Matlh., xxviii, 19. — 2. Ad., 11, 38. — 3. Ibid., xix
trant des Ephésiens qui ignoraient le Saint-Esprit, en conclut parla même qu'ils n'avaient pas reçu le baptême du Christ ; en effet, ils n'avaient reçu que le baptême de Jean. Avant donc de baptiser, les Apôtres exigeaient non seulement la foi au Christ, Fils de Dieu, qu'exprimait l'eunuque de la reine Candace (i), mais encore la foi au Père et au Saint- Esprit.
Mais cette foi était-elle dès lors formulée dans un symbole fixe et arrêté ? Rien ne le prouve. Il est pourtant difficile de croire que les Apôtres, avant de se séparer, n'aient point convenu des vérités essentielles dont ils devaient exiger l'assentiment de la part de ceux qui solliciteraient le baptême ; et le moins qu'ils pussent demander c'était la foi à Dieu le Père, au Fils et au Saint-Esprit, puisque c'était là même la formule que Notre Seigneur leur avait donnée pour baptiser. Et naturellement ce qu'ils avaient demandé aux juifs delà Palestine, ils ne purent que continuer à l'exiger au dehors de la part des gentils (2).
Les Apôtres, très vraisemblement, ne durent pas se borner à cette formule baptismale si réduite. Car, ainsi que le prouvent leurs œuvres, il y eut même chez eux un développement doctrinal. Le Saint- Esprit exposait peu à peu à leurs regards la foi qu'ils devaient laisser au monde, soit en achevant de leur présenter les enseignements de Jésus dans toute leur lumière, soit en leur rappelant des leçons dont ils ne gardaient qu'un vague souvenir, soit enfin en ajoutant aux doctrines annoncées par le Sauveur celles qu'il avait lui-même mission de leur
1. Ibid., vin, 37. — 2. Cf. ; Burn, An introduction to th» Creeds, Londres, 1899, p. 20-26 ; Vacandard, Les Origines du Symbole des Apôtres, dans la Revue des questions historiques, 1899, p. 354.
dévoiler (i). Il y a dans les écrits du Nouveau Testament le mouvement de l'histoire, une succession de faits et de discours, où se trahit le développement des croyances. Par suite, il reste vraisemblable qu'à la formule trinitaire, formule initiale et primitive, noyau central, ils ont pu ajouter tel ou tel mot, tel ou tel article, à raison du mouvement hérétique qui commençait à se dessiner autour de l'Eglise naissante. Et, par exemple, à Rome, au moment où Pierre et Paul vont mourir, « l'heure semblait venue de resserrer la prédication apostolique en quelques dogmes essentiels, que tous pourraient conserver de mémoire et opposer à l'hérésie (2), » en une espèce de précis ou d'abrégé de la foi, c'est-à-dire dans un symbole. Et comme pendant trois siècles ce symbole apostolique est resté un secret d'initiés, uniquement confié de la bouche à l'oreille, un signe qui servait à distinguer le fidèle du faux frère, de l'hérétique et du juif, il est difficile, les renseignements faisant défaut, de préciser exactement soit ce que contenait au début, soit ce que s'adjoignit, à l'âge suivant, ce formulaire baptismal.
En tout cas, ce qui paraît hors de contestation, c'est que la profession de foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit a formé le point de départ et constitué le centre, le noyau et l'essence même du symbole baptismal. Et les formules qu'on peut relever dans les documents du 11e siècle au ive n'en ont été que le développement normal, légitime ; de telle sorte que le symbole romain doit passer pour en être l'aboutissement rationnel. En remontant, en effet, de ce symbole romain jusqu'aux origines, on peut reconnaître
1. Fouard, Saint Pierre, 3e édiL, Paris, 1893, p. 276. — 2. Fouard, ibid, p. 285.
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en lui, sinon un plan de prédication concerté d'avance entre les Apôtres, du moins le fruit et l'abrégé de leur enseignement. Et, à ce titre, il mérite le qualificatif d'apostolique que lui décernait saint Ambroise. Son armature est faite de la profession de la foi à la Trinité, et, celle-ci, les Apôtres la tenaient directement du Christ.
