VI. Aux XIIe et XIIIe siècles
1° La forme dialogué©. — La forme dialoguée, inaugurée au ixe siècle, est reprise au commencement du xn* parHonorius d'Autun, mort vers 1120. Celui-ci, en effet, compose à la prière de ses amis un petit ouvrage en trois livres, où il traite du Symbole, du mal physique et moral, de toutes les espèces de péché et des fins dernières ; c'est YElucidarius sive Dialogus de summa totius christianss theologiœ(i), sur lequel l'Histoire littéraire de la France (2) donne des renseignements erronés. Ce dialogue accuse, une main novice et n'est pas exempt d'erreurs ; il embrasse trop de matières et surtout des questions abstruses sur les problèmes les plus difficiles de la théologie. Il ne pouvait donc guère jouer le rôle d'un catéchisme, malgré le succès qu'il eut dans la suite, car il fut traduit en français, au xuie siècle, par le dominicain Geoffroy de Waterford, en allemand, en italien, en anglais (3).
2° Le Septénaire. — En matière pédagogique, un succès beaucoup plus caractéristique fut réservé au nombre sept. Saint Augustin, dans son explication du discours sur la montagne, avait jeté les bases d'une théorie mystique sur ce chiffre. Expliquant les béatitudes, il avait réduit leur nombre à 7, la dernière devant se confondre avec la première. Par là il trouvait qu'elles correspondent aux 7 dons du Saint-Esprit gradibus sentenliisque, avec cette différence cependant qu'elles suivent un ordre ascendant depuis la crainte jusqu'à la sagesse, tandis que les dons avaient été énumérés par Isaïe en sens contraire (4).
1. Pair, lat.y t. clxxii, col. 1109-1176. — 2. T. xn, p. 167 sq. — 3. Hain, Repertorium, Stuttgard, 1826 n. 88o3-8822. — - 4. De Sermone Domini in monte, I, iii-iv, 10, 11.
D'autre part, selon lui, le nombre des demandes de l'oraison dominicale, également de 7, correspond à celui des béatitudes et vise l'obtention des 7 dons(i). Telle est l'origine de la théorie du septénaire.
Yves de Chartres (f iii5) est le premier à la rappeler au début du xne siècle (2). Joscelin de Soissons (f ii5i), l'emprunte à Yves (3). Hugues de saint Victor (f 1142) la renforce et facilite son succès. Avec lui, ce n'est plus seulement trois séries de sept, mais cinq qu'il faut signaler ; car il y ajoute la liste des 7 vices et des 7 vertus, De quinque septenis seu seplenariis opusculum (4), en conservant à l'oraison dominicale ses rapports avec les dons du Saint-Esprit et en lui attribuant une efficacité spéciale contre les péchés capitaux (5). Mais il est à remarquer que les vertus, dont parle ici Hugues de Saint Victor, sont l'humilité, la bénignité, la componction, la justice, la miséricorde, la pureté et la paix, auxquelles on ajoutera bientôt une nouvelle liste de sept, composée, celle-ci, des vertus théologales et cardinales. Il est à remarquer encore que le nombre des péchés capitaux subit une réduction ; car jusque-là on en comptait le plus souvent huit, en y comprenant la vaine gloire (6). Lesdrade, qui n'en admettait que sept, constate que les anciens, en particulier les Pères d'Egypte, en comptaient huit (7). Depuis, le nombre des péchés capitaux est resté fixé à sept. Il est à remarquer enfin que, toujours sous l'influence de cette théorie, le nombre des articles du symbole, traditionnellement fixé à douze, est porté à quatorze, c'est-à-dire à. deux fois sept.
x. Ibid., II, xi, 38 ; Patr. lat., t. xxxiv, col. 287. — 2. Serai. xxn. De orat. Dom. ; Patr. lat., t. clmi ; col. 599-604. — B.Expositio symb. et orat. dom. ; Patr. lat., t. clxxxvi, col. 1479. — 4. Patr. lat., t. clxxv, col. 4o5-4i4. — 5. Allegoriœ in N. T., II, in ; Patr. lat., t. clxxv, col. 774. — 6. Voir, en particulier, S. Golomban, Instr., 17 ; Patr. lat., t. lxxx, col. 259 ; S. Eutrope, De octo vitiis, ibid., col. 9-14 ; S. Boniface, homil., vi ; Patr, lat., t. lxxxix, col. 855; S. Pirminius, ibid. col. io36 ; Alcuin, De virt. et vit., xxvii-xxxiv ; Patr, lat., t. ci, col. 632-637» — 7, Epist., 11, 19, Patr. lat., t. xcix, col. 881.
