Histoire des Conciles, t. v, p. 182. Hardouin, t. iv, col. 1018. — 4. Can. 2 ; Hefele, ibid., p. 328 ; Hardouin, t. v, f. 8. Cf. Goebel, Geschichte der Katechese im Abendland, Kempten, 1880. — 5. Can. 19 ; Hefele, t. v, p. 181 ; Hardouin, t. iv, col. 1006.

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que compater vel proximi spiritales filiolos suos catholice instruant (i). L'un des moyens d'instruire ainsi les enfants c'est de les envoyer à l'école : Dignum est ut Jilios suos douent ad scholam, sive ad monasteria, sive foras presbyteris, utfidem catholicam recte discant et orationem dominicain, ut domi alios edocere valeanL Et qui aliter non potuerit, vel in sua lingua hoc discat (2). La raison en est facile à saisir ; car, selon la juste remarque du concile de Paris, en 829, dans les commencements de l'Eglise on n'admettait personne à la foi et au baptême sans une instruction préalable ; mais la foi étant présentement établie partout, et les enfants des chrétiens étant admis au baptême avant l'âge de raison, il faut suppléer aux instructions qu'ils ne pouvaient recevoir lors de leur baptême (3). À Rome, en 826, on décida que, dans toutes les églises épiscopales, à la campagne et partout où cela serait nécessaire, il y aurait des maîtres pour enseigner les arts libéraux et les sancta dogmata (4). Le concile. d'Aix-la-Chapelle de 836 insiste sur la nécessité de donner aux enfants baptisés l'intelligence de l'oraison dominicale, du symbole et de leurs devoirs (5).

Tel est, sous Charlemagne, l'ensemble des dispositions prises pour assurer l'enseignement catéchétique. L'objet de cet enseignement est nettement délimité. Il comprend1 avant tout l'explication du symbole des apôtres, de l'oraison dominicale et du symbole dit de saint Athanase, avec rémunération des œuvres à accomplir et des fautes à éviter, selon le Décalogue. On peut en trouver un écho dans les conseils donnés par Dhuoda à son fils, en 842 „ qui forment en 73 chapitres un petit manuel de la foi et de la morale chrétiennes (6). Les Documents de cette époque en langue tudesque, recueillis par Eckard, nous révèlent qu'on enseignait aussi le Gloria in excelsis, les œuvres de miséricorde et la manière de se confes-

1. Can. 47 ; Hefele, ibid., p. 186 ; Hardouin, ibid., col. 1017. a. Can. 45. — 3. Cap. 6 ; Hefele, ibid., p. a55 ; Hardouin, ibid., p. i3oo. — 4- Can. 34; Hefele, ibid., p. 245. — 5. Hefele, ibid., p. 290 ; Hardouin, t. iv, col. 1397. — 6. Pair, lat., t. evi, col. 109-118.

ser (i). Car, outre deux explications du Pater, l'une attribuée à Otfried de Vissembourg, disciple de Raban Maur, l'autre au moine de saint Gall, Notker, tous deux du ixe siècle, du Credo et du Qaicumque, il renferment une liste assez détaillée des péchés contre les commandements de Dieu et de l'Eglise : preuve évidente que ces divers points faisaient alors partie de l'instruction religieuse. Ainsi paraît Ja matière de l'enseignement catéchétique de cette époque. Et cette matière est soigneusement consignée dans des irecueils spéciaux, que les prêtres doivent avoir sous la main (2). Il ne restait donc plus, pour en faire un manuel de catéchisme à l'usage des enfants qu'à la réduire en formules aussi précises et didactiques que possible.

