‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 90 sur 179 · Les travaux du concile du Vatican, trad., 1873, p. it · texte numérisé non relu

Les travaux du concile du Vatican, trad., 1873, p. it

3. Examen saper constitutionem dogmaticam de jide catholica, 1872, p. 228. — 4- Logique surnaturelle objective, 1892, th. xci. — 5. ConstitiUiones dogmaticœ Conc. Vallcani explicatœ, 1892, p. 61 .

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faute formelle. Mais, objectivement parlant, et c'est là que porte la définition, il ne saurait y avoir de raison vraie qui autorise un catholique à douter de sa foi.

Au point de vue des preuves de la vraie foi et des grâces accordées pour croire, catholiques et incrédules ne sont pas dans une condition différente : preuves et grâces sont données aux uns et aux autres, aux premiers pour persévérer, aux seconds pour se convertir. Mais au point de vue de la religion qu'ils professent, leur condition n'est pas du tout la môme : au catholique incombe l'obligation de persévérer, parce qu'il ne peut avoir aucune cause juste ou objectivement vraie de douter de sa foi ; à l'incrédule incombe le devoir d'abandonner son erreur.

Le texte du troisième chapitre et le canon 6 qui y correspond ont le même sens : ils ne définissent pas que douter de sa foi, pour un catholique, soit en tout état de cause et toujours un péché mortel ; mais ils définissent qu'un catholique n'a pas le droit d'abandonner sa foi ou que l'abandon de la foi véritable est en soi une faute. Quelle faute? très certainement une faute matérielle ; mais ils ne s'expliquent pas sur la question de savoir si elle peut être quelquefois purement matérielle ou si elle est toujours formelle.

2° Reste la question suivante : Peut-on perdre la foi sans pécher ?

La perte de la foi peut s'entendre de trois manières : ou bien c'est l'acte par lequel, après avoir cru, le fidèle rejette ou met en doute un ou plusieurs dogmes révélés ; — ou bien la perte de la vertu surnaturelle de la foi ; — ou bien enfin cet état d'esprit si fréquent de nos jours, qui fait que des baptisés tombent dans une ignorance et des préjugés

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qui les mettent das l'impossibilité de croire actuellement certaines vérités révélées ou même la révélation dans son ensemble. Un fidèle peut-il sans péché matériel ou sans péché formel, rejeter ou mettre en doute une vérité de foi, perdre la vertu de foi, tomber dans un état d'ignorance et de préjugés qui le rende incapable de croire ?

Disons d'abord un mot de la perte de la foi, entendue dans le premier sens. Du moment qu'il y a obligation de croire à toutes les vérités que l'Eglise nous propose comme révélées, il y a toujours péché matériel à rejeter ou à mettre en doute un dogme de foi catholique. Le cas peut se présenter pourtant d'un fidèle qui, par une ignorance invincible, rejette ou révoque en doute un dogme de foi parce qu'il ne le croit pas révélé ; il n'y a alors qu'une faute matérielle. Cette ignorance invincible peut elle s'étendre à tous les dogmes ? Dans un milieu chrétien, cela semble impossible, et dès lors il y aurait faute formelle. Dans un milieu païen, et particulièrement pour des enfants baptisés, mais élevés parmi des infidèles, cela semble possible, et dès lors, faute de responsabilité, l'infidélité ne peut être imputée comme une faute formelle (1).

Quant à la vertu de foi, peut-on la perdre sans pécher? Cette vertu, d'après le concile de Trente (2), ne disparait que par un péché formel et gravement coupable d'infidélité. Par suite tout autre péché, même contre la foi, la laisse subsister. Cette vertu ne serait donc détruite ni chez celui qui, par une ignorance même vincible, rejetterait un ou plusieurs dogmes, ni chez celui qui s'exposerait d'un façon coupable à tomber dans l'hérésie (3).

1. De Lugo, Defide, Disp. xix, sect. 1, n. 10, sq. — 2. Sess» vi, c. xv. — 3. De Lugo, Defide, Disp. xvn, sect. 5 ; cf. Suarez, De fide, Disp. xvn, sect. 2, n. 4»

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Que penser enfin de la perte de la foi chez ceux dont les dispositions intellectuelles et morales rendent actuellement impossible l'acte de foi ? u Aujourd'hui, dit Vacant, ce cas se réalise surtout chez cette foule d'hommes, qui, après avoir cru pendant leur enfance et fait une première communion vraiment chrétienne, perdent ensuite peu à peu leurs convictions religieuses et en viennent à mettre en doute ou à nier tous les dogmes qu'ils admettaient autrefois. Beaucoup d'entre eux ne sauraient dire le moment précis où ce changement s'est opéré. Ils ont vécu dans un milieu, où leur esprit s'est rempli de préjugés contre la religion, et peu à peu ces préjugés ont remplacé les croyances de leur enfance. Quelques-uns assurent qu'ils seraient heureux de croire comme au jour de leur première communion, mais qu'ils ne le peuvent plus. Un très grand nombre disent et pensent que leur incrédulité n'est aucunement coupable. Est-ce illusion de leur part, ou bien est-il possible qu'ils aient perdu leurs anciennes convictions sans pécher (i).

Tout d'abord leur incrédulité constitue une faute matérielle. Gonstitue-t-elle une faute formelle? Sans soupçonner d'illusion ou de mensonge leurs affirmations, on peut croire qu'après avoir commis la faute de se laisser dominer par les préjugés, il en est qui arrivent à ce point où leur incrédulité, coupable dans sa cause, n'est pas un péché formel par elle-même.

