‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 33 sur 179 · Garnis resurrectionem · texte numérisé non relu

Garnis resurrectionem

Le déplacement de naius et l'addition de conceptus, à l'article 3, qui donne : conçu du Saint- Esprit, né de la Vierge Marie, marquent plus nettement la personnalité du Saint-Esprit ainsi que la distinction de la nature divine et de la nature humaine dans l'Incarnation. La substitution de ad à in est sans importance. Quant aux additions, qui datent du ve ou du commencement du vie siècle, elles s'expliquent très bien ; car elles servent à préciser le sens de certains articles et à compléter les autres.

Créateur du ciel et de la terre, ajouté comme un attribut du Père tout-puissant pour écarter la théorie gnostique du Démiurge, se trouve déjà dans Nicétas, puis dans le pseudo-Augustin (i). Conçu du Saint- Esprit et né de la Vierge Marie, dans le formulaire de foi des évêques latins du concile de Rimini, en 35g, tel qu'il nous a été conservé par saint Jérôme dans son Dialogue contre les * Lucifériens (2), ainsi que dans le formulaire du pape Damase (366-384) à Priscillien, hérésiarque d'Espagne (3). A souffertt dans Priscillien, en Espagne, dans saint Phébade d'Agen (vers 390), en Gaule, et dans saint Ambroise, en Italie. Est mort, dans saint Gésaire d'Arles (470- 542). Est descendu aux enfers, dans Rufin, qui signale ces mots comme une particularité du symbole baptismal d'Aquilée (4), et dans le formulaire arien de Sirmium, en 359. De Dieu tout-puissant, ajouté à Père à l'article 6 à titre d'explication complémentaire, se trouve dans Priscillien, saint Victricius de Rouen (f vers 407) et Fauste de Riez. Je crois, à l'article 8, n'est qu'une simple répétition. Catholique, servant à qualifier l'Eglise, la communion

1. Sermons ccxl, ccxli, ccxlii. — 2. Dial, 17; Patr. lat.r t. xxiii, col. 179. — 3. Fides Hieronymi ad Damasum papam. — 4. Com. in Symb., 18 ; Patr. lat., t. xxi, col. 356.

des saints, d'après Nicétas (i), détermine dans quel «ens il faut entendre la sainte Eglise. De même la vie éternelle est ajoutée pour expliquer la mention de la résurrection de la chair, si l'on en croit l'évêque de Remesiana, tandis que, en Afrique, l'explication de la résurrection de la chair par la vie éternelle avait pour but, selon saint Augustin (2), d'exclure l'erreur des Millénaires.

Il est à remarquer que le texte ancien du symbole apostoijquc se retrouve dans une lettre de Marcel d'Ancyre au pape saint Jules, en 337, (3), dans une explication du symbole attribué à saint Maxime de Turin, et qui est plus vraisemblablement de saint Ambroise (4), et dans le commentaire de Rufin (5), ce qui prouve que ce symbole était bien romain d'origine et d'usage. En Afrique, saint Augustin le commentait de préférence au symbole africain. « Or, dit M. Harnack, si l'on réduit tous les symboles occidentaux (d'Afrique, d'Espagne, d'Italie, d'Irlande) à un archétype, d'où l'on élimine tous les termes sur lesquels ces symboles diffèrent, on obtient sans difficulté le symbole romain. Le symbole romain est donc la racine de tous les symboles occidentaux (6). »

Peut-on le considérer également comme la racine de tous les symboles orientaux ?

Pour l'Orient, il faut distinguer avec soin la période qui précède les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (38i) de celle qui les suit.

1. Explanalio symboli, 10 ; Pair, lat., t. lu, col. 871. — a. Ad Catechumenos, 17; Pair, lat., t. xl. col. 636. — 3. Dans S. Epiphane, Hœr., lxxii, 3 ; Pair, gr., t. xlii, col. 385. Denxinger, Enchiridion, Wurtzbourg, 1874, n° 9. — l\. Explan, symb.; Pair, lat., t. xvn, col. n58. — 5. Com. in symb. 3 ; I*atr. lat., t. xxi, col. 339. — 6. Cite dans le Dictionnaire de Théologie, t. 1, p. 1666.

Avant Nicée, ce qui caractérise l'Orient, c'est la multiplicité et la variété des professions de foi, selon les temps et les lieux. Et cela suppose, évidemment, l'absence d'une formule arrêtée et fixe, et la liberté qu'avait chaque Eglise de donner à sa profession de foi baptismale la forme la mieux appropriée. On peut aisément s'en convaincre en comparant, par exemple, les professions de foi de saint Grégoire le thaumaturge (210-270), d'Arius et d'Alexandre d'Alexandrie, en 32i, et de l'auteur du Dialogue De recta in Deumfide, vers 3oo. Là, point d'unité de type, rien qui rappelle le symbole romain. Cependant saint Ignace (f vers 107), saint Justin (f vers i63), saint Irénée, Aristide, Origène offrent les diverses expressions du symbole romain. Une telle coïncidence ne serait-elle pas l'indice, comme l'ont cru certains critiques récents, que l'Orient possédait un type de symbole plus ou moins apparenté avec le symbole romain? Quoiqu'il en soit de ce point de vue, il reste certain que les orientaux devaient employer pour la liturgie baptismale une formule de foi, sorte de résumé catéchétique qui ne pouvait que se rapprocher du symbole romain.

Après Nicée, pendant le ive siècle, on trouve plusieurs symboles en Orient. Chaque région avait le sien : il y avait la formule d'Alexandrie, conservée chez les Coptes ; la formule palestinienne ou de Jérusalem, représentée par Eusèbe de Césarée, saint Cyrille de Jérusalem et saint Epiphane de Salamine ; la formule syrienne ou d'Antioche, représentée par les Constitutions apostoliques, saint Jean Chrysostome et Cassien ; la formule de l'Asie Mineure, représentée par Auxence de Milan, saint Grégoire de Nazianze et Marc l'ermite.

