AÉ DE LA VIERGE MARIE
qui était à la fois Dieu et homme, tirait son origine du roi David.
« Mais si la conception du Sauveur a été tout à fait surnaturelle, sa naissance n'est pas moins divine. Et ce qui surpasse toute admiration, ce qui est au-dessus de toute pensée et de toute parole, c'est qu'il est né du sein de sa mère sans blesser sa virginité De même qu'il sortit dans la suite de son tombeau, sans rompre le sceau qui le tenait fermé ; de même qu'il entra, les portes closes, dans l'endroit où se tenaient les disciples ; et pour prendre des exemples dans les choses de la nature que nous constatons chaque jour, de même que les rayons du soleil pénètrent la substance solide du verre sans la briser ni l'endommager, de même, mais d'une manière infiniment plus incompréhensible, Jésus-Christ sortit du sein de sa mère, sans nuire en rien à sa virginité. C'est donc avec la plus grande vérité que nous honorons en elle une virginité perpétuelle et une intégrité parfaite. Dans la conception et l'enfantement de son fils, elle a reçu du Saint-Esprit la grâce qui lui a conféré la fécondité et qui lui a conservé toujours la virginité (i). »
2. Le nouvel Adam et la nouvelle Eve. — « L'Apôtre appelle souvent Jésus-Christ le nouvel Adam, en le comparant au premier. De même, en effet que tous les hommes sont morts, dans celui-ci, de même tous sont rappelés à la vie par celui-là ; de même que, selon la nature, le premier a été père de tout le genre humain, de même le Christ est l'auteur de la grâce et de la gloire. Pareillement, nous pouvons comparer la Vierge mère à Eve, et montrer les rapports qui existent entre la première Eve et Marie, l'Eve nouvelle. Eve, en ajoutant foi aux paroles du serpent, attira sur le genre humain la malédiction et la mort ; Marie, parla foi qu'elle ajouta aux paroles de l'ange, obtint pour les hommes de la bonté de Dieu, la bénédiction et la vie. A cause d'Eve, nous naissons enfants de colère ; par Marie, nous avons reçu
1. Nous aurons à revenir sur tous ces privilèges de la Sainte Vierge dans la dernière partie de cet ouvrage, quand il sera question des fêtes.
Jésus-Christ, qui nous fait renaître enfants de la grâce. A Eve il a été dit : « Tu enfanteras dans la douleur (i) ; » Marie, affranchie de cette loi, enfante Jésus, fils de Dieu, sans douleur et sans porter atteinte à sa pudeur virginale. »
3. Figures de la conception et de la nativité du Christ. — - « 11 appartenait à la Providence divine de figurer d'avance, par des oracles et des prophéties, ces merveilles si grandes et si admirables de cette conception et de cette naissance. Aussi les saints Docteurs ont-ils appliqué à ce mystère plusieurs passages de l'Ecriture, notamment cette porte du sanctuaire qu'Ezéchiel vit fermée ; cette pierre détachée de la montagne sous la main des hommes, dont Daniel dit qu'elle devint une grande montagne, qui couvrit toute la terre ; cette verge d'Aaron qui fleurit seule de toutes les verges des chefs d'Israël; et ce buisson, que Moïse vit brûler sans se consumer. »
4. Conseils à donner aux fidèles. — * Quant à la naissance même du Sauveur, elle est décrite tout au long dans l'Evangéliste, où les pasteurs pourront en lire l'histoire, sans qu'il soit nécessaire d'y insister davantage. Mais ils prendront soin d'inculquer fortement dans l'esprit des fidèles la connaissance de ces mystères, qui ont été écrits pour notre instruction, afin que, d'une part, en se rappelant un si grand bienfait, ils en témoignent leur reconnaissance à Dieu qui en est l'auteur, et que, de l'autre, ils aient sous les yeux, pour l'imiter, un exemple si admirable et si excellent d'humilité. Quoi de plus utile, en effet, et de plus propre à réprimer l'orgueil et la vanité de notre esprit, que de penser souvent à cette étonnante humilité d'un Dieu, qui daigne communiquer sa gloire aux hommes et se revêtir de leur faiblesse et de leur fragilité ? d'un Dieu qui se fait homme ? d'une majesté souveraine et infinie, qui s'abaisse à servir les hommes, tandis que les colonnes du ciel tremblent de frayeur au moindre signe de sa volonté, et qui descend sur la terre pendant que les anges l'adorent dans le ciel? Puisque Dieu a fait pour nous toutes ces choses, que ne devons-nous donc pas faire, nous, pour lui obéir ? Avec combien d'em-
i. Gen. m, iG.