Formule d'initiation baptismale, on comprend qu'on en ait respecté les termes ; mais n'ayant pas le caractère d'Ecriture au même titre que les livres du Nouveau Testament, on comprend aussi qu'on ait usé en dehors de Rome et à Rome même d'une certaine latitude pour en perfectionner l'expression.
Quant au symbole actuel, dit symbole des Apôtres, il n'est pas autre chose que le symbole romain mis à point, complété dans le courant du ve et du vie siècle, et définitivement fixé dans une formule cristallisée, stéréotypée. Et tout comme le symbole romain, au même titre, il a droit, lui aussi, à être qualifié d'apostolique. Nous venons de voir dans quel sens.
3° Attribution du Symbole aux Apôtres
Il convient de reconnaître que le symbole a été attribué aux Apôtres eux-mêmes par plusieurs écrivains ecclésiastiques des premiers siècles, et aussi dans la suite. Il leur a été attribué d'abord comme toutes les autres parties qui composent la trame vivante de la tradition ; et cela, dès le 11e siècle, dans tous les textes où il semble qu'on puisse reconnaître quelques-unes de ses traces. Saint Irénée, par exemple, dit que « la foi en un seul Dieu tout puissant, qui a fait le ciel et la terre, et les mers, et tout ce qui y est renfermé, et en un seul
Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui s'est incarné pour notre salut, et en un seul Saint-Esprit..., a été reçue des Apôtres et de leurs disciples, et qu'elle a été gardée par l'Eglise, bien qu'elle soit répandue par tout l'univers (i). »
Tertullien parle souvent de la Règle de foi, contre laquelle personne ne peut prescrire. Il déclare qu'elle a été donnée à l'Eglise par les Apôtres, aux Apôtres par le Christ et au Christ par Dieu (2) ; or il y comprend les divers éléments du symbole (3), et il a soin de distinguer l'ensemble des vérités contenues dans cette Règle de foi du reste de l'enseignement chrétien.
Les Constitutions apostoliques, dans la partie la plus ancienne qui est du 111e siècle, montrent les Apôtres exposant l'abrégé de leur enseignement (4).
Au ive siècle, saint Cyrille de Jérusalem appelle le symbole baptismal, qu'il expose dans ses célèbres Catéchèses, « la foi sainte et apostolique (5). » Et saint Epiphane de Salamine recommande de conserver la sainte foi, que l'Eglise a reçue en dépôt des Apôtres du Seigneur, et de l'inculquer dignement à tous les catéchumènes qui se préparent au baptême (6).
Nous avons déjà rapporté le mot de saint Ambroise qui qualifie d'apostolique le symbole romain. Saint Jérôme, baptisé à Rome, connut le symbole baptismal de cette église. « Or ce symbole de notre foi et de notre espérance, dit-il, qui ne s'écrit pas sur du parchemin et avec de l'encre,
1. Contra hsereses, I, x, 1; III, iv, 1; Pair, gr., t. vu. col. 549, 855. — a. De Prœscrip. f 37 ; Patr. lat., t. 11, col. 5o. — 3. De Prœscrip. , i3 ; ibid.t col. 26. — 4. Const. Apost., VI, xi; tPatr. gr., t. 1, col. g36. — 5. Catéchèse xvm, 3a ; Patr. gr. t. xxxiii, col. io54. — 6. Ancorat, 118; Patr. gr., t. xliii, col. 2Z2.
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mais seulement dans le cœur des chrétiens, nous vient des Apôtres (i). »
En Gaule, saint Hilaire de Poitiers félicite les évoques, ses collègues, d'avoir conservé la foi parfaite et apostolique, apprise au baptême, et de n'avoir pas eu besoin des formules écrites que les périls de la foi ont rendues nécessaires dans d'autres églises (2).
En Espagne, l'hérétique Priscillien convient que le Christ a enseigné le symbole aux Apôtres pour confondre l'erreur des Ebionites (3). En Dacie, Nicétas de Rémésiana rapporte également la profession de foi baptismale à la tradition des Apôtres (4). En Afrique, saint Fulgence de Ruspe dit clairement que le symbole est d'origine apostolique (5). Vigile de Tapse admet que l'Eglise de Rome a reçu son symbole baptismal des Apôtres eux-mêmes (6).
