‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 67 sur 179 · Ibid., p. 207. — 2. Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p. 207. — 2. Ibid., p

il n'est permis de s'écarter de ce sens (i) ; » il a eu beau déclarer « anathcme à qui dirait qu'il peut se faire qu'eu égard au progrès de la science, on doive un jour attribuer aux dogmes proposés par l'Eglise un autre sens que celui qui a été et qui est compris par l'Eglise (2). » M. Loisy néglige décret et anathème, bien que sa doctrine semble tomber sous le coup de l'un et de l'autre. En fait, dit-il, « il est bien vrai que l'Eglise corrige ses énoncés dogmatiques au moyen de distinction parfois subtiles. Mais, en agissant ainsi, elle continue ce qu'elle a fait depuis le commencement, elle adapte l'Evangile à la condition perpétuellement changeante de l'intelligence et de la vie humaine (3). » En droit, ajouta-t-il, « il n'est pas indispensable à £ autorité de la croyance quelle soit rigoureusement immuable dans sa représentation intellectuelle et dans son expression verbale... La vérité seule est immuable, mais non son image dans notre esprit. La foi s'adresse à la vérité immuable à travers la formule nécessairement inadéquate, susceptible d'amélioration, conséquemment de changement (4). »

D'après ces propositions, la vérité est une chose, sa formule dogmatique en est une autre ; la première seule est immuable, non la seconde ; c'est la première qui est objet de la croyance, non la formule qui l'exprime. Car, paraît-il, « l'Eglise n'exige pas la foi à ses formules comme à l'expression adéquate de la vérité- absolue, mais elle les présente comme l'expression la moins imparfaite qui soit moralement possible (5) ». Ce qui est vrai dans un sens et faux dans un autre. Il est vrai que l'Eglise

1. Const. Dei Filins, ch. iv, § 5. — 2. Ibid,, ch. iv, can. 3. 3. L'Evanyite et V Eglise, p. 209-210. — 4- Ibid., p. 210. 5. Ibid., p. 218.

ne donne pas ses formules dogmatiques comme l'expression adéquate de la vérité absolue, mais comme une expression partielle de cette vérité ; car aucune formule dogmatique n'épuise toute la réalité de la vérité, dont elle n'atteint que Fun des côtés, Tune des faces. Mais il est faux de laisser croire que parce que la formule dogmatique n'exprime pas adéquatement la vérité absolue, elle ne nous en fasse pas connaître et saisir quelque chose de positif et de réel. Il y a là une équivoque. La formule dogmatique, sans épuiser la vérité totale de l'objet, n'en exprime pas moins très positivement une partie, et ce qu'elle en exprime est une vérité, partielle sans doute, mais réelle, qui reste définitivement acquise et absolument irréfor niable. Prétendre que la foi ne s'adresse qu'à la vérité immuable à travers la f jrmule nécessairement inadéquate est encore une équivoque. La foi s'adresse à la vérité exprimée par la formule, à la formule elle-même en tant qu'exprimant telle ou telle partie de la vérité absolue, qui reste inaccessible par d'autres côtés.

Au fond, la raison de toutes les difficultés que soulève dans l'esprit du catholique la théorie de M. Loisy, et des équivoques qu'on y découvre, c'est que, sous les termes usuels de vérité, de révélation, de formule dogmatique, il met un sens particulier qui n'est pas le sens traditionnel. On l'a justement reproché à l'auteur de l'Evangile et l'Eglise, et son second ouvrage Autour d'un petit livre n'est pas fait, comme nous allons le voir, pour dissiper ces légitimes appréhensions ; au contraire, il les accentue et les renforce.

2° Dans Autour d'un petit Livre

i. M. Loisy connaît les objections qu'on lui a

faites et ii les formule ainsi : « N'est-ce pas nier que le dogme soit vrai, qu'il soit révélé, qu'il soit immuable, qu'il soit autorisé de Dieu dans l'enseignement de l'Eglise, puisqu'il a été formulé par des hommes, qu'il a besoin constamment d'être interprété, qu'il est dans un ilux perpétuel, et qu'il ne peut pas être bien garanti pour aujourd'hui, s'il a toute chance d'être changé demain (1) ? »

Ces objections sont justes aux yeux de ceux qui conservent la notion traditionnelle de vérité, de révélation, de dogme. Mais c'est justement cette notion traditionnelle que M. Loisy repousse parce qu'il estime qu'elle ne répond ni aux faits de l'histoire ni à notre état psychologique ; car, dans le domaine de la philosophie comme sur le terrain de l'histoire, elle crée un conflit irréductible entre la foi et la science, entre l'esprit théologique et l'esprit scientifique, conflit qui n'a d'autre solution rationnelle que la faillite ou la banqueroute de l'ancienne conception chrétienne sur la vérité, sur la révélation, sur l'immutabilité et l'autorité du dogme.

Cette conception traditionnelle, M. Loisy la connaît et il l'expose ainsi : « Le mot dogme éveille dans l'esprit du catholique l'idée d'une vérité révélée, immuable, divinement autorisée. Tout le monde croit savoir ce que c'est qu'une vérité. Tout théologien croit savoir ce que c'est que la révélation. La vérité, c'est la chose conçue et représentée comme elle est. La révélation, c'est une communication de vérité qui est faite directement par Dieu aux hommes, sur des choses qu'ils ne sauraient connaître par eux-mêmes ou qu'ils connaîtraient difficilement par le seul exercice de leur raison.

i. Autour d'un petit Livre, p. 189 ; nous citons la a* édition, Paris, 1903.

