‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 93 sur 179 · La Volonté et l'Intelligence dans l'acte de · texte numérisé non relu

La Volonté et l'Intelligence dans l'acte de

foi. — « Un objet révélé se présente à notre intelligence de la part de Dieu, souvent même de la part de l'Eglise qui le définit, l'interprète ou l'enseigne. Qu'il soit essentiellement mystérieux, ou qu'il soit naturellement connaissable avant que d'être affirmé par Dieu, nous disons qu'il ne saurait nécessiter, comme les vérités intuitivement ou démonstrativement évidentes, l'assentiment de notre esprit. Non, certes, qu'il ne soit pas évidemment croyable, que l'autorité divine dont il est revêtu ne soit évidemment démontrée, que le devoir d'y adhérer ne nous soit évidemment imposé. Bien au contraire, nous admettons que les preuves de la crédibilité, le motif de la croyance, l'obligation de la foi, sont tels dans le christianisme que, sous peine de révoquer témérairement en doute les bases mêmes de la certitude humaine, notre raison doit croire tout objet divinement affirmé. Mais ce qu'elle doit faire, elle n'est pas toujours nécessitée à le faire ; et comme nos autres facultés, elle n'est fatalement entraînée que vers son objet propre. Or, l'objet propre de l'intelligence humaine ici-bas est la vérité évidente, soit que son évidence apparaisse d'elle-même et que nous la percevions par intuition directe, soit qu'elle apparaisse à l'aide d'autres évidences et que nous ayons besoin de démonstration pour la discerner. Que l'intelligence dispose ou non de grâces surnaturelles dans ses rapports avec l'objet à connaître, son fonctionnement reste essentiellement le même : elle est invinciblement attirée par lui s'il est évident ; elle ne l'est pas s'il est seulement certain sans évidence. L'objet révélé n'étant jamais évident comme tel, il ne saurait jamais nécessiter l'adhésion intellectuelle qu'il sollicite et à laquelle il a d'ailleurs un droit incontestable. » Didiot, Vertus théologales, Paris, 1897, n. 217, p. 162.

Leçon IXe De la Foi et de la Raison

I. Deux ordres de connaissance, — Les Myster es de la foi. — IL Rôle de la raison dans la connaissance des mystères de la foi. — III. Ni opposition ni désaccord entre la foi et la raison. — IV. La foi et la raison se prêtent une aide mutuelle.

Sur cette question si importante et si débattue au siècle dernier, relative aux rapports qui doivent exister entre la foi et la raison, entre la science et la révélation, le concile du Vatican, dans le chapitre ive de la Constitution Dei Filius, a donné une solution remarquable par sa précision et sa clarté. Aussi est-ce à ce chapitre et aux canons qui le suivent que nous emprunterons les éléments de cette leçon, en prenant pour guide celui qui les a si bien mis en relief (i).

» i. BIBLIOGRAPHIE : A. Vacant, La Constitution Dei Filius, Paris, 1895, t. 11, p. 181-281 ; Monsabré, Introduction audoyme catholique, Paris, 1866, t. 1, p. 16-71 ; tous les traités De fide des théologies postérieures au concile du Vatican ; dans la collection Science et Religion, on peut lire avec intérêt et avec fruit Du doute à la foi, de P. Tournebize ; V altitude du catholique devant la science, de Fonsegrive; surtout Les relations entre la foi et la raison, et Les conditions modernes de V accord entre la Jot et la raison, de M. de Broglie.

Dans le premier paragraphe, le concile, d'accord avec la doctrine constante de l'Eglise, affirme l'existence, pour l'homme, de deux ordres de connaissance, l'un naturel, l'autre surnaturel, et il indique les mystères de la foi comme l'objet spécial de la révélation divine.

Dans le second, il expose ce qui revient à la raison et ce qui n'est point de son ressort, dans l'étude de la vérité surnaturelle.

Dans le troisième, il déclare qu'entre la raison et la foi, entre la science et la révélation, il ne saurait jamais exister aucune opposition ni désaccord ; d'où il résulte que toute assertion, certainement contraire à une vérité révélée, doit être regardée comme n'étant pas une conclusion légitime de la science, et qu'elle peut à bon droit être réprouvée par l'Eglise.

Dans le quatrième enfin, il enseigne que non seulement la raison et la foi ne s'opposent pas l'une à l'autre, mais qu'elles s'entr' aident mutuellement, et, tout en revendiquant une juste liberté pour la science, il met en garde contre ses abus et ses excès.