D'après cet ensemble de témoignages, on voit que le symbole, soit dans sa forme originelle, soit dans la formule romaine ou dans d'autres apparentées, a été regardé comme provenant des Apôtres, au moins dans un sens large.
Mais il y a plus encore. La rédaction elle-même de la formule du symbole a été longtemps attribuée aux Apôtres.
Déjà, à la fin du ive siècle, saint Ambroise disait aux fidèles de Milan : « Les douze Apôtres, comme des ouvriers habiles, s'entendirent pour fabriquer la clef. J'appelle clef ce symbole qui ouvre les ténèbres du démon pour que la lumière du Christ y
1. Contra Joan. Hieros., 28 ; Pair, lat., t. xxm, col. 936. — a. De symbolo, 63 ; Pair, lat., t. x. col. 523. — 3. Tract, ni, édit., Schepss, Vienne, 1889, p. 49- — 4- De Spirit. Sanc. potentia, 18 ; Explanalio symboll, 8 ; Pair, lat., t. xlii, col. 862, 870. - — 5. Conl. Fabianum, fragmenta, 36 ; Pair, lat., t. lxv, col. 822, 823. — 6. Contr. Eutych. iv, 1 ; Pair, lat., t. lxii, col. 119,
pénètre (1). » Beaucoup plus explicitement encore, Ruffin d'Aquilée écrivait dans son Commentaire du symbole : « Nos anciens rapportent qu'après l'ascension du Seigneur, lorsque le Saint-Esprit se fut reposé sur chacun des Apôtres sous forme de langue de feu afin qu'ils pussent se faire entendre en toute langue, ils reçurent du Seigneur l'ordre de se séparer et d'aller dans toutes les nations pour prêcher la parole de Dieu. Avant de se quitter, ils établirent en commun une règle de la prédication qu'ils devaient faire, afin que, une fois séparés, ils ne fassent pas exposés à enseigner urte doctrine différente à ceux qu'ils attiraient à la foi du Christ. Etant donc tous réunis et remplis de l'Esprit-Saint, ils composèrent ce bref résumé de leur future prédication, mettant en commun ce que chacun pensait, et décidant que telle devra être la règle à donner aux croyants. Pour de multiples et très justes raisons, ils voulurent que cette règle s'appelât symbole (2). »
Ruffîn appliquait cette tradition au symbole romain, bien qu'elle n'eût ni un témoin romain ni une attache romaine. Il l'avait empruntée, en effet, soit aux Constitutions apostoliques (3), soit à la Didascalie des Apôtres (4), d'origine syrienne, c'est-àdire à la littérature pseudo-apostolique du 111e siècle.
Or « cette croyance à la rédaction du symbole par les Apôtres s'est perpétuée et popularisée. Elle a été admise, au ve siècle, par Saint Maxime de Turin (5), par Gassien (6), et par Fauste de Riez (7) ; au vu*
1. Sermo xxxm, 6; Pair, lat., t. xvn, col. 671. — 2. Comm. in symb., 2 ; Pair, lat., t. xxi, col. 337. — 3. VI, xiv ; Pair, gr., t. 1, col. 9^5. — 4- Edit. Nau, Paris, 1902, p. i34-i4a. — » 5. Homil. lxxxiii ; Pair, lai., t. lvii, col. 433. — 6. De incarnai., vi, 3 ; Pair, lat., t. iv, col. 147-149. — 7. De symbolo, Bibliolh. PaLrum, Lyon, t. vi, p. 627.
par saint Isidore de Séville (i), et par saint Ildefonse de Tolède (2) ; et au vme, par Etherius et Beatus (3). On précisa même les données premières : chaque apôtre devint l'auteur d'un des douze articles. Le représentant le plus ancien de cette évolution est le Sermo ccxl, du pseudo-Augustin (4), ou encore le Sermo ccxli (5), et le Sermo de symbolo. On la retrouve dans saint Pirmin (6). »
Alcuin et Raban Maur l'admettent dans son premier état, au vin0 et ixe siècle. Saint Thomas (7) y attache peu d'importance. Mais saint Bonaventure admet la rédaction des articles par chacun des Apôtres, pris séparément (8). Suarez (9) rapporte les deux explications.
