Op. cit., p
mes dont elle reconnaît l'inconsistance absolue, mais en ajoutant qu'elle reste toujours l'interprète infaillible du vrai christianisme ; et alors c'est exiger qu'elle proclame elle-même sa déchéance et sa propre folie ;
u Dans ces deux cas, c'est la fin du catholicisme (i). »
[\. Enfin l'explication morale des dogmes ne résout aucune des difficultés opposées à la conception intellectualiste ; elle est impuissante à légitimer le précepte qu'on met en relief dans le dogme, comme aussi à en déterminer le sens et la portée ; elle impliquer intellectualisme le plus formel.
Y a-t-il un précepte qui nous oblige à agir? Quel en est le sens, quelle en est la portée ? La réponse à cette question suppose bien des vérités théoriques pour démontrer l'origine de la loi, l'autorité d'où elle émane, son efficacité. M. Le Roy a raison de parler « des exigences de la moralité qui ne peut approuver une action systématiquement irréfléchie, » mais en vertu de son système, continue le P. Portalié, il impose au croyant non seulement une action, mais toute une vie systématiquement irréfléchie, systématiquement déraisonnable. Et pour prétendre que le recours à l'autorité semble moins choquant dans le domaine de l'action, il faut au moins qu'il y ait une autorité ayant droit de commander. Où est-elle ? Sur quoi s'appuie le droit de l'Eglise? Pour y répondre, et il le faut bien, c'est aussitôt une théorie intellectualiste qu'il faudra édifier.
Et c'est encore à l'intellectualisme qu'il faut recourir, dans le système de M. Le Roy, dès que Ton s'avise de déterminer les attitudes à prendre, à pro-
i, lbid.t p. 162.
pos de formules dogmatiques, qu'on dit ne répondre à aucun concept précis. Pourquoi telle attitude et non pas telle autre ? Qui le décidera et pourquoi ? Il faut donc choisir : ou maintenir que les dogmes n'ont aucun sens théologique, et alors il est interdit de fixer telle attitude plutôt que telle autre relativement à l'Eucharistie, à l'Incarnation, etc. ; ou bien avouer que Jésus, dans l'Eucharistie par exemple, exclut les attitudes irrespectueuses de Calvin, et par là on rétablit l'intellectualisme le plus formel.
Au fond, c'est au nom d'un dogmatisme particulier, étroit et intransigeant, que M. Le Roy combat la conception intellectualiste du dogme. Ses difficultés se résolvent, nous l'avons vu, et sa théorie est injustifiée, nous venons de le voir.
Le P. Allô a raison de conclure son étude par ces deux propositions : « Les dogmes sont des propositions, soit purement spéculatives, soit en rapport essentiel avec l'histoire, que l'autorité doctrinale impose à la foi des chrétiens, comme exprimant les vérités dont l'objectivité est requise pour la permanence et le développement de la vie spirituelle apportée par le Christ sur la terre. — Ces propositions, si elles expriment des faits du monde visible (conception virginale, résurrection) sont à prendre au pied de la lettre, non pas toujours suivant le sens technique et secondaire, mais suivant le sens obvie et primitif des termes ; — si elles expriment des faits de l'éternité ou du monde invisible, elles ont un sens intellectuel positif, analogue, non univoque, au sens courant de ces mêmes termes (i).
1. La logique et M. Loisy. — « Pauvre logique, comme on la méprise I mais aussi comme elle se venge
i. Op. cit., p. 4 a 3-4 a 4.
cruellement ! Voilà ses contempteurs réduits à nous proposer comme apologie adaptée aux progrès du siècle : croire d'abord, puis l'on verra pourquoi. Voit-on bien M. Loisy, l'apologiste des temps nouveaux, s'adresser aux libres penseurs du jour : « Je n'ai point de preuves à vous donner de la vérité du christianisme. Je ne puis même vous dire s'il y a un Dieu ou si l'évolution suffit à tout. Mais croyez, donnez-vous à l'Eglise catholique. Elle est une société tout humaine à laquelle Jésus n'a jamais songé, et qui à cette heure même compromet terriblement son avenir par son entêtement dogmatique et une soif insatiable d'autocratie ; elle a fabriqué elle-même ses dogmes, en les attribuant toujours à Jésus pour sauver le christianisme de la ruine ; elle transforme ces dogmes à chaque génération, tout en proclamant son immuable infaillibilité. N'importe ! Croyez et vous éprouverez « l'étonnante puissance, à travers les siècles, de Vidée du règne de Dieu et l'efficacité actuelle, l'expérience personnelle de cette idée, toujours vivante, nonobstant les limitations de son origine et les modifications qu'elle n'a pas cessé de subir. » Sans être prophète, on prévoit les résultats de cette harangue. C'est sans doute que nous sommes trop intellectualistes ! Mais le genre humain est intellectualiste, lui aussi : sa raison veut voir des garanties, avant de croire, et la simple honnêteté morale, au défaut de la raison, l'oblige de juger toute vie, même la vie chrétienne, avant de l'accepter et de la vivre. » E. Portalié, Le dogme et l'histoire, dans le Bulletin de litlér. ecclés., 1904, p. 88-89.