Toutefois Odon de Sully, évêque de Paris (f 1208), s'en tient encore à l'usage ancien. Dans ses constitutions, il ordonne aux prêtres d'exhorter les fidèles à dire l'oraison dominicale, le symbole et la salutation angélique, et de leur expliquer, les dimanches et jours de fête, les articles du Credo, en les confirmant par des textes de l'Ecriture, à cause des hérétiques (1).
A part cette exception, la théorie du septénaire est généralement adoptée. On la retrouve notamment dans les traités sur le décalogue, les sacrements et les péchés, de saint Edmond de Cantorbéry (f 1242), et dans son Spéculum, à propos des péchés, des vertus, des dons, des articles du symbole, des sacrements, des œuvres de miséricorde et des demandes de l'oraison dominicale (2).
On la retrouve de même dans le docteur angélique. Saint Thomas, en effet, a laissé dans cinq opuscules distincts un petit résumé de l'enseignement chrétien. Partant de ce principe que trois sciences sont nécessaires au salut, scientia credendorum, scientia desiderandorum, scientla operandorum, il traite de chacune de ces sciences (3). Le symbole y est divisé en quatorze articles. C'est là une explication simple, détaillée, mais sans appareil scientifique, sans comparaisons savantes, avec des exemples pris dans la vie ordinaire, et par suite très accessible à l'intelligence des enfants. Aussi a-t-elle servi de manuel catéchétique (4).
Le Septénaire se retrouve encore dans la Somme-le-Roy, rédigée en français, en 1279, par Fr. Laurens, de l'ordre de saint Dominique, à la prière de Philippe le Hardi. Ce petit livre, publié en 1481, sans nom de lieu (5), et très
1. Consl. syn., vin, 10, 3a ; Pair, lai., t. ccxii, col. 57 sq. — a. Max. bibllolh. Palrum, Lyon, 1677 t. xxv, p. 3i()-323. — 5. Opus. m, sur les deux préceptes de la Charité et le décalogue ; iv, sur les articles de foi et les sacrements ; v, sur Toiaison dominicale ; vi, sur la salutation angélique ; vu, sur le symbole des apôtres ; Opéra, Parme, i8G5, t. xvi, p. 97 sq ; Taris, i8-5, t. xxvii, p. i44 sq. — 4- Cf. Werner, Der heilige Yhonuu ven Aquino. Ratisbonne, i858, t. 1, p. i23-i58. — t>. flâ!o ftepert. n. 9950.
estimé par Quiétif et Echard (i), contient presque toute la matière de nos catéchismes actuels : commandements, articles de foi, péchés mortels, vices et vertus, les sept « peticions » du Pater qui demandent les sept dons du Saint-Esprit, extirpent les sept vices capitaux et nourrissent les sept vertus par lesquelles on vient aux sept « boneurtés », les sept dons, les sept vertus, la prière et enfin une méthode de confession.
Jusque là les conciles du xne et xni8 siècles avaient maintenu les décisions prises depuis Charlemagne. Celui de Grau, en iii4, ne mentionne, en effet, que l'explication du symbole de l'oraison dominicale (2), celui de Béziers, en 1246, veut que les enfants soient instruits dès l'âge de sept ans et apprennent la formule du Pater, de VAve et du Credo, — Y Ave paraît ici pour la première fois dans un document synodal ; — il ordonne en outre aux curés d'expliquer chaque dimanche d'une manière claire et simple les articles du symbole (3). Mais celui de Lambeth, en 1281, plus explicite et plus complet en matière d'enseignement catéchétique, adopte la théorie du septénaire. Sous le titre De Infor matio ne simpUciam, ordre est donné au clergé d'exposer quatre fois par an au peuple les quatorze articles du symbole, le décalogue, le double commandement évangéiique de la charité, les sept œuvres de miséricorde, les sept péchés capitaux, les sept vertus principales, les sept sacrements : véritable abrégé de la doctrine chrétienne, que le concile ne se borne pas à indiquer, mais qu'il prend soin de rédiger pour l'usage du clergé (4).
On se contente donc encore, comme on le voit, de signaler la matière de l'enseignement. Mais on la réduit en formule, et le manuel qui la renferme doit servir aux curés pour les instructions dominicales. Un progrès déplus,
1. Scriptores ord. preedicatorum, Paris, 1719, t. t, p. 0S7. — ■ 2. Can. 2 ; Hefele, t. vu, p. 128. — 3. Can. 8 ; Cf. Concile d'Albi, de 1254, can. 18 ; Hefele, t. vm, p. 4oo, 403 ; Hardouin, t. vu, col. 409, 46o. — 4. Can. 10; Hefele, t. ix, p. 112 ; Hardouin, t. vu, col. 855 sq.
et les manuels catéchétiques à l'usage des enfants finiront par devenir d'usage courant.