Cette forme d'attribution apostolique du symbole a même été introduite dans le Catéchisme romain (10), Mais l'Eglise ne l'a reconnue par aucun acte officiel. Le catéchisme romain ne fit «donc, remarque Dom Baumer (11), qu'adopter un sentiment qui est celui de beaucoup de Pères. En i52Q, la Sorbonne censura Erasme pour avoir dit qu'il ignorait si le symbole était de tradition apostolique ; elle admettait donc le sentiment déjà connu (12). Mais les critiques catholiques les plus orthodoxes, dit avec raison Vacant (i3), n'hésitent pas à la qualifier de légende (i4).
1. De offic. eccl., n, 23 ; Pair, lat., t. lxxxiii, col. 8i5-8i6. — 2. De cognit. bapt., 32 ; Patr. lat., t. xevi, col. 126. — 3. Biblioth. Patrum, Lyon, t. xm, p. 35g. — 4- Pair, lat., t. xxxix, col. 2189. — 5. Ibid., col. 2190. — 6. Scarapsus ; Patr. lat., t. lxxxix, col. io34. — 7. Comm. des Sentences, III, Dist. xxv, a. 1, ad iv. — 8. Comm. des Sentences, III, Dist. xxv, a. 1, ad iv. — 9. De fide, Disput. II, v, 3. — 10. ire Partie, Introd., xxvii-xxviii. — 11. Das apostolische Glaubensbekenntnis, Mayence, 1893, p. 26. — 12. D'Argentré, Collect. judiciorum, Paris, 1728, t. 11, p. 60. — i3. Dictionnaire de Théologie, t. 1, p. 1679. — i4- Cf. Baumer, Vacandard, Fouard, loc. cit.
Mais il y a loin de là à prétendre que le symbole ne provient d'aucune façon des Apôtres. C'est au xv° siècle que commença la discussion quand on tenta, au concile de Florence, d'unir l'Eglise latine et l'Eglise grecque. « Dès le début des négociations, en i438, pendant que les Pères siégeaient encore à Ferrare, comme les latins invoquaient l'autorité du symbole des Apôtres, les théologiens grecs, notamment Marcos Eugenicos, archevêque d'Ephèse, s'étonnèrent de cette référence et dirent : « Pour nous, nous n'avons pas et nous ne connaissons pas de symbole des Apôtres. » Cette déclaration fut un coup de surprise. Tombée dans le domaine public, elle fut recueillie et exploitée par le fameux sceptique Laurent Valla, qui écrivit un libelle, d'ailleurs dépourvu de science et de critique, contre l'origine apostolique du Credo latin (i). » C'était en i444. L'éveque de Chichester, Reginald Peacock, marcha sur les traces de Valla, en 1/400. Jacques Usher inaugura, en 16/47, la critique historique du sujet. Elle a été poussée aussi loin que posible au xixe siècle. « Des principaux faits précédemment exposés, il résulte que, la légende de la rédaction du symbole par les douze apôtres écartée, l'ancienne tradition ecclésiastique a justement rapporté aux apôtres les parties essentielles du symbole qui porte leur nom (2). »
4° Autorité du Symbole des Apôtres
Quelle autorité faut-il donc reconnaître au symbole ?
1. Vacandard, loc. cit., p. 32C)-33o. — 2. Vacant, Dict. de ThéoL, p. 1679 ! Cf. Mazella, De virtutibus infusis, Rome. 1879, p. 323-324.
