‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 83 sur 179 · Ibid., c. m, S · texte numérisé non relu

Ibid., c. m, S

lement notre volonté coopère avec la sienne, à "ne certitude qui s'élève plus haut que la puissance logique de nos conclusions (i). » Non, ce ne sont pas de simples probabilités, ce sont des preuves certaines ; ils constituent une certitude réelle. Plus loin, au delà de la raison logique, après l'acte de foi, dans la réalité de la foi possédée et vécue, la certitude est œuvre plus haute, comme dit Newman, mais cette certitude résultant de la vie même de la foi n'exclut pas la certitude qu'apportent les motifs de crédibilité et qui précède l'acte de foi.

8. Est-ce à dire que cette démonstration par les motifs de crédibilité soit d'une efficacité universelle et invincible ? « Certes, non, répond M. Gayraud. L'homme y échappe par inattention, mépris, mauvaise volonté, endurcissement du cœur, et aussi par déviation ou par anémie de l'esprit. Je passe outre aux causes morales. Mais l'affaiblissement de la raison, sous l'influence débilitante et toxique du positivisme, du sensualisme et du criticisme kantien, doit être signalé. La démonstration traditionnelle s'adresse à une raison saine et vigoureuse, confiante dans ses facultés de perception et de déduction, sûre d'atteindre, à la lumière des premiers principes imprimés en elle par les choses mêmes, la réalité substantielle des êtres, et de s'élever par les créatures jusqu'à Dieu. Un pareil travail dépasse assurément les forces de la raison positiviste ou kantienne. Celle-ci doit être abordée par un autre point. Que si la philosophie de l'action, du pragmatisme, du dogmatisme moral, de l'immanence ou de quelque autre nom qu'on l'appelle, peut saisir cette raison anémiée, et, en éveillant chez elle le sentiment d'une hétéronomie nécessaire, en lui faisant perce-

i. Newman, Apologia, p. aoo.

voir dans sa vie consciente les « postulats » de la révélation surnaturelle et chrétienne, la préparer à l'intelligence et' au don divin de la foi, cette philosophie apportera un concours précieux et opportun à l'apologétique traditionnelle. Elle tournera la pensée moderne vers les clartés sereines de la foi, et suscitera chez quelques-uns ces bons désirs et cette bonne volonté que la grâce de Dieu prévient, accompagne, parachève et récompense. Mais il n'en resté pas moins vrai que la solide démonstration de la vérité de cette foi, celle qui motive et justifie la certitude de nos croyances, en face de la raison incrédule et superbe comme dans l'esprit du fidèle convaincu, c'est la preuve par les facta divina, dont parle le concile du Vatican, qui sont les externa argumenta et les signa certissima omnium intelligentiœ accommodata de la révélation divine (i). »

1. La foi, principe de connaissance. — « S'il n'y avait que deux parties dans l'œuvre universelle (et il en pouvait manifestement être ainsi, puisque l'institution surnaturelle est un acte libre et une pure grâce), comme il n'y aurait alors que deux objets à connaître, il n'y aurait non plus en nous que deux principes de connaissance. En effet, si Dieu ne manque jamais de procurer ce qui est nécessaire, on ne le voit jamais non plus rien faire d'inutile ni de vain. Supposé donc que, comme l'impiété l'affirme avec audace parce qu'elle le désire avec passion, il n'y ait point de surnaturel, il est parfaitement clair que le sens et la raison suffiraient à l'humanité, à ses devoirs, à ses besoins ; et non seulement pour la vie de ce monde, mais encore pour la vie future. Oui, dans cette hypothèse, à la seule condition d'user toujours de ses sens et de sa raison en toute vérité, sagesse et justice, l'homme atteindrait sa fin. Mais si, comme il est bien

i. Gayraud, Le problème de la certitude religieuse» dans la Revue du clergé, 1902, t. xxx, p. ia3-ia4.

certain, il y a un ordre surnaturel ; si, comme on n'en saurait ni chrétiennement ni raisonnablement douter, Dieu a voulu qu'entre cet ordre et nous des rapports existassent ; s'il y a établi notre fin dernière, s'il en a fait par suite découler notre loi, s'il y rattache toute notre vie morale, il doit indispensablement ouvrir en nos âmes une nouvelle source de connaissance, un principe supérieur de perception et d'entendement, qui soit précisément à son sublime objet, ce que sont les sens et la raison aux objets qui leur correspondent. Or, cette source et ce principe, c'est ce qu'on nomme la foi.

