Denzinger, n. 474. 470. — 2. Denzinger, n
la neuvième du Syllabus : « Tous les dogmes de la religion chrétienne sans distinction sont l'objet de la science naturelle ou philosophie ; et avec une culture purement historique, la raison humaine peut, d'après ses principes et ses forces naturelles, parvenir à une vraie connaissance de tous les dogmes, même des plus cachés, pourvu que ces dogmes aient été proposés à la raison comme objet (1). »
Aussi le concile du Vatican, en définissant comme une vérité de foi catholique l'existence des mystères dans la révélation, n'a fait que proclamer une vérité clairement contenue dans l'Ecriture, constamment crue dans l'Eglise et plusieurs fois formulée par les Souverains Pontifes.
3. Quels sont, parmi les dogmes de la foi, ceux qui ont le caractère de mystère ? — Tous ceux qui n'appartiennent pas en même temps à l'ordre naturel, car il est des vérités révélées qui sont accessibles à la raison ; par conséquent tous ceux qui regardent l'élévation de l'homme à l'état surnaturel, son commerce surnaturel avec Dieu, sa fin surnaturellle et les moyens d'y parvenir ; et cela pour deux raisons : d'abord parce que ce sont des vérités qui ont les trois propriétés qui caractérisent les mystères de la foi ; ensuite parce que l'ordre surnaturel a été librement établi par Dieu. Or, ce qui dépend de la libre détermination de Dieu ne saurait être connu des créatures qu'autant que Dieu leur en fait part. Telle est l'élévation de l'homme à l'ordre surnaturel, et telles sont les vérités qui se rapportent à la fin surnaturelle de l'homme et aux moyens surnaturels d'y parvenir.
i. Denzinger, n. i556.
i LE CATÉCHISME. — T. I. 23
Ces moyens sont la vie surnaturelle elle-même et tout ce qui sert à la produire, à l'entretenir, à la développer. Il est clair que la vie surnaturelle échappe à nos investigations, même quand elle est en nous ; le caractère surnaturel de ses opérations nous échappe de même. Nous n'avons conscience en effet, ni de notre élévation à l'ordre surnaturel, ni de notre état de grâce, ni de ce qu'a de surnaturel notre acte de foi. Sont donc à ranger parmi les mystères l'Incarnation, qui est la source de l'ordre surnaturel, la Rédemption, qui en est l'application. Tout cela dépend de la volonté libre de Dieu. En est-il de même de ce qui constitue nécessairement l'essence divine, et, par exemple, la Trinité ? Est-ce un mystère ? Ni Pie IX ni le concile du Vatican ne citent la Trinité parmi les mystères ; c'était inutile, car d'autres documents la regardent comme un mystère et comme plus le grand des mystères, absolument ineffable et incompréhensible. Le Saint Office condamnait en 1887, avec l'approbation de Léon XIII, une proposition de Rosmini qui déniait à la Trinité le caractère de mystère de la foi ; c'est le mystère des mystères ; tous les autres le supposent et rien, dans l'ordre créé, ne saurait le manifester.
IL Rôle de la raison dans la connaissance des mystères de la foi
Le rôle de la raison vis-à-vis des mystères chrétiens, ne se réduit pas à l'étude des motifs de crédibilité, à l'examen du fait de la révélation, à tout ce qui sert de préparation à l'acte de foi et à la production de l'acte de foi lui-même, il est beaucoup plus étendu ; car, sans les pénétrer à fond, elle peut
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en acquérir une « certaine intelligence. » Le concile du Vatican signale, en effet, les conditions dans lesquelles elle peut agir, les qualités qu'elle doit apporter dans son étude, les procédés qu'elle doit employer, les résultats qu'elle peut obtenir et aussi les limites qu'elle ne saurait franchir.
a Lorsque la raison, éclairée par la foi, cherche avec soin, piété et modération, elle acquiert, il est vrai, par le don de Dieu, quelque intelligence très fructueuse des mystères, tant par l'analogie des choses qu'elle connaît naturellement, que par la liaison des mystères entre eux et avec la fin dernière de l'homme ; cependant jamais elle n'est rendue capable de les pénétrer comme les vérités qui constituent son objet propre. En effet, par leur nature, les mystères divins dépassent tellement l'entendement créé qu'après avoir été communiqués par la révélation et reçus par la foi, ils restent néanmoins couverts du voile de la foi elle-même et enveloppés comme d'une sorte de nuage, tant que nous restons éloignés de Dieu par cette vie mortelle ; car nous marchons dans le chemin de la foi et non dans celui de la vision (i). »
i. La raison éclairée par la foi, doit observer quelques règles dans ses recherches : elle doit agir, dit le concile, avec soin, piété et discrétion. C'est avec soin et attention tout d'abord, qu'elle doit étudier l'Ecriture et la tradition, c'est-à-dire les documents où sont contenus les mystères révélés, pour se rendre compte autant que possible de la manière dont ils sont révélés, sous quelles images ils sont présentés etquelles analogies ils suggèrent. G'estensuite avec piété, c'est-à-dire sous l'influence d'une inspiration vraiment religieuse et avec un respect
i. Const, Dei FUius, c. iv, S a.