Mais il en est qui prétendent qu'ils sont irresponsables même de leur transformation première, et qu'ils sont devenus incrédules sans pécher formellement. Gela paraît assez difficile à admettre. Il faut

i. La constit. Dei Filius, t. u, p. 176.

remarquer cependant, avec M. Vacant, que certains catholiques, trop peu instruits de leur religion, se trouvent, au sortir de l'enfance, jetés dans un milieu où ils sont assaillis d'objections de toutes sortes, contre lesquelles les enseignements reçus à l'Eglise ne leur fournissent pas de réponse. Si ces hommes sont coupables, et ils le sont, leur péché formel sera de s'être trop peu instruits et de n'avoir pas évité le danger.

Poussant plus loin, serait-il permis de supposer que, parmi ces fidèles ignorants, qui ont été jetés dans un milieu où leur médiocre instruction était impuissante à les préserver de l'erreur, il en est quelques-uns qui n'auraient pu s'instruire davantage, ni éviter ces objections, et qui par conséquent ont perdu les convictions religieuses de leur enfance, non seulement sans perdre la vertu de foi, mais encore sans commettre aucune faute formelle contre la foi ? Cette hypothèse n'a que trop lieu de se faire de nos jours. Et, sur ce point spécial et délicat, le concile du Vatican ne s'est pas prononcé, et la question ne paraît pas jusqu'ici avoir été résolue d'une façon indiscutable. Aussi disons-nous avec M. Vacant qu'en cette matière d'incrédulité contemporaine, il n'y a que Fœil de Dieu qui puisse scruter complètement le fond des consciences et faire la juste et entière part des responsabilités (i).

La question des rapports de l'histoire et du dogme, au sujet de la valeur historique des dogmes, n'a pas été sans soulever, ces derniers temps, de passion-

i. Vacant, La constit. Del Filius, t. n, p. 164-179.

CONCEPTION NOUVELLE DE LA FOI Sl'J

nantes controverses. D'un côté, se dessine une théorie nouvelle de la foi ; de l'autre, on se refuse à Faccepter. En quoi consiste-t-elle ? Quels sont ses caractères ? Quelle en est la clef ?

1. L'analyse de cette théorie nouvelle et Fattribu-. tion qui en rend solidaire l'école de l'immanence sont le fait d'un correspondant anonyme du Bulletin de littérature ecclésiastique (i). Ce correspondant, fort sympathique, du reste, aux idées nouvelles, a découvert et formulé l'idée maîtresse qui forme la base, parfois latente, il est vrai, mais très réelle d'un grand nombre de théories modernes de la révélation. Il a observé d'un regard pénétrant que tous les penseurs, dont il comparait les doctrines, M. Loisy, M. de Hugel, M. Blondel, M. Laberthonnière, le P. Tyrrel, s'accordent à modifier la notion traditionnelle de la foi. « Tandis que la théologie classique, dit-il, considère la foi comme une adhésion de l'esprit à une vérité spéculative énoncée dans une formule abstraite, ou à un fait connu par voie 'de témoignage, vérité ou fait dont l'autorité de Dieu même est le garant, on trouve, sinon explicitement exprimée, du moins supposée, chez M. Loisy, comme chez M. Blondel, M. Laberthonnière, et le P. Tyrrel, une conception de la foi, qui met l'accent sur son élément moral plutôt que sur son élément intellectuel, et marque plus fortement la différence entre Facte de foi et la connaissance scientifique (2). »

2. Or, dans cette notion nouvelle, il signale deux caractères. D'abord l'élément moral domine Félé-

1. La valeur historique du dogme, dans le Bulletin de litt. ecct., 1904, p. 338-357. Contre cet article ont protesté M. Blondel et M. Laberthonnière. Le critique du Bulletin a répondu dans le Bulletin de igo5, p. i3i-i38. Avec son autorisation, nous ne faisons que résumer sa réponse, en employant autant que possible ses propres expressions. — 2. Bulletin, 1904, p. 343.

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ment intellectuel. « L'acte de foi implique avant tout une altitude morale, et c'est ainsi la volonté, non l'intelligence, qui y a la part principale (i). » Puis, le rôle de l'intelligence, déjà si restreint, mais non anéanti, est conçu comme une perception, une sorte d'intuition des réalités divines dans les phénomènes de ce monde, et spécialement dans les faits religieux. « On a reconnu que les faits sont la base de la foi, que la foi n'est autre chose que la perception dans leur réalité sensible de la présence et de l'action de Dieu (2). » « Si les faits, dans leur réalité matérielle, ne sont pas objets de foi, ils servent de base à la foi, en tant qu'ils sont révélateurs des réalités divines. Dieu parle à l'âme religieuse par les faits, qui manifestent son action dans l'histoire, non moins que par l'enseignement direct. Les faits de l'histoire religieuse par leur contenu suprasensible, constituent donc une part de ce qu'on pourrait appeler la révélation objective. Mise en face de ces faits, l'âme religieuse, éclairée par Faction intérieure de l'esprit de Dieu, saisit à travers eux, par une sorte d'intuition, la réalité surnaturelle dont ils sont l'expression, tout comme la raison saisit son objet, l'universel, dans le particulier ; et cette réaction du sens religieux, sous l'action extérieure des faits, est cela même qui constitue l'acte de foi (3). ))

3. Enfin il donne la clef de cette théorie de la foi, en attirant l'attention sur le principe fondamental supposé par les diverses écoles modernes. Dans tout événement de ce monde, et spécialement dans la vie de l'humanité, il faut distinguer un double côté des choses : d'abord l'aspect phénoménal, sensible, extérieur, qui constitue le domaine exclusif

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