Le mystère,

objet spécial de la révélation

Le chapitre iv* de la Constitution Dei Filius débute l ainsi : « L'Eglise catholique s'est toujours accordée < à admettre qu'il y a deux ordres de connaissance distincts, non seulement par leur principe, mais encore par leur objet : par leur principe, parce que nous connaissons dans l'un, au moyen de la raison

naturelle, dans l'autre au moyen de la foi divine ; par leur ohjet, parce que, outre les vérités auxquelles la raison naturelle peut atteindre, l'Eglise propose à notre foi des mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus que par la révélation divine. C'est pourquoi l'apôtre, qui rend témoignage à la connaissance que les nations ont eue de Dieu, au moyen des choses créées, dit néanmoins en parlant de la grâce ct.de la vérité données par Jésus-Christ : « Nous prêchons la sagesse de Dieu renfermée dans son mystère, cette sagesse cachée, que Dieu a prédestinée avant tous les siècles pour notre gloire, qu'aucun des princes de ce siècle n'a connue ; mais pour nous, Dieu nous l'a révélée par son Esprit ; car cet Esprit pénètre tout jusqu'aux secrets les plus profonds de Dieu. » Et le Fils unique lui-même rend gloire à son Père de ce qu'il a caché ces choses aux sages et aux prudents et le* a révélées aux petits. »

Canon i : « Anathème à qui dirait que la révélation divine ne renferme à proprement parler aucun mystère véritable, mais qu'une raison convenablement cultivée peut par ses principes naturels comprendre et démontrer tous les dogmes de la foi. »

Nous ne nous arrêterons pas sur la distinction des deux ordres de connaissance, mais nous insisterons sur l'objet spécial de la révélation, à savoir les mystères, dont l'existence est affirmée et définie ; nous répondrons à ces trois questions : Quelle est la nature des mystères de la foi? En existe-t-il? Quels sont-ils ?

i . Nature des mystères de la foi. — La nature des mystères d« la foi ressort clairement soit de la lettre de Pie IX à l'archevêque de Munich, du ii décembre 1862, portant condamnation des

erreurs de Frohschammer (i), soit du premier paragraphe du chapitre ive de la Constitution Dei Filius, transcrit plus haut.

Trois propriétés caractérisent les mystères de la foi : ce sont des vérités cachées en Dieu ; elles ne peuvent être connues que si Dieu les révèle ; les fidèles ne peuvent en avoir une claire connaissance que dans la vision intuitive.

Ce sont d'abord des vérités cachées en Dieu. Dieu dépasse toute créature intelligente ; il a une science infinie qu'aucune créature créée ou créable ne saurait embrasser dans sa totalité ; il possède donc des secrets absolument impénétrables, des vérités surnaturelles en elles-mêmes, et c'est à ces secrets qu'appartiennent les mystères de la foi : ils sont donc cachés en Dieu, au-dessus de toute nature créée, dépassant la portée de la raison humaine et de l'intelligence angélique, inaccessibles par conséquent à toute raison naturelle, à tout principe naturel.

Pour être connus, iljaul donc que Dieu les révèle. Dieu peut les montrer, les faire voir, comme il les voit lui-même, mais ce mode de connaissance appartient à la vision intuitive ; il peut aussi nous les révéler ici-bas, en entourant son témoignage des preuves les plus authentiques et les plus irrécusables. Ces mystères de la foi diffèrent essentiellement de ce qu'on appelle les mystères de la nature. Ceux-ci sont des vérités dont la raison ne s'explique ni le pourquoi ni le comment, mais dont elle constate ou prouve l'existence ; ceux-là, au contraire, échappent complètement aux prises de notre raison, non seulement dans leur nature intime, mais même dans

i. Denzinger, n. i5a4-i5a8.

leur existence : nous ne connaissons cette existence que si Dieu veut bien nous en faire part.

Enfin ces mystères de la foi sont tels que, même lorsque leur existence nous est révélée, l'intelligence et la connaissance parfaite de leur nature nous sont refusées ici-bas. Ils restent pour nous, comme ledit Pie IX, « couverts du voile sacré de la foi elle-même et enveloppés d'une ombre obscure. » et, comme le dit le concile du Vatican, « la raison n'est jamais rendue capable de les pénétrer comme les vérités qui constituent son objet propre. »

Les mystères de la foi sont donc des vérités, dont Dieu seul possède une connaissance naturelle et adéquate, qui ne peuvent nous être connus que par une révélation divine, et que nous ne saurions comprendre ni démontrer par des principes d'ordre naturel, même après que Dieu nous les a révélés.

