‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 59 sur 179 · NOTION CATHOLIQUE DU DOGME IO · texte numérisé non relu

NOTION CATHOLIQUE DU DOGME IO

dinaire qu'ils ont dans l'usage courant, où ils s'affranchissent de leur sens technique et systématique et se démarquent. « Ils ne désignent plus alors, remarque le P. Allô, que les postulats de la philosophie rudimen taire nécessaire à tout homme réfléchi, ce que tout le monde constate ou présuppose, ce dont toutle monde aune connaissance distincte (i). » « Le dogme, en tant que dogme, n'est jamais exprimé qu'en termes très distincts, qui sont de la langue commune ou y ont du moins leurs équivalents. » Il n'implique pas du toutle détail d'une philosophie spéciale ; « il n'implique, en fait de philosophie, que les idées courantes d'une philosophie déiste... Il fait ahstraction de toutes les modalités philosophiques qui enveloppent ou déterminent leur contenu dans l'esprit des savants ; mais il lui reste le sens empiriquement clair et intellectuellement obscur, qui est perceptible à tous (2). ))

« La foi, dit à son tour le P. Portalié, n'emprunte à la philosophie ni ses systèmes particuliers, ni les théories plus ou moins fondées sur la nature des êtres ; elle lui prend seulement ces vérités primordiales et ces principes essentiels qui constituent la philosophia perennis de l'humanité. . . De même, quand l'Eglise emprunte à la philosophie des images, des métaphores, des expressions ou même des théories, elle ne définit nullement pour cela le système luimême auquel ces formules sont empruntées... Ainsi en adoptant les expressions dogmatiques nature, personne, transsubstantiation, tout en définissant l'idée générale et distincte que ces mots expriment, l'Eglise ne prétend nullement trancher toutes les

1. Quinzaine, ier août 1905, p. frig. — 2. Quinzaine, ier août igo5, p. 420-421.

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questions soulevées parles philosophes sur la nature intime de ces réalités (1). »

Parmi ces termes, il en est deux notamment, matière et forme qui semblent gros d'une philosophie spéciale. Ils appartiennent, en effet, à l'école péripatéticienne, où ils sont liés à une conception cosmologique particulière , celle de l'hylémorphisme , tandis que, dans la théorie des sacrements, ils servent à désigner, par une simple analogie, le rôle que joue dans le baptême, par exemple, la parole par rapport à l'eau, rôle déterminateur semblable à celui de la forme aristotélicienne vis-à-vis de la matière. Cette théorie sacramentaire, élaborée par les scolastiques, consacrée par Eugène IV et le concile de Trente, montre bien, dit le P. de Grandmaison, que « le ciment philosophique n'a introduit dans l'édifice, désonnais consacré, de la dogmatique orthodoxe, pour relier des concepts réellement, spécifiquement chrétiens, que des notions de métaphysique universelle... Mais on ne peut ramener à cette métaphysique générale toutes les notions de philosophie impliquées par les énonciations dogmatiques. . . L'Eglise suppose, par quelques-unes de ses formules de foi, des notions philosophiques, dont on est impuissant à établir directement le caractère général... soit l'union de l'âme et du corps. L'Eglise nous déclare, dans le concile de Vienne (i3i2), que l'on ne peut sans errer dans la foi nier ou simplement révoquer en doute que l'âme raisonnable soit par elle-même, essentiellement, véritablement, la forme du corps humain. Or, ce concept scolas tique de forme substantielle, qui emporte une philosophie assez développée doit être tenu pour vrai, au moins par rapport à l'âme humaine. L'intervention des

i. Bulletin de littérature ecclésiastique, 1905, p. 137.

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théologiens de Vienne sur le terrain philosophique était, en fait, provoquée parle devoir qu'ils avaient de maintenir dans son intégralité le dépôt des vérités révélées (i). »

On n'est donc nullement autorisé à dire qu'une formule dogmatique est l'expression d'une idée étrangère, hétérogène : elle est l'expression d'une vérité révélée, spécifiquement chrétienne. Des similitudes verbales ou métaphoriques n'impliquent pas l'identité des concepts qu'elles recouvrent : vocables et métaphores sont extérieurs à la connaissance et restent accessoires. C'est l'idée qu'ils revêtent qui importe avant tout. Or, encore une fois, l'idée exprimée par les formules dogmatiques est exclusivement chrétienne.

Loin donc de canoniser Platon ou Aristote, l'Eglise a soin de tenir à l'écart de son enseignement tout dogme étranger; elle ne confond pas la philosophie ni même la théologie avec la foi ; elle, se sert simplement de la philosophie et de la théologie dans la mesure où elles peuvent lui être utiles pour formuler sa foi sans la trahir. Saint Thomas, observe avec raison le P. Portalié, corrige Aristote, comme saint Augustin corrige les platoniciens (2). Et de tous les docteurs de l'Eglise on peut dire ce que M. Grandgeorge proclamait de l'évêque d'Hippone : « Tout ce qui, dans le néo-platonisme, peut s'accorder avec les mystères chrétiens, ou qui trouve dans ces mystères une explication, saint Augustin le conserve et le conservera toujours ; mais ce qui était exclusivement néo-platonicien, il le repoussera de plus en plus. Donc tant que sa philosophie concorde avec ses doctrines religieuses, saint Augustin est fran-

1. Eludes, 1898, t. lxxvi, loc. cit., p. 485-^90. — 2. Bulletin, 1905, loc. cit., p. i35.

chement néo-platonicien ; dès qu'une contradiction se présente, saint Augustin n'hésite jamais à subordonner la philosophie à la religion, la raison à la foi (1). »

4° Ses caractères

Que l'Eglise emprunte ses termes au langage ordinaire ou à la philosophie, ou même qu'elle les crée, en tout état de cause, quand elle définit une vérité révélée comme de foi catholique, elle puise dans le dépôt qui lui a été confié, elle tire de ce fond et affirme que telle ou telle vérité en fait partie ; elle est dans son rôle de gardienne et d'interprète ; les fidèles n'ont qu'à se soumettre.

Du reste, en définissant une vérité comme de foi catholique, l'Eglise estime tenir un langage suffisamment clair et intelligible pour l'esprit humain, sans prétendre aucunement faire cesser le mystère, car l'incompréhensible n'est ni l'inintelligible, ni l'inconnaissable absolu. Elle n'ignore pas l'impuissance où se trouve la raison humaine d'épuiser l'absolu et de représenter la réalité divine tout entière. Obligée de recourir au procédé analogique, nécessairement inadéquat et imparfait, elle en use au mieux de la vérité révélée, à titre de moyen d'exposition ou d'instrument de connaissance, comme ayant une valeur représentative légitime et suffisante. Or, en imposant une vérité définie à la foi de ses fidèles, c'est à leur esprit tout d'abord qu'elle s'adresse, puisque c'est une vérité qu'elle propose et que la vérité appartient à l'ordre intellectuel ; ce faisant, elle reste assurée du retentissement profond

1. Grandgeorge, Saint- Augustin et le néo-platonisme, Paris, 1896, p. i55-i56.

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