‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 57 sur 179 · Const. Dei Filius, t. 11, p. 3o · texte numérisé non relu

Const. Dei Filius, t. 11, p. 3o

toire, s'il y a lieu, à l'intervention décisive du magistère infaillible, au jugement solennel de l'Eglise. Or, dès que l'Eglise s'est officiellement prononcée, la définition d'un dogme n'arrête pas pour cela le progrès de sa connaissance, et c'est encore un progrès d 'intelligence, de science et de sagesse, mais dans un autre sens que tout à l'heure. Car alors, en possession certaine de la vérité, à laquelle il adhère d'une foi explicite, le chrétien peut en acquérir une connaissance plus pleine. L'intelligence du dogme défini permet d'en pénétrer mieux le sens intime, de l'approfondir en lui-même, d'analyser ses éléments constitutifs, de se rendre un compte exact des textes scripturaires ou traditionnels qui l'appuient et des formules qui l'expriment. La science vient ensuite ; elle en note les conséquences pratiques au point de vue de la liturgie, de la discipline et de la morale ; elle en saisit les rapports éloignés ou prochains avec les autres vérités de l'ordre naturel ou surnaturel ; elle en marque la place dans une synthèse de la vérité connue. Après quoi il ne reste plus, par une synthèse finale qu'à ramener à Dieu lui-même tous les résultats de l'intelligence et de la science de ce dogme, ce qui est le propre de la sagesse. Et lorsque ce travail s'opère, non plus sur un dogme, mais sur l'ensemble des dogmes, on en arrive, quand on s'appelle saint Thomas d'Aquin, à écrire ce chef-d'œuvre de la Somme théologique.

3° Sa marche

La marche de ce progrès dans la connaissance' des vérités révélées suit, selon l'expression du concile du Vatican, la marche des âges et des siècles ; mais de plus et dans une certaine mesure, ce progrès obéit aux circonstances historiques ; et enfin,

par une disposition particulière de la Providence, il se réalise selon la nature des dogmes et dans leur succession logique.

Notons-le cependant, les circonstances historiques ne constituent pas la cause efficiente de ce progrès, elles n'en sont que l'occasion, tantôt favorable, tantôt défavorable, qui l'accélère ou le ralentit. Il va de soi que lorsque l'Eglise est aux prises avec de graves difficultés, comme par exemple à l'époque des persécutions ou de l'invasion des barbares, elle se trouve par trop absorbée. Le temps n'est guère propice alors pour le travail intellectuel qui réclame le calme et la paix. Mais vienne une période de tranquillité, toutes ses forces vives entrent en jeu. On le vit très bien, au lendemain des persécutions, après Constantin, dans l'efflorescence merveilleuse de la théologie patristique du ive et du ve siècles : on le vit encore, à la suite des invasions, lors de la renaissance carlovingienne, qui prépara de loin le magnifique essor intellectuel du xine siècle et permit de créer une langue nouvelle, rude parfois, mais expressive dans sa terminologie, d'organiser et d'ordonner en un vaste système fortement lié et pleinement homogène tout l'enseignement du passé. On le vit aussi, à l'époque de la Réforme et au xviie siècle, dans cette pléiade de théologiens et d'écrivains, qui scrutèrent tous les problèmes soulevés et interrogèrent avec tant de soins les documents de la tradition. On le voit enfin de nos jours où, malgré les malheurs des temps, nos universités catholiques impriment un mouvement si intense aux études ecclésiastiques, ont déjà donné de bons résultats et en préparent d'autres.

Or, parmi ces circonstances qui sont la cause occasionnelle du progrès, il faut ranger les hérésies.

Car, comme Dieu sait tirer le bien du mal, ainsi l'Eglise, gardienne fidèle et infaillible interprète du dépôt révélé, a toujours profité des excès de l'erreur pour proclamer la vérité. Du reste, l'hérésie, dans ses attaques successives, a suivi une marche descendante, il est vrai, mais assez logique et régulière. C'est à Dieu qu'elle s'en prit tout d'abord avec la période gnostique des deux premiers siècles ; c'est à la trinité ensuite avec les Monarchiens et les Sabelliens ; c'est au Verbe, à sa divinité, à son incarnation, à sa double nature dans l'unité de personnes, avec Arius, Nestorius et Eutychès ; c'est au Saint- Esprit avec Macédonius ; c'est au don de Dieu, au fruit de l'incarnation et de la rédemption, c'est-àdire la grâce, avec Pelage et les semipélagiens ; c'est ensuite aux instruments de la grâce, aux sacrements ; et finalement c'est à l'autorité du Vicaire de Jésus-Christ, à l'Eglise. Après avoir parcouru ce cycle, la voilà en train de le recommencer : plus de surnaturel, plus de révélation, plus de foi, le naturalisme et le rationalisme leur ont signifié un congé définitif. Par surcroit, voici la critique contemporaine qui passe au laminoir tous les documents de notre passé, et l'histoire des religions qui étudie le fait religieux à un point de vue purement scientifique, comme l'histoire naturelle s'occupe de géologie, de paléontologie ou de tout autre chose, c'est-àdire sans y engager le cœur et la vie morale de l'homme.

