L'Evangile et l'Eglise, p. 181. — 2. Ibid., p
2l8 LE CATÉCHISME ROMAIN
puisqu'il eut une cause nécessitante, à savoir l'état d'esprit et de culture des premiers convertis venus de la gentilité.qui « eurent besoin de s'interpréter à eux-mêmes leur nouvelle foi ; » et « c'est ainsi que progressivement, mais de très bonne heure, par l'effort spontané de la foi pour se définir elle-même, par les exigences naturelles de la propagande, l'interprétation grecque du messianisme chrétien se fit jour, et que le Christ, Fils de Dieu et fils de l'homme, sauveur prédestiné, devint le Verbe fait chair, le révélateur de Dieu à l'humanité (i). » C'est ainsi que, grâce à l'adaptation au monothéisme juif delà métaphysique de Platon et de Philon (thèse de M. Harnack), « la divinité du Christ, l'incarnation du Verbe fut la seule manière convenable de traduire à l'intelligence grecque l'idée du Messie (2). » Et M. Loisy ajoute : « Chaque progrès du dogme accentue Y introduction de la philosophie grecque dans le christianisme, et un compromis entre cette philosophie et la tradition chrétienne (3). »
3. Qu'est-ce alors qu'un dogme ? Ne serait-il que de la philosophie introduite dans la pensée chrétienne et prenant plus ou moins sa place ? — Non, certes, car a la philosophie n'a pas été introduite comme telle ni telle quelle dans la foi, mais en tant qu'on lui empruntait, ou plutôt qu'on lui dérobait une explication ou une formule savante pour faire valoir la tradition. La tradition du christianisme primitif n'a pas été échangée contre la philosophie, ni la science grecque substituée à l'Evangile, ni Platon pris pour maître au lieu du Christ et des apôtres (4). »
Voilà qui paraît orthodoxe ; mais le doute renaît à
r. lbid., p. i83. — 2. Ibld., p. 184. — 3. Ibid., p. i84 ; les mois ou phrases soulignés, ont été soulignés par nous. Il en sera de même dans les citations suivantes. — 4. Ibid., p. i85.
la phrase suivante, qu'on dirait de M. Harnack. : « On peut soutenir, au point de vue de l'histoire, que la Trinité, l'Incarnation sont des dogmes grecs, puisqu'ils sont inconnus au judaïsme et au judéo-christianisme, et que la philosophie grecque, qui contribue à les former, aide aussi à les entendre (i). » Suit aussitôt cette restriction : « Ce ne sont pourtant point des dogmes scientifiques, transportés de la philosophie païenne dans la théologie chrétienne ; ce sont des dogmes religieux, qui ne doivent à la philosophie que certains éléments théoriques et leur formulaire, non l'esprit qui pénètre éléments et formules, ni la combinaison spéciale des notions qui les constiuent (2). »
Aussi M. Loisy est-il obligé d'avouer qu' «il n'est pas étonnant que le résultat d'un travail si particulier semble manquer de logique et de consistance rationnelle, a Mais il ajoute : « Cependant il se trouve que ce défaut, qui serait mortel à un système philosophique, est, en théologie, un principe de durée et de solidité (3). » Est-ce sérieux ? Mieux vaut cette dernière observation : « La définition systématique du dogme trini taire est en rapport avec la définition systématique de la rédemption ; mais, avant ces définitions, les idées qui les supportent existaient dans la tradition chrétienne, et leur évolution a son point de départ dans l'Evangile de Jésus et la tradition apostolique (4). » Seulement, on voudrait bien savoir comment ces dogmes qu'on nous a dit plus haut être des dogmes grecs, inconnus au judaïsme et au judéo-christianisme, sont soutenus par des idées traditionnelles, et s'ils servent à les traduire ou à les subtiliser.
1. Ibid., p. i85-i86. — 2. Ibid., p. 186. — 3. L'Evangile et V Eglise, p. 187. — 4. Ibid., p. 19a.
4- Le dogme de la grâce est, nous dit-on, d'origine africaine. « Il ne se rattache ni plus ni moins que le dogme théologique à renseignement de Jésus. Il procède directement de Paul (1). » Et c'est saint Augustin qui a systématisé la pensée de l'apôtre. Or, de même que le dogme christologique, le dogme de la grâce est une interprétation du salut messianique et de la théologie du royaume céleste, et cette interprétation aussi a été nécessitée par les circonstances dans lesquelles l'Evangile s'est perpétué, par lesproblènies que posait la conversion des païens, et qu'il a fallu résoudre en s'inspirant bien plus de l'esprit que des déclarations formelles de Jésus (2). »
Quant au dogme de l'Eglise, il a surtout été formulé depuis la Réforme. Entre protestants et catholiques tout peut se ramener à ce problème fondamental : L'Evangile de Jésus est-il, en principe, individualiste ou collectiviste ? « Le christianisme catholique a pris une conscience plus claire de luimême, il s'est déclaré d'institution divine en tant que société extérieure et visible, avec un seul chef qui possède la plénitude des pouvoirs d'enseignement, de juridiction, de sanctification, c'est-à-dire tous les pouvoirs qui sont dans l'Eglise et que les siècles antérieurs avaient placés dans l'épiscopat universel sous l'hégémonie du pape, sans spécifier si le pape seul les possédait tout entiers par luimême (3). »
5. En répondant ainsi à M. Harnack, M. Loisy estimait sans doute avoir démontré que le dogme n'est pas étranger à l'Evangile, et que la part que prend la philosophie à le formuler, sinon à le former, est parfaitement légitime. Mais il regarde son immutabilité comme impossible et son évolution comme