‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 82 sur 179 · LE MOTIF DE LA FOI · texte numérisé non relu

LE MOTIF DE LA FOI

et extrinsèque, qui se distingue du doute, du soupçon, de l'opinion. Car le doute existe quand l'esprit ne se prononce pas ; le soupçon, quand il penche d'un côté, mais sans oser se prononcer; l'opinion, quand il embrasse un sentiment, tout en craignant que le sentiment contraire ne soit préférable. Or, remarque saint Thomas (i), l'acte de foi implique une adhésion ferme, exclusive de toute crainte d'erreur, et celui qui croit a cela de commun avec celui qui sait et qui connaît. Toutefois celui qui croit n'a pas comme celui qui sait la connaissance parfaite qui résulte de l'évidence intrinsèque, et en cela il ressemble à celui qui doute, qui soupçonne, qui a une opinion, mais il connaît.

2. Ainsi en est-il pour l'acte de foi chrétienne. Le motif qui le détermine n'est pas, — et c'est l'enseignement formel du concile du Vatican (2), — « la vérité intrinsèque de la chose révélée perçue à la lumière naturelle de la raison, » puisque d'ordinaire cette chose échappe aux prises de notre intelligence et reste enveloppée d'ombre et de mystère. La foi, en effet, n'est pas la science ; son motif, et c'est encore le concile du Vatican qui le dit, diffère du fondement de la science. Ne pas distinguer la foi divine de la science naturelle de Dieu et des choses morales, serait encourir i'anathème porté par le canon 2 (3). L'apôtre saint Paul écrivait aux Corinthiens : « C'est dans la faiblesse, dans la crainte et dans un grand tremblement que je me suis présenté chez vous ; et ma parole et ma prédication n'avaient rien du langage persuasif de la sagesse, mais l'Esprit (Saint) et la

1. Snm. theolog., na 11*, Q. 11, a. 1 ; Q. iv, a. 1. — 2. Const. Dei Filius, c. m, $ 1. — 3. Ibid., c. ni, can. 2.

force de Dieu en démontraient la vérité, afin que votre foi repose, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu (1). » Il leur disait encore : « Nous renversons les raisonnements et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu, et nous assujettissons toute pensée à l'obéissance du Christ (2). » C'est la foi qui ne se fonde pas sur les moyens et les raisonnements humains, sur l'évidence de la vérité qu'elle croit.

3. Le motif propre, l'objet formel de la foi, ce qui fait croire aux choses révélées de Dieu, c'est, d'après le texte du concile, a l'autorité de Dieu révélateur, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. » Cette autorité implique, comme on le voit, deux éléments : la science infaillible de Dieu et sa véracité absolue, tous deux également nécessaires et essentiels. En dernière analyse, c'est à cause de cette autorité divine que je donne mon assentiment à la vérité révélée, que je fais l'acte de foi. INotre Seigneur disait : « Celui qui m'a envoyé est véridique, et ce que j'ai entendu, je le dis au monde (3). » a Nous disons ce que nous savons, et nous attestons ce que nous avons vu, mais vous ne recevez pas notre témoignage,». Celui qui vient du eiel est au dessus de tous, et ce qu'il a vu et entendu, il l'atteste,,, Celui qui reçoit son témoignage certifie que Dieu est véridique (4). »

4. Bans doute, l'Eglise sert d'intermédiaire entre Dieu et nous. Son autorité est divine ; elle a reçu de Dieu le droit de proposer et d'imposer les vérités à croire; mais son rôle consiste à certifier et k garantir sans crainte d'erreur la réalité et le contenu, de la révélation, Dans l'état actuel de l'humanité,

f , I Cor,, u, 4-5. — df IJ Gor,, x, 5, — 3, Joan,f viu, 26, * à- Juan., m, iif 33,

ce rôle est le moyen ordinaire, la règle commune, dont Dieu se sert pour nous faire arriver à la foi ; mais il n'est pas absolument indispensable et il n'est pas exclusivement le seul. Dans la formule de l'acte de foi, que récitent les fidèles, il est dit qu'on croit tout ce que la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine ordonne de croire, mais on ne le croit pas simplement parce qu'elle l'ordonne, on le croit parce que Dieu l'a révélé et qu'il est la vérité même. C'est toujours sur l'autorité de Dieu qu'on s'appuie, et c'est uniquement cette autorité qui est le motif propre ou l'objet formel de la foi.

