III. Projet d'un petit Catéchisme
universel
Voici le schéma distribué aux Pères du concile du Vatican, le i4 janvier 1870. Afin de faire disparaître les abus des catéchismes multiples et d'empêcher la rédaction de nouveaux manuels, un décret rendrait obligatoire dans toute l'Eglise un petit catéchisme. Le pape ferait rédiger en latin un catéchisme semblable à celui que Clément VII avait fait rédiger par le cardinal Bellarmin et que les fidèles de l'Eglise universelle devraient désormais étudier et apprendre. Ce petit livre n'étant pas destiné aux prêtres seuls, mais devant être mis entre les mains des fidèles comme tessère de la foi et gage du bonheur éternel promis à ceux qui vivent de la foi, ce catéchisme serait traduit en chaque langue aussi littéralement que possible. Les évêques pourraient cependant publiera part quelques leçons catéchétiques pour donner à leurs diocésains une instruction plus large ou pour réfuter les erreurs courantes dans leurs milieux. Et le catéchisme romain resterait entre les mains du clergé comme la règle et le modèle des explications du catéchisme.
Ce projet, soumis à la discussion, ne fut pas sans soulever quelques oppositions. Il est incontestable, en effet, que l'uniformité absolue paraît difficile en présence de la différence de capacité intellectuelle des enfants, de la diversité des besoins religieux et de la dissemblance des langues. Mais la grande majorité des Pères du concile, tenant compte des avantages immenses qui compenseraient largement de tels inconvénients, se montrèrent
favorables ; d'autant plus que l'explication orale aurait à s'accommoder à la différence des situations et des âges, que la traduction, bien que littérale dans la mesure du possible, s'adapterait au génie de chaque langue, et que les évêques conserveraient le droit d'ajouter des leçons spéciales ou de rédiger des catéchismes plus complets. Néanmoins les présidents estimèrent qu'on ne pouvait approuver ce projet, mais qu'il devait être retouché pour tenir compte des arguments mis en valeur pour ou contre.
Un nouveau schéma fut donc distribué le 25 avril. Il portait, entre autres choses, que la version, au lieu d'être littérale, serait simplement fidèle, et que les évêques pourraient faire des additions, non à part, mais dans le texte lui-même, à la condition que le texte parût clairement distinct. Nouveaux débats, nouvelles corrections proposées. D'après ces dernières, le catéchisme ne serait pas imposé ; il serait examiné par une commision. Mais la rédaction d'un tel catéchisme 'n'étant pas chose aisée et son examen par le concile devant demander beaucoup trop de temps, le mieux serait, à l'exemple du concile de Trente, de laisser au pape le soin de faire rédiger ce petit catéchisme et à une commission d'évêques, désignés par le Souverain Pontife, le soin d'examiner le texte. La réédition du catéchisme de Bellarmin ne semblait pas répondre aux besoins actuels. Le petit catéchisme ne devra contenir que les leçons élémentaires. Les autres catéchismes ne seront pas exclus absolument ; on pourra même les conserver avec l'autorisation nécessaire du pape. Ainsi délimité, le projet réunit 491 placet contre 56 non placet et 44 placet juxta modum. Les conditions formulées par ces derniers portaient sur la rédaction, l'examen et l'obligation du futur catéchisme, laissés au concile, ou à une commission, ou aux évêques. Mais « la question ne fut pas reprise au concile; le décret ne fut pas promulgué, et le saint siège, à qui l'affaire a été remise, n'a pas publié le petit catéchisme universel. On ne s'est même pas occupé d'en rédiger un, et les évêques ont continué, comme par le passé, à composer de nouveaux catéchismes
particuliers ou à réviser leurs catéchismes diocésains. Les travaux du concile du Vatican sur ce point n'ont donc pas abouti (i). » Peut-être le pape Pie X réalisera-t-il ce projet. On pourvoirait ainsi beaucoup mieux à l'uniformité de l'enseignement catéchétîque, à sa stabilité, à l'unité et à la pureté de la doctrine.