profond pour l'enseignement divin, sous lequel se cachent des vérités, dont nous n'apercevons ici bas que le dehors, et" nullement avec la suffisance du rationalisme qui se flatte, à l'aide de la seule raison, d'en avoir le dernier mot. La piété ne pousse pas aussi loin ses prétentions et se garde d'aussi chimériques espoirs. Et c'est enfin avec réserve ou discrétion, c'est-à-dire en s'en tenant aux seules données de la révélation, sans essayer de leur appliquer des vues ou des théories étrangères sinon contraires à renseignement traditionnel. Ces conditions requises étant remplies, la raison peut découvrir des analogies entre les mystères et les vérités naturelles, étudier les rapports qu'ils ont soit entre eux, soit avec la fin surnaturelle de l'homme, et cela constitue un vaste champ d'opération pour elle.
2. Analogies des mystères avec les vérités naturelles. Dieu, en parlant à l'homme, a dû nécessairement, pour se faire comprendre, se mettre à la portée de son intelligence. Et puisqu'il lui a plu de réserver pour la vision intuitive la claire notion de ses mystères, il n'a pu nous en donner quelque notion qu'en les rapprochant, qu'en les comparant avec ce que notre raison connaît par elle-même, c'est-à-dire par des analogies. En effet, entre les mystères et les vérités naturelles il n'y a point d'identité, ni par suite de ressemblance parfaite ; mais il peut y avoir et il y a des rapprochements, des comparaisons, tirés soit du rapport que ces mystères et ces vérités naturelles ont avec un même objet, soit de l'effet qu'ils produisent, c'est-à-dire des analogies.
Dieu nous proposant donc la notion de ses mystères à l'aide de l'analogie qu'ils ont avec les choses naturelles, plus les analogies seront nombreuses et
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plus la notion des mystères nous sera facile, plus au contraire elles seront rares et plus la notion des mystères nous sera difficile. C'est ainsi que les vertus surnaturelles, à cause de leurs multiples rapports d'analogie qu'elles ont avec nos vertus naturelles, sont facilement accessibles à notre intelligence. La vie surnaturelle, au contraire, offre moins d'analogies ou des analogies moins saisissantes avec la vie naturelle ; il en est de même entre l'efficacité surnaturelle des sacrements et les effets physiques de la matière qu'ils emploient ; et dès lors moins grande est notre facilité à les connaître. Quant à l'Incarnation et surtout à la Trinité, les points de comparaison que la nature fournit sont plus restreints encore, moins clairs, plus difficiles à saisir.
Mais que ces analogies, indiquées par Dieu dans sa révélation soient rares ou nombreuses, saisissantes ou peu aisées à saisir, elles permettent toujours d'avoir une notion suffisante des mystères révélés. Or il appartient à la raison de les scruter, de les approfondir, de les rapprocher, de les combiner pour leur demander le plus de lumière possible, car elles offrent un solide point d'appui et des données authentiques. Il lui appartient aussi de relever celles que les Pères de l'Eglise, les conciles et les papes ont signalées dans la suite des âges, car elles entrent dans la trame vivante de la tradition. Il lui appartient enfin d'y joindre celles qu'elle pourrait découvrir elle-même dans l'étude comparative du dogme et de la nature, à la condition bien entendu qu'elles cadrent avec l'enseignement officiel de l'Eglise. Et c'est ainsi que la raison arrive à se faire des mystères révélés une notion de moins en moins imparfaite, de plus en plus claire et précise.
C'est, du reste, ce qu'ont fait tous les docteurs»
saint Augustin et saint Thomas en tête. Platon et Aristote leur ont servi, comme on sait, non certes pour substituer les données rationnelles aux mystères révélés1, ni pour démontrer les mystères au moyen de principes rationnels, mais pour mettre en plein relief ce que certaines vérités de l'ordre naturel, que renferme leur philosophie, ont d'analogie avec les mystères de la foi. La psychologie des néoplatoniciens, note M. Vacant, a fourni à saint Augustin des images de la Trinité ; l'éthique d' Aristote a fourni à saint Thomas une partie des cadres de la seconde partie de sa Somme, où il étudie les principes de la morale chrétienne et les diverses vertus surnaturelles.
3. Intelligence des mystères par leurs rapports mutuels. C'est encore un vaste champ d'action qu'offre à notre raison l'examen des rapports qui enchaînent les uns aux autres, dans un tout harmonique, les mystères de la foi.
On ne saurait douter, en effet, qu'il y ait moins d'ordre et d'unité dans les mystères de la foi que dans le monde de la nature, où notre raison découvre un plan si harmonieusement établi. Cet ordre et cette unité du monde surnaturel, Dieu, sans les dévoiler à nos yeux autant qu'il les connaît luimême, nous les laisse suffisamment entrevoir pour que nous y découvrions un lien logique : le péché ; ses suites ; sa réparation ; application des effets de la Rédemption à chacun de nous ; moyens d'arriver au salut ; rôle du Verbe fait chair et du Saint- Esprit, etc. Ce lien logique permet à notre raison de pousser plus avant ses connaissances et de s'assimiler dans la mesure du possible la révélation. Assurément, Dieu ne nous a pas proposé ses vérités sous la forme d'un catalogue abstrait ou comme