‹ Le catéchisme romainChapitre 109 sur 230 · I. Le dorjms de la Llêlempllon, p · texte numérisé non relu

I. Le dorjms de la Llêlempllon, p

en quantités juridiques. « Ceux-ci, déjà, depuis Tertullien etCyprien, ont considéré la passion comme une prestation, dont on peut fixer la valeur dans des formules juridiques ; ils ont regardé la mort du Christ comme une satisfation et comme apaisant Dieu ; ils lui ont appliqué la théorie juridique à laquelle ils étaient arrivés en considérant les souffrances du Christ. Par le moyen de la réconciliation, c'est-à-dire par le mérite de la mort du Christ qui apaise le Dieu irrité, les souffrances, les offenses et la punition sont supprimées. Ambroise, Augustin, les grands papes, ont calculé la valeur qu'a la mort du Christ aux yeux de Dieu. En outre, depuis Ambroise, les Occidentaux sont allés logiquement jusqu'à admettre que la réconciliation (le mérite) a été accomplie par le Christ comme homme, car l'humanité est coupable. L'œuvre qu'il a accomplie ne peut être appréciée que chez l'homme, et du reste l'homme chez lui reçoit toute sa valeur de la divinité (i). »

Cette thèse de M. Harnack est aussi étroite et exclusive que l'autre. Si les Latins serrent de plus' près la question de la Rédemption et trouvent des formules plus précises, le contraste est loin d'être aussi tranché qu'on le prétend ; la doctrine fondamentale reste la même.

2. Avec Tertullien paraît le terme et l'idée de satisfaction, qui sera plus tard l'expression propre du mystère de la Rédemption. Il l'emprunte à la langue juridique, mais il ne l'applique qu'à la réparation des fautes personnelles par la pratique des œuvres de pénitence ; il ne l'applique pas à l'œuvre rédemptrice (2). Mais, parce qu'il affirme de

1. Précis de l'histoire des dogmes, p. 174-175. — 2. Cf. d'Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1905, p. 199-200.

la cause, des caractères et des effets de la mort du Christ, on voit que c'est à elle, et à elle seule, qu'il rattache notre salut, sans s'en expliquer davantage. Saint Cypricn et l'auteur des Traclatus Origenis (i) sont au même point de vue. A part Lactance et Arnobe, qui détonnent chez les Latins, les Occidentaux s'en tiennent au réalisme ébauché par le prêtre et l'évêque de Cartilage.

3. Saint Hilaire, au ive siècle, insiste sur le caractère pénal do la mort du Sauveur (2). Saint Ambroise est plus net et plus riche ; il analyse le fait générateur de notre rédemption et essaie de plus de scruter les conditions du salut. Il ne manque plus que la synthèse à faire ; ce fut l'œuvre de saint Augustin.

[\. Pour saint Augustin, en effet, la Rédemption est un sacrifice expiatoire offert par le Christ à son Père, en vertu d'une substitution (3). Car il considère le péché, non pas seulement comme une imperfection morale du pécheur, mais surtout comme un outrage, comme une offense faite à Dieu ; il regarde la satisfaction due à Dieu comme une nécessité qui s'impose, et il estime que Jésus-Christ s'est substitué à nous pour cette nécessaire satisfaction ([{). Quant à ne voir dans la mort de Jésus qu'un simple exemple à imiter, c'est ce qu'il ne faut pas tolérer (5). L'Ancien Testament vient à l'appui du Nouveau pour servir de caution à sa doctrine. La mort de Jésus est à ses yeux un véritable sacrifice (6) ; un sacrifice unique figuré par les sacrifices

1. Cf. Tixeront, La théologie antênicéenne, Paris, 1905, p. 3 60- 36i. — 2. Cf. Schwane, Histoire des dogmes, t. n, p. 4i3. — 3. Serm., clii, 9 ; Patr. lat., t. xxxvm, col. 824. — 4- Cont. Faust., XIV, iv ; Patr. lat., t. xlii, col. 297. — 5. In Joan., tr. [xcviii, 3; Patr. lat., t. xxxv, col. 1881-1882. — 6. De Trinité IV, xiii, 17 ; Patr. lat., t. xlii, col. 889.

anciens (i) et perpétué dans le monde par colui de r autel (2). Toute sa théorie us la Rédemption se trouve résumée dans ce passage de VEnchiridion, que le P. Portalié commente ainsi : « Cum genus humanum peccata longe separaverunt a Deo, per mediatorem, qui solus sine peccato natus est, vixit, occisus est, reconciliari nos oportebat Deo usque ad carnis resurrectionem in vitam seternam (voilà le but premier de l'Incarnation : réparation et réconciliation avec Dieu) ; ut humana superbia per humilitatem Dei argueretur ac sanaretur et demonstraretur homini quam longe a Deo recesserat (seconde fin de l'Incarnation : œuvre morale du Christ humble, œuvre capitale, mais après la réconciliation : celle-ci étant affirmée, il n'y a plus d'apparence rationaliste et abailardienne, comme croit Harnack) ; et Unigenito suscipiente formam servi, quae nihil ante meruerat, fons gratise panderetur (résultat de l'œuvre rédemptrice ; ce n'est pas seulement le pardon, la délivrance, mais la sanctification par une grâce comparée à celle de l'Incarnation) ; et carnis etiam resurrectio redemptis promissa in ipso Redemptore praemonstraretur (rôle de la résurrection, garantie du triomphe futur que nous assure la réconciliation par le Christ) ; et per eamdem naturam quam se decepisse laetabatur, diabolas vinceretur (la délivrance du démon représentée comme une victoire sur lui, remportée par la nature humaine, et comme une conséquence de la réconciliation avec Dieu: de rançon payée au démon, pas un mot) (3).» Les Pères latins, postérieurs à saint Augustin, resteront fidèles à sa doctrine rédemptrice. De Tertullien à saint Grégoire le Grand, on retrouve en

i. In PsaLt lxxiy, 12 ; Pair, lai., t. xxxvi, col. 955. — a. De civit., X, xx ; Patr. laL, t. xi.i, col, 298. — 3. Cf. E. Portalié, Saint Augustin, dans le Diction, de Théologie, 1. 1, col. a336-a374*

Occident les idées déjà constatées chez les Grecs, mais avec plus de précision et d'ensemble ; seulement ici la mort du Sauveur est restée au premier plan de l'œuvre rédemptrice.

Après le travail des Pères, qui reste incomplet, il n'y aura plus qu'à chercher la cause dernière ou la nature intime du sacrifice de la Croix pour que la théologie de la Rédemption soit achevée. Mais il faudra en éloigner la conception bizarre, et dont il est parfois question, à l'époque patristique, de la rançon payée par Dieu au démon ; de même qu'il faudra éviter certains excès, dans lesquels sont tombés les scolastiques, touchant la manière sévère dont Dieu le Père aurait traité son Fils sur la croix. Quoi qu'il en soit, on peut voir ce qu'il faut penser de la conception rationaliste et des prétentions de Ritschl et de son école.

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