‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 48 sur 179 · Burn, The athanasian creed, Cambridge, 1896, p. liy · texte numérisé non relu

Burn, The athanasian creed, Cambridge, 1896, p. liy

et se refuse avec raison à reconnaître saint Athanase pour l'auteur du Quieumque. Elle va même plus loin et elle écarte l'Orient comme la patrie de ce symbole.

2. Les Grecs, en effet, ne l'ont connu que fort tard. Les divers textes qu'ils en possèdent ne concordent pas entre eux et portent tous les caractères d'une traduction (i). Au reste, la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils, l'égalité parfaite des trois personnes divines affirmée à plusieurs reprises, et la saveur augustinienne de toute cette théologie sont autant d'indices que l'œuvre n'est pas d'un auteur grec (2). Elle est donc d'un auteur latin. Mais lequel? Et de quel pays? C'est ce qu'examine minutieusement M. Tixeront (3).

3. La date de sa composition reste un peu flottante. Vraisemblablement il n'a pas été composé avant le ve siècle ; du moins on n'en possède pas de preuve positive. Mais l'examen de son contenu et ses formules révèlent quelques points de contact avec les procédés et les expressions de saint Augustin, particulièrement les versets 8-18. C'est Augustin, en effet, qui, le premier, a formulé nettement la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils. En outre l'Apollinarisme est visé et condamné au verset 3o. Ce symbole daterait donc au plus tôt de 420 à 43o. Et si l'hérésie de Nestorius, condamnée au concile d'Ephèse, en 43 1, et celle d'Eutychès, anathématisée au concile de Chalcédoine, en 45i, semblent avoir motivé l'insertion des versets 32-35, il ne faut pas oublier que cette double erreur se trouve réfutée par avance dans les œuvres de l'évêque d'Hippone ; il est également vrai qu'on pourrait re-

1. Montfaucon, Diatrib. in symb. Quieumque : Patr. gr., t. xxviii, col. 1567 SCL' — 2- Diction, de Théologie, loc. cit., col. 2182. — 3. Ibid.

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trouver dans la doctrine augustinienne le fond et la forme du développement christologique du Quicumque. Mais les principes épars dans les divers traités de saint Augustin ne suffisent pas à expliquer l'existence de ce développement christologique luimême ni surtout sa rédaction dans une formule aussi précise.

L'auteur, quel qu'il soit, a dû évidemment obéir à quelque grave raison pour proclamer la nécessité, pour le salut éternel, de croire fidèlement à l'Incarnation de Notre-Seigneur comme au mystère de la Sainte-Trinité. Etait-ce pour répondre au Monophysisme, déjà latent dans l'Apollinarisme, ainsi qu'au Nestorianisme, déjà en germe dans Leporius et Julien d'Eclane ? C'est possible. Mais, quoi qu'il en soit, la formule du Quicumque semble devoir être postérieure aux débats théologiques provoqués par Nestorius etEutychès, ce qui nous reporte après 45i.

D'autre part, ce n'est qu'à partir du vu6 siècle qu'on trouve des allusions à notre symbole ; et les premières en date sont celles qu'on peut relever dans certains passages du ive concile de Tolède, en 633, étroitement apparentés avec certaines formules du Quicumque (i). Saint Isidore de Séville,qui présidait ce concile, fait mention de ce formulaire de foi dans deux lettres adressées, l'une au duc Claudius, l'autre à l'évêque Eugène (2). En Gaule, saint Léger, présidant le concile d'Autun, vers 670, recommande, ce symbole sous le nom de Fides Athanasii (3).

C'est donc avant le vnc siècle que le Quicumque a, dû être rédigé. Or, au vie siècle, rien ne le rappellQ mieux que le sermon ccxliv, inséré parmi les œuvres apocryphes de saint Augustin (4). Et si, comme

1. Hardouin, t. m, col. 579. — 2. Epist. vi, 4 ; vin, 3 ; Pair, iat., t. Lxxxiu, col. go3, 908. — 3. Hardouin, t. iu, col. 1016. — 4- Pair. lat.t t. xxxix, col. 2194.