NÉ DE LA VIERGE MAREE 2Sf)
pressentent et de joie ne devons-nous pas aimer, embrasser, remplir tous les devoirs de l'humilité? Aux fidèles de reconnaître les leçons salutaires que le Christ nous donne, dès sa naissance, avant même qu'il n'ait commencé de parler. Il naît pauvre; il naît, comme un étranger, dans une étable ; il naît pendant l'hiver. Voilà ce que saint Luc nous apprend : « Or, pendant qu'ils étaient en ce lieu, le temps où elle devait enfanter s'accomplit. Et elle mit au monde son fils premier-né, V enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie (r). »
« L'Evangélis te pouvait-il rendre en des termes plus simples la majesté et la gloire qui remplit le ciel et la terre ? 11 ne dit pas simplement qu'il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie, mais qu'il n'y en avait point pour lui, pour celui qui a dit : « Le monde est à moi et tout ce qu'il renferme (2); » ce qu'un autre Evangéliste a marqué par ces mots : « // vint chez lui, et les siens ne Vont pas reçu (3). »
5. Fruits qui résultent de l'Incarnation. — « Après avoir rappelé ces pensées, les fidèles réfléchiront que si Dieu a daigné se revêtir de la bassesse et de la fragilité de notre chair, c'est pour élever le genre humain au plus haut degré de dignité et de gloire. Qu'il se soit faithomme, lui qui était Dieu vrai et parlait, cela seul ne prouverait-il pas l'excellente dignité et l'avantage que Dieu nous a donnés par ce bienfait, puisqu'il nous est permis de nous glorifier que le Fils de Dieu est réellement la même chair que nous, tandis que, d'après l'apôtre, « ce n'est pas à des anges qu'il vient en aide, mais c'est à la postérité d'Adam (4)? »
6. Précautions à prendre. — « Mais il faut bien prendre garde qu'il ne nous arrive, pour notre plus grand malheur, ce qui arriva à Bethléem et que, comme il na trouva pas de place dans une hôtellerie pour y naître, il n'en trouve pas non plus dans notre cœur pour y naître, non selon la chair, mais selon l'esprit; car c'est cela qu'iL
1. Luc, 11, 6-7. — a. Ps. xlix, 12. — 3. Joan., it 11. — 4. Heb.y 11, 16.
LE CAl'FCMISMR. T. II.
souhaite par dessus tout, grâce au désir véhément qu'il a de notre salut. Car de même qu'il a été fait homme, qu'il est né, qu'il a été sanctifié, et qu'il est devenu la sainteté même, par la vertu du Saint-Esprit, et d'une manière surnaturelle, de même il faut que nous naissions, non du sang et de la chair, mais de Dieu; que nous marchions en conséquence comme une créature nouvelle, dans la nouveauté de l'esprit, et que nous conservions cette sainteté et cette pureté de cœur, qui convient si bien à des hommes régénérés par l'esprit de Dieu. C'est en agissant de la sorte que nous pourrons retracer en nous-mêmes quelque image de cette conception et de cette naissance toute sainte du Fils de Dieu, que nous devons croire d'une foi ferme, en adorant et en admirant en même temps la sagesse de Dieu, qui est cachée dans ce mystère (1). »
IL Le dogme de l'Incarnation
i° L'Incarnation. — Jésus Christ est Fils de Dieu par nature et Dieu. Mais les Synoptiques parlent de sa naissance et de sa vie humaines. Saint Jean affirme que le Verbe s'est fait chair. Le Symbole des apôtres spécifie qu'il « a été conçu du Saint-Esprit et qu'il est né de la Vierge Marie ; » le Symbole de Nicée ajoute que «c'est à cause de nous et pour notre salut qu'il est descendu des cieux, qu'il s'est incarné et fait homme. »
Qu'est-ce à dire ? L'Incarnation, c'est l'union hypostatique d'une personne divine avec une nalure humaine; union singulière, où deux natures distinctes et complètes subsistent dans l'unité de personne, mais où la personnalité humaine s'efface devant la personnalité divine, qui saisit la nature humaine au moment même de sa conception, l'élève jusqu'à soi, de telle sorte que Jésus-Christ est à la fois Dieu parfait et homme parfait.