Quoi qu'il en soit, et en attendant que se réalise ce projet, c'est encore au seul catéchisme officiel qu'il est bon de recourir. Le Catéchisme romain formera donc, .ainsi que nous l'avons dit, le cadre et la base de l'explication nouvelle que nous offrons au clergé. Rien de mieux, avant d'entrer en matière, que de reproduire ici les observations et les conseils, qui servent de préface à l'œuvre éditée par les ordres de saint Pie V.
Préface du Catéchisme romain
i. « A force de travail et d'application, l'homme peut, par lui-même, rechercher et parvenir à connaître un assez grand nombre de vérités dans l'ordre religieux ; mais telle est la nature de son esprit et de son intelligence qu'il n'a pas toujours pu connaître la plupart des moyens qui conduisent au salut éternel, à la fin principale pour laquelle il a été créé et formé à l'image et à la ressemblance de Dieu, tant qu'il n'a eu à son service que ses seules lumières naturelles.
2. w Nous connaissons bien, comme l'enseigne l'apôtre, par les choses créées de ce monde, les perfections invisibles de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité (2), mais le grand mystère caché aux générations depuis des siècles (3), dépasse tellement l'intelligence humaine, qu'elle n'aurait jamais pu parvenir, par aucun effort, à une connaissance
1. Mangenot, Diction, de Théologie, t. 11, col. 1963. Cf. Mar» tin, Les travaux du concile du Vatican, Paris, 1873, p.n3-n5 1 Granderath, Geschichte der Vatikanischen Konzils, Fribourg-en- Brisgau, 1903, t. n, p. 202 sq. — 2. Rom., i, 20. — 3. Col., 1, 26.
si haute, si Dieu lui-même ne l'eût révélé à ses saints, auxquels il a voulu faire connaître par le don de la foi les richesses de la gloire de ce mystère dans les nations, qui est le Christ.
3. « Mais comme la foi vient de l'ouïe (i), la nécessité s'impose d'avoir toujours, pour conquérir le salut éternel, le concours fidèle et le ministère d'un docteur légitime ; car il est écrit : « Comment entendront-ils sans prédicateur ? et comment y aura-t-il des prédicateurs, si on ne les envoie (2) ? »
4. « Aussi dès l'origine du monde, Dieu qui est infiniment bon et miséricordieux, n'a-t-il jamais manque aux siens; mais en plusieurs occasions et de diverses manières, il a parlé à nos pères par les prophètes (3), et selon la diversité et les besoins des temps il leur a montré le chemin droit et sûr qui conduit au céleste bonheur. Mais, comme il avait prédit qu'il enverrait le Docteur de la justice pour éclairer les nations et porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre (4), il nous a parlé dans ces derniers temps, par son Fils (5),à qui une voix descendue du ciel au milieu d'une gloire éclatante a ordonné que tous obéissent (6), en suivant fidèlement sa doctrine. Ensuite le Fils lui-même nous a donné des apôtres, des prophètes, des pasteurs et des docteurs (7), pour nous annoncer la parole de vie, afin que nous ne fussions pas, comme des enfants, flottants et emportés par tout vent de doctrine (8), mais que, appuyés sur l'inébranlable fondement de la foi, nous fussions élevés pour être la maison de Dieu, dans l'Esprit-Saint (9).
5. « Et pour qu'on ne prît pas la parole de Dieu, de la part de ses ministres, comme une parole humaine, mais comme la véritable parole du Christ, Notre Sauveur luimême a donné une telle autorité au magistère de ses ministres qu'il a dit : « Celui qui vous écoute, m'écoute ; et celui qui vous méprise, me méprise (10) ; » or, dans
1. Rom., x, 17. — 2. Ibid., x, i£-i5. — 3. Héb., 1,1. — A. Is., xlix, 6. — 5. Héb., 1, 1-2. — 6. 11 Pet., 1, 17. — 7. Eph. iv, 11. — 8. Eph., îv, 14. — 9. Eph., u, 11. — 10. Luc, x, 16.
cette déclaration, il ne s'agit pas seulement de ceux auxquels il parlait alors, mais encore de tous ceux qui, par une légitime succession, reçoivent la charge d'enseigner. A tous, H a promis l'assistance de son Esprit, tous les jours, jusqu'à la fin du monde (i).