5. Mais faut-il pourtant, pour qu'il y ait acte de foi, que Dieu ait révélé ? Car, même dans l'hypothèse où Dieu n'aurait rien révélé, son autorité n'en existerait pas moins et il aurait toujours droit à notre hommage à raison de sa science infaillible et de sa véracité absolue ; mais il ne saurait y avoir acte de foi, car un témoin muet n'apprend rien. Pour être cru, il faut qu'il parle, qu'ilrévèle quelque chose. Par suite la révélation est indispensable pour qu'il puisse y avoir acte de foi ; c'est une condition requise, et c'est pourquoi le concile du Vatican, dans la question présente, ajoute à Dieu le qualificatif de révélateur. Il dit, en effet, propter auctoritatem Dei revelantis ; mais il n'a pas dit : propter auctoritatem Dei et propter revelationem, ce qui laisse libre par conséquent la question de savoir si la révélation, en tant que fait, entre pour une part dans le motif propre ou l'objet formel de la foi.

L'acte de foi doit être un acte humain : il requiert par conséquent le concours de nos facultés, celui

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de l'intelligence pour être vraiment rationnel, celui de la volonté pour être vraiment libre. Gomme, d'autre part, il est salutaire au sens théologique du mot, et constitue le commencement de la justification, il doit être inspiré et informé par la grâce, ainsi que nous le verrons. Toutefois il n'est pas une improvisation.

i. Chez le simple fidèle, déjà en possession de la vertu de foi reçue au baptême et vivant dans un milieu chrétien, l'actedefoi est l'exercice normal de son habitude infuse ; il se trouve justifié en soi par l'autorité du témoignage de l'Eglise, qui lui est notifié par ses parents, ses maîtres ou ses pasteurs. Sans doute les chrétiens, pour le plus grand nombre, sont incapables par eux-mêmes de justifier la valeur du motif qui les pousse à faire l'acte de foi ; mais, en le faisant, ils sont suffisamment garantis par l'autorité de l'Eglise à laquelle ils appartiennent. Car, ainsi que l'enseigne le concile du Vatican, « c'est à l'Eglise catholique seule qu'appartiennent toutes ces notes si nombreuses et si frappantes par lesquelles Dieu a rendu évidente la crédibilité de la foi chrétienne. Bien plus elle est par elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité, en même temps qu'un témoignage irréfragable de sa mission divine... Elle donne à ses enfants une assurance plus certaine que la foi qu'ils professent repose sur un très ferme fondement (i). »

2. Chez l'incrédule, au contraire, l'acte de foi ne se produit qu'après un travail préparatoire, parfois assez long, toujours délicat à cause de tant de mobiles d'ordre divers qui entrent en jeu, réalisable pourtant pour toute âme de bonne volonté. En effet, à l'aide de la raison et sur des preuves d'or-

i* Const. Dei Filius, c. ni, § 5 et 6.

dre philosophique, l'incrédule peut se convaincre tout d'abord que Dieu existe, — et c'est là une première vérité dont il ne saurait raisonnablement douter, — qu'il possède une science infinie à l'abri de toute erreur et une véracité qui le rend absolument incapable de tromper, c'est-à-dire une autorité au-dessus de tout soupçon. Que Dieu, dans sa bonté et sa condescendance, puisse communiquer à l'homme un enseignement divin, c'est encore une vérité dont la certitude métaphysique ne peut être légitimement révoquée en doute. Que Dieu ait dû s'adresser à l'homme, ou, en d'autres termes, qu'une révélation divine ait été moralement nécessaire, c'est ce que justifie amplement une étude psychologique de la nature humaine.

3. Mais Dieu a-t-il parlé? Existe- t-il une révélation ? Et s'il a parlé, peut-on le savoir pertinemment sur des preuves certaines, indubitables ? Quelles sont ces preuves ? Autant de questions à résoudre au moyen de l'histoire par l'examen de la valeur des témoignages, car les faits se prouvent par des témoins, et le fait de la révélation doit être entouré des garanties testimoniales les plus irrécusables.

C'est ici qu'interviennent les motifs de crédibilité. Aussi est-ce avec raison, que le concile du Vatican les signale pour montrer que l'acte de foi, loin d'être un assentiment aveugle et un saut dans l'inconnu, se trouve pleinement justifié aux yeux de la raison. Ces motifs de crédibilité, en effet, préparent l'acte de foi, mais ne sont pas l'acte de foi. Ils aident à faire voir qu'il y a une vérité révélée par Dieu, qu'elle doit donc être acceptée comme telle ; ils aident à constater d'une part le fait de la révélation, et, d'autre part, l'obligation qui s'impose de l'accepter.

La raison doit se convaincre, non de la vérité intime des affirmations du témoin, chose qui peut avoir lieu dans la suite, mais avant tout du droit du témoin à être cru sur parole, de la valeur de son témoignage. Mais une fois bien établies l'autorité et l'existence du témoignage divin, l'hésitation n'est plus de mise. Ce serait folie, dit saint Augustin, d'attendre alors pour croire qu'on ait résolu toutes les questions, « quœ non sunt finiendae antefidem, ne finiatur vlta sinefide (1). » Rien de plus juste : Dieu a parlé, il n'y a plus qu'à s'incliner. En faisant alors l'acte de foi, on est certain d'avoir agi raisonnablement.