LB CATÉCHISMB. — I. X. l'y

Ces notions simples se complètent par celle de l'immutabilité et cle l'autorité absolue : une vérité dite par Dieu ne saurait changer ; elle doit être immuable comme Dieu même ; et elle ne peut être discutée, elle est à prendre comme elle est donnée, puisqu'elle vient de Dieu et que l'homme ne peut se flatter de corriger les leçons d'un tel maitre (i).» A cette conception traditionnelle qu'oppose M. Loisy ? Une notion à lui de la vérité, de la révélation, du dogme et de l'autorité. Mais laquelle? La voici, formulée par M. Loisy lui-même.

2. Notion de la vérité d'abord. « La vérité est en nous quelque chose de nécessairement conditionné, relatif, toujours perfectible, et susceptible aussi de diminution... Nos perceptions n'atteignent pas le fond de la réalité. Les notions l'expriment encore moins... La vérité n'entre pas toute faite dans notre cerveau : elle se fait lentement et l'on ne peut pas dire qu'elle soit jamais achevée... La vérité, en tant que bien de l'homme, n'est pas plus immuable que l'homme lui-même. Elle évolue avec lui, en lui, par lui (2). » Donc, dans l'homme, point de vérité absolue, rien que la vérité conditionnée, relative, changeante, toujours infinie.

3. Notion de la révélation. « Même la théologie savante en retient une idée extrêmement anthropomorphique, tout à fait déconcertante pour la science et la philosophie contemporaine (3). » Il s'agit donc de l'écarter. Or, « la théologie distingue deux formes de la connaissance religieuse, la connaissance naturelle, ou de raison, et la connaissance surnaturelle, ou de révélation. » Mais « cette distinction correspond originairement à celle des vérités que

1. Autour d'un petit livre, p. 188. — a. Ibid., p. 191-192. — 3. Ibid., p. 19a.

l'Eglise reconnaissait dans la philosophie grecque, et des vérités proprement chrétiennes qui appartenaient à la révélation biblique. Elle n'a guère d'application dans la réalité de l'histoire (i). » Ceci revient à dire qu'il n'y a qu'une seule sorte de connaissance religieuse, et si M. Loisy s'obsline à l'appeler surnaturelle, ce n'est que par un abus de mots, car il va nous montrer qu'elle est purement naturelle.

« Dieu fait son œuvre dans l'humanité. Il se révèle à celle-ci selon la capacité de la nature humaine, l'évolution de la foi ne pouvant manquer d'être coordonnée à l'évolution intellectuelle et morale de l'homme. » Mais, « quelles que soient les circonstances extérieures auxquelles se sont rattachés réveil et le progrès de la connaissance religieuse dans ïhomme, ce qu'on appelle révélation n'a pu être que la conscience acquise par l'homme de son rapport avec Dieu (2). » Ainsi en est-il de la révélation chrétienne. « Qu'est-ce que la révélation chrétienne, dans son principe et son point de départ, sinon la perception, dans l'âme du Christ, du rapport qui unissait à Dieu le Christ lui-même, et de celui qui relie tous les hommes à leur Père céleste. La perception de ces rapports avait forme de connaissance humaine, et c'est en cette forme seulement qu'elle pouvait être communiquée aux hommes (3). » Pourquoi ? Parce que a toute connaissance réfléchie naît de notions antérieures, et le progrès résulte d'une combinaison nouvelle d'idées acquises. » Par suite il doit en être ainsi de la connaissance religieuse. Et en effet, « les vérités fécondes dans l'ordre religieux, celles qui constituent, en style théologique, la substance delà

1. Ibid., p. 194. — a. Autour d'un petit livre, p. 195. — 3. Ibid. t p. 196.

révélation, se sont formées par la conjonction d'idées ou d'images qui préexistaient à ces vérités dans l'esprit de ceux qui les ont d'abord conçues. Ce qui fut, à un moment donné, le commencement de la révélation, a été la perception, si rudimentaire qu'on la suppose, du rapport qui doit exister entre l'homme, conscient de lui-même, et Dieu présent derrière le monde phénoménal. Le développement de la religion révélée s'est effectuée par la perception de nouveaux rapports, ou plutôt par une détermination plus précise et plus distincte du rapport essentiel, entrevu dès l'origine (i). » Et ainsi « la révélation, dans sa définition intellectuelle et son expression verbale, consiste en idées qui ont pris naissance dans l'humanité, en idées telles qu'une intelligence humaine a pu les percevoir, telles quelles ne peuvent exister ailleurs que dans une intelligence humaine, telles que le langage humain est capable de les représenter. Par rapport à leur objet, ce sont des symboles imparfaits, qui seraient insuffisants pour des intelligences plus hautes que les nôtres, et qui, même pour nous, sont susceptibles d'explications, c'est-à-dire de modification et d'amélioration relatives (2). » Ainsi entendue, la révélation n'est immuable que u parce qu'elle demeure toujours, pour la foi, substantiellement identique à elle-même. Quant aux symboles, ils sont essentiellement muables.

Voilà ce qu'est, pour M. Loisy, la révélation : la conscience acquise par l'homme de son rapport avec Dieu ! Elle commence par une « perception » de ce rapport ; elle progresse par une « perception » de nouveaux rapports ; elle consiste « en idées qui ont pris naissance dans l'humanité. » Qu'est-elle donc autre chose qu'une connaissance naturelle, qui naît, se développe dans l'homme, et n'est perceptible

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