2° Après Charlemagne. — Le ixe siècle nous offre déjà une tentative de ce genre dans la Disputatio puerorum per interrogationes et responsa, que Frobenius Forster a [placée parmi les œuvres douteuses d'Alcuin (3), et où Probst a voulu voir la catéchèse normale du ixe au xiue siècle (4). Ce petit livre, en effet, a les allures d'un catéchisme. Il procède par demandes et par réponses et traite successivement, en douze chapitres, de l'œuvre des six jours, de ;la nature de l'homme, des Anges, de Dieu, des six âges du monde et de l'homme, des livres de l'Ancien et du ^Nouveau Testament, de la hiérarchie ecclésiastique, de la i messe, du symbole et de l'oraison dominicale. Par la pen- \ sée, le style et la forme, il rappelle les ouvrages dialogues I d'Alcuin, mais rien ne prouve qu'Alcuin l'ait écrit ; car .s'il avait été son œuvre destinée à l'école palatine, il esta < croire que Charlemagne l'eût recommandé, sinon imposé; I et Raban Maur, disciple d'Alcuin, en eût fait autant au I concile de Mayence. Rien ne prouve non plus que ce ma-

V ï. Incerti monachi Weissenburgensis catechesis theotlsca, sœcuîo \ÎX conscripta, et monumenta varia theotlsca, Hanovre, 1713. —

2. Voir, pour le Credo et le Pater, Wiegand, Die Stellung der \apost. Symbols im Kirchl. Leben des Mittelalters, Leipzig, 1899, ip. 33i sq. — 3. Alcuini vita et opéra, Salzbourg, 1777, t. 11,

p. 4i9~44o; Patr. lat.f t. ci, col. 1099-1144. — 4. Geschichte

der Catéchèse, p. 87.

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nuel ait été mis entre les mains des enfants. Il ne passa pas inaperçu, cependant; car deux siècles plus tard, ses deux derniers chapitres avec leur forme dialoguée précèdent une exposition du Qaiq unique, desaint Bruno, évêque de Wurtzbourg, (f io45), pour l'usage de son diocèse (i).

La période qui suit la renaissance carolingienne, surtout le xe siècle, oiïre peu de documents relatifs à l'histoire du catéchisme. Rathier de Vérone (j 974) a laissé une Synodica qui marque à quel degré d'abaissement pétait alors tombée l'instruction religieuse. Il recommande bien d'enseigner le symbole et l'oraison dominicale, qui constituent les points principaux de l'enseignement catéchétique, 10 ; il rappelle aux parrains l'obligation de les faire apprendre à leurs filleuls, 1 1 ; et il dit aux prêtres : Ut unusqulsque vestrum, si fieri potest, expositionem symboli et orationis dominicœ... pênes se scriplam habeat et eam plenUer intelligat, et inde, si novit, prœdicando populum sibi commissum sedulo instruat, 12 (2).

Au xie siècle, Fulbert de Chartres (f 1029), qui avant de devenir évêque avait eu la direction de l'école, indique à Adéodat la manière dont il entend que la foi soit enseignée aux commençants, par l'explication des trois principaux mystères de la vie chrétienne, c'est-à-dire des trois premiers sacrements qui constituaient, au temps du catéchuménat, l'initiation chrétienne (3). Signalons encore un autre traité sur ce même sujet, le Libellus de sacramentis de Bonizo de Plaisance (f 1089) (4), et une explication du Pater, In orationem Domini (5), de Théodoric de Paderborn (f c. 1079).

Ainsi donc, comme traits caractéristiques de cette période, il faut signaler le choix des matières à enseigner, la rédaction d'un manuel catéchétique sous forme d'homélie, d'explication ou de commentaire, avec l'obligation imposée aux prêtres d'avoir ce manuel et de s'en servir

1. Commentarius in orationem dominicam, symbolum apostolorum et fidem Athanasii; Patr. lat., t. cxlii, col. 557-568. — 2. Patr. lat.t t. cxxxvi, col. 562-563. — 3. Epist., v; Patr. lat., t. cxli, col. 196 sq. — 4. Patr. lat., t. cl, col. 857 sq. — 5. Patr. lat., t. cxlvii, col. 334 sq.

pour l'instruction religieuse des fidèles, et l'un des premiers essais de catéchisme dialogué dans la Disputatio, dont nous avons parlé.

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