i 1. Cat. Rom., I, art. m.
l'incarnation 29 F
Un tel mystère n'a jamais été conçu ni soupçonné par la sagesse humaine. Révélé par Dieu, la raison recule devant ce qui lui paraît une quasi impossibilité; et, d'autre part, devant les convenances, les merveilles et les beautés qu'elle y découvre, elle est presque tentée de le trouver tout naturel et comme nécessaire. Elle l'admire, parce qu'il relie l'univers à Dieu d'une manière ineffable. Car si, hors de Dieu, les êtres s'échelonnent depuis le grain de sable jusqu'au plus élevé des Séraphins, de la matière pure aux purs esprits, l'homme, par l'union substantielle de son âme et de son corps, forme un microcosme qui résume harmonieusement le monde créé. Mais il reste à relier l'homme à Dieu pour donner à l'œuvre divine le cachet le plus parfait de l'unité, et c'est l'Incarnation qui forme le trait d'union.
Cela semble naturel, bien que dépendant en réalité de la libre détermination de Dieu. Mais aller jusqu'à dire que a l'Incarnation sort des entrailles de l'humanité, » parce que l'humanité désire entendre, voir et toucher Dieu; que ce dogme a été attendu par tous les peuples, rêvé, pressenti et désiré d'une telle ardeur que si, par impossible, l'homme eut été capable de le créer, il l'aurait fait ; n'est-ce point exagérer et donner aux désirs de l'homme une portée qu'ils n'ont pas eue, voir dans 4es analogies lointaines et vagues l'expression d'une vérité qui les dépasse absolument, et prendre enfin des motifs de haute convenance pour des raisons qui rendraient l'Incarnation nécessaire ?
Il est incontestable que ce mystère de l'union de l'infini avec le fini, de Dieu avec l'homme, tel qu'il est constitué par l'Incarnation, est assez entouré d'ombres et soulève suffisamment de difficultés pour paraître irréalisable. On n'y voit d'ordinaire que l'abaissement de Dieu; n'est-ce pas plutôt l'élévation
prodigieuse de l'homme, qui a le droit de surprendre davantage ? En tout cas, abaissement de Dieu ou élévation de l'homme, l'Incarnation, tout incompréhensible qu'elle est, offre-telle quelque chose de contradictoire dans les termes qui l'expriment?
Du côté de Dieu, quelle que soit du reste l'œuvre qu'il accomplisse ad extra, n'y a-t-il pas toujours un abaissement, puisqu'il n'y a de vraiment digne de Dieu que Dieu lui-même ? Et faudrait-il dès lors condamner et nier la création, la providence, la révélation, pour cet unique motif? L'Incarnation, saint Paul l'a comparée, tout le premier, à un anéantissement. Mais si Dieu a aimé l'homme jusqu'à le créer, jusqu'à l'élever à l'ordre surnaturel et à lui communiquer ses pensées intimes, pourquoi ne pourrait-il pas pousser cet amour jusqu'à réaliser ce prodige de Tlncarnation ? Nous ne connaissons pas toute la puissance de l'amour humain, qui est pourtant le nôtre et qui nous déconcerte par ses élans, ses rêves et ses ambitions; à plus forte raison sommes-nous loin de connaître la toute-puissance de l'amour divin. Nous en sommes donc réduits à nous taire, et, si ses prodiges nous sont dévoilés, nous n'avons qu'à adorer. « Dieu a tellement aimé le monde, dit saint Jean, qu'il lui a donné son Fils unique (i). »
Du côté de l'homme, il semble bien qu'il soit incapable, parce que borné et fini, d'être honoré d'un privilège comme celui de l'Incarnation. Mais ce n'est qu'une incapacité relative. Car, au regard de la foi, Dieu n'a pas dédaigné d'élever l'homme jusqu'à lui, de lui communiquer sa propre vie et de l'appeler à la participation de sa gloire. Pourquoi donc, s'il lui plaît, ne pourrait-il pas pousser sa condescendance et son amour jusqu'à l'union person-
é i. Joan, m, 16.
