‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 54 sur 179 · Joan., xyi, i2-i3. — 2. Joan., xiv, 2G · texte numérisé non relu

Joan., xyi, i2-i3. — 2. Joan., xiv, 2G

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pris, et dont vous avez la certitude, sachant de qui vous le tenez (i). » « Gardez le dépôt, en évitant les discours vains et profanes, et tout ce qu'oppose une science qui n'en mérite pas le nom (2). » « Evitez ceux... qui toujours apprennent sans pouvoir jamais arriver à la connaissance de la vérité (3). » Et saint Jean termine son Apocalypse par ces mots : « Je déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre que, si quelqu'un y ajoute, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre. » a Ainsi s'achève la Bible, le livre des révélations. Moïse en a posé l'alpha, saint Jean en écrit l'oméga. Dieu est au commencement pour l'ouvrir, il est à la fin pour le sceller. C'est fini à jamais... Telle fut la marche de la doctrine religieuse : au commencement Dieu révèle sa divinité, son existence, son aséité, et la rédemption qui doit être accomplie par son Christ. Ecrite sans formules spéciales, et d'une façon globale' dans la conscience humaine, la loi naturelle est détaillée, précepte par précepte, et gravée en des tables de pierre. La vie du Christ rédempteur se dessine de jour en jour avec des traits plus particuliers, jusqu'à ce qu'il paraisse avec sa divine physionomie, dépassant l'espérance immense du monde par sa doctrine et ses actions. Les apôtres, ses livres vivants et sa loi agissante, mettent le sceau à ses révélations. Et la vérité intégrale qu'ils confient à leurs successeurs se rajeunit toujours dans l'organe qui la porte (4). »

Ainsi donc, dès les débuts de l'âge apostolique, le cycle de la révélation est fermée pour toujours ; Dieu n'a plus parlé à l'Eglise, et, par là, dans la vérité rc vélée, tout est fixe, immuable ; ni l'histoire,

1. II Tint., m, i4. — a. I Tïm.% vi, 20. — 3. II 7ïm., m, 7. — 4. Prunier, Evolution et immutabilité, Paris, 1904, p. 17.

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ni la philologie, ni aucune science ne sauraient rien y changer. Le dépôt de cette révélation est confié aux apôtres et par les apôtres à l'Eglise. Il renferme essentiellement tout ce que Dieu veut que l'homme sache pour se sauver. Mais ce dépôt n'est pas enfermé dans un vase hermétiquement clos ; il n'est pas figé dans une formule stéréotypée. La vérité révélée n'a rien qui ressemble à une lettre morte, rien qui rappelle la rigidité d'un cadavre ou l'immobilité silencieuse de la tombe ; elle est vivante, au contraire, et vivifiante, toujours en acte dans l'Eglise, toujours se développant en vertu du principe intime de vie qui l'anime et toujours identique à elle-même, toujours entourée d'un respect fidèle et scrupuleux, toujours pensée vivante et vérité vécue.

2° La règle de foi dans les premiers

siècles.

C'est là, dès les origines chrétiennes, un aspect de la vérité révélée, qui est de capitale importance, qui s'impose tout d'abord à la conscience de l'Eglise, qui s'affirme et se formule de la manière la plus pressante, la plus obvie, la plus ferme et la plus expresse. C'est de cette vérité révélée qu'on est curieux et qu'on recherche avant tout ; témoin, le vieux Papias, évoque d'Hiérapolis, qui voyage pour recueillir avec un soin pieux « les dires des anciens » afin de posséder la tradition autorisée (i) ; témoin, Hégésippe, qui voyage pour étudier la foi des diverses églises et pour opposer à la gnose menteuse « la grande voix de la prédication vraie (2). » Et