Mais, en dépit des menaces du présent et malgré cette levée en masse de boucliers contre l'Eglise, la foi ne saurait rien craindre, elle sortira plus vivante de l'épreuve : elle a progressé jusqu'ici, elle progressera encore, tout en restant substantiellement la même. Sur la trame vivante des événements de l'histoire, elle continuera à écrire ses pages à elle,

toujours plus lumineuses. Les attaques récentes ont déjà provoqué et ne pourront que provoquer encore des études plus approfondies, plus minutieuses, plus exactes, de tous les éléments qui constituent notre patrimoine religieux et catholique. Des questions nouvelles, auxquelles on ne songeait pas jadis, se posent parmi nos contemporains : elles ne resteront pas sans réponse et seront résolues. La vérité révélée ne pourra qu'y gagner en éclat, en solidité, en fécondité, et ce sera encore et toujours un progrès de plus.

Quoi qu'il en soit du présent et de l'avenir, toujours est-il que jusqu'ici la connaissance des dogmes a progressé, comme nous l'indiquions, suivant leur nature et leur ordre logique. « L'infaillibilité du pape est, en effet, un corollaire de sa souveraine autorité et de sa supériorité sur les conciles. L'intelligence de cette supériorité, discutée au temps du grand schisme, supposait une connaissance tr> s distincte du pouvoir d'ordre et de celui de juridiction. La distinction très nette de ce double pouvoir avait été le fruit des travaux concomitants des théologiens et des canonistes du moyen âge sur les sacrements et la législation ecclésiastique. La théorie des sept sacrements qui fut élaborée après la renaissance des études inaugurée par Charlemagne, était elle-même un corollaire de la théorie de la grâce développée par saint Augustin. Cette théorie de la grâce, qui justifie chacun de nous, ne pouvait être approfondie qu'après la doctrine de l'incarnation, qui est la source de la grâce. La doctrine de l'incarnation ne pouvait se préciser qu'après celle de la consubstantialité du Père et du Fils dans la trinité. Enfin la distinction des trois personnes en une même nature avait besoin de s'appuyer sur le monothéisme enseigné dans l'Ancien Testament et proclamé au

milieu du monde polythéiste par les premiers prédicateurs de l'Evangile » (i).

4° Ses Limites

Ce progrès n'est pas livré au hasard. Soumis au contrôle de l'autorité compétente, il a ses règles ou, comme s'exprime le concile du Vatican, ses limites. Il ne peut, en effet, s'effectuer que dans le domaine qui lui est propre, celui de l'enseignement révélé, in eodem dogmate, eodem sensu, eademque sententia. Gela revient à dire qu'il doit essentiellement respecter la substance immuable du dépôt révélé, sans la corrompre, sans la détruire, sans en rien soustraire, sans y ajouter le moindre élément hétérogène.

Or, pour rester dans de telles limites, pour observer de pareilles règles, il faut de toute nécessité tenir un compte scrupuleux non seulement de toutes les vérités de foi catholique déjà connues et renfermées soit dans les symboles, les professions de foi, soit dans les définitions dogmatiques, et cela sous peine d'hétérodoxie, mais encore de l'enseignement unanime professé dans l'Eglise et de l'interprétation donnée au texte de l'Ecriture ou aux documents de la tradition.

A ces conditions, on ne court pas le risque d'innover en matière doctrinale, d'aller contre le courant traditionnel, de méconnaître ou de froisser le sentiment catholique . Et c'est ici surtout que la plus grande prudence s'impose, et que l'intelligence, la science et la sagesse, dont parle le concile du Vatican, trouvent à s'appliquer. Finalement on doit être prêt, dès qu'intervient le magistère infaillible, à se soumettre en acceptant pleinement ses directions et ses déci-

i. Vacant, La Const. Dei FUius, t. n, p. 3o8.

sions. L'obéissance, en pareil cas, s'impose : elle est un principe de sécurité, elle est aussi une condition de progrès.

1. L'immutabilité de l'enseignement catholique. — « Ce que l'Eglise a dit au commencement, elle l'a toujours dit. Pendant qu'autour d'elle l'esprit philosophique tourne dans un cercle fatal de systèmes contradictoires, pendant que les sectes religieuses modifient leur Credo, elle reste fidèle à la doctrine traditionnelle qu'elle a reçue des apôtres. Ses dogmes s'éclaircissent, sa législation se perfectionne, mais aucun mouvement progressif ne modifie les vérités essentielles qu'elle a toujours enseignées, ni les règles fondamentales de sa vie religieuse. Cependant l'Eglise n'est pas une seule personne, dont l'obstination orgueilleuse pourrait expliquer l'immobilité ; c'est une longue suite de générations, un mélange de races, que les temps, les milieux, les circonstances, les événements différencient à l'infini, et que sollicite au changement une armée de forces ennemies de l'immutabilité : les tracasseries des pouvoirs jaloux, les défections de l'hérésie, la mobilité de l'esprit humain, si variable dans ses vues, interprétations et appréciations, les évolutions de la science, les exigences de la critique, le besoin du progrès manifesté par les travaux des théologiens et les opinions d'école. » Monsabré, Conf. lv, ii\ P.

