Const. Dei Filius. c. iv, S
croyance explicite à la parfaite sainteté de la sainte Vierge était une croyance implicite au dogme de l'immaculée conception, parce que la sainteté parfaite suppose ' la sainteté dans la conception. Or chaque l'ois qu'une vérité, à laquelle on ne pensait pas auparavant, devient l'objet d'une définition dogmatique, il est incontestable que le domaine de la foi explicite s'étend, que l'enseignement catholique s'augmente d'un chapitre ou même d'un traité nouveau.
D'autres fois, le progrès consiste simplement dans une pleine lumière répandue sur une vérité révélée, mais encore plus ou moins entourée de pénombre et d'obscurité, dans plus de probabilité ou dans une entière certitude sur une vérité également révélée, mais objet jusque là de discussions et de doutes. Les idées se précisent, les preuves se fortifient, les conclusions finissent par s'imposer, et par là s'étend de plus en plus la connaissance de la révélation. Car, ne l'oublions pas, toute vérité explicite en contient d'autres logiquement ; et, grâce à sa vie intime et féconde, telle vérité se manifeste de mieux en mieux à la foi du croyant, comme la plante, l'animal ou l'homme révèlent de mieux en mieux, aux yeux de l'observateur, grâce à leur développement organique, tout ce qui n'était qu'en puissance et à l'état latent dans le germe ou l'embryon.
Or, de toute évidence, certaines vérités révélées ont dû être, dès l'âge apostolique, enseignées et professées d'une manière explicite, suffisamment claire et certaine, par exemple celles dont la foi explicite est nécessaire, soit de nécessité de moyen, comme l'existence de Dieu, la rétribution finale, la trinité et l'incarnation, soit de nécessité de précepte, comme les articles de la profession de foi baptismale, les préceptes du décalogue, la nature des sacrements
qu'on doit recevoir, les biens qu'on doit demander à Dieu par l'oraison dominicale. Et naturellement, pour ces vérités-là, le progrès ne saurait consister dans la substitution de la foi explicite à la foi implicite, mais simplement dans une augmentation de lumière, dans une manifestation plus nette de leur nature intime, de leurs rapports avec les autres vérités et des conséquences qu'elles entraînent. C'est, précisément, ce dernier genre de progrès qu'on peut constater, en particulier, dans la connaissance du plus profond de nos mystères, le mystère de la trinité.
Ce dogme, en effet, explicitement proposé, dès l'âge apostolique, à la foi de quiconque demandait à recevoir le baptême, et brièvement énoncé dans la formule baptismale, n'a pas été entouré tout d'abord de la lumière beaucoup plus vive qu'il reçut après la condamnation des Sabelliens et des Ariens, des Modalistes ou des Subordinatiens,*et dont les symboles de Nicée-Gonstantinople et de saint Athanase portent si expressément le témoignage.
Quant aux autres vérités, découvertes peu à peu dans le dépôt de la révélation, dégagées, précisées, formulées et définies comme de foi catholique dans la suite des âges, le progrès a tout d'abord consisté dans leur passage de l'état de foi implicite à l'état de foi explicite. Puis, à leur tour, elles ont pu encore progresser de l'autre façon, et ont effectivement progressé en clarté, dans l'esprit et dans la vie des fidèles, par une assimilation de plus en plus féconde ; c'est ce que le concile du Vatican appelle le progrès dans Y intelligence, la science et la sagesse.
2° Ses caractères Qu'entendre par ces termes du concile ? de quelle
intelligence, de quelle science, de quelle sagesse est-il question ? Essayons de le dire.
S'agit-il d'une vérité non encore définie, et dont la présence dans le dépôt révélé n'est pas manifeste ? S'agit-il d'une question religieuse, non encore traitée, mais qui se pose devant l'esprit d'un investigateur studieux ou que des circonstances fortuites mettent en quelque sorte à l'ordre du jour ? En pareil cas, le chrétien instruit, le théologien de profession use de son intelligence pour examiner si cette vérité ne serait pas comprise dans les vérités révélées déjà connues ; si cette question, intéressant la foi, a lieu d'être posée et dans quel sens il convient de la résoudre. Un travail scientifique doit donc intervenir nécessairement, et ainsi le chrétien, le théologien fait acte de science pour se rendre compte par l'examen attentif, par l'étude approfondie de l'Ecriture et de la tradition, du crédit qu'il convient d'accorder ou de refuser à cette vérité ou à cette question. Et il va sans dire que la sagesse des conclusions sera en raison directe de la prudence, du sentiment religieux, du sens traditionnel et de la fidélité scrupuleuse aux règles prescrites en pareilles matières, qui accompagneront l'effort intellectuel et le travail d'érudition.
Il se pourra que les résultats en restent précaires ou même ne soient pas dignes d'être retenus ; c'est à la discussion libre d'en juger. Il se pourra même qu'ils ne cadrent pas rigoureusement avec l'orthodoxie ; c'est au magistère infaillible d'en décider. Mais il se pourra aussi qu'ils méritent de fixer l'attention à raison de leur pleine harmonie avec l'ensemble de la vérité révélée et de l'enseignement traditionnel. Et alors c'est un véritable progrès, susceptible, le cas échéant, non seulement d'être approuvé et loué, mais encore d'être utilisé et consacré par l'Eglise.
N'est-ce pas, en effet, un progrès de ce genre qui est dû à cette science de la foi qui s'appelle la théologie ? Car, comme le remarque justement M. Vacant, la théologie, entendue dans son sens strict, a pour objet les conclusions théologiques, c'est-à-dire, non point les vérités révélées, mais les conséquences qui sont virtuellement contenues dans ces vérités et qui s'en tirent par déduction. Mais, pour arriver à la plupart de ces conclusions, il faut que le théologien se rende parfaitement compte du contenu de la révélation, qu'il s'assimile les vérités révélées, et donc qu'il les distingue, les éclaircisse et en établisse solidement le caractère révélé. D'ailleurs les conclusions théologiques l'aideront, à leur tour, à mieux distinguer les vérités révélées, à les mettre en lumière et à en saisir toute l'harmonie et la connexion. Et c'est ainsi que le théologien est un artisan du développement des dogmes, aidé dans ce travail d'ordre privé du controversiste, de l'apologiste, de l'exégète, de tous ceux qui étudient les symboles, les conciles, les actes pontificaux, les écrits des saints Pères et les autres documents de la foi (I).
Questions souleA^es, aperçus nouveaux, dénonciations de l'erreur, recherche minutieuse et approfondie de la vraie doctrine, essais pour la dégager, pour l'expliquer, pour la formuler en termes aussi précis que possible, autant de travaux d'intelligence, de science et de sagesse qui s'ajoutent à d'autres travaux semblables, et dont les résultats se contrôlent, se discutent, s'éliminent ou restent acquis. Cela dure des années, parfois des siècles ; du moins, pendant ce temps, la lumière se fait et un certain progrès se réalise, progrès éloigné mais prépara-