Or toutes ces formules sont rédigées, à quelques

paraphrases et variantes près sur un même modèle, et, chose importante, ce modèle rappelle le symbole romain. C'est que. selon toute vraisemblance, « le symbole romain fut introduit à Nicée même comme un formulaire dans lequel tous les orientaux ne pouvaient avoir aucune difficulté à reconnaître leur foi traditionnelle, et que l'œuvre du concile consiste à ajouter aux articles du symbole romain les développements christologiques qu'appelait la question arienne (i). » Une fois que, sur ce modèle romain, est rédigé le symbole de Nicée avec les développements christologiques réclamés par l'hérésie d'Arius, et dès que ce symbole de Nicée fut complété à Gonstantinople, relativement au Saint-Esprit, à cause de l'hérésie de Macédonius, tout l'Orient adopta ce symbole de Nicée-Constantinople. A dater du ve siècle, il devint la règle définitive de l'orthodoxie grecque et il élimina toutes les variétés antérieures des symboles (2). Et c'est par là que s'est fait sentir, même en Orient, l'influence du symbole romain.

Reste à poursuivre l'histoire du symbole romain et à rechercher sa trace du ive au ier siècle.

2° Origine du Symbole des Apôtres

Ce symbole romain du ive siècle se retrouve-t-il identiquement formulé au 111e ?

Pour la plus grande partie, oui ; mais non pour sa totalité. Car, au 111e siècle, si l'on tient compte des éléments du symbole que signalent Novatien, vers 260, dans son traité de ta Trinité (3), et le pape

1. Batiffol, Diction, de Théologie, t. 1, p. 1669. — 2. Kunze, Das TSicânisch-KonsiantinopolUanische Symbol., Leipzig, 1898. 3. De Trinilate ; Pair, lat., t. m, coi. 885-902.

saint Dcnys (259-269) dans son traité contre les Sabeliicns (1), on constate que le symbole romain se réduisait à la foi en Dieu le Père tout-puissant, en Jésus-Christ Notre Seigneur, fils de Dieu, et au Saint-Esprit ; et si l'on y ajoute la sainte Eglise, la rémission des péchés, attestés pour la première fois par saint Cyprien (2), et la résurrection de la chair, dont parle avant lui Tertullien, voici la formule du symbole vers 260 : « Je crois en Dieu le Père toutpuissant, et en Jésus-Christ, son Fils, Notre Seigneur, né de la Vierge Marie, crucifié sous Ponce Pilaie, ressuscité d'entre les morts le troisième jour, monté aux deux, d'où il viendra juger les vivants et les morts ; et au Saint-Esprit, la sainte Eglise, la rémission des péchés, la résurrection de la chair. » Dans cette formule manquent le titre d'unique donné au Fils, l'intervention du Saint-Esprit dans l'incarnation et la place de Jésus près de son Père après l'ascension. Plus court encore au 11e siècle, le symbole, si l'on s'en tient aux œuvres de saint Ignace, de saint Justin et de saint Irénée, peut se formuler de la manière suivante : « Je crois en un seul Dieu toutpuissant, en Jésus-Christ, Fils de Dieu, Notre Seigneur, né de la Vierge, qui a souffert sous Ponce- Pilaie, est ressuscité des morts, est monté aux deux, d'où il viendra juger, et au Saint-Esprit. » Dans cette formule on retrancha, au commencement du 111e siècle, le mot unum, un, devant Dieu, à cause de l'erreur des Monarchiens, qui, en insistant mal sur l'unité de Dieu, compromettaient la trinité des personnes ; puis on ajouta Pairem à Deum, Père à Dieu, pour mieux désigner la première personne de la sainte Trinité ; enfin on compléta la formule en

1. Pair, gr., t. xxv, col. 465. — 2. Epist. lxx, ad Januarium, 2 ; Pair, lai., t. m, col. io^o.

y ajoutant la sainte Eglise, la rémission des péchés et la résurrection de la chair.

Y avait-il donc, au temps des Apôtres, une formule du symbole ? Et quelle était-elle?

A défaut de données littéraires et de documents, qui sont rares et fort peu explicites sur ce point, on peut recourir au Nouveau Testament, et il est possible, sans se livrer à des conjectures hasardées, de reconstituer soit le thème de la prédication apostolique, soit les conditions dans lesquelles se conférait le baptême. Car il va de soi que les Apôtres durent exécuter a la lettre l'ordre formel de leur Maître qui était « d'enseigner toutes les nations, de* les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit (i). » Or, dès la descente du Saint-Esprit au jour de Pentecôte, saint Pierre entre en scène et prêche. Et à ceux de ses auditeurs de bonne volonté et qui, le cœur contrit, lui demandent ce qu'ils ont à faire, il propose cette formule de foi, très embryonnaire sans doute, mais essentielle et suffisante, puisqu'il y est question du Rédempteur. « Faites pénitence. Que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez le Saint-Esprit (2). » Pénitence d'abord, c'est la disposition intérieure et nécessaire pour assurer l'efficaci'té du rite baptismal ; foi en Jésus venu, au nom de son Père, racheter les hommes ; ensuite baptême ou rite extérieur ; et enfin foi au Saint-Esprit, dont l'effusion suit la collation du baptême.

Les Apôtres, en effet, nous apprennent les Actes (3), ne conféraient le baptême qu'à ceux qui connaissaient le Saint-Esprit et possédaient par conséquent quelque notion de la Trinité. Saint Paul, rencon-

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