2. Au fond d'un petit livre. — « En résumé, si nous comprenons bien M. Loisy, après une lecture plusieurs fois répétée de son livre, l'exégèse est autonome vis-à-vis de l'Eglise, du pape et des conciles, parce que l'Eglise ne définit point les faits, même religieux, ni le vrai sens des textes bibliques ; et, si elle se mêlait de les définir, elle risquerait fort de se tromper. La raison dernière en est qu'il n'y a pas de dogmes fixes ; il n'y a que des formules symboliques changeantes. Or, l'évolution des dogmes est réglée, non par une révélation extérieure de Dieu à
omme et par le magistère infaillible de FEgh'se, mais parle progrès de la révélation interne, toujours en action dans l'humanité, et qui s'appelle d'un autre nom expérience ou conscience religieuse. L'orthodoxie d'aujourd'hui peut devenir l'erreur de demain : il est sage néanmoins de s'en tenir aux formules reçues, en adhérant d'intention à leur véritable objet, inconnu et inconnaissable...
Tel est ce livre, dont la lecture ne donne ni paix ni lumière. Il y a des pages qui étonnent, d'autres qui inquiètent, quelques-unes qui effrayent. L'obscurité où l'on marche accroît le malaise ; les ténèbres font peur. L'impression dominante est un sentiment de tristesse-profonde... Il faut que les jeunes qui suivent M. Loisy à l'aveugle... sachent enfin où on les mène. La plupart des lecteurs, satisfaits d'une lecture rapide et superficielle, ont pu ne voir dans les derniers ouvrages du docte abbé que des erreurs de détail, des propositions suspectes et des affirmations hasardées : l'existence de contradictions dans les Livres saints érigée en axiome, l'authenticité et l'historicité du quatrième Evangile hardiment niées, la fondation de l'Eglise par le Christ et l'institution des sacrements maintenus seulement de nom, en vertu d'une explication qui semble dérisoire, la personne de Notre Seigneur rabaissée au niveau d'un homme ordinaire, un peu plus sage, mais pas beaucoup plus éclairé que les autres, tous les faits sur lesquels notre foi repose rélégués dans une sphère extra-historique, où la démonstration rationnelle ne les atteint pas. Il est bon qu'ils apprennent, ces lecteurs distraits ou naïfs, qu'il y a au fond quelque chose de plus radical : une sorte de nihilisme théologique et de subjectivisme absolu qui, poussé à ses conséquences logiques, ne laisserait subsister ni l'Eglise, ni Jésus-Christ, ni la révélation, ni la certitude, ni même un Dieu personnel. » F. Prat, Le manifeste de M. Loisy, dans les Etudes, 1903, t. xcvn, p. 317, 323-32/j.
3. Le problème de M. Le Roy. — « Défendre la foi contre les attaques de nos ennemis déclarés, qu'ils s'appellent Voltaire, Renan ou Séailles, c'est un devoir relativement doux et consolant. Mais avoir en face de soi
des esprits éminemment sympathiques par leur savoir, par leur sincérité, par leur courage à se dire et à être chrétiens, par les souffrances mêmes de leur foi, souffrances qui se dévoilent à nu dans ces pages vibrantes de l'émotion poignante d'un doute contre lequel on s'efforce de lutter ; être condamné à entendre de la bouche de ces amis les accusations d'absurdité irrémédiable de tous nos dogmes, d'opposition absolue et radicale entre ces affirmations dogmatiques, entendues comme tous, sans exception, amis et ennemis, les ont comprises, on l'avoue, pendant dix-neuf siècles, et tout ce qui est bon sens, raison, philosophie vraie et rationnelle ; et puis se sentir obligé de déclarer nettement à ces écrivains, pour lesquels on n'éprouve que des sentiments de sincère estime et de sympathie, que non seulement ils ne défendent pas la foi chrétienne, comme ils l'espèrent, mais qu'ils la renversent totalement et radicalement par la base même, de façon qu'il n'en reste pas un seul débris intact ; bien plus, se voir forcé d'ajouter que non seulement leur système est, en soi, destructif de toute croyance chrétienne, mais que la publication de ces pages dans des revues destinées au grand public, loin d'être de la discussion inoffensive, est en réalité un manifeste contre tout dogme et toute foi, dont le résultat immédiat est de jeter dans nombre d'âmes un trouble profond et parfois irrémédiable (car ces âmes, malheureusement, ne liront point les réfutations mêmes publiées dans la Quinzaine) : c'est là un devoir amer et douloureux entre tous. Mais ■ c'est un devoir. » E. Portalié, L'explication morale des | dogmes, dans les Etudes, 1905, t. civ, p. i45-i46.
Article Premier
Je crois en Dieu le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre.
Je crois
Leçon VII De la Foi