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I. Notion catholique du Dogme

Le progrès dans la connaissance de la vérité révélée n'enlevant rien à son immutabilité essentielle et consistant, en partie, dans les définitions dogmatiques, la question se pose naturellement de savoir ce qu'il faut entendre par un dogme. Pour y répondre, nous allons rappeler succintement la signification étymologique de ce mot, son objet, les éléments qui entrent dans sa formule, ses caractères (i).

i. De Broglie, Religion et critique, Paris, 1896; Mgr Mignot, VEvolulionnisme religieux, dans le Correspondant, 1897, t. cli de la nouvelle série, p. 3 sq. ; De la Barre, La vie du dogme. Autorité. Evolution, Paris, 1898 ; De Grandmaison, L'élasticité des formules dogmatiques, dans les Etudes, 1898, t. lxxvi; D. Renaudin, La définibilité d'un dogme, dans là Revue thomiste, 1900, 1901 ; Brunelière, La fâcheuse équivoque, dans la Revue des Deux Mondes, i5 novembre 1903 ; Portalié, Le dogme et l'histoire, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1904;

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1° Le mot Dogme : son étymologie

Le mot dogme est un terme grec, 8^*, antérieur au catholicisme, et dont le sens précis, dans la vie publique était celui de décision, de prescription, de commandement, de loi, pour désigner les actes de l'autorité en matière de gouvernement.

C'est ce sens que saint Luc lui reconnaît, quand il appelle un dogme le recensement prescrit par César- Auguste (i). Saint Paul s'en sert de même deux fois pour indiquer le rôle impératif de la loi juive (2). Trois fois de suite, les Actes emploient le verbe ISoÇev pour caractériser les décisions des apôtres, dans leur réunion de Jérusalem, au sujet de la circoncision, des idolothytes et autres usages juifs (3). Saint Ignace d'Antioche emploie également ce mot dans le sens pratique, quand il recommande aux Magnésiens de s'en tenir aux dogmes du Christ et des apôtres pour tout bien faire (4).

Chez les grecs, ce mot servait encore à désigner soit les principes de raisonnement, soit les règles de conduite propres à telle ou telle école philosophique. C'est dans ce sens d'enseignement, de doctrine, que les apologistes, notamment Tatien (5), l'utilisèrent pour désigner l'objet de la foi ou de l'enseignement évangélique.

Qu'est-ce qu'un dogme, dans les Etudes, 20 juillet et 5 août 1905, p. 145-173, 3i8-342; Wehrlé, dans la Revue biblique, 1905, p. 323-35o ; De Grandmaison, Qu'est-ce qu'un dogme, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, igo5, p. i85 sq. ; Allô, A la recherche d'une définition du dogme, dans la Quinzaine, août 1905, p. 4o3-424-

1. Luc, ii, 1. — 2. Eph., 11, i5; Col. 11, i4« — 3. Ad., xv, 22, 25, 28. — 4. Epist. ad Magn., xm, 1 ; dans Funk, Ope. Pair, apost., Tubingue, 1881, t. 1, p. 200. — 5. Oral, ad Grœc, 1, 3i, 35.

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Mais peu à peu on a distingué, dans le catholicisme, l'élément intellectuel ou ce qui est la doctrine proprement dite, et l'élément moral ou le commandement pratique. A partir du ive siècle, ce mot dogme prend définitivement et conserve depuis le sens restreint et précis réservé aux décisions doctrinales de l'Eglise ; il désigne les vérités de foi qui requièrent une adhésion intellectuelle ; c'est le sens désormais traditionnel.

2° Son objet

Un dogme se définit : Une vérité révélée par Dieu et proposée comme telle par l'Eglise à la foi de ses enfants.