l'incarnation 293
nelle de l'Incarnation. « Ici encore, nous nous heurtons à un monde d'idées qui nous dépassent. Mais ce n'est pas une raison suffisante pour nous autoriser à conclure que, de ce qu'elles nous restent incompréhensibles et mystérieuses, ces idées soient irréalisables ou impossibles. Notre raison est impuissante, en tout cas, à prouver que l'Incarnation implique une contradiction dans les termes. En revanche, assurée par la révélation de l'existence de ce mystère, et éclairée par la foi, elle y découvre de plus en plus, à mesure qu'elle le scrute, de merveilleuses convenances et d'incomparables splendeurs. Car, ne l'oublions pas, historiquement, ce mystère se trouve lié à celui de la Rédemption. Or, du moment que Dieu a daigné racheter l'homme pécheur, quoi de plus convenable que de prendre celte nature humaine, telle que l'a faite le péché, de l'associer à notre mystérieux rachat, en en faisant un instrument de salut ? Rien ne l'a arrêté : ni les abaissements de la nature humaine, ni les misères de la nature déchue, ni les humiliations du berceau, ni les souffrances de la vie, pas même les douleurs de la mort. Aucun échelon ne lui a paru trop bas, trop vil, trop indigne de lui. Il a été jusqu'au fond. Et comme il descendait par amour, et que l'amour transfigurait tout, à chacun de ses abaissements a correspondu un charme de plus sur son front, un attrait ineffable et adorable. Et c'est de tous ces attraits réunis qu'est résulté cette figure de Notre Seigneur, l'éternel ravissement de l'humanité (1) 1 »
2° Développement du dogme de l'Incarnation. — Le Verbe s'est fait chair, et il a habité
i 1. Bougaud, Le Christianisme et les temps présents, 2e édit.» Paris, 1878, t. ni, p. 38o.
:2g 4 LE CATECHISME ROMAIN
parmi nous : telle est la donnée évangélique. Mais, devant ce mystère, que de questions devaient se poser et se sont posées I Que de problèmes à résoudre I Jésus a-t-ii pris la nature humaine dans son intégrité ? Comment s'est-il uni à elle ? Qu'est-il résulté de cette union ? Les deux natures se sont- •elles fondues Tune dans l'autre, ou bien sont-elles restées distinctes? Quel a été le rôle propre de la nature humaine? Chaque question, chaque problème appelait une réponse, et c'est des diverses réponses qu'a formulées l'Eglise, dans sa lutte contre les hérésies, que s'est complètement dégagé le dogme de l'Incarnation, sans la moindre Interruption logique entre la donnée première et le résultat final. Disons un mot de ce développement qui s'est poursuivi des origines chrétiennes jusqu'au ix° siècle.
i. Le Docétisme. — Déjà, du temps même des apôtres, le mystère du Verbe fait chair avait scandalisé quelques esprits timorés. Ne pouvant concevoir que Dieu pût se faire homme, ils ne voulurent voir dans le corps de Jésus qu'un pur fantôme : ce •fut l'erreur des Docètes, contre laquelle les fidèles furent mis en garde par saint Jean et saint Ignace d'Antiochc. L'apôtre ne cesse de répéter que, pour «être de Dieu, il faut confesser que Jésus est venu dans la chair (i). L/évêque martyr appelle Jésus Porteur de chair, capx6cpopoç (2), parle du « sang de Dieu » et dit que « Notre Seigneur a été porté par Marie dans son sein (3). »
Durant le n# siècle, le Docétisme s'appuie sur le principe mis à la mode par les gnostiques que la matière est essentiellement mauvaise pour en con-
1. Joan., iv, 2. — 2. Smyr., y, 2 ; édit. Funk, Op. Patr. #apo$ t.,, Tubingue, 1881, p. 238. — 3. Ephts., 1, 1 ; xtiii, 2; ibid., p. 172, îSê,
l'incarnation 295
dure que Dieu ne saurait s'unir à elle. Il allègue la parole de Jésus : « Quelle est ma mère (1) ? » Saint Irénée maintient la réalité du corps de Jésus et relève les textes scripturaires qui prouvent la réalité de sa chair (2). Saint Hippolyte parle également du Verbe conçu dans le sein de la Vierge (3). Et Tertullien compose un traité spécial, De carne Christi (4) ; il appelle Jésus un Homme mêlé à Dieu, Homo Deo mislus (5), ce que saint Cyprien répétera sous forme équivalente : Deus cum homine miscetur. Origène se contente de comparer l'union des deux natures à un mélange, xpôteiç, sans en spécifier la nature exacte. La langue théologique n'en est qu'à ses débuts : elle est hésitante et indécise, et le mode d'union est insuffisamment déterminé. Même, après la formule dogmatique de la divinité de Jésus, telle qu'elle fut rédigée à Nicée, la question du mode d'union des deux natures en Jésus-Christ restait à préciser.