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tout porte à le croire, ce sermon est de saint Césaired'Arles (f 5^2), on peut fixer approximativement la date de sa rédaction vers 537-5/|o. Sans doute la comparaison de l'union de Dieu et de l'homme dans la personne du Christ avec l'union de l'âme et du corps dans la personne de l'homme est tombée en défaveur après Eutychès ; mais ce n'est pas une raison suffisante pour reporter la date du Quicumque, où se trouve cette comparaison, avant l'Eutychianisme ; car l'auteur de notre formulaire a fort bien pu négliger ce détail pour conserver une comparaison qui paraissait lui offrir, sans blesser l'orthodoxie, une rédaction facile à être retenue.

4- La date étant ainsi approximativement déterminée, la question du lieu d'origine du Quicumque offre moins de difficultés à résoudre ; car tout indique la Gaule du sud-ouest, particulièrement le voisinage d'Arles et de Lérins. En effet, en dehors du ive concile de Tolède et de saint Isidore de Séville, c'est surtout en Gaule que ce symbole est mentionné et cité jusqu'au x° siècle. Il suffit de rappeler, pour le ixe siècle, les noms célèbres de Théodulfe d'Orléans, de saint Benoît d'Aniane, de Florus et d'Agobard de Lyon, d'Adalbert de Thérouane, de Réginon de Prum, de Ratramne de Corbie, d'Enée de Paris, de Riculfe de Soissons et d'Hincmar de Reims. C'est en Gaule qu'ont été composés les premiers, commentaires de notre symbole, car ils se retrouvent dans des manuscrits gallicans ; et c'est dans la Gaule du sud-ouest, dans la région voisine de l'éveché d'Arles et du monastère de Lérins.

A ce centre intellectuel, en effet, se rattache un groupe d'écrivains ecclésiastiques très actifs pendant le ve siècle et le commencement du vie, tous familiers avec les ouvrages de saint Augustin, imbus de sa doctrine, bien qu'ils n'acceptassent pas dans son

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intégrité son enseignement sur le péché originel: saint Honorât (f 429), saint Hilaire d'Arles (f 449), saint Vincent de Lérins (f 45o), saint Eucher de Lyon (f 45o), Fauste de Riez (j 493) et saint Césaire d'Arles. Tous ces écrivains sont largement tributaires de la théologie et de la terminologie de l'évêque d'Hippone ; et entre le Quicumque, d'une part, et les œuvres de saint Vincent, de saint Eucher, de Fauste et de saint Césaire, d'autre part, les rapprochements sont si curieux et si suggestifs que c'est, à n'en pas douler, parmi ces écrivains qu'on a chance de trouver le rédacteur anonyme du Quicumque (1). Ne serait ce pas saint Césaire ?

5. C'est l'opinion, qui paraît justifiée, de M. Lejay. Dans une étude documentée sur le Rôle théologique de saint Césaire <X Arles (2), M. Lejay remarque dans l'évêque d'Arles la tendance à condenser les idées et à les fixer en formules brèves, l'habitude de se répéter, qualités de l'instituteur qui cherche à inculquer la doctrine dans la mémoire de ses auditeurs et à la faire retenir aussi facilement que possible. Il relève ensuite les caractères de son activité théoiogique. Examinant d'abord les Staiuta ecclesise antiqua (3), sorte de constitution ecclésiastique, qui n'est pas à proprement parler un symbole, c'est-à-dire une somme portative des dogmes, mais plutôt une caution que l'Eglise prend vis-à-vis de ceux qui aspirent à la gouverner, il étudie ensuite le sermon ccxliv de l'appendice augustinien. Or ce sermon « débute par des formules semblables à celles du symbole qui porte le nom de saint Athanase

1. Cf. Tixeront, loc. cit., col. 2 182-21 85; D. Morin, Le symbole d' Athanase et son premier lérnoin: S. Césaire d'Arles, dans la Revue bénédictine d'octobre 1901, p. 347-363. — 2. Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1905, t. x, p. i52 sq. ■»- 3. Pair. lat. t. lvi, col. 879-880.

