NECESSITE DE LA GRACE POUR L ACTE DE FOI
Du reste, d'après l'enseignement traditionnel de l'Eglise, l'acte de foi a toujours été regardé comme la base nécessaire de toute justification et de toute œuvre surnaturelle, et tout acte qui se rapporte au salut comme un produit de la grâce. Voici comment l'a formulé le concile de Trente : « Les adultes sont disposés à la justification lorsque, excités et aidés par la grâce divine, ils conçoivent la foi par ce qu'ils entendent et se portent librement vers Dieu, en croyant à la vérité de ce que Dieu a révélé et promis (i). » « Lorsque l'apôtre dit que l'homme est justifié parla foi et gratuitement, il faut comprendre ces paroles dans le sens que l'Eglise catholique a admis et enseigne avec un accord constant, c'est-à— dire en ce sens que nous sommes justifiés par la foi, parce que la foi est le commencement du salut de l'homme, le fondement et la racine de toute justification (2). » Gela montre que la foi qui précède la justification et qui, par suite, n'opère point par la charité, prépare à l'infusion de la grâce sanctifiante, constitue le commencement du salut et est surnaturelle. Or, cette foi surnaturelle et salutaire, toujours d'après le concile de Trente, continue d'exister même chez ceux qui ont perdu la charité par le péché (3).
Or, ces trois points : nécessité de la grâce pour V assentiment de la foi, caractère surnaturel de la foi même quand elle n'opère point par la charité, et relation étroite entre cet acte et le salut, ont été de nouveau précisés et formulés par le concile du Vatican. « Bien que l'assentiment de la foi, est-il dit dans la Constitution Dei Filius, ne soit pas un mouvement aveugle de l'esprit, personne pourtant
x. Conc. Trid., sess. vi, cap. vi. — ^2. Conc. Trid., sess. vi, cap. vin. — 3. Conc. Trid., sess. vi, can. 28.
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ne peut adhérer à renseignement de l'Evangile comme il le faut pour arriver au salut sans une illumination et une inspiration du Saint-Esprit, qui donne la, suavité de l'adhésion et de la croyance à la vérité (ceci est pris au second concile d'Orange). C'est pourquoi la foi, en elle-même, est un don de Dieu, alors même qu'elle n'opère point par la charité, et son acte est une œuvre se rapportant au salut, par laquelle l'homme se soumet librement à Dieu, en consentant et en coopérant à sa grâce à laquelle il pourrait résister (i). » Le concile déclare anathème non seulement à celui qui prétendrait que l'assentiment de la foi chrétienne n'est pas libre, mais encore à celui qui dirait qu'il n'y a que pour la foi vivante, qui opère par la charité, que la grâce de Dieu soit nécessaire (i).
4- On peut distinguer trois sortes d'adhésion à l'enseignement révélé : l'une purement naturelle, et qui dès lors ne mène pas au salut ; l'autre surnaturelle, la foi proprement dite. Mais cette foi est dite vivante, quand elle est jointe à la charité, et morte, quand elle en est séparée ; foi vivante et foi morte ne constituent pas deux fois d'espèce différente ; elles sont une seule et même foi et ne se distinguent que par leurs effets. La foi vivante existe dans l'état de grâce et mérite en justice ou de condigno, comme disent les théologiens, une augmentation de grâce ici bas et de gloire dans le ciel, quand se trouvent remplies les conditions requises. La foi morte, au contraire, existe en dehors de l'état de grâce, n'a pas comme l'autre pour effet un mérite de condigno, mais un simple mérite de -convenance, ou de congruo ; elle est quand même un don surnaturel.
1 Gonstit. DeiFilius, cap. ni, S 3. — 2. Ibid.. can. 5.
NÉCESSITÉ DE LA GRACE POUR l'aCTE DE FOI 3oi
C'est de cette foi morte que parle le concile du Vatican. IL enseigne, tout comme le concile de Trente, qu'elle peut exister sans la grâce sanctifiante et la charité ; car elle n'est effectivement détruite que par un acte positif, volontaire, gravement coupable d'infidélité, par un péché formellement opposé à la foi. ïl enseigne encore que lés actes de cette foi morte sont des œuvres qui se rapportent au salut. L'acte de foi, en effet, même quand il n'est pas vivifié par la charité, tend vers la fin dernière : il a Dieu pour objet. S'il n'est pas encore le salut, il en est du moins le germe, la préparation, le commencement ou, comme dit le concile de Trente, le « fondement » et la « racine. » Le concile du Vatican enseigne enfin que non seulement cette foi mais encore ses actes sont produits avec le concours de la grâce ; et, en tant que vertu, elle est un don de Dieu.
Quant à l'acte de foi salutaire, il peut être fait même par celui qui n'a jamais eu ou qui a p^rdu la vertu de foi ; dans ce cas, la vertu absente est suppléée par un secours transitoire de Dieu. Mais qu'il soit produit à l'aide de la vertu de foi ou d'un s cours momentané, cet acte de foi salutaire a tjujours pour cause des grâces actuelles qui le préviennent et l'accompagnent, aspirante et adjuvante gratta, comme s'exprime le concile du Vatican, iiiconsentiendo et credendo, consentiendoet cooj>erando; grâces prévenantes d'illumination pour l'esprit, grâces adjuvantes d'inspiration pour la volonté, grâces qui par leur suavité entraînent la volonté pour lui faire commander à l'intelligence l'assentiment qui constitue proprement l'acte de foi.
5. On voit ainsi, à la lumière de l'enseignement dogmatique du concile du Vatican, les divers éléments qui entrent dans l'acte de foi. C'est un
assentiment certain et ferme de cette intelligence, ayant pour dernier motif ou pour objet formel, non pas la vérité intrinsèque des choses perçue à la lumière naturelle de la raison, mais l'autorité même de la parole de Dieu ; c'est un assentiment d'ordre intellectuel, une véritable connaissance ; c'est un assentiment qui n'est nullement provoqué par un mouvement aveugle, mais rationnellement fondé sur un des motifs certains de crédibilité, et pourtant libre, car il n'est pas et ne peut pas être l'effet nécessaire du raisonnement humain ; c'est un assentiment où la grâce de Dieu intervient pour prêter son concours nécessaire et efficace à l'intelligence et à la volonté. Par là il devient ce rationabile obsequium, dont parle saint Paul, cet obsequium rationi consentaneum, dont parle le concile du Vatican, ce plein hommage de l'esprit et de la volonté, dû par la créature à son Créateur et Seigneur, mais librement rendu par l'âme qui accepte docilement, avec la grâce de Dieu, et très raisonnablement, en pleine connaissance de cause, l'enseignement qu'il a plu à Dieu de communiquer à l'homme.
6. Et si tel est l'acte de foi, que doit donc être la vertu infuse qui permet de le faire normalement et comme sans effort ? « Elle est, dit Mgr Gay, le couronnement divin de notre intelligence ; un diadème de lumière céleste, dont la main tout aimante de Dieu ceint notre front invisible ; un supplément merveilleux à nos insuffisances mentales ; une immense extension de nos frontières spirituelles ; une énergie surhumaine ajoutée à nos énergies premières, et comme le prolongement en Dieu de notre être moral. Elle est notre proportion intellectuelle avec la vie intime de l'infini, notre participation réelle à la connaissance essentielle que
LES PROPRIÉTÉS DE LA FOI 3o3
Dieu a de lui-même, la clé des idiomes ineffables, le lieu et le moyen de nos entretiens immédiats avec la très sainte Trinité (i). »