Le dogme se donnant comme une préposition
qui n'est ni prouvée ni prouvable intrinsèquement, M. Le Roy fait intervenir le principe cartésien qui veut qu'on ne cède qu'à V autorité de l'évidence. C'est oublier qu'il est des cas où il faut également céder à l'évidence de l'autorité. Réclamer, pour le dogme, une preuve directe intrinsèque, est un excès injustifiable. Dans la vie ordinaire, à tout instant, l'homme sensé se décide d'emblée, sans vérification préalable et personnelle, et pour les choses les plus graves, par un acte de foi qui repose sur l'autorité d'autrui. A table, il rompt avec confiance le pain du boulanger, il goûte aux mets du cuisinier ; malade, il fait appeler le médecin ; lésé dans ses droits, il s'adresse à un homme d'affaires ; plaideur, il confie sa cause à un avocat ; voyageur, il prend le train, etc. De même, toute proportion gardée, dans la vie intellectuelle et scientifique ; il ne recommence pas personnellement les expériences déjà faites, les travaux déjà réalisés : il les accepte sur l'autorité de savants spécialistes ; il en profite comme d'un point de départ. La raison, malgré son autonomie, cède ainsi à l'autorité humaine : pourquoi donc ne cèderait-elle pas à l'autorité divine ?
Sans doute, le dogme, tout le monde en convient, échappe à une démonstration directe, intrinsèque ; mais est-ce là le genre de preuve qui lui convient? Exiger pour lui une preuve rigoureuse, mathématique, n'est-ce pas l'assimiler à tort à une proposition de géométrie? A chaque science sa démonstration propre, sa preuve spécifique. Le dogme n'est pas une vérité de l'ordre scientifique naturel, mais l'affirmation d'une vérité révélée : il a son genre spécial de preuves ; il est l'objet de science à un titre particulier : l'accepter n'est pas faire acte d'agnosticisme.
LA QUESTION DE M. LE ROY iS^
7. Les preuves qui autorisent le dogme sont indirectes. Mais s'il est vrai que Dieu existe, qu'il a parlé, qu'il a dit telle ou telle chose, qu'il a chargé l'Eglise de garder et de faire connaître son enseignement authentique, — et tout cela est vrai, ainsi que nous le verrons, — la proposition dogmatique se trouve entourée de garanties suffisantes pour s'imposer à l'esprit de tout homme raisonnable.
Mais, dit-on, cette preuve testimoniale extrinsèque est irrecevable, parce qu'elle nest pas de même nature que le contenu auquel elle prétend servir de garantie. C'est ici que réside et se dissimule l'équivoque. On a pris l'habitude de réserver le mot de connaissance aux seules notions adéquates ou compréhensives, ou du moins propres et directes d'un objet ; et par là, très indûment, on écarte tout autre connaissance, et par exemple la connaissance analogique, la seule justement que nous puissions avoir de Dieu et des vérités révélées.
On suspecte toute métaphysique, on en nie la valeur, mais au nom de quoi P Au nom d'une nouvelle métaphysique, dont on proclame la valeur absolue ; on nie tout dogme immuable au nom d'un dogme nouveau, intangible, indiscutable. C'est toujours, observe le P. Portalié, la mésaventure du Kantisme : au nom de la raison, proclamée impuissante à nous donner autre chose qu'une certitude subjective, on proclame la certitude très objective de ce subjectivisme incurable (1). On n'épuise pas le fond des choses, c'est évident. Et dès lors toute formule, nécessairement inadéquate, est susceptible d'amélioration par l'addition de vérités nouvelles, et non d'altération substantielle comme on ne cesse de le répéter. Mais de ce que nous