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et a pour caractères généraux la brièveté et la précision du style, l'énergie pressante, l'autorité du ton, l'affirmation de la nécessité de la foi pour le salut, l'union de la foi et des œuvres. »

Comparant ce sermon avec la recension qu'en ont donnée Caspari (i) et Burn (2), M. Lejay écrit: « Ces homélies n'ont pas un symbole fixe pour point de départ, mais elles tendent vers la rédaction d'un symbole. Elles sont des essais successifs d'un chef d'Eglise qui cherche, dans un esprit pratique, à fournir aux fidèles un abrégé du christianisme moins sommaire que l'ancien symbole, pins compréhensif et moins spécialisé que les formules conciliaires. » Dans ce cas, les recensions de Caspari et de Burn seraient les ébauches successives qui aboutissent au sermon précité. Les trois documents s'emparent des formules symboliques préexistantes, non pour les expliquer, mais pour les incorporer et les compléter, pour constituer une sorte de précis de la doctrine chrétienne, court à lire et facile à apprendre ; ils forment comme les étapes, parcourues par saint Gésaire, à la recherche d'un symbole. « Y aurait-il une dernière étape qui serait le symbole mis sous le nom d'Athanase ? Les recherches de Dom Morin donnent à le penser... Les formules dogmatiques qui ont été fixées pour des siècles dans le symbole d'Athanase se retrouvent dans les homélies de Césaire... Même insistance autoritaire, même relief donné à la nécessité de la foi, même attention à définir la nature et les rapports des personnes divines, la composition du Christ, la propriété de la chair des hommes ressuscites, la certitude de la rétribution finale. Ces ressemblances n'auraient pas grande

1. Anccdota, Christiana, i883, t. 1, p. 283 sq. — 2. Zeitschrifl far Kirchengeschichle, 1898, t. xix, p. 180 sq.

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valeur, si elles se rencontraient séparément ; réunies, elles valent une signature. Ajoutez à ces données internes la présence du Quicumque parmi les œuvres de Césaire dans plusieurs recueils de provenance artésienne. »

Quant au titre de notre document, il paraît bien avoir été, dès l'origine : Fides cathollca sancti Athanasii episcopi. Mais il ne saurait faire difficulté ; car c'était l'habitude de Pévêque d'Arles de mettre en tête de ses compilations le nom d'un Père (i). Aussi M. Lejay croit-il pouvoir conclure par ces mots : « La question me paraît résolue ; si les documents représentent des états successifs d'une composition de Césaire, on sera bientôt tenté de placer ÏAthanasianum à la fin de la série (2). » Ainsi le fameux symbole dit de saint Athanase serait l'œuvre de saint Césaire d'Arles. Ce n'est qu'une hypothèse, sans doute, mais il faut bien reconnaître qu'elle a pour elle toutes les apparences de la réalité.

3° Son importance et son autorité

Ce symbole a vite acquis une importance exceptionnelle dans l'Eglise. Connu, cité, commenté tour à tour, à partir du vne siècle, il a été imposé comme un objet d'études aux membres du clergé, qui étaient chargés de l'apprendre et de l'expliquer en langue vulgaire aux fidèles. Il est devenu l'un des éléments de l'enseignement catéchétique. Le concile d'Autun, dont nous avons parlé, le recommandait au clergé de la Gaule ; le concile de Cloveshow, en 747, prescrivait à tout prêtre d'Angleterre de savoir par cœur, outre le Credo et le Pater, la Trinité,

1. Cf. D. Morin, ioc. cit., p. 362. — 2. Revue d'histoire, loc, cit., p. 182.

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c'est-à-dire le Quicumque pour l'expliquer dans la langue du peuple (i).

Au ixe siècle, les prescriptions se multiplient qui imposent aux clercs l'obligation de le savoir par cœur, de le comprendre et de l'expliquer. Voir, en particulier, le concile de Reims de 852 (2). On en trouve même une explication en langue tudesque (3). Vers le commencement du xe siècle, Réginon de Prum, dans son Manuel des visites pastorales pour les évêques, prescrit l'interrogation suivante : <c Connaissez-vous le sermon d'Athanase sur la foi de la sainte Trinité, qui commence par ces mots : Quiconque veut être sauvé? Le savez-vous par cœur? En comprenez-vous le sens? Pouvez-vons l'expliquer en langue vulgaire (4) ? » Au siècle suivant, saint Brunon, évêque de Wurtzbourg (f 1040), publie pour son diocèse un commentaire catéchétique du Pater, du Credo et de la Fides Athanasii (5). Puis ce sont Abélard, saint Bernard, Alexandre de Halès, Pierre d'Osma, qui en font de nouveaux commentaires. Les théologiens l'utilisent, notamment saint Thomas d'Aquin, dans sa Somme. C'est dire la haute estime que tout le moyen âge a professée pour ce symbole.