1. Fragm., 11 ; Pair, gr., t. vi, col. i25G. — 2. Fragm., m; ibid., col. i320.

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saint Irénée, le grand évêque de Lyon, en qui l'on entend l'Orient et l'Occident au 11e siècle, oppose énergiquement aux gnostiques de son temps les témoignages de l'Eglise d'Ephèse, fondée par saint Paul, puis dirigée par saint Jean, de l'église de Smyrne, où il avait entendu saint Polycarpe, disciple de l'apôtre bien-aimé, et de celle de Rome, fondée par saint Pierre, « avec laquelle toutes les églises doivent s'accorder à cause de sa principauté principale (i). »

Aussi, dans les diverses églises de l'empire romain, regarde- t-on comme une règle de foi qu'en dehors de la tradition apostolique, il n'y a pas de vérité, qu'on ne doit rien y ajouter, rien en re-* trancher, qu'aller contre cette tradition vivante c'est innover dans la foi et ne plus appartenir à l'Eglise. Tertullien, qui donne parfois à sa pensée un tour original et un puissant relief, s'écrie : « Il n'est besoin ni de curiosité après le Christ, ni de recherches après l'Evangile. La première règle de notre foi c'est de ne rien croire au-delà de ce qu'elle enseigne... On peut chercher, oui, avant le Christ, mais pour croire ; après avoir trouvé le Christ, c'est contraire à la notion même de la doctrine révélée, de la foi. Dès qu'on a donné son adhésion, on peut chercher encore, sed in nostro, et a nostris, et de nostro, salva régula fidei... Ne rien savoir contre la règle, c'est tout savoir (2). » Ainsi donc, respect avant tout de la règle de foi; recherche intellectuelle libre pour trouver la vérité ; recherche encore, après l'avoir trouvée, mais cette fois limitée à l'objet propre de l'enseignement révélé. Il suffit dès lors qu'une doctrine soit nouvelle

1. Adv. hœr., III, m, a ; Pair, gr., t. vu, col. 8^9. — a. De prœscript., vm, ix, xn, xiv; Patr. lat.t t. n, col. 34-27.

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pour être taxée d'hétérodoxe . la tradition d'abord et rien que la tradition. C'est la réponse célèbre du pape saint Etienne à saint Cyprien de Carthage, au sujet de, la réitération du baptême : Nil innovetur nisi quod traditum est (i).

Et voici qu'avec le ive siècle commence l'action doctrinale des conciles œcuméniques. Des erreurs sont dénoncées et condamnées ; certaines vérités révélées, jusque là dans l'ombre, sont mises en pleine lumière ; d'autres, révoquées en doute ou audacieusement niées, son définies; et le nombre de ces vérités augmente encore pendant le ve siècle, à Ephèse et à Chalcédoine, comme il avait augmenté à Nicée et à Gonstantinople ; et il ne cessera de croître dans les siècles suivants, grâce à l'intervention de conciles nouveaux, qui continueront l'œuvre de leurs devanciers. Par là progresse manifestement la science religieuse des fidèles dans la manière d'entendre la vérité révélée et de l'expliquer : ils apprennent à connaître chaque jour davantage l'objet de leur croyance. Mais ne serait-ce pas en même temps l'oubli ou la méconnaissance de cette règle si fortement proclamée et si jalousement appliquée contre les innovations hérétiques? Non, certes. Car les définitions conciliaires ne puisent que dans le dépôt révélé.

3° La Doctrine de saint Vincent de Lérins

Yoici, en effet, comment s'en explique, au lendemain du ni0 concile général, le champion le plus résolu de la tradition catholique, saint Vincent de Lérins (f vers 45o). Il rappelle d'abord la règle

i. Epist., lxxiv, i ; Patr. lat., t. m, col. 1128.

imprescriptible de la foi catholique dans cette célèbre formule que les siècles n'ont cessé de répéter; « Il faut s'attacher à ce qui a été cru en tout temps, en tout lieu, par tous ; c'est cela qui est vraiment et proprement catholique ; il nous faut suivre l'universalité, l'antiquité, l'accord général ; quod ubique, quod semper, quod ab omnibus. » Il s'étonne de la passion qui agite certains esprits, du besoin de nouveau qu'ils éprouvent, de ce prurit qui les pousse à ajouter, à retrancher, à changer quelque chose à la foi, et cela malgré saint Paul qui commande de « garder le dépôt, » « d'éviter les profanes nouveautés de mots, l'opposition d'une science menteuse ; » et il explique ce qu'il faut entendre par ces deux mots : Depositum custodi.

