‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 86 sur 179 · Ibid.y Q. 11, a. 1, ad. 3. — 2. Ibid., Q. iv, a · texte numérisé non relu

Ibid.y Q. 11, a. 1, ad. 3. — 2. Ibid., Q. iv, a

ment probable de la révélation et même avec la crainte que Dieu .n'aît pas parlé (1). »

L'intelligence est ainsi amenée à prononcer deux jngements : un jugement théorique ou spéculatif : « Il y a des raisons évidentes de croire ; je puis croire ; » et un jugement pratique : « Je dois croire. » Mais elle ne va pas jusqu'à la conclusion dernière pour faire vraiment l'acte de foi et dire : « Je crois. » Car lïnévidence du fait ou de la vérité à croire suffit le plus souvent à l'arrêter.

[\. C'est ici, nécessairement, que la volonté doit intervenir d'une façon décisive. J'entends bien M. Rabier, écho d'un bon nombre de contemporains, proposer ce dilemme : « Ou nos raisons intellectuelles de croire nous semblent suffisantes, ou elles nous semblent insuffisantes. Si elles nous semblent suffisantes, il n'est que faire de la volonté pour produire la croyance. Si elle nous semblent insuffisantes, qu'on explique comment la volonté pourrait dissimuler le manque de raison ou se prendre elle-même pour une raison (2). »

Mais ce dilemme ne tient pas. Oui, nos raisons intellectuelles de croire sont suffisantes : elles préparent l'acte de foi, elles le rendent possible, elles en garantissent la rationabilité, elles justifient le bien fondé de cette conclusion spéculative : il y a des raisons de croire, et de cette obligation morale : il faut croire ; mais elles ne nécessitent pas l'acte même de croire, car on ne croit que si Ton veut. L'acte de foi est essentiellement libre ; l'homme peut s'y refuser efci dépit de la raison. « Croire, disait saint Augustin, on ne le peut que de bon

1. Proposition 21 condamnée le a mars 1679; Denzinger, n. io38. — 2. Rabier, Leçons de philosophie. Psychologie, 5e édit., p. 271.

ROLE DE L'INTELLIGENCE ET DE LA VOLONTÉ 2q5

gré (i). » C'est l'enseignement formel du concile de Trente (2), comme aussi celui du concile du Vatican (3). L'acte de foi reste libre, même après l'acquisition des preuves de crédibilité, même après la constatation des « faits divins, » de « ces signes très certains et accommodés à l'intelligence de tous, » que Dieu a donnés pour preuves de sa révélation. Et prétendre que « l'assentiment de la foi chrétienne n'est pas libre, qu'il est produit nécessairement par des preuves de raison humaine, » ce serait tomber sous les coups de l'anathème porté par le canon 5 (4).

5. Et c'est parce qu'il est libre que l'acte de foi est méritoire. Ecoutons saint Thomas : « Nos actes sont méritoires selon qu'ils procèdent du libre arbitre mû par Dieu au moyen de la grâce. Il s'ensuit que tout acte humain qui est soumis au libre arbitre, s'il se rapporte à Dieu, peut être méritoire. Or, l'acte même de la foi est un acte de l'entendement, qui adhère à la vérité divine sous l'empire de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce. Cet acte est dès lors soumis au libre arbitre, et, de plus, il se rapporte à Dieu. Donc l'acte de foi peut être méritoire (5). » Et dans la science que se passe-t-il? Saint Thomas répond : « On peut considérer deux choses dans la science, l'assentiment de l'esprit à la chose que l'on connait, et la considération actuelle de cette même chose. L'assentiment à la science n'est pas soumis au libre arbitre, parce qu'il est le résultat forcé de la démonstration ; ce qui fait qu'il n'est

1. In Joan., tract, xxvi, a ; Patr. lat., t. xxxv, col. 1607.— 2. Sess. vi, cap. vi. — 3. Const. Dei Filius, cap. ni, S 3. ^ 4. Const. Dei Filius, cap. m, can. 5 : « Si quis dixerit assensum fidei christianse non esse liberum, sed argumentis humanae rationis necessario produci... anathema sit. » — 5. Sum. theol, na nœ, Q. 11, a. 9.

pas méritoire. Au contraire, la considération de la chose que l'on connaît dépend du libre arbitre, parce qu'il est au pouvoir de l'homme d'appliquer ou de ne pas appliquer son esprit à une chose ; et c'est pourquoi la considération de la science peut être méritoire, si on la rapporte à la fin de la charité, c'est-à-dire à la gloire de Dieu ou à l'utilité du prochain. Mais, en matière de foi, ces deux choses que nous venons de distinguer sont également soumises au libre arbitre, ce qui fait que, par rapport à l'une et à l'autre, l'acte de foi peut être méritoire (1). »

6. Donc, même en face de la certitude des preuves de la révélation et de l'obligation de croire qui en résulte, l'homme conserve la liberté de croire ou de refuser son assentiment. Mais, après les opérations intellectuelles qui préparent, protègent et justifient l'acte de foi, cet acte de foi reste à faire. La liberté qu'il requiert est à chercher dans une détermination de la volonté, qui suit la connaissance des motifs de crédibilité, et qui précède l'acte de foi. Une fois que l'intelligence à porté un jugement spéculatif sur les raisons de croire et un jugement pratique sur l'obligation de croire, c'est à la volonté de se décider et de décider l'intelligence à faire l'acte de foi par un commandement exprès. Elle doit se décider à intervenir, parce que, sous la vérité à croire que lui présente l'intelligence, elle découvre une obligation morale à remplir, un besoin du cœur à satisfaire, un bien à poursuivre et à atteindre ; mais, pour se décider, elle doit écarter les obstacles d'ordre pratique ; car il y a des conséquences morales : passions à réprimer, devoirs et vertus à pratiquer, attitude austère à prendre, vie à orienter. Reste alors à décider l'intelligence elle-

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