Op. cit., p. 342-343. — a. E. Portalié, op. cit., p
Peut-on soutenir le primat de l'action ? Nous ne le pensons pas, et voici pourquoi d'après M. Wehrlé : « On admet, en effet, que les attitudes morales ou les démarches cultuelles doivent être obligatoirement adoptées par nous. Mais quel est donc le fondement de cette obligation ? C'est la connaissance d'un énoncé dogmatique édicté par l'Eglise et derrière lequel on avoue qu'il existe une réalité capable d'en justifier les exigences pratiques. C'est déjà une étrange relation que celle de la réalité visée par la formule avec la formule qui la promulgue sans la manifester, qui l'exprime dans des mots sans que ces mots présentent un sens précis et intelligible. Ce qui est plus étonnant encore, c'est qu'une formule devenue impuissante à saisir et à traduire son objet divin garde le pouvoir régalien de soumettre le sujet humain à la loi d'une obéissance aveugle. Mais le pire de tout, c'est le naufrage du primat de l'action qui sombre malgré tout dans cette aventure. Car c'est cette connaissance du dogme, dont la qualification amoindrie ne peut empêcher qu'elle reste une connaissance, qui met en branle toute notre vie religieuse. Elle demeure le a primum movens » de notre moralité et de notre ritualisme. Par une perte désormais sans profit, on a donc laissé subsister une priorité et une suprématie de la connaissance sur l'action. On a éliminé du dogme toute donnée intelligible, retiré de la connaissance toute valeur intellectuelle, sans avoir réussi à empêcher que le dogme détermine la morale et commande la pratique. Où est donc en tout cela le primat de l'action ? Cependant il importe de respecter et de défendre, sinon le primat, du moins les droits légitimes de l'action qui protègent les intérêts de la connaissance, car l'action est le creuset où s'élabore la vraie connaissance humaine, la
connaissance vivante et vivifiante parce qu'elle est expérimentale et vécue (i). »
3. L'explication morale des dogmes donnée par M. Le Roy, loin de sauver l'existence du dogme chrétien, en serait plutôt la fin. C'est ce que démontre fortement le P. Portalié : « Répudier cette théorie moraliste du dogme, c'est pour le catholicisme un devoir élémentaire de sincérité... Que M. Le Roy le veuille ou non, il demande à l'Eglise déjouer misérablement sur les mots et d'essayer de sauver son empire sur les âmes au prix d'une équivoque déshonorante. » Durant dix-huit siècles, l'Eglise « a constamment défendu en son entier ce dépôt de vérités, disant ana thème à quiconque battait en brèche un seul de ces dogmes. Et, comme en ces derniers temps, au nom des progrès de la science, plusieurs de ses fils, égarés par une fausse philosophie, Hermès, Gùnther et d'autres, avaient voulu changer, modifier le sens de ces affirmations dogmatiques, elle en a proclamé solennellement l'immutabilité ; in eodem sensu eademque sententia. Et aujourd'hui vous venez demander à cette même Eglise de déclarer à ses fils qu'elle n'a jamais prétendu imposer un credo intellectuel ni donner des lois à l'esprit humain ; qu'elle n'a aucune autorité pour régenter l'intelligence et que jamais elle ne songea à revendiquer pour elle-même une infaillibilité intellectuelle et théorique ; qu'elle n'a point en dépôt des vérités immuables reçues du ciel, et que l'idée antique d'une révélation par laquelle Dieu aurait parlé à l'homme, est un anthropomorphisme grossier, inacceptable à notre philosophie moderne ; que tout dogme entendu comme une affirmation intellectuelle sur l'autorité d'un maître quel-
i. Op. cit., p. 347-348.
conque, est « un asservissement, une limite aux droits de la pensée, etc., toutes choses radicalement contraires à la vie même de l'esprit, à son besoin d'autonomie et de sincérité ; » que « nulle autorité ne peut faire ou empêcher que l'homme trouve un raisonnement fragile ou solide, ni surtout que telle notion ait ou n'ait pas de sens pour lui ; » que l'Eglise n'a jamais voulu imposer à ses fidèles ni affirmation, ni raisonnement, ni notion quelconque; que lorsqu'elle définissait dans ses conciles la consubstantialitéduFils, la maternité divine de Marie, ou encore clans le Christ une seule personne divine, et deux natures avec deux volontés et deux intelligences, elle ne prétendait rien affirmer, mais seulement donner des ordres pratiques à la volonté ; enfin que l'on peut être chrétien et catholique en déclarant qu'admettre un seul dogme comme assertion doctrinale, c'est se condamner « à ne plus penser. » Eh bien, c'est là demander à l'Eglise, non seulement une déloyauté à l'égard de ses enfants, mais un mensonge (i). »
Aussi exiger « de l'Eglise catholique qu'elle renonce à toute signification intellectuelle de sa foi, et qu'elle adopte, avec les nouvelles doctrines de l'évolution, le sens purement pratique des dogmes, c'est se heurter à cet effrayant dilemme :
« Ou bien vous lui demandez de déclarer qu'elle n'a jamais cru à cette signification théorique, même quand elleanathématisait quiconque refusait l'adhésion intellectuelle; et elle devrait pour cela déchirer les pages les plus éclatantes de son histoire ;
« Ou bien vous entendez qu'elle proclamera son erreur dix-neuf fois séculaire, et l'égarement où elle était d'exiger une adhésion de l'esprit à des dog-