Cette brève définition implique plusieurs notions et soulève un certain nombre de questions délicates, qui seront examinées et traitées à leur place. En effet, si le dogme est une vérité révélée, cela suppose le fait d'une révélation divine et aussi l'existence de documents où elle se trouve consignée : c'est à l'histoire d'établir le fait et à la critique d'examiner les documents. Si le dogme est une vérité révélée proposée comme telle par l'Eglise, cela suppose également que l'Eglise peut s'assurer sans crainte d'erreur du fait que telle vérité est du nombre de celles que Dieu a révélées, et qu'elle a le droit de l'imposer à la foi des fidèles.

3° Sa formule

L'Eglise ne définit un dogme que sous forme de proposition doctrinale, soit en condamnant toute erreur opposée, soit en proclamant officiellement ce qui est de foi. Mais si la vérité qu'elle exprime

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appartient au dépôt révélé, les termes dont elle se sert pour la formuler appartiennent au langage humain : elle les emprunte à la langue courante ou à la terminologie des théologiens et des philosophes ; au besoin, elle les crée.

La tâche n'est pas toujours aisée d'adapter les mots connus à l'expression de la vérité révélée. Celle-ci, en effet, est transcendante et échappe par plus d'un côté aux prises de l'intelligence. D'où la nécessité de bien choisir les vocables. Mais il arrive souvent qu'avant d'être définitivement adoptés ou rejetés, les mots passent par d'étranges vicissitudes: attaqués par les uns comme impropres ou dangereux, revendiqués par d'autres comme excellents et à l'abri de toute suspicion, de tout reproche, tour à tour employés, abandonnés ou repris, ils n'échappent à toute discussion que lorsque l'Eglise se prononce sur leur compte, en les condamnant ou en les adoptant dans l'expression officielle de sa foi.

L'histoire nous apprend, par exemple, que le mot de monarchie, d'usage courant à la fin du 11e siècle et au me pour exprimer l'unité divine, était dénoncé comme suspect et de nature à porter atteinte à la trinité des personnes par Tertullien (i). Gela n'empêcha p s le pape saint Denys (269-268) de le reprendre et d'en montrer le sens parfaitement orthodoxe (2). Celui de 7rpo<j(t>7rov, chez les grecs, de persona, chez les latins, évoquait l'idée d'un personnage sur la scène, d'un auteur qui joue successivement plusieurs rôles ; mais pour servir à désigner ce que la foi chrétienne entend par personne divine, il devait perdre son sens strictement étymologique. Celui de ôjxooùctoç, appelé à un si grand

1. Adv. Prax., m ; Pair, lat., t. 11, col. i58. — 2. Eplst. adv. Sa'âd.

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retentissement au iv° siècle, commença par être proscrit au synode d'Antioche, en 269 ou 271, à cause du sens hérétique que lui donnait Paul de Samosate ; mais il fut repris au concile de Nicée dans un sens nettement arrêté et devint, comme l'on sait, la tessère de l'orthodoxie.

D'autres expressions, telles que Y union hypostatique, la communication des idiomes, la circuminsession, etc., se sont conservées dans leur forme native et sont simplement employées dans l'usage actuel dans leur sens primitif, aujourd'hui encore suffisamment accessible à l'intelligence sans qu'il soit nécessaire, pour les expliquer, de recourir à un grand appareil scientifique.

Mais si, parfois, l'Église crée des mots nouveaux, trinité, transsubstantiation, etc., elle se contente le plus souvent de prendre les termes de la philosophie régnante avec les images, les principes et les formules qui s'harmonisent avec la doctrine qu'elle enseigne et l'expriment au mieux. Mais un tel emprunt n'implique ni l'infiltration d'une philosophie particulière dans son enseignement dogmatique, ni l'inféodation de la doctrine évangélique à un système hétérogène quelconque, ni la solution des problèmes divers que soulève, parmi les philosophes, la nature intime des réalités qui se cachent sous ces vocables.

Il est à remarquer, en effet, que dans les définitions de foi proprement dites, les mots empruntés à telle ou telle philosophie n'ont nullement le sens particulier et spécifique du système auquel, ils sont empruntés, mais seulement la signification ordi-

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