Il s'agit de mettre le dépôt révélé à l'abri des voleurs et des ennemis ; et ce dépôt, quel est-il ? Quod tibi creditum est, non quod a te invention ; quod accepisti, non quod excogitasti ; rem non ingenii, sed doctrinœ ; non usurpationis privatœ , sedpublicœ traditionis ; rem ad te perductam, non a te prolatam : in qua non auctor debes esse, sed custos ; non inslitutor, sed sectator ; non ducens, sed sequens. C'est de l'or reçu, c'est de l'or à faire passer ; et sans doute on peut l'orner de pierres précieuses, lui donner de l'éclat, de la grâce, du poli ; et qu'ainsi intelligatur, quod ante obscurius credebatur ; per te posteritas inlellectum gratuletur quod ante vetustas non intetlectum venerabatur. Eadem tamen qux didicisti doce, ut cum dicas nove non dicas nova (i).

Mais alors, se demande-t-il, il n'y aurait donc pas de progrès de la religion dans l'Eglise du Christ ? Au contraire, répond-il, il y en a, il faut qu'il y en

I, Common., xxi, xxii; Pair. lat.t t. l, col. 606-667.

ait, mais pas de changement, car le progrès consiste dans le développement intime et propre d'une chose, non dans la transformation de cette chose en une autre. Ainsi, entendu, crescai igitur oportet et multum vehementerque proficiat tara dngulorum quam omnium, iam unius hominis quam totius Ecclesise, aetatum ac sœculorum gradlbas, intelligentia, scientia, sapientia, sed in sao duntaxat génère, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu, eadamque sententia (i).

Immutabilité, oui, car il ne faut pas sortir de l'enseignement et des idées reçus ; et ceci rappelle la restriction signalée par Tertullien ; progrès, oui encore, mais à la condition que ce ne soit pas un changement; et il l'explique : « Que la foi des âmes imite la loi des corps qui, dans le cours des années, acquièrent le développement harmonieux de toutes leurs parties, sans pourtant cesser d'être ce qu'ils étaient. Car, de la fleur de l'enfance à la maturité de la vieillesse, la différence est grande ! Et cependant les vieillards sont ceux-là même qui furent enfants. La nature et l'extérieur de l'homme ont beau changer, c'est toujours la même nature et la même personne... Telle est la règle légitime et parfaite du développement; tel est l'ordre fixe et merveilleusement beau de l'accroissement. L'âge, en faisant grandir l'homme, ne montrera en lui que le perfectionnement de l'œuvre du Créateur dans le petit enfant... C'est cette loi de progrès que doit suivre la vérité religieuse, qui, avec les années, se renforce, s'épanouit et s'élève, mais sans jamais perdre son inviolable pureté... C'est du froment pur que nos pères ont semé dans le champ de l'Eglise ; quelle iniquité à nous de mettre à la place du bon grain l'ivraie de l'erreur 1 C'est notre devoir de re-

i. Common., xxi, xxn; Pair, lat., t. i., col. 666-667.

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cueillir à la moisson un froment excellent, puisque c'est du froment qui fut jeté dans les sillons. La tige s'élèvera joyeuse, nous verrons l'épi se dessiner sous sa forme définitive, mais ce sera toujours un épi de blé...