6. « Mais quoique l'on ne doive jamais cesser d'annoncer dans l'Eglise la parole de Dieu, c'est pourtant aujourd'hui un devoir de travailler avec plus de zèle et de piété que jamais à nourrir les fidèles du pain de vie et à les confirmer dans une saine et incorruptible doctrine. Car il s'est élevé de faux prophètes dans le monde qui corrompent par des doctrines nouvelles et étrangères l'esprit des chrétiens, semblables à ceux, dont le Seigneur a dit :
« Je n'ai pas envoyé ces prophètes, et ils courent ! Je ne leur ai point parlé, et ils prophétisent (2) 1 »
Et certes l'impiété de ces hommes, armée de tous les artifices de Satan, a fait tant de progrès, qu'il paraît presque impossible d'en arrêter le cours. Et si nous n'étions appuyés sur cette éclatante promesse qu'a faite le Sauveur d'établir son Eglise sur un fondement si solide que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle, nous pourrions craindre avec raison qu'elle ne succombât sous les assauts de tants d'ennemis qui l'attaquent aujourd'hui par toutes sortes de machinations.
7. « Car, pour ne point parler de ces illustres provinces, qui jadis conservaient avec piété et sainteté la vraie foi catholique, telle qu'elles l'avaient reçue de leurs ancêtres, et qui, maintenant, éloignées de la voie droite, prétendent hautement qu'elles sont d'autant plus près de la vraie religion qu'elles s'écartent davantage des doctrines anciennes, y a-t-ildansle monde chrétien un coin si reculé, un lieu si inaccessible, où l'on n'ait pas essayé de glisser ces funestes erreurs ? (3).
1. Matth., xxviii, 20. — 2. Jerem., xxm, ai. — 3. Il est à peine besoin de faire remarquer combien cette observation, juste au xvie siècle, se justifie encore de nos jours.
8. « Ceux, en effet, qui avaient conçu le dessein decorromprc les fidèles, se sont bien aperçus qu'il serait impossible de prêcher publiquement et défaire entendre à tout le monde leur langage empoisonné. Aussi ont-ils pris d'autres moyens pour semer leurs erreurs plus aisément et plus loin. D'abord ils ont composé d'énormes volumes contre la foi catholique afin de la renverser. Mais comme ils y exposaient ouvertement l'hérésie et qu'il n'était pas difficile de se précautionner contre leurs doctrines, ils ont répandu une infinité de petits livres, qui, sous l'apparence de la piété, ont séduit une multitude d'âmes simples et sans défiance.
9. « C'est pourquoi les Pères du concile de Trente, désirant ardemment apporter un remède salutaire à un mal si grand et si funeste, ne se sont pas contentés de définir contre les hérésies de notre temps les articles plus importants de la foi catholique, ils ont cru encore devoir fournir aux pasteurs et docteurs légitimes, chargés d'instruire les fidèles des éléments de la foi, une explication nette et' précise dès points principaux qu'elle renferme, afin qu'on pût la suivre dans toutes les églises.
10. u Plusieurs, il est vrai, ont déjà écrit sur ces matières avec autant de science que de piété. Néanmoins, ces Pères ont jugé très important de publier, par l'autorité du concile, un. livre, où les pasteurs et tous ceux qui sont chargés d'instruire, puissent trouver des maximes certaines pour édifier et instruire les fidèles. Comme il n'y a qu'un seul Seigneur et une seule foi, il convenait aussi qu'il n'y eût qu'une seule et même règle, une seule et même manière, pour instruire les peuples de la foi et de tous les devoirs de la piété chrétienne.
