Une doctrine du primat de Faction permet, au
contraire, de résoudre le problème sans rien abandonner ni des droits de la pensée, ni des exigences du dogme.
On le voit, c'est par un autre chemin que M. Le Roy arrive au même but qui est d'écarter la notion traditionnelle du dogme. Là où les uns font appel à l'évolutionisme et d'autres au symbolisme, il préconise le moralisme, c'est-à-dire le caractère purement pratique du dogme.
2° Que penser de la solution proposée ? Est-il vrai que les dogmes n'aient que le sens négatif qu'on leur prête ? Le primat de l'action doit-il l'emporter sur la conception intellectualiste? Supprime-t-il les difficultés ? Et laisse-t-il la liberté de se représenter comme on veut la représentation intellectuelle du dogme pourvu qu'on en respecte la signification pratique ?
i . Les formules dogmatiques ont un sens négatif, nous dit-on, et ne font que fermer de fausses voies, parce que leurs termes en ont été choisis en fonction de certaines erreurs à exclure. Or, remarque M. Wehrlé, on ne peut pas, sans un grand péril pour la raison, dire que l'être se conçoit en fonction de néant et que l'affirmation tire sa valeur de la négation à laquelle elle s'oppose : ce serait le renversement total de la métaphysique et de la logique. Que, dans tous les ordres de savoir, l'erreur soit souvent la cause occasionnelle qui détermine une manifestation plus décisive ou plus explicite de la vérité, c'est incontestable. Mais cette concession ne saurait s'étendre au fond même des choses ni s'appliquer au mouvement réel de la pensée. La révélation n'est pas un aérolithe, mais une pensée vivante, et les explications en sont de plus en plus positives. On pose toujours une affirmation plus forte d'une réalité plus riche. Ainsi les dogmes
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n'ont-ils pas seulement un sens pour nous, mais $e plus ce sens est formellement positif, et ce sens fournit un renseignement intellectuel précieux (i).
D'autre part, M. Le Roy est bien obligé de reconnaître que si une théorie vient à surgir qui porte atteinte au dogme en altérant sa signification pratique, le dogme se dresse contre elle et la condamne, devenant ainsi an énoncé intellectael négatif. Restriction fort importante, mais que son système lui interdit ëe faire, cap il y a contradiction entre les principes d'autonomie qu'il a proclamés et cette restriction imposée. Cette dernière, en effet, vient du dehors et constitue par suite un « asservissement, » une « menace de tyrannie intellectuelle, » une « entrave à la liberté de la recherche. » Et ainsi l'objection qu'il faisait contre le dogme intellectualiste se retourne contre le dogme tel qu'il l'entend. « Et le voilà mis en demeure, ou bien, pour sauver l'autonomie de l'esprit, de retirer toutes les restrictions qu'il mettait à la liberté de penser, et alors c'est ton ta foi qui sombre ; ou bien, pour sarwer le dogme, même entendu dans le sens de précepte, de répudier cette indépendance absolue de l'esprit, et alors tout l'échafaudage du système croule par la base (2). »
2. Que les formules dogmatiques aient une utilité d'ordre pratique et tendent à se traduire en actes dans la vie religieuse, à commander des attitudes morales, tout le monde en tombe d'accord. Carie dogme vise à la direction de la vie morale, l'inspire «et la soutient, parce qu'il est le fondement de la moralité chrétienne et reste sa norme objective. Mais à qui appartient l'hégémonie ? Qui commence, l'action ou la doctrine ?