La prédication apostolique, à l'apparition
des hérésies. — a A la foi unanime des premiers jours succédaient le trouble et le partage. Des loups rapaces fondaient sur les pasteurs et ne ménageaient pas le troupeau ; des hommes s'élevaient, proférant des discours pervers pour attirer des disciples après eux(i).Plusencoreque la doctrine des novateurs, leur parole était à craindre, elle 'rongeait comme la « gangrène, couvrant sa corruption sous une profane nouveauté de mots (2). » Pour éviter ces embûches du langage, ces expressions incertaines, 'équivoques, convenant à l'erreur comme à la vérité (3), il fallait se munir de termes exacts et consacrés. La prédication apostolique n'avait tendu jusqu'alors qu'à faire connaître et aimer Jésus ; l'heure était venue de la resserrer en quelques dogmes essentiels, que tous pourraient conserver de mémoire et opposer à l'hérésie. Saint Paul mita cette œuvre la vigueur, qui était le propre de son génie, et fonda « ce dépôt de la foi » qu'avant de mourir il recommandait si instamment à Timothée (4). Timothée avait donc reçu de Paul, outre l'enseignement commun dans toute son étendue, un abrégé, un précis de la foi. Pierre fait allusion à ce formulaire dans l'une de ses Epîtres, et nous apprend en même temps à quel usage il fut primitivement destiné. Parlant des hommes sauvés du déluge grâce à l'eau qui les portait dans l'arche : « Cette même eau, ajoute-t-il (5), est la figure du baptême qui nous sauve ; or le baptême ne consiste pas dans la purification des impuretés de la chair, mais dans Y interrogation d'une bonne conscience à l'égard de Dieu. » De quelle interrogation parie ici l'apôtre?... Le Credo de la liturgie baptismale remonte donc aux temps apostoliques ; dès lors quoi de plus naturel que d'y voir Yinterrogationt dont parle saint Pierre, et le précis recommandé par saint Paul. Les paroles de celui-ci à Timothée ne permettent guère de douter qu'il ait eu quelque part à cet abrégé de la foi. De préférence, néanmoins, nous en rapportons le dessein au chef des Apôtres, parce que sa lettre, écrite de
1. Act., xx, 29, 3o. — 2. 11 Tim., 11, 17. — 3. 1 Tim., vi, 20. ,— 4. n Tim., 1, 13. — 5. 1 Pelr., m, 20-22.
Rome, nous fait connaître le baptême tel qu'on l'administrait sous ses yeux et par ses ordres ; c'est donc à lui plus qu'à aucun autre qu'il convient d'attribuer l'idée d'un formulaire de croyances, à lui comme fondateur de l'Eglise romaine, s'inspirant des coutumes et des traditions du peuple au milieu duquel il vivait. » Fouard Saint Pierre, 3e édit., Paris, 1893, p. 285-288.
3. Le Credo de l'âme humaine. — « Une doctrine qui possède éternellement l'humanité doit satisfaire divinement l'humanité. Mais de quelle manière les dogmes du Credo sont-ils harmoniques à l'âme ? Ils ne sont pas naturels, comme nous pourrions l'imaginer. C'est leur étrangeté, leur impénétrabilité mystérieuse qui est naturelle. Elle trouve en nous je ne sais quelle impénétrabilité mystérieuse aussi, quelle étrangeté qui lui ressemble, qui est de même ordre et qui fait que l'une ne peut pas voir l'autre sans tressaillir.
Allons au fond. Qu'est-ce que le Credo ? C'est en douze articles l'exposé de la personnalité incompréhensible, de la vie mystérieuse de Dieu. Or nous sommes faits à son image et à sa ressemblance. Par conséquent les mystères de Dieu sont en nous, guère plus pénétrables en nous qu'en lui, quoi qu'il y ait en nous l'infini de moins. De fait nous sommes une trinité, les philosophes même en conviennent. Nous sommes une incarnation. Nous sommes une paternité qui crée et qui engendre à son image. Après avoir créé, nous devenons une providence. Quand la femme devient mère, pendant un an ou deux elle est une eucharistie. Pères et mères, nous sommes une rédemption, une passion, une solidarité dans la chute, une résurrection, une vie éternelle. Afin que nous ne puissions pas le nier, Dieu a écrit le Credo dans nos entrailles. Nous ne le voyons pas avec la raison ; nous le sentons. Ce Credo humain, qui est nous, ne peut être mis en présence du Credo divin, qui est Dieu, sans tressaillir, comme la copie devant l'image.
Yoilà pourquoi, à moins d'un mystère de perversion, ^incrédulité n'est qu'affaire de jeunesse. A cet âge, on
n'est encore qu'une trinité et une incarnation ; dogmes froids, parce qu'ils ne regardent que nous. Mais avec la paternité tous les mystères, brûlants ou poignants, commencent : la création, la chute, la rédemption, l'eucharistie. Le Credo s'incarne dans notre chair. Il devient palpable. Tout s'illumine d'une lumière qui ne vient ni de l'esprit ni de la raison, facultés auxquelles on résiste, mais qui monte du cœur et des entrailles. Voyez cette mère qui entre dans l'église, son entant sur son bras. Un jeune homme peut sourire en passant devant la croix, le tabernacle. Elle non. Elle regarde la croix et se dit : « Qu'y a-t-il de si étrange ? Est-ce que je n'en fais pas tout autant. Je nourris mon enfant de mon lait, et si, pour l'arracher à la mort, il fallait le nourrir de mon sang, me laisser souffleter, battre de verges, est-ce que j'hésiterais une minute ? » Voilà où est le Credo et pourquoi il est invincible. Dieu l'a caché dans les replis les plus intimes de la nature humaine. Il l'a tellement identifié avec l'âme, qu'il faut se nier soi-même, ou du moins s'oublier, pour ne pas croire (i) ! »
i. Bougaud, Le Christianisme et les temps présents, 2e édiL, Paris, 1878, t. ni, p. a3-25.
Leçon IIe Autres Symboles
I. Le Symbole de Nicèe-Constantinople : 1° Son origine. — 2° Son texte. — 3° Son usage. — 4° Son autorité. — IL Le Symbole de Saint- Athanase : 1° Son texte. — 2° Son origine. — 3° Son importance (1).