‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 69 sur 179 · lbld.y p. 201-202. — 2. Ibid., p · texte numérisé non relu

lbld.y p. 201-202. — 2. Ibid., p

flatte de faire cesser le conflit par les moyens qu'il propose, c'est étrangement s'abuser. Car ces moyens, sous prétexte d'imposer « un changement d'esprit et d'attitude à l'égard du mouvement intellectuel de notre temps (i), » ne constituent rien moins que la négation de la révélation, du dogme et de l'Eglise elle-même. Un catholique ne saurait souscrire une pareille abdication.

IL La Question de M. Le Roy :

Qu'est-ce qu'un dogme ?

Après M. Sabatier, professeur de théologie protestante, et M. Loisy, ancien professeur d'Ecriture sainte, c'est un catholique laïque, M. Le Roy, agrégé et docteur es sciences, qui pose la question : Qu'est-ce qu'an Dogme ? C'est la question du philosophe au théologien, appelant la réponse du théologien au philosophe (2). Il la pose, parce qu'elle est posée autour de lui par des hommes de science, et parce qu'il connaît l'état d'esprit des philosophes contemporains qui leur fait repousser la vérité. Son intervention n'est qu'un a effort vers la lumière, au sein de la vérité catholique fidèlement acceptée. »

Les démonstrations traditionnelles, dit-il, ne

1. Autour d'un petit livre, p. 210. — 2. Le Roy, Qu'est-ce qu'un Dogme ? dans la Quinzaine du 16 avril 1905, p. ^95 sq. ; E. Portalié, V Explication morale des dogmes, dans les Etudes, 20 juillet et 5 août igo5, p. 145-173, 3i8-342 ; J. Wehrlé, De la nature du dogme, dans la Revue biblique, igo5, p. 32 3-349 ; L. de Grandmaison, Qu'est-ce qu'un dogme ? dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, 1905, p. 187- 221, et 1906, p. 21-27 » B. Allô, A la recherche d'une définition du dogme, dans la Quinzaine du ier août 1906, p. 4o3- 424 ; Réponse de M. Le Roy et réplique du P. de Grandmaison, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, Janvier 1906.

mordent pas sur les intelligences habituées aux disciplines de la science et de la philosophie. L'ancienne apologétique suppose résolus par avance des problèmes que les modernes jugent essentiels et primordiaux. La pensée catholique est impuissante à se faire entendre et ne parait capable ni de diriger nos contemporains ni de les promouvoir ; car ceuxci opposent une fin de non recevoir globale. On ne discute pas si telle proposition est un dogme, c'est l'idée même du dogme qui répugne. Pourquoi ? C'est ce qu'il va nous dire tout d'abord.

1° Motifs allégués pour ne pas admettre la notion traditionnelle du dogme

M. Le Roy signale quatre motifs principaux qu'on allègue pour ne pas admettre la notion traditionnelle du dogme.

i. Un dogme est une proposition qui se donne elle-même comme n'étant ni prouvée ni prouvable intrinsèquement. Or, d'après Descartes, le premier principe de la méthode n'est-il pas qu'il ne faut tenir pour vrai que ce que l'on voit clairement être tel ?

2. Les propositions dogmatiques ne sont pas affirmées sans preuves, mais ce sont des preuves extrinsèques. Il faudrait avoir prouvé directement que Dieu existe, qu'il a parlé, qu'il a dit ceci ou cela, que nous possédons aujourd'hui son enseignement authentique ; ce qui revient à dire qu'il faudrait avoir résolu par une analyse directe le problème de Dieu, de la révélation, de l'inspiration, de l'autorité de l'Eglise. C'est de l'extérieur que la démonstration prétend introduire en nous la vérité, à la façon d'une chose toute faite qui entrerait en

nous par violence. Un dogme apparaît ainsi comme un asservissement, comme une limite aux droits de la pensée, comme une menace de tyrannie intellectuelle, comme une entrave et une restriction imposées du dehors à la liberté de la recherche : toutes choses radicalement contraires à la vie même de l'esprit, à son besoin d'autonomie et de sincérité, à son principe générateur et fondamental, qui est le principe d'immanence.

3. Le dogme est une affirmation par voie d'autorité doctrinale. Mais, pour devenir acceptable, faut-il au moins qu'il soit intelligible dans son énoncé, ne demnant lieu à aucune ambiguïté d'interprétation, à aucune possibilité d'erreur sur son sens réel. Or, il n'en va pas ainsi. D'abord les formules appartiennent souvent au langage d'un système philosophique particulier, qui ne se laisse pas toujours facilement entendre, et qui en tout cas est dépassé depuis longtemps et délaissé par les contemporains. Et puis c'est le mélange de plusieurs philosophies hétérogènes. Et puis ces formules empruntent des métaphores au sens commun, dont il est impossible de donner une interprétation intellectuelle précise, de fixer la valeur théorique exacte, images inconvertibles en concepts qu'il y aurait anthropomorphisme à prendre au pied de la lettre. Et ainsi on est arrêté parce qu'on ne découvre pas au dogme un sens pensable. Ces énoncés ne disent rien ou plutôt paraissent indissolublement liés à un état d'esprit qu'on n'a plus et auquel on estime ne pouvoir revenir sans déchoir.

4. Les dogmes forment un groupe incommensurable avec l'ensemble du savoir positif. Ni par leur contenu, ni par leur nature, ils n'appartiennent au même plan de connaissance que les autres propositions. Ils ne sauraient donc se composer avec

celles-ci de manière à constituer un système cohérent; d'où, si on les accepte, rupture inévitable d'unité dans l'esprit, nécessité désastreuse de vivre en partie double. Immuables, ils apparaissent étrangers au progrès, qui est l'essence même de la pensée. Transcendants, ils demeurent sans rapports avec la vie intellectuelle effective ; ils sont sans usage, inutiles, inféconds ; car, de nos jours, la valeur d'une vérité se mesure avant tout aux services qu'elle rend, aux résultats nouveaux qu'elle suggère, aux conséquences dont elle est grosse, bref à l'influence vivifiante qu'elle exerce sur le corps entier du savoir.

5. Ces motifs étant valables et irréfutables, ainsi que le croit M. Le Roy, la seule solution ne serait-ce pas d'établir que la notion de dogme, condamnée et réprouvée par la pensée moderne, nest pas la notion catholique du dogme? N'y aurait-il donc pas lieu de changer la manière dont l'idée de dogme est présentée, c'est-à-dire de déterminer la modalité du jugement dogmatique et la qualification qui lui convient ?

La grande difficulté provient de ce que la conception du dogme est intellectualiste et tient pour secondaire et dérivé son sens pratique et moral. Elle fait d'un dogme comme l'énoncé d'un théorème : énoncé intangible d'un théorème indémontrable, ayant un caractère spéculatif et théorique, se rapportant avant tout à la connaissance. Or, affirme M. Le Roy, cette prétention de concevoir les dogmes comme des énoncés intellectuels se heurte partout à des impossibilités et aboutit fatalement à faire des dogmes de purs non-sens.

Que penser d'abord des objections dont M. Le Roy se fait l'écho et qu'il estime irréfutables?

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