2. Existence des mystères de la foi. En frappant d'anathème quiconque dirait que la révélation divine ne renferme à proprement parler aucun mystère véritable, le concile du Vatican a défini qu'il existe des mystères dans la religion chrétienne. C'est donc un dogme de foi ; constatation officielle d'un point de doctrine toujours enseigné par l'Eglise et basé sur l'Ecriture et la tradition, ainsi que le faisait déjà remarquer Pie IX dans sa lettre à l'archevêque de Munich. Pie IX empruntait ses preuves scripturaires à l'épître aux Colossiens, aux Hébreux, au quatrième Evangile et à la première épître aux Corinthiens. C'est ce dernier texte que reproduit le concile en y ajoutant un passage de saint Matthieu.

L'apôtre saint Paul, en parlant de ce que l'œil n'a pas vu, ni l'oreille entendu, ni le cœur de l'homme conçu, n'en faisait pas une explication

exclusive au bonheur céleste, il l'entendait aussi des vérités qu'il prêchait et qui sont l'objet de la foi. Or ces vérités sont des mystères proprement dits, ainsi que cela ressort clairement de son langage. Il prêche la sagesse, dit-il, non la sagesse du siècle, mais la sagesse même de Dieu, et, bien qu'il s'adresse aux parfaits, il la dit mystérieuse et cachée par sa nature ; aucun prince de ce siècle ne l'a connue, mais c'est Dieu lui-même qui l'a révélée aux apôtres par son Esprit, lequel pénètre tout, même les profondeurs de Dieu (i). De môme dans le texte évangélique, ce que Jésus entend par les choses que Dieu a cachées aux sages et aux prudents et qu'il a révélées aux petits (2), ce sont bien des mystères connus seulement des personnes divines et de ceux à qui Dieu veut les révéler, puisqu'il ajoute : « Toutes choses m'ont été données par mon Père ; personne ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils a voulu le révéler (3). » Cet enseignement scripturaire n'ayant jamais été révoqué en doute même par les hérétiques qui attaquèrent les dogmes de la Trinité et de l'Incarnation, les Pères de l'Eglise se contentèrent de signaler en passant les passages de l'Ecriture relatifs au caractère mystérieux des vérités révélées (4). Mais ce caractère frappa surtout les scolastiques ; nul ne l'a mieux fait ressortir que Saint Thomas (5). Pour-

1. I Cor. 11, 7-9. — 2. Matth., xi, a5. — 3. Matlh. xi, 27. — 4. S. Ambroise, De fide ad Grat., 1, 10 ; Pair. lat.s t. xvi, col. 54i-543 ; S. Jérôme, In Galat., ni, 2 ; Pair, lat., t. xxvi, col. 374-375 ; S. Léon le Grand, De nat. Dom., serm. ix ; Pair, lai. y t. liv, col. 160; S. Chrysostome, In I Cor., homil. vu; Pair, gr., t. lxi ; S. Cyrille d'Alexandrie, In Joan., 1, 9 ; Pair, gr., t. lxxiii, col. i2 4-i34 ; S. Jean Damascène, In I Cor., n ; Pair* gr., t. xcv, col. 582-590. — - 5. Cont.gent., iv, proœmium.

tant quelques partisans de Raymond Lulle le méconnurent et s'attirèrent les rigueurs de l'Eglise, une première fois sous Alexandre IV, en 1260, une seconde fois sous Grégoire XI, en 1376. Ce dernier pape condamna notamment ces deux propositions : « Tous les articles de foi, les sacrements de l'Eglise et le pouvoir du pape peuvent être prouvés et sont prouvés par des raisons nécessaires, démonstratives, évidentes (Prop. 96). » « La foi est nécessaire aux gens rustiques, ignorants, mercenaires, de basse intelligence, qui ne savent point connaître par la raison et aiment à connaître par la foi ; mais un homme subtil est plus facilement attiré à la vie chrétienne par la raison que par la foi (Prop. 97) (1). Au dernier siècle, quelques prêtres allemands, professeurs dans les universités, Hermès, Gunther, Frohschammer, entre autres, reprirent la thèse du prétendu pouvoir qu'a la raison de démontrer les dogmes, une fois qu'ils sont révélés. Ils furent condamnés à leur tour. Pie IX, notamment, écrivait à ce sujet : « Jamais la raison ne peut arriver par les principes naturels à la science de ces dogmes (les mystères). Que ceux qui ont la témérité de soutenir le contraire, sachent qu'ils abandonnent certainement, non pas l'opinion de certains docteurs, mais la doctrine commune et constante de l'Earlise. Les saintes Lettres et la tradition des saints Pères témoignent, en effet, que si l'existence de Dieu et plusieurs autres vérités sont connues à la lumière naturelle de la raison, par ceux mêmes qui n'ont pas encore reçu la foi, Dieu seul a manifesté ces dogmes plus cachés (2). » Et il stigmatise, comme étranger à l'enseignement catholique, le sentiment contenu dans cette proposition, devenue

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