‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 25 sur 179 · I. L'œuvre du Bienheureux Canisius · texte numérisé non relu

I. L'œuvre du Bienheureux Canisius

Parmi les efforts tentés au milieu du xvi° siècle pour arrêter et paralyser la propagande protestante, il importe de signaler ceux du Bienheureux Canisius (1621-1597). G« docte et pieux jésuite possédait une âme d'apôtre, très attentive aux besoins intellectuels et moraux de son époque troublée. D'un coup d'œil profond il vit où était le mal, d'où venait le danger, et, résolument, il consacra la plus grande partie de sa vie à parer à ce danger, à combattre ce mal. Son but était surtout de procurer par tous les moyens l'enseignement religieux à l'e/ifance chrétienne, à l'église, à l'école, dans les collèges et les universités. Et pour atteindre ce but, l'un des plus importants d'alors, il composa des œuvres appropriées, d'une valeur réelle et d'une immense portée, merveilleux instrument de catéchisation.

Nous signalerons en particulier sa Somme de la doctrine chrétienne, à laquelle il travailla, à Vienne, de i552 à i554, qu'il fit paraître en i555, et qui est restée l'un des plus populaires de ses ouvrages. Composée en latin, puis traduite en allemand, revue et augmentée, elle fut éditée

à Cologne, en i566, sous ce titre Summa doctrinœ christianœ per quxstiones lucuîenter conscripta. Elle représente le premier et le plus considérable de ses trois catéchismes.

Jugée avec raison comme un très bon moyen de propagande antiprotestante et d'enseignement catholique, elle fut présentée au concile de Trente par Ferdinand Ier afin qu'on en prescrivît l'usage dans les écoles. Mais comme le concile lui-même, ainsi que nous allons le dire, était saisi d'un projet relatif à la rédaction d'un catéchisme, on ne donna pas suite à la demande de l'empereur. Sa valeur n'en reste pas moins de premier ordre ; c'est avec justice que Pie IX, dans le bref de Béatification de Canisius, et Léon XIII, dans son Encyclique de 1897 sur le Bienheureux, en ont fait le plus grand éloge. Elle était surtout destinée aux élèves des classes supérieures, des collèges et des universités.

Ganisius rédigea un autre catéchisme pour les enfants des écoles inférieures, le Parvus catechismus catholic9rum, paru à Cologne en i558 ; c'est le catéchisme moyen. Enfin, pour les débutants et les gens sans instruction, et comme pendant au petit catéchisme de Luther, le Bienheureux avait rédigé et publié à Ingolstad, dès i556, un tout petit catéchisme, la Summa doctrinœ christlanœ per quœstiones tradita, et ad captum rudlorum accommodata, qui fut traduit et publié en allemand, l'année suivante.

Grâce à Canisius, les catholiques allemands pouvaient opposer un triple catéchisme à ceux du moine apostat et enrayer par là l'œuvre de la Réforme. Ce triple catéchisme, en effet, mit en émoi les théologiens du parti réformé.

Le fond nous en est déjà connu ; il ne pouvait être du reste que ce qui faisait depuis si longtemps, dans l'Eglise, l'objet de l'enseignement catéchétique. Mais il est systématiquement rangé sous deux idées principales, la sagesse et la justice. A la sagesse Canisius rapporte la foi et le symbole, l'espérance et l'oraison dominicale, la charité et le décalogue, enfin les sacrements. A la justice, qui consiste à fuir le mal et à faire le bien, se rattache renseignement catholique sur le péché, les bonnes œuvres, les ver-

tus, les dons et les fruits du Saint-Esprit, les conseils évangéliques. Et, pour couronner le tout, l'étude des fins dernières.

La méthode est la méthode vivante du dialogue, procédant par demandes et par réponses. Les demandes sont toujours très courtes ; les réponses sont parfois un peu développées, surtout sur les points alors controversés et sur les dogmes rejetés par les réformés. Chaque point est nettement établi, solidement appuyé sur l'Ecriture sainte et les ouvrages des Pères, dans une exposition claire, sereine, sans la moindre polémique (i).

Le grand catéchisme de Canisius fut complété du temps même de l'auteur, sur ses indications, ses conseils, peutêtre même avec sa collaboration, d'abord par Pierre Busée qui, pour montrer l'accord du nouveau catéchisme avec la doctrine de l'Eglise primitive, inséra le texte intégral des témoignages invoqués (2), ensuite par Jean Hase qui enrichit encore le travail de son confrère Busée et publia une nouvelle édition avec une préface du Bienheureux (3). C'est là YOpus cateahisticum, enrichi de tant de textes scripturaires et de tant de références patristiques, appelé parfois le catéchisme des théologiens et dont la vogue a été extraordinaire.