« Il est certes bien permis de creuser avec le temps les enseignements de notre céleste philosophie, de les limer, de les polir ; mais c'est un crime de les changer, de les tronquer, de les mutiler. Qu'on les fasse briller de toute la clarté de l'évidence, qu'on les mette en pleine lumière, qu'on distingue, à la bonne heure ! Mais qu'on n'aille pas leur ôter leur plénitude de vérité et leur inviolable intégrité. Car si la fraude sacrilège pouvait se glisser une seule fois au sein de nos dogmes, je verrais avec terreur la religion prête à s'écrouler et à disparaître pour toujours. Laissez tomber une parcelle du dogme catholique, bientôt une autre et puis une autre encore sera jetée -au vent, comme par une pente toute naturelle. Et, en le jetant ainsi pièce à pièce, il arrivera qu'il n'en restera plus rien. Mais, par contre, si les nouveautés trouvent libre accès dans le domaine du dogme antique, si l'élément étranger se mêle à nos biens de famille, si le profane est confondu avec le sacré, cet alliage aura bientôt tout envahi. Et, dès lors, dans l'Eglise, plus de dogme intact, pur, immaculé. Un mauvais lieu de honteuses et sacrilèges erreurs se sera élevé à la place du sanctuaire de la chaste et incorruptible vérité...

u L'Eglise du Christ, vigilante et prudente gardienne des dogmes qu'elle reçut en dépôt, n'y change jamais rien, n'y ajoute rien, n'en retranche rien. Elle ne touche pas à ce qu'ils ont d'essentiel; elle ne les embarrasse pas de superfétations.Elle garde son bien et ne porte pas la main sur la pro-

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priété d'autrui; toutes les ressources de son génie visent une seule fin: étudier l'antique doctrine avec fidélité et sagesse ; s'il s'y rencontre des germes, des ébauches, en provoquer le développement ; s'il s'y trouve des vérités déjà exprimées et complètement développées, ies consolider, les affermir ; ce qui est affermis pour toujours par une définition, le conserver (i). »

Immutabilité et progrès, nous venons de voir dans quel sens les entendait, au ve siècle, saint Vincent de Lérins. M. Bninetière a pu dire, après lui et comme lui, qu'évoluer n'est pas changer : « l'épanouissement de la frondaison de l'arbre n'est pas une variation du germe, et ce n'es! pas changer, ce n'est pas devenir autre que de développer le contenu de sa loi, puisque, au contraire, c'est achever de devenir soimême (2). » Cet enseignement n'a rien perdu de sa force, même après les travaux du cardinal Newman et du cardinal Franzelin ; il a reçu, du reste, une consécration unique au sein du concile du Vatican (3).

4° L'enseignement du Concile du Vatican

Les Pères du concile du Vatican eurent à traiter cette question du progrès doctrinal et de l'immu-

1. Common. xxm ; Pair, lat., t. l, col. 668-669. — 2. La science et la religion, Paris, 1890, p. 42-43. — 3. Sabatier, dans son Esquisse a" mie philosophie de la religion, 3e édit., Paris 1897, p. 63, dit qu'avec Mochler et Newman, « l'idée moderne d'une évolution du dogme entre dans la dogmatique du catholicisme. » Il a sans doute oublié Saint Vincent de Lérins, et les Avertissements aux protestants, le premier, le second et le sixième, de Bossuet ; et sans doute encore il ne connaissait pas le De traditione et scriptura, Rome, 1870, de Franzelin.

tabilité, à cause de l'assimilation fâcheuse que le rationalisme prétendait établir entre la révélation et la philosophie, à cause aussi des conséquences erronées qu'il en tirait. La philosophie, étant toujours d'ordre humain, reste sujette, comme ta raison elle-même, aux variations, aux incertitudes, aux écarts, aux erreurs, aux progrès; et il en serait ainsi de l'enseignement révété. Cette assimilation fautive provient d'une fausse notion de la révélation; ce fut, en particulier, l'erreur du prêtre allemand Guntlier (f i863). En tant que manifestation de la vérité, la révélation n'est pas absolument nécessaire, et cela, prétend Guntlier, parce que la raison humaine est capable de comprendre toutes les vérités révélées ; elle pénètre chaque jour davantage dans la connaissance des dogmes et les transforme à mesure qu'elle les pénétre.1 La raison part de la foi aveugle, qui adhère à la vérité révélée uniquement à cause de l'autorité du témoignage divin ; mais, avec le progrès des sciences et de la philosophie, elle progresse elle-même dans la connaissance des mystères jusqu'à ce qu'elle arrive à leur pleine intelligence.. L'Eglise, sans doute, procède par définitions, qui formulent, à telle date et dans de telles circonstances, l'idée qu'elle se fait de la révélation ; mais ce sont là des formules relatives, provisoires, destinées à être remplacées par des formules plus compréhensives et plus rapprochées de la vérité totale, dès que les progrès scientifiques l'exigeront.

