ROLE DE LA RAISON VIS-A-VIS DES MYSTERES
les sacrements produisent et entretiennent la grâce en notre âme, la manière dont la vie ordinaire est communiquée, fortifiée et entretenue. La lumière divine de la foi est rapprochée de la lumière physique du soleil et de la lumière intellectuelle de la raison ; l'Eglise, société parfaite, est comparée à la société civile. Adam et Jésus-Christ représentent l'humanité devant Dieu ; le premier, par sa faute, l'a réduite en esclavage ; le second, par la rédemption, l'a délivrée et lui a rendu ses droits. Combien d'autres rapprochements encore ne pourrait-on pas faire ? Ceux-ci, à peine indiqués, suffisent du moins à prouver combien vaste est le champ d'action de la raison dans les mystères de la foi.
5. Limites de la raison dans la connaissance des mystères de la foi. Sans révélation, nous venons de le voir, la raison ne saurait soupçonner les mystères de la foi ; après la révélation, elle peut en acquérir « une intelligence très fructueuses ; » mais, ajoute le concile, «jamais elle n'est rendue capable de les pénétrer comme les vérités qui constituent son objet propre. »
Frohschammer prétendait que la raison, par ses propres forces, peut acquérir de tous les mystères révélés sans exception une certitude naturelle et scientifique. D'autres semi-rationalistes accordaient que les mystères qui dépendent de la libre détermination de Dieu sont indémontrables, mais ils soutenaient que ceux qui sont fondés sur l'essence nécessaire des choses, comme la Trinité, sont démontrables.
Pie IX, en condamnant Frohschammer, lui reprochait de ranger les mystères révélés dans le domaine de la science et de la philosophie, d'accor-
der à la raison vis-à-vis d'eux le pouvoir naturel de Les connaître avec certitude sans s'appuyer sur l'autorité de Dieu qui les révèle. Et le concile du Vatican a défini qu'il y a des dogmes de foi que la raison la mieux développée ne saurait comprendre ni démontrer par elle seule. Cette impuissance de ta raison, il la tire de la nature même de ces mystères et cite en témoignage un passage de saint Paul : a En effet, dit-il, par leur nature, les divins mystères dépassent tellement l'entendement créé, qu'après avoir été communiqués par la révélation et reçus par la foi, ils restent néanmoins couverts du voile de la foi elle-même et enveloppés comme d'une sorte de nuage, tant que nous restons éloignés de Dieu par cette vie mortelle ; car nous marchons dans le chemin de la foi et non dans celui de la vision. »
La nature des mystères limite la puissance de la raison. On comprend qu'il en soit ainsi pour les mystères qui dépendent de la libre volonté de Dieu ; car, en dehors de leur révélation, on n'en soupçonnerait pas l'existence et rien de créé ne saurait les manifester. En est-il de même vis-à-vis des mystères fondés sur une nécessité absolue, comme la Trinité? Une fois révélée, la raison n'est-elle pas à même d'en saisir la nécessité logique ? Nullement, car aucune créature n'en peut saisir la nécessité ni le rapport logique avec aucun principe naturellement connu. Et lorsque saint Paul dit : « Nous marchons dans le chemin de la foi, et non dans celui de la vision (i), » il oppose la connaissance que nous avons de ces mystères ici-bas à celle que nous aurons dans le ciel; ici-bas, c'est une connaissance de foi, motivée par le témoignage de Dieu : au ciel,
i. II Cor., v, 7.
ce sera la vision du face à face ; la foi disparaîtra, et chacun, selon ses mérites, verra la volonté de Dieu avec les mystères qui en dépendent, et l'intelligence divine avec les mystères fondés sur une nécessité absolue ; il les verra, non par les seules forces de sa raison, mais parla lumière de gloire que Dieu lui donnera ; sa connaissance sera alors, non une connaissance de raison ni une connaissance de foi, mais une connaissance de vision intellectuelle surnaturelle.