2. L'Apollinarisme. — Vers la fin du iv* siècle, le problème fut abordé par l'évêque Apollinaire, mais mal résolu. Appliquant à Jésus-Christ la trichotomie platonicienne, d'après laquelle l'homme se compose de trois éléments, le corps, l'âme sensible, et l'espjit ou âme raisonnable, il croyait que, dans le Ghrist, le Logos ou Verbe jouait le rôle de l'esprit ou d'âme raisonnable ; mais, par là même, la nature humaine, se trouvant réduite au corps et à l'âme inférieure, n'était plus intègre. Cette manière de
1. Voir Tertullien, Adv. Marc, it, 19; Patr. lat., t. 11, .col. 4o4. — 2. Adv. hœr., III, xxn, 1, a ; Patr. qr.y t. vu, col. 956. — 3. De Antech., 45, édit. BonUvetsch-Acliclis, p. 28. — 4- Patr. lat.9 t. n, col. 754. Examinemus corporalem substantiarn Domini ; de spiritali enim certum est. Carnis quœritur Veritas et qualitas ejus retractatur, an fuerit, et unde, et cujusmodi fueru. — J5. Apofog., xxi; Patr. lat.t t. i/çol. 399.
voir, adoptée par plusieurs disciples, constituait l'Apollinarisme et frayait les voies au monophysisme.
Tant en Occident qu'en Orient, les Pères défendirent l'intégrité de la nature humaine du Verbe, d'après ce principe traditionnel : Ce qui n'est pas pris ne peut être sauvé. Point de mélange des deux natures, disaient saint Athanase et saint Epiphane ; mais les deux Grégoire, tout en mettant en relief la distinction des deux natures, parlaient encore d'une sorte de mélange, auyxpocciç, àvàxpactç (1). Qu'en était il en réalité ?
3. Le Nestorianisme. — Déjà Diodore de Tarso (-J* 39/i), dans le but de maintenir contre les ariens la divinité du Christ et contre les apollinaristes sa parfaite humanité, avait expliqué le mode d'union par l'inhabitation de la nature divine dans la nature humaine, ivofo^cç. Théodore de Mopsueste (f 428), d'Antioche comme Diodore, compare l'union soit à celle de l'homme et de la femme qui, dans le mariage ne forment qu'une seule chair, soit à l'habitation du Logos ou du Verbe dans le fils de Marie comme dans un temple ; ce n'était donc qu'une simple cohabitation, qu'une juxtaposition, ou, comme il disait, une suvicpeta, ce qui supposait dans le Christ la présence de deux hypostases et compromettait ainsi l'unité de personne. Aussi condamnait-il le sens de ôeoxoxoç, Mère de Dieu. D'après lui, Marie au-
1. Contre rApollinarisme : saint Ambroise, De Incarnatione ; Patr. lat., t, xvi ; saint Athanase, Epist. ad Antioch. ; epist. ad >Epicl. ; Pair, gr., t. xxvi, col. 796, 10/49 ; saint Basile, Epist. ad ■Occid., cclxiii ; Patr. gr., t. xxxn, col. 980; saint Grégoire de Nazianze, Epist. ci; Patr. gr., t. xxxvn, col. 176 ; saint Grégoire de Nysse, Cont. Apollin., ; Patr. gr., t. xlv, col. 1123 sq ; saint Epiphane, User., lxxvii; Patr. gr., t. xlii ; traité anonyme -sur Y Incarnation contre Apollinaire, dans les œuvres de saint Athanase, Pair. gr.> t. xxvi, col. 1093 sq. *
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rai t bien enfanté le Christ, mais Dieu n'est pas né de la Vierge, car la Vierge n'est mère que de celui qui a servi de temple au Fils de Dieu.