Cette théorie du relativisme et du progrès indéfini de la connaissance religieuse, fausse et dangereuse, fixa l'attention du concile et provoqua l'exposition de la théorie catholique, relative à l'immutabilité et au progrès. Rcproduisons-la, avant de l'étudier : « La doctrine de la foi révélée de Dieu n'a pas été proposée à l'esprit humain comme une

découverte philosophique qu'il avait à perfectionner ; mais elle a été confiée à l'épouse du Christ comme un dépôt divin qu'elle devait garder fidèlement et déclarer infailliblement. C'est pourquoi on doit aussi conserver perpétuellement aux dogmes sacrés le sens fixé par une première déclaration de notre sainte mère l'Eglise, et il n'est jamais permis de s'écarter de ce sens sous l'apparence et le prétexte d'une intelligence plus élevée (i). »

Que la doctrine catholique ne puisse pas se ramener aux principes de la raison naturelle sans en altérer le sens et le corrompre ; que le progrès des sciences ne puisse pas permettre d'attribuer au dogme défini un sens différent de celui de l'Eglise, c'est une double erreur déjà réprouvée par Pie IX dans sa lettre à l'archevêque de Cologne du i5 juin 1857 (2)' ou il affirmait la perpétuelle immutabilité de la foi, et dans son allocution du 9 juin 1862, où il disait : les rationalistes « n'hésitent pas à soutenir avec une souveraine impudence que la révélation divine est imparfaite et par conséquent soumise à un progrès continu et indéfini, qui répond au progrès de la raison humaine (3). » Le concile du Vatican a renouvelé ces condamnations.

Il est donc de foi catholique que l'enseignement de l'Eglise ne saurait changer ni dans son fonds révélé, ni même dans l'exposition qu'eu donne le Magistère enseignant.

Du reste, cela se comprend, car la nature de la vérité est d'être l'expression de la réalité des choses, de ne point varier suivant les temps et les lieux, de n'avoir pas un caractère relatif mais immuable et

1. Const. Dei Filius, c. iv, S 5. — 2. Denzinger, n. 15of)-i5i2. — 3. Cette phrase est devenue la ve proposition du Syllabus ; Denzinger, n. i55a.

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absolu ; cela se comprend aussi à raison de l'infaillibilité de l'autorité qui la proclame, garantie par celle même de Dieu, comme nous le verrons.

Quant à la question de savoir si cette doctrine peut se perdre en partie ou tomber dans l'oubli, si elle peut s'enrichir d'éléments étrangers dans la suite des siècles, le concile l'a résolue négativement; car, à la différence des doctrines philosophiques qui se développent et s'accroissent par les seuls efforts de l'esprit humain, la révélation a été confiée à l'Eglise comme « un dépôt qu'elle doit garder fidèlement et déclarer infailliblement. »

L'Eglise, en effet, a reçu des apôtres, qui l'ont reçu de Dieu, ce dépôt révélé ; elle en est le dépositaire officiel ; non pas seulement pour le garder avec fidélité, mais encore pour l'exposer avec certitude. Gardienne jalouse, elle le conserve intact, à l'abri de toute soustraction frauduleuse et de toute immixtion étrangère, dans sa pure intégrité ; interprète autorisé, elle intervient, quand elle le juge nécessaire ou opportun, pour certifier sans erreur que telle ou telle vérité fait partie de ce dépôt sacré. Dans les deux cas elle est assurée d'une assistance spéciale du Saint-Esprit, qui l'empêche d'être infidèle à son rôle de gardienne et de se tromper dans son rôle d'interprète. Par suite, elle ne peut rien en retrancher ni rien y ajouter d'étranger. Ses définitions dogmatiques, intervenues dans la suite des âges, sont simplement déclaratoires : elles spécifient que telle vérité doit être objet de foi catholique parce qu'elle est du nombre de celles qui ont été révélées par Dieu et qui lui ont été confiées en dépôt. Aussi, dès qu'elle s'est officiellement prononcée, ces vérités définies se trouvent définitivement fixées et restent acquises à jamais ; leur sens ne peut en aucune façon être modifié.