Une très grande autorité. Car, tout d'abord. « l'autorité de la profession de foi trinitaire dans la rite du baptême, profession qui a servi de cadre et de noyau au symbole et qui en contenait les éléments essentiels, résulte de ce qu'elle vient des apôtres et qu'elle leur est attribuée par la tradition ecclésiastique. Toutefois, comme la formule n'en était pas stéréotypée à l'origine et comme les apôtres ne l'avaient pas écrite, il est inexact de dire que si le Credo baptismal est l'œuvre des apôtres euxmêmes, il faut le considérer comme « inspiré » et le mettre sur le même rang que l'Ecriture canonique (i). Suarez (2) a justement observé que, suivant la doctrine des Pères, le symbole n'a pas été écrit, mais seulement présenté par les apôtres aux fidèles pour être appris de mémoire. Eût-il même été rédigé par écrit par les apôtres qu'il ne serait pas pour cela inspiré, puisque l'Eglise ne l'a pas placé au rang des Ecritures sacrées et puisque, d'autre part, si les apôtres, clans le ministère de leur prédication, jouissaient de l'infaillibilité, ils n'avaient pas nécessairement, en tout ce qu'ils écrivaient, le don de l'inspiration (3). Mais si la profession de foi baptismale, que les apôtres ont instituée, n'est pas inspirée, elle est une de ces traditions apostoliques que, d'après le concile de Trente, session iv, l'Eglise reçoit et vénère avec la même piété et le même respect que les Saintes Ecritures. »
« Quant au symbole romain sous ses différentes formes (et par suite le symbole actuel), ce n'est pas seulement un témoignage historique ancien, précieux, vénérable, de la foi catholique ; c'est une
1. Dom Ghamard, Les origines du symbole des Apôtres, dans Revue des Questions hist., 1901, p. 34i-343. — 2. De fide, Disp. II, v, 4- — 3. Franzelin, De dïvina traditione, 3e cdit., Piome,. 1882, p. 372-378.
règle de foi, imposée par l'Eglise aux néophytes dans la dispensation solennelle du sacrement de baptême. Les protestants, qui veulent s'en tenir strictement à la doctrine évangélique, peuvent bien chercher à démontrer que le symbole dit des Apôtres est plus complet que la foi de l'Evangile et ne s'impose pas, dans son entier, à l'adhésion des chrétiens. Les catholiques n'ont pas le droit de contester son autorité dogmatique. Quelles que soient sa date et les phases diverses de son histoire, l'Eglise catholique l'emploie depuis des siècles dans sa liturgie et son enseignement catéch'é tique. Elle le considère donc et elle l'impose comme un document de sa foi officielle (i). Bien qu'il ne soit pas, dans sa teneur actuelle, un document synodal et théologique, ce monument liturgique et catéchétique est l'expression infaillible de l'enseignement quotidien de l'Eglise ; c'est un organe de son magistère exprès, et tous les points de doctrine qui y sont affirmés s'imposent comme de foi catholique et par conséquent sous peine d'hérésie (2). »
Non seulement l'Eglise invoque le symbole des Apôtres comme une règle de foi imprescriptible à opposer aux hérétiques et l'impose comme une profession de foi absolument requise pour quiconque sollicite la grâce du baptême, ainsi que nous le verrons plus en détail dans la suite, mais encore elle Fa inséré dans la prière officielle qu'elle exige de la part de ses ministres. Le symbole apostolique, en effet, a sa place marquée dans l'office divin ; et notamment il se trouve au commencement de Matines et de Prime, ainsi qu'à la fin de la récitation du Bréviaire.
1. S. Thomas, Sam. theol., na 11* , Q. 1, a. ix. — 2. Vacant, Eludes théologiques. La Constitution Dei Filius, Paris, 1895, t. 11, p. 112 ; Diction, de Théologie» 1. 1, p. 1680.
Le simple chrétien est obligé de savoir le symbole des Apôtres, et il doit le réciter souvent avec foi et piété.
On ne peut être admis, en effet, au baptême que sur une attestation formelle qu'on sait par cœur le symbole des Apôtres et qu'on adhère fermement aux vérités qu'il contient. C'est le cas pour les adultes ; quant aux enfants que l'on présente aux fonts baptismaux, nous verrons plus tard que la récitation du symbole ou profession de foi baptismale incombe aux parrains et marraines, qui se portent garants pour leurs filleuls.
Savoir par cœur le symbole ne suffît pas, il faut encore le réciter fréquemment comme une protestation de fidélité, comme un renouvellement de la profession faite au baptême, comme un acte de foi. Il constitue ainsi, dans sa formule vénérée et tant de fois séculaire, l'un des éléments principaux de la prière chrétienne. Il doit donc se réciter avec piété, matin et soir, au début et à la fin de la journée.