« Sans doute, cet ordre qui, en lui-même, est tout surnaturel, ne l'est pas dans son expression. Sans cela, il serait pour nous comme n'existant pas ; ou il nous faudrait, pour l'atteindre, non plus seulement dépasser notre nature, ce qui est une perfection, mais la changer de fond en comble, c'est-à-dire la détruire, ce qui serait Un désordre. Dès qu'en disant extérieurement le mot vivant de sa vie intime, c'est à nous que Dieu s'adresse, il parle nécessairement une langue que nous pouvons entendre. Ses pensées infinies, pour ne considérer ici que ses communications intellectuelles, il les met dans des mots finis, dans des mots connus, usuels, et dont le sens est parfaitement déterminé d'avance. A ce titre, quand Dieu s'en sert, chacun de nous peut les percevoir et en saisir le sens humain. Dieu fait plus, et il devait faire plus : car ce n'est point assez que nous sachions qu'on parle ; il faut surtout savoir qui parle, et que celui qui parle est Dieu. Il parle donc en Dieu, c'est-à-dire qu'il revêt ses paroles de caractères inimitables. Il ne se contente pas d'y répandre cette beauté intrinsèque qui ne leur peut manquer, mais que son excellence même tient au dessus de la portée du grand nombre ; il les illustre, les confirme et les accrédite, aux yeux de tous, par toutes sortes d'oeuvres de sa droite, et principalement par d'incontestables miracles ; de telle sorte que, non seulement on les peut raisonnablement tenir pour divines, mais que, sans mentir au bon sens et trahir sa propre raison, on ne peut les confondre avec celles qui ne le sont

point. Il les inonde ainsi des clartés qui lui sont personnelles, et, en se montrant, il les démontre. » Mgr Gay, De la vie et des vertus chrétiennes, 6e édit. , Paris, 187^, t. 1, p. i57-i5q.

2. Le fait de la révélation. — « Le motif suprême de la foi, c'est la véracité de Dieu ; mais nous ne savons que la véracité de Dieu est intéressée qu'autant que nous sommes certains que Dieu a parlé... Où a-t-il parlé ? quand a-t-il parlé ? à qui a-t-il parlé ? comment a-t-il parlé ? Quatre questions auxquelles il est nécessaire de répondre, si l'on veut obtenir l'assentiment légitime de la raison : question de lieu, question de temps, question de personne, question de moyen. Qui répondra à ces questions ? La parole de Dieu elle-même ? mais il y aurait pétition de principe, puisque c'est précisément le fait de cette parole qu'il s'agit de démontrer, afin de créer une certitude à son endroit. Il faut donc qu'intervienne une autre puissance, et je n'en connais pas d'autre que la puissance rationnelle. Je n'en connais pas d'autre, parce que, en réalité, il n'y en a pas d'autre. C'est ce que disait ïe chef de l'Eglise, dans une encyclique mémorable, dont je cite les termes : « Il faut que la raison s'informe diligemment du fait de la révélation, afin qu'elle soit certaine que Dieu a parlé, et qu'ainsi elle puisse lui offrir une soumission raisonnable, comme l'enseigne très sagement l'apôtre (1). » Leibnitz appelait cela : « faire les établissements du christianisme. »

m II appartient donc à la raison d'établir, par une démonstration, je ne dis pas les vérités de la foi, car il y en a qu'elle ne comprend pas, et qui, par conséquent, sont indémontrables, mais ce qu'on appelle, en théologie, la vérité de la foi. C'est la raison qui répond aux questions de la raison, alors qu'elle s'approche pour s'unir à la parole de Dieu, par l'assentiment. » Monsabré,

1. Encyclique Noscitis du 9 novembre 1846 ; Denzinger, n. 1498.

Introduction au dogme catholique, Paris, 1866, t. 1, p. 58-59.

3. La foi et la vision béatifique. — « Dieu est venu à l'homme ; Dieu lui a parlé par son Fils. Dieu a pris cette frêle créature par la main, et la faisant sortir de toute limite créée, l'a mise en face d'un nouveau monde, d'une terre nouvelle et de cieux nouveaux. Et comme le regard humain demeurait fermé à ces splendeurs surhumaines, Dieu lui a dit : Ephphetha ! « ouvre-toi. » Au regard naturel de l'homme Dieu a ajouté un autre regard vaste et perçant comme le monde qu'il lui était donné d'explorer ; et l'homme, ainsi divinement pourvu d'un organe proportionné aux immensités offertes à son regard, l'homme spirituel apprécie tout. Jouissant à travers un voile d'une première vue du ciel, par la foi nous comprenons, nous pénétrons dans l'intérieur. « Notre raison, aidée et soutenue par la grâce, dérobe alors en quelque sorte par anticipation au séjour de la gloire quelque ébauche, quelque commencement de la vision intuitive... Quand il est parvenu à la cime de ces montagnes, si le penseur chrétien, absorbé dans sa méditation divine, touche encore la terre du bout de ses pieds, on peut dire qu'il a le front déjà dans le ciel : encore un effort, une secousse qui détache l'esprit de la matière, l'âme du corps, et il sera en possession du face-à-face de la vérité (1). » 0 prérogative merveilleuse de la foi ! Si la grâce est la gloire en germe, la foi est, en germe, la vision béatifique. Sans doute, elle ne perce pas à jour le mystère, mais elle voit en énigme, à travers un voile. Par la foi, les choses que nous espérons prennent un corps, une réalité palpable : nous les touchons pour ainsi parler, tellement la foi nous les rend présentes. La foi c'est la démonstration des choses invisibles ; car, par la foi, nous nous rendons déjà compte de ces inscru tables richesses du Christ, dont est dotée notre patrie future. Nous connaissons en partie ; or, quand viendra l'état parfait, ce

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