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Sans doute, des révélations particulières peuvent se produire, et en fait il s'en est produit dans l'Eglise. L'Eglise a le droit de les examiner ; en les approuvant, en les déclarant authentiques, elle se prononce sur leur origine divine, elle garantit leur orthodoxie en ce qu'elles ne renferment rien d'opposé à la foi. On peut les croire sans y être obligé ; car, étant d'ordre privé, elles n'entrent pas dans le dépôt révélé et confié aux apôtres, et l'Eglise se garde bien de les introduire dans ce dépôt, de les incorporer dans son enseignement dogmatique.

A plus forte raison l'Eglise se garde-t-elle de mêler ou d'incorporer dans le dépôt révélé les simples données de l'esprit humain, quelques belles et profondes qu'elles soient ; elle a également le droit de les soumettre à son contrôle ; elle peut même les utiliser, mais toujours sans les mêler aux données de la révélation. Dans tous les cas, elle n'accepte pas qu'elles puissent introduire la moindre modification au sens des vérités déjà définies qui, loin d'être changeantes ou relatives, revêtent un caractère absolu et immuable. « C'est pourquoi, dit le concile, on doit conserver perpétuellement aux dogmes le sens fixé par une première déclaration de notre sainte mère l'Eglise et il n'est jamais permis de s'écarter de ce sens sous l'apparence et le prétexte d'une intelligence plus élevée. » Aussi, déclare-t-il anathème a à qui dirait que la révélation divine ne renferme à proprement parler aucun mystère véritable, mais qu'une raison convenablement cultivée peut par ses principes naturels comprendre et démontrer tous les dogmes de la foi ; à qui dirait que les enseignements humains doivent être donnés avec une telle liberté que leurs assertions pourraient être maintenues comme vraies et ne sauraient être proscrites par l'Eglise, alors même qu'elles iraient con-

tre la doctrine révélée ; à qui dirait enfin qu'il peut se faire qu'eu égard au progrès de la science, on doive quelquefois attribuer aux dogmes proposés par l'Eglise un autre sens que celui qui a été et qui est compris par l'Eglise (i). »

Ainsi donc le dépôt confié à l'Eglise par les apôtres — nous dirons plus tard en quoi il consiste et où il se trouve — contient les vérités qu'il a plu à Dieu de révéler pour permettre à l'homme de faire son salut. Reste la question de savoir quelles sont ces vérités ; c'est à l'Eglise soûle de la résoudre dans sa sagesse et sous la garantie de son infaillibilité. Il suffit qu'elle déclare officiellement quelles sont cekles que le fidèle doit croire explicitement, tout en exigeant la foi implicite vis à vis des autres. Car toutes les vérités contenues dans ce dépôt ne sont pas également apparentes, également précises, également développées ; quelques unes ne s'y trouvent qu'à l'état implicite ou de germe.

Mais cette immutabilité n'empêche nullement le progrès. Qui ne sait, en eilet, que, dans un germe vivant, on n'aperçoit pas tout d'abord les divers éléments qui doivent constituer à un moment donné et grâce à la force intime de développement progressif qu'il possède, l'être parfait, plante ou animal. Le gland ne montre ni les racines, ni le tronc, ni la puissante ramure du chêne, et le chêne lui-même ne cesse d'ajouter à ce qu'il possède déjà jusqu'à ce qu'il ait atteint son plein épanouissement. Il en est de même de l'embryon dans le sein maternel et de l'animal qui passe successivement par toutes les phases de la croissance jusqu'à son entière maturité. Mais la* plante et l'animal ne dépassent pas un certain terme ; car, pour l'une comme

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