ROLE DE LA RAISON VIS-A-VIS DES MYSTÈRES
une table de matières ; des philosophes seuls auraient pu s'en contenter, c'est-à-dire le petit nombre. La grande masse réclamait un autre mode d'enseignement. Et c'est pourquoi Dieu leur a donné une forme concrète et vivante, en les mêlant d'ordinaire à des récits historiques ou à des leçons de morale.
Il en est un peu de la vérité révélée comme des lois naturelles ; celles-ci, notre raison les découvre peu à peu sous la variété des phénomènes qui s'enchevêtrent dans le règne minéral, végétal et animal, dans le domaine de la conscience et dans l'activité sociale, elle les dégage et les formule. Les vérités révélées se trouvent dans les pages de la Bible et les documents de la tradition ; depuis la mort des apôtres, toutes sont promulguées. Le dépôt en est confié à l'Eglise. Mais, pour la plupart, il reste à les découvrir, à les dégager, à les formuler ; et c'est à quoi travaille la raison, à la lueur de la foi, sous la direction de l'Eglise et avec l'assistance du Saint- Esprit. Elle a beaucoup fait jusqu'ici ; il lui reste toujours à faire, car la révélation n'a pas encore livré tous les secrets qu'elle renferme. Plus les travaux s'accumulent, plus aussi s'affirment et se précisent explicitement les vérités révélées dans des formules dogmatiques.
D'autre part, la foi désire et cherche toujours à mieux connaître ce qu'elle croit, à posséder une intelligence plus parfaite des mystères par l'étude de leurs rapports et de leur enchaînement logique. Ici encore la raison prête son concours. Elle n'a pas encore fini de classer les données surnaturelles, de déterminer les principes surnaturels qui s'appliquent à chaque espèce de vérité révélée, de déduire les conséquences qui découlent de ces principes. Et pourtant quelle œuvre considérable déjà réalisée ! Et n'est-ce pas à cette œuvre que nous devons cette
u certaine intelligence, » encore imparfaite assurément, mais du moins « très fructueuse des mystères, tant par l'analogie des choses que la raison connaît naturellement, que par la liaison des mystères entre eux, » comme s'exprime le concile du Vatican ?
4. Intelligence des mystères par leurs rapports avec la fin de l'homme. Autre source de connaissances pour la raison que l'étude des mystères dans leurs rapports avec la fin de l'homme.
Tous les mystères en effet, se rapportent à la fin de l'homme, et c'est en vue de cette fin que Dieu les a révélés ; car ils ont pour objet soit cette fin surnaturelle, soit les moyens de l'atteindre, soit les obstacles à écarter. Leur étude ne peut donc que contribuer à nous faire mieux comprendre l'ensemble et l'enchaînement des vérités révélées ; et c'est par là que cette étude est vraiment salutaire et constitue la science du salut. D'autant plus que, dans ces rapports des mystères avec notre fin surnaturelle, se découvrent des analogies plus nombreuses, plus justes, plus saisissantes. Dieu, en effet, n'a pas détruit notre nature, il l'a élevée et a élevé ses facultés : nature et facultés naturelles servent de point d'appui où se greffent la vie et les vertus surnaturelles. La grâce se superposant ainsi à la nature sans la détruire, la fin et les moyens de l'ordre naturel présentent beaucoup d'analogies avec la fin et les moyens de l'ordre surnaturel. Et c'est ainsi, dit M. Vacant, qu'avec les réserves de droit, on applique légitimement à la foi surnaturelle ce qu'une saine philosophie enseigne de la fin dernière; à la grâce sanctifiante et aux vertus surnaturelles, ce qu'elle établit de notre vie, de nos facultés et vertus naturelles ; à la grâce actuelle, ce qu'elle démontre du concours divin ; à la manière dont