2. Le développement progressif. — « Il en va bien autrement d'une doctrine : son progrès s'opère par voie d'assimilation définitive. Ceux des éléments intellectuels qu'elle élimine sont des intrus, qui n'ont jamais eu droit de pénétrer dans son sein, et qu'une révision attentive reconnaît pour étrangers. Il est vrai que, parmi les vérités destinées à former son patrimoine inaliénable, quelques-unes ont été accueillies d'abord avec défiance ou acceptées sous une forme incompatible avec l'immutabilité des concepts. Cependant, l'approbation définitive une fois donnée, le vêtement de facture humaine une fois percé, la vérité authentiquement reconnue sera admise

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sans repentance. La science changera sa place dans les classifications, elle l'emploiera à des constructions éphémères ou stables, elle ne la rejettera pas. Ces vérités sont sa moelle, sa substance, ce sans quoi elle se ravalerait au rang de collection arbitraire de phénomènes... Au cours des âges les formules se préciseront, des énonciations équivoques seront ballottées de l'approbation au rejet, les points de foi se dégageront de la gangue systématique où certains les ont enfermées. L'universel progrès des sciences découvrira entre les éléments doctrinaux des rapports inaperçus, fait trouver des points de vue ignorés des temps anciens. Mais, à travers ces vicissitudes, le trésor sacré reste entier : pas une notion n'en sortira pour s'en aller, pièce dépréciée, fausse monnaie, rejoindre au musée des antiques les débris des systèmes faits de main d'homme. Au contraire, les vérités certaines, élargissant leur domaine jusqu'aux bornes, encore inconnues, que leur trace l'étendue de la révélation chrétienne, hiérarchisant leurs aspects dans une harmonie définitive, s'édifieront en un corps de doctrine qui sera la vérité religieuse intégrale. Sans doute les apôtres et les premières générations chrétiennes avaient possédé, par une intuition plus directe, par une appropriation plus sentie, tout ce qu'il y a de substance dans cette doctrine ; mais l'Eglise des derniers temps en possédera une connaissance scientifique plus approfondie, une vue d'ensemble aux perspectives plus assurées, une science du détail plus précise. » De Grandmaison, L'élasticité des formules dogmatiques, dans les Etudes, 1898, t. lxxvi, p, 497-498.

3. Du rôle de l'hérésie dans l'évolution dogmatique. — « L'assertion hérétique appelle l'affirmation catholique, et ceux dont la pensée est mauvaise ont donné lieu de se produire à la pensée des fidèles. Parce qu'ils étaient hérétiques, les méchants ont troublé l'Eglise de Dieu ; et la vérité couverte d'un voile a été mise au jour, et la volonté divine s'est manifestée... Beaucoup d'hommes, capables d'étudier et d'établir les vérités de l'Ecriture, restaient silencieux et cachés au milieu du peuple de

PROGRÈS l8l

Dieu, et ils ne se mettaient pas en peine de résoudre les questions difficiles tant que l'imposteur ne parlait pas. Avait-il été fait un exposé vraiment achevé de dogme de la trinité avant que les ariens fissent entendre leurs cris provocateurs ? Le dogme catholique de la pénitence avaitil été parfaitement expliqué avant les attaques des Novatiens ? La théorie du baptême avait-elle été pleinement exposée avant l'hérésie des rebaptisants ? La théologie de l'unité du Christ avait-elle reçu son entier développement et sa perfection avant que le schisme ne vînt troubler les faibles ? Ce fut le moment pour ceux qui possédaient le moyen de traiter et de résoudre ces questions, de répondre aux discours des impies et de mettre en lumière les obscurités du dogme pour sauver la foi des âmes chancelantes. » S. Augustin, In PsaL, ltv, 22.

« La divine Providence permet donc à l'hérésie de répandre sa doctrine, pour que ses insultes et ses orgueilleuses provocations remuent notre indolence et nous poussent à l'étude des Ecritures. L'apôtre n'a-t-il pas dit : « Il faut qu'il y ait des hérésies pour que les fidèles de Dieu aient occasion de s'affirmer. » Il y a. des hommes qui ont reçu du ciel les dons qui les rendent capables d'enseigner; mais ils n'agissent pas, ils ne communiquent pas leur science si on ne leur e» fait la demande. D'autres n'ont pas d'énergie pour la recherche de la vérité, si leur sommeil n'est secoué par les importunités et les insultes de l'hérésie qui les fait rougir de leur faiblesse et leur en montre le danger. » S. Augustin, De Gen. cont. Manie h., I, 1, 2.

Leçon Ve Du Dogme

I. Notion catholique du Dogme : — 1° Sens étymologique. — 2° Objet. — 3° Formule. — 4° Caractères. — IL Théorie de M. A. Sabatier: — 1° Ses objections. — 2° Sa théorie.

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