L'œuvre de Canisius a été traduite en plusieurs langues et n'a cessé de produire les meilleurs fruits. Léon XIII a pu écrire avec raison : « Pendant trois siècles, Canisius a été regardé comme le maître des catholiques allemands, et dans le langage populaire, connaître Canisius et conserver la vérité chrétienne étaient deux locutions synonymes ». Au reste, la plupart des écrivains protestants, en présence de la valeur incontestable de l'œuvre et de l'influence qu'elle exerça, ont reconnu que le catéchisme de Canisius fut son arme la plus efficace dans l'œuvre de la contre-réforme religieuse qu'il provoqua et dirigea (1). »

I. Dict. de Théologie, t. 11, col. i5i4-i5i6 ; références bibliographiques, ibid., col. i534. — 2. Cologne, 1570. — 3. Opus catechisticum, Cologne, 1577. — 4. Dict. de Théol., t. 11, col. i526.

L'importante question du catéchisme fut agitée au concile de Trente. Dès le i3 avril i5/|6 un projet fut soumis aux Pères, d'après lequel, « pour l'instruction des enfants et des adultes ignorants, qui ont besoin de lait et non de substance solide, des hommes doctes doivent composer en latin et en langue vulgaire un catéchisme tiré de l'Ecriture sainte et des Pères ; cette pédagogie devant leur rappeler la profession de foi chrétienne faite au baptême et les préparer à l'étude des saintes Lettres. »

Dix-sept ans plus tard, en i563, ce projet n'avait pas encore abouti, bien que, dans l'intervalle, le Concile eût été prié de faire adopter le catéchisme du Bienheureux Canisius. Les Pères nourrissaient toujours l'espoir qu'une œuvre d'aussi grande importance pour l'Eglise universelle sortirait du sein même de l'Assemblée. Dans cette prévision, qui ne devait pourtant pas se réaliser, ils ordonnèrent aux curés de prêcher sur les sacrements et de les expliquer d'après ce que fixerait le concile.

Une commission avait été nommée, en effet, pour travailler à la rédaction d'un catéchisme ; mais elle n'avait pas eu le temps d'aboutir quand le concile s'acheva. Aussi, avant de se séparer, les Pères s'en remirent-ils au Pape du soin de terminer les travaux de la commission et de publier le catéchisme promis.

Saint Charles Borromée fut chargé de mener à bonne fin l'œuvre entreprise, avec l'aide de Muzio Calini et de trois dominicains, François de Fureiro, Léonard Marino et Gilles Foscarini, nommés par le pape Pie IV. Dès que le travail fut terminé, le pape le soumit à une révision définitive, dont il confia les soins au cardinal Sirlet. Sur le rapport favorable du cardinal réviseur, Pie V l'approuva par le Motu proprio suivant : a De notre propre mouvement, en qualité de Pasteur de l'Eglise universelle, désirant, avec la grâce de Dieu, remplir tous nos devoirs avec toute la fidélité dont nous sommes capables et mettre à exécution les décrets et ordonnances du concile de

Trente, nous avons fait composer par des théologiens de choix, dans notre ville, un catéchisme, dans lequel les fidèles du Christ peuvent apprendre, grâce à la diligence de leurs curés, tout ce qu'ils doivent connaître, professer et observer. Et comme cet ouvrage, avec l'aide de Dieu, vient d'être terminé et va être publié, Nous avons voulu qu'il fût imprimé avec le plus grand soin et la plus scrupuleuse fidélité. » L'impression, en effet, en fut confiée à l'éditeur pontifical, Paul Manuce. Il parut à Rome, en i566, sous ce titre : Catechismus ex decreto concilii Tridentini ad parochos, Pie V jussu editus. Cest le Catéchisme romain.

Ce catéchisme n'a rien d'un symbole ou d'une confession de foi ; ce n'est ni un manuel abrégé à l'usage des fidèles ni un compendium destiné à l'enseignement de la théologie, mais un exposé doctrinal, succinct et complet, clair et sagement conduit, à l'usage des curés, comme son titre l'indique, pour leur fournir les éléments essentiels de la science qu'ils doivent posséder et leur faciliter surtout soit la prédication, soit l'enseignement catéchétique. Aussi en a-t-on écarté la méthode pédagogique habituelle par demandes et par réponses. En revanche, son exposition, qui se ressent, cela va sans dire, des derniers travaux et des enseignements du concile de Trente, est au-dessus de tout éloge. Il résume admirablement la doctrine catholique et traite successivement, en quatre parties, du symbole apostolique, des sacrements, du décalogue et de la prière.