Mais il y a plus et mieux : l'Eglise l'a adopté officiellement et en a fait une pièce liturgique, en l'insérant dans son bréviaire. Déjà, au ixe siècle, Hayton (f 836), d'abord abbé de Reichenau, puis évêque de Baie, en imposait la récitation, chaque dimanche, à l'heure de prime (6). Jean d'Avranches,

1. Can. 10; concile de Calchut, can. 2; Hardouin, t. m, col. 1955, 2073. — 2. Patr. lat. t. cxxv, col. 773. — 3. Incerti monachi Weissenburgensis Catechesis theoiisca sœculo IX0 cons- ■cripla, Hanovre, 1703. — 4- De eccles. discipl., 1, 85 ; Patr. lat., A. cxxxn, col. 191, — 5. Patr. lat., t. cxlii, col, 557-568. — ^. Patr. lat.. t. cxv. col. 11.

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archevêque de Rouen, mort en 1079 (1), et Ulrich de Cluny (f 1087) (2), sont des témoins de cet usage pour le xie siècle (3) ; c'est même tous les jours qu'il se récite alors, à l'office de prime, dans les églises ultramontaines, tandis qu'à Rome, d'après Amalaire, diacre de Metz, on se contentait encore d'y réciter le symbole des apôtres (4).

Or, dès la fin du xn° siècle ou dès le commencement du xiii6, sous Innocent III, le Quicumque se trouve dans le bréviaire de la cour romaine. Ce bréviaire, adopté par les Frères-Mineurs et corrigé pour leur usage avec l'approbation de Grégoire IX, en 12/ii, fut vite populaire et fut à son tour adopté par la cour romaine sous Nicolas III. « Le bréviaire de la Curie, ou bréviaire d'Innocent III, écrit Mgr Batiffol, était devenu le bréviaire des Mineurs ou bréviaire de Grégoire IX. Le bréviaire de Grégoire IX avait été popularisé dans toute la chrétienté par les Mineurs. Avec Nicolas III, le bréviaire des Mineurs devenait, non plus seulement le bréviaire de la Curie, mais bien le bréviaire de l'Eglise romaine (5). »

Actuellement encore, malgré les diverses modifications qu'il a subies dans la suite des temps, notre bréviaire renferme le Quicumque ; et ce symbole se récite chaque dimanche, à prime, quand l'office est du dimanche, à l'exception des dimanches de Pâques, de la Pentecôte et de ceux qui se trouvent dans l'octave de la Noël, de l'Epiphanie, de l'Ascension et de la Fête-Dieu.

Ainsi donc le Quicumque, tour à tour objet d'étude pour le clergé, thème catéchétique pour l'ins-

1. De ojf. eccles. 5. ; Patr. lat., t. cxlvii, col. 29. — 2. Co/isuet., 1, 3 ; Patr. lat., t. cxux, col. 646. — 3. M»* Batiffol, Histoire du Bréviaire romain, Paris, i8g3, p. i83. — 4. De offlc. eccles, iv, 2 ; Patr. lat.t t. cv, col. 1168. — 5. Loc. cit., p. ao3.

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truction des fidèles, partie officielle de la prière publique, a l'autorité d'un chant d'Eglise, d'une œuvre liturgique, d'un symbole proprement dit : c'est une règle de' foi. Luther s'est demandé si, depuis les Apôtres, rien de plus important et de plus magistral a jamais été écrit. Et les anglicans l'ont inséré dans leur livre de la prière commune.

Leçon Iir Les Professions de foi

I. Les professions de foi : 1° d'Hormisdas. — 2° de Léon IX. — 3° de Clément IV.— 4° d'Eugène IV. — 5° de Grégoire XIII. — 6° d'Urbain VIII et de Benoît XIV. — 7° d'Innocent III. — II. La profession de foi de Pie IV : 1° Date. — 2° Texte. — 3° Usage.

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