11. « Cependant le grand nombre d'objets qu'embrasse un pareil ouvrage ne doit pas laisser croire que le concile ait eu le dessein d'expliquer, dans un un seul volume et d'une manière subtile, tous les dogmes de la foi chrétienne. Ceci est l'affaire des théologiens, qui font profession de développer et d'enseigner tout l'ensemble de la religion. Une telle entreprise eût demandé un travail considérable, et d'ailleurs cela n'entrait pas dans le but
poursuivi, comme on le voit sans peine. L'intention des Pères a donc été uniquement de proposer aux pasteurs et aux prêtres chargés du soin des âmes, les choses qui regardent proprement le ministère pastoral et les vérités le plus à la portée des fidèles. C'est pour cela qu'on ne traite dans le cathéchisme des matières de la religion qu'autant qu'il est nécessaire pour seconder le zèle pieux de ceux des pasteurs qui n'auraient pas une connaissance bien approfondie de ce qu'elles renferment de plus difficile.
12. « Mais avant d'exposer en particulier chacun des articles de la doctrine chrétienne, l'ordre veut que nous traitions en peu de mots de ce que les pasteurs doivent prendre en considération et avoir d'abord sous les yeux dans l'exercice de leur ministère, pour qu'ils sachent à quelle fin ils doivent rapporter leurs desseins, leurs travaux et leurs efforts, et par quels moyens ils peuvent plus facilement obtenir les fruits auxquels ils aspirent.
i3. « En premier lieu, qu'ils se rappellent toujours que toute la science du chrétien est renfermée dans un seul point, suivant ce que dit le Sauveur : « La vie éternelle consiste à vous connaître, vous seul, Dieu véritable, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ (i) ». En conséquence le pasteur aura principalement en vue d'inspirer aux fidèles un sincère désir de connaître Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Car ils doivent être intimement persuadés et croire du fond du cœur, avec une piété véritable, qu'il n'y a pas sous le ciel un autre nom, par lequel les hommes puissent se sauver, puisque c'est lui qui est propiation pour nos péchés (2).
14. « Et comme nous savons que le connaître véritablement c'est observer ses commandements (3), le pasteur enseignera aux fidèles, comme une conséquence nécessaire de ce qui précède, qu'ils ne doivent point vivre dans la paresse et l'oisiveté, mais marcher comme le Sauveur lm> même a marché (4), et pratiquer avec zèle la justice, la
1. Joan, xvii, 3. — a. AcL, iv, xa. — 3. I Joan., 11, 3. — » 4. I Joan., h, 6.
piété, la foi, la charité, la douceur. 11 s'est, en effet, donné pour nous afin de nous racheter de toute iniquité, de nous purifier, et de faire de nous un peuple consacré à son service, fervent dans la pratique des bonnes œuvres (i) ; et l'apôtre ordonne aux pasteurs de prêcher fidèlement ces vertus aux chrétiens.
i5. « Une autre chose que Notre Seigneur et Sauveur nous a non seulement apprise mais encore prouvée par son exemple, c'est que la loi et les prophètes dépendent de la charité (2). Après lui, l'apôtre enseigne encore que l'amour est la fin des commandements et la plénitude de la loi. C'est donc un devoir essentiel du pasteur d'exciter le peuple chrétien à aimer l'infinie bonté de Dieu pour nous, afin que, enflammé d'une ardeur divine, il s'élève vers ce bien souverain et très parfait, dont la jouissance fait le bonheur véritable et solide, et inspire à ceux qui l'ont obtenu ces sentiments du prophète :
« Quel autre ai-je au ciel que toi ?
Avec toi, je ne désire rien sur la terre (3). »
Telle est, en effet, cette voie plus parfaite que le même apôtre voulait nous montrer, lorsqu'il rapportait toute sa doctrine et tous ses enseignements à la charité qui ne périt point. Si donc on propose quelque chose à croire, à espérer ou à faire, que ce soit toujours en rappelant la charité de Notre Seigneur, afin que chacun connaisse bien que toutes les œuvres de la vertu et de la perfection chrétienne ne peuvent sortir que de la charité et ne doivent se rapporter à d'autre fin que la charité.
16. « Dans tout enseignement, ce qui importe surtout c'est la méthode d'enseignement ; et cela importe plus qu'ailleurs dans l'instruction du peuple chrétien. Se proportionner à l'âge de ses auditeurs, se mettre à la portée de leur esprit, de leurs mœurs, de leur condition, se faire tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ, se montrer un ministre et un dispensateur exact, semblable au