Les Pères de l'Eglise avaient soin d'en recommander la récitation fréquente. « Chaque jour, écrivait saint Ambroise dans son livre de la Virginité, nous devons très particulièrement réciter le symbole avant l'heure de la lumière : un soldat ne va jamais sans porter sur lui son engagement militaire, soit dans le repos sous la tente, soit dans Faction sur le champ de bataille (i). » Et saint Augustin, s'adressant aux compétents, leur disait : « Dès que vous saurez le symbole, récitez-le chaque jour pour ne pas l'oublier. A votre lever, au moment de prendre le repos, récitez votre symbole, récitez-le au Sei-
i. De virginitate, III, rv, 20 ; Pair, lat., t. xvi, col. 225.
gneur, ne vous lassez pas de le redire : la répétition en est bonne, elle empêche l'oubli. Ne dites pas : Je i'ai dit hier, je l'ai dit aujourd'hui, je le dis chaque jour, je le skis fort bien. Rappelez-vous votre foi ; regardez-vous : que le symbole vous serve de miroir. Et là constatez si vous croyez réellement tout ce que vous faites professsion de croire, et chaque jour réjouissez-vous dans votre foi. Que ce soit là votre richesse et comme un vêtement dont vous revêtiez chaque jour votre âme. Dès que vous vous levez ne vous habillez-vous pas ; de même, en récitant le symbole, revêtez votre .âme... Ainsi seronsnous revêtus de notre foi ; et notre foi est en même temps un habit et un bouclier : un habit pour nous garantir de la confusion ; un bouclier contre l'adversité. Et lorsque nous serons parvenus là où nous devons régner, il ne sera plus nécessaire de répéter le symbole : nous verrons Dieu ; Dieu sera notre vision, et la vision de Dieu sera la récompense de cette foi (i). »
Mais savoir le symbole et le réciter fréquemment ne suffisent pas : il faut encore le comprendre. Voilà pourquoi les Pères de la primitive église, et depuis l'époque patristique jusqu'à nos jours, les évêques et les curés n'ont cessé d'expliquer le symbole soit aux catéchumènes, soit aux enfants baptisés, pour leur donner l'intelligence de cette règle de foi. Et c'est là, justement, ce qui va faire l'objet de toutes les leçons de la première partie de ce Catéchisme, celle où vont passer successivement sous nos yeux tous les articles du symbole des Apôtres.
i. Sermo lviii, i3.
5° Division et contenu du Symbole
Le symbole se divise en articles. Or ce mot article, dit saint Thomas, semble dérivé d'un mot grec apôpov, qui répond au mot latin articulas, et signifie liaison de parties distinctes. C'est pour cela qu'on appelle articulations les diverses parties du corps, qui en forment les membres en s'ajoutant les unes aux autres. Ainsi les choses qui appartiennent à la foi chrétienne sont divisées par articles, dans ce sens qu'elles se divisent en certaines parties se liant les unes aux autres. Chaque vérité a son article particulier. Et cette liaison réciproque des articles du symbole, l'ordre qu'ils ont entre eux, expliquent comment la foi demeure toujours une dans la division et la multiplicité des articles qu elle embrasse (i).
Or, ajoute saint Thomas, ces divers articles sont très convenablement disposés dans le symbole. La foi, en effet, n'embrasse, comme étant son objet propre, que les choses dont nous aurons la vision dans la vie éternelle, et celles qui nous y conduisent. Or deux choses doivent faire l'objet de cette vision : ce qu'il y a de caché dans la divinité, et c'est en cela que consiste la béatitude ; et le mystère de l'humanité du Christ, par qui nous pouvons être introduits dans la gloire des enfants de Dieu. De là ces paroles de Notre Seigneur : « La vie éternelle consiste à vous connaître, vous, le vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ (2). » Les vérités de la foi offrent donc d'abord cette distinction, que les unes se rapportent à la majesté divine, les autres aux mystères de l'humanité du Christ. Touchant la