A leur suite, le patriarche de Constantinople Nestorius (f c. 43g) enseigna que ce n'est pas la nature humaine, mais une personne humaine, qui est unie à la personne divine. Il repoussait donc, lui aussi, l'expression ôsotoxoç et niait que Marie fût mère de Dieu.
Ce vocable provoqua, au commencement du v° siècle, une émotion très vive, comparable à celle du consubslantiel, au siècle précédent. Mais de même que saint Athanase avait sauvé le consubslantiel, l'un de ses successeurs sur le siège d'Alexandrie, saint Cyrille, allait sauver le Osotoxoç. Dans une lettre à Acace de Bérée, il avait déjà revendiqué la légitimité du terme (1) ; mais, s'en prenant directement à l'erreur de Nestorius, il formule contre elle douze anathèmes. En Jésus-Christ, point d'union morale des deux natures, point d'union physique par simple cohabitation, mais union réelle dans l'unité d'hypostase ou de personne, une vraie evcoa-ç. L'une des expressions : nature unique du Verbe de Dieu fait chair, prêtait à l'équivoque et pouvait laisser croire à la confusion des deux natures, ce qui sentait Tapollinarisme ; Cyrille précisa donc que les deux natures étaient unies, mais sans confusion, sans mélange, sans consubstantiation, sans altération de l'une et de l'autre (2). Ce n'est pas à un homme que
1. Saint Cyrille y disait, au sujet du terme contesté : « L'évèquc Athanase, d'éternelle mémoire, a employé plusieurs fois cette formule. Je la retrouve également sous la plume de nos bienheureux Pères : Théophile, Basile, Grégoire, Atticus, auxquels je pourrais ajouter beaucoup d'autres évoques. Certainement il n'est pas un seul orthodoxe qui ait hésité à appeler Marie Mère de Dieu. » Episl. xiv ; Pair, gr., t. lxxvu, col. 97. — 2. Cf. le De recta fide ad reginas ; Pair, gr., t. lxxvi.
le Verbe s'est uni, c'est à la nature humaine, nature complète évidemment, mais qui n'a point possédé la personnalité humaine, car, dans cette union, la personnalité humaine a fait place à la personne du Verbe. Telle est la doctrine qu'il fît ratifier au concile œcuménique d'Ephèse, en 43i (i). L'union des deux natures est donc une union hypostatique, sans mélange ni confusion de leurs essences; et les adversaires de Nestorius ont pu dire que cette union est beaucoup plus étroite que celle de l'âme et du corps dans le composé humain. Par suite la sainte Vierge, étant mère d'une personne qui est à la fois Dieu et homme, a vraiment droit d'être appelée 0£ot6xoç, c'est-à-dire Mère de Dieu.
4. L'Eutychianisme ou Monophysisme. — La nature unique, dont avait parlé saint Cyrille, qui entendait par là l'unité de personne, fut mal comprise par l'archimandrite de Constantinople, Eutychès, qui en conclut qu'en Jésus-Christ il n'y avait qu'une seule nature, mélange et fusion des deux natures divine et humaine , c'était le Monophysisme qui faisait son apparition dans l'histoire.
^ ïhéodoret (f c. 458), évêque de Cyr, après s'être égaré quelques temps dans l'erreur nestorienne et avoir combattu les anathématismes de saint Cyrille (2), revint à l'orthodoxie et lutta vigoureusement contre les monophysites. Il écrivit contre eux ses trois Dialogues, en 447 î or> il écarte de la nature divine, en Jésus-Christ, toute idée de mé-
1. Denzinger, n. 73-84. — a. Il écrivait alors : « Les maîtres de la piété ont appelé indifféremment la Sainte Vierge mère de Dieu et mère de l'homme ; mère de l'homme, parce que son fils est réellement de même nature qu'elle ; mère de Dieu, parce que la forme du serviteur s'est unie à la forme de Dieu. » A la fin de son opuscule sur l'Incarnation, dans Mansi, Cerne, coll., t. vu, p. 189.