Un ami de saint Charles Borromée, le cardinal Valère, évêque de Vérone, parle dans les termes suivants de ce catéchisme, en le recommandant aux acolytes de son église : « Le catéchisme du concile de Trente est véritablement un don que Dieu nous a fait en ce temps pour rétablir la discipline de l'ancienne Eglise et pour soutenir la république chrétienne. Cet ouvrage est si remarquable, si profond et si clair que, depuis longtemps, il n'en a point paru de semblable, au jugement des hommes les plus savants. Ce n'est point un homme qui semble y avoir tenu la plume ; c'est l'Eglise même, notre

sainte mère, guidée et inspirée par le Saint-Esprit, qui y parle et qui nous y instruit. Vous qui êtes déjà avancés en âge, lisezrle sept fois et plus. Vous en retirerez les fruits les plus admirables. Démosthène, dit-on, écrivit huit fois de sa main les harangues de Thucydide, tellement qu'il les savait par cœur. A combien plus juste titre, vous, qui devez travailler de toutes vos forces à procurer la gloire de Dieu, votre salut et celui du prochain, ne devez-vous pas lire et même copier plusieurs fois un livre composé par l'ordre du concile de Trente, et, pour ainsi dire, sous la dictée du Saint-Esprit ».

Ces conseils de l'évêque de Vérone, au lendemain de l'apparition de ce catéchisme, n'ont rien perdu de leur valeur au commencement de ce vingtième siècle. La haute approbation de Pie V, renouvelée en i583 par Grégoire XIII, fait comprendre ce mot de Léon XIII qui l'appelait « un livre d'or » et qui le recommandait aux séminaristes d'aujourd'hui. « Remarquable, disait-il dans son Encyclique au clergé de France, du 8 septembre 1899, à la fois par la richesse et l'exactitude de la doctrine ainsi que par l'élégance du style, ce catéchisme est un précieux abrégé de toute la théologie dogmatique et morale. Qui le posséderait à fond aurait toujours à sa disposition les ressources à l'aide desquelles un prêtre peut prêcher avec fruit, s'acquitter dignement de l'important ministère de la confession et de la direction des âmes, être en état de réfuter victorieusement les objections des incrédules )>.

Ainsi donc, grâce à l'initiative du concile de Trente et à l'œuvre publiée par ordre de saint Pie V, le clergé possède depuis le xvie siècle, dans le Catéchisme romain, un guide sûr pour la prédication ordinaire et pour l'enseignement catéchétique. Adopté et imposé dans plusieurs diocèses, ce catéchisme reste encore d'un usage facultatif ailleurs. D'autre part, les catéchismes du Bienheureux Canisius, spécialement rédigés en faveur des enfants et des élèves, sont loin d'être universellement adoptés ou imposés. De plus, depuis le concile de Trente, l'usage s'est introduit dans les divers diocèses d'avoir pour l'en-

fance un manuel catéchétique, composé ou approuvé par l'Ordinaire. M. l'abbé Hézard a eu soin de dresser le catalogue de ces catéchismes diocésains, dans l'ordre de leur apparition successive : ce catalogue a été reproduit et complété par M. l'abbé Mangenot (i).De telle sorte qu'on peut dire qu'aujourd'hui l'Eglise compte presque autant de petits catéchismes que de diocèses. Bien mieux, iî n'est pas rare de constater que, dans un laps de temps peu considérable, le même diocèse se trouve successivement en présence de nouveaux manuels, imposés par les évêques, au gré des circonstances ou des besoins particuliers de leurs diocésains. Or cette multiplicité et cette va— riété de catéchismes ne va pas sans de graves inconvénients.

Les parents, familiers avec le manuel en usage au temps de leur jeunesse, se trouvent, pour la plupart, dans l'embarras dès qu'il s'agit de surveiller de près l'instruction religieuse de leurs enfants. Quelques-uns vont mêm& jusqu'à croire naïvement que les formules catéchétiques étant changées, c'est la religion elle-même qui s'est transformée. Les enfants qui changent de diocèse sont quelque peu déroutés à leur tour et souvent découragés par des formules nouvelles à apprendre. Plus on va, du reste, et plus les déplacements se multiplient soit dans l'intérieur d'un même pays, soit d'un pays à un autre. De tels changements de résidence ne peuvent être que préjudiciables pour l'instruction religieuse des enfants.

Ces inconvénients, et d'autres encore qu'il est inutile de mentionner, ne seraient-ils pas écartés nar la rédaction d'un catéchisme unique et universel? C'est la question qu'on s'est posée depuis longtemps. L'Eglise s'est préoccupée de faire disparaître dans l'enseignement catéohétique et dans la formule du catéchisme cette diversité fâcheuse. Benoît XIV, dans sa Constitution Etsi minime*. du 7 février 1742, appelle de ses vœux l'adoption d'un, manuel uniforme pour toute l'Eglise. Clément XIII, dans sa Constitution In dominico agro, du i4 juin 1761* signale et déplore les inconvénients qui résultent de tant

\ î. Diction, de Théologie, t. ir, col. 1919-19G0.

die catéchismes, de rédactions si différentes. Pie IX, dans ses Lettres apostoliques au clergé autrichien, du 5 novembre ï855, recommande l'uniformité. Aussi des que le concile du Vatican fut réuni, le projet d'un petit catéchisme universel fut-il mis à Tordre du jour de l'auguste assemblée.

Page 1