4. Quels sont donc ces motifs de crédibilité qui amènent ainsi à l'acte de foi ? Il y en a d'internes, il y en a d'externes. Les uns, inspirés du Saint- Esprit ou jaillissant des profondeurs mystérieuses de la conscience, peuvent se nuancer indéfiniment et échappent même le plus souvent au contrôle de celui qui leur obéit ; les autres s'imposent du dehors. Le concile y fait allusion en ces termes : « Afin que l'hommage de notre foi fût d'accord avec la raison, aux secours internes du Saint-Esprit Dieu a voulu joindre des preuves extérieures de sa révélation. » Le concile ne prétend pas que les motifs internes soient jamais insuffisants, car Dieu peut très bien éclairer surnaturellement une âme et lui donner l'assurance indubitable qu'il est l'auteur de telle ou telle révélation ; c'est ainsi notamment qu'il en a agi avec les prophètes, et c'est ainsi qu'il en agit encore avec quelques rares privilégiés ; mais tel n'est pas l'ordre ordinaire de la Providence.

5. L'erreur des protestants a été précisément de n'accorder de valeur pour la foi qu'aux motifs inter-

1. Saint Augustin, Epist. en, 38, Pat. lat.t t. xxxni, col. 386,

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nés de crédibilité à l'exclusion de tout motif externe. D'après les anciens réformateurs, chaque chrétien possède une lumière surnaturelle qui lui permet de découvrir dans l'Ecriture la vraie parole de Dieu et sa signification véritable. Mais, depuis le xvie siècle, on a marché dans le sens de plus en plus accentué du rationalisme et de l'individualisme : à la lumière surnaturelle on a substitué, comme critérium de la révélation, la lumière naturelle de la raison. L'Ecriture elle-même ne compte guère plus, et, depuis Schleiermacher, tout se réduit de plus en plus, chez les protestants libéraux, à un vague sentimentalisme religieux, où la révélation n'est pas un témoignage externe de Dieu, mais la conscience intime des rapports de l'âme avec Dieu. Ainsi, tandis que les uns repoussent absolument la valeur ou la nécessité des motifs externes de crédibilité, d'autres, moins radicaux, n'y voient pour le croyant qu'un secours qui vient aider la foi et la suppose déjà, et pour l'incroyant que des faits inadmissibles et sans portée. Car c'est aujourd'hui la tendance générale, parmi les protestants, d'en appeler exclusivement au sentiment religieux, à l'expérience interne, à une action directe du Saint-Esprit, à une certitude immédiate et subjective de la foi. Or cette négation de l'efficacité des signes externes pour rendre croyable la révélation, et cette prétention de ne s'en tenir qu'à une expérience personnelle interne ont été condamnés par le concile du Vatican : « Anathème à qui dirait que la révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et par conséquent que les hommes ne doivent être amenés à la foi que par une expérience interne et personnelle ou par une inspiration privée (i). »

i. Const. Dei Filius, c. m, can. 3.

6. Le concile détermine clairement la part qui revient aux motifs externes de crédibilité dans la préparation à la' foi ; il estime que ce sont des preuves sojides et suffisantes pour légitimer l'acceptation de la révélation ; car, dit-il, aux secours intérieurs du Saint-Esprit, Dieu a voulu joindre des preuves extérieures de sa révélation, savoir des faits divins, et surtout des miracles et des prophéties, qui, en montrant abondamment la toute-puissance et la science infinie de Dieu, font reconnaître la révélation divine, dont ils sont les signes très certains et appropriés à l'intelligence de tous (i). » Parmi ces faits divins qui sont des arguments externes, des signes très certains de la révélation divine, des preuves du témoignage de Dieu, le concile ne cite ici exceptionnellement que les miracles et les prophéties ; mais il n'oublie pas, deux paragraphes après, de signaler l'existence de l'Eglise catholique comme une preuve évidente de la crédibilité de la foi chrétienne.

7. Ces motifs de crédibilité, ces signes très certains et appropriés à l'intelligence de tous, constituent une solide et véritable démonstration de la foi, non pas assurément une démonstration mathématique, mais une démonstration capable de légitimer l'adhésion de l'esprit, à l'exclusion de tout doute sérieux et motivé, et de produire une certitude suffisante pour justifier l'acte de foi. Les qualifier de simples probabilités, c'est trop peu dire. Et sans doute c'est là le terme qu'employait ISewman dans le récit de sa conversion, quand il disait : Dieu a voulu que, « dans la recherche de la religion, nous arrivions à la certitude par des probabilités accumulées... 11 nous conduit, si seu-

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