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Les Pères et le Dogme de la Rédemption

— « Ni les Pères latins, ni les Pères grecs n'ont traité directement le problème de la Rédemption ; ils y ont

seulement touché en passant, à propos des textes scrip-, turaires ou des vérités connexes. Mais si les Pères n'ont pas donné de vue d'ensemble, ils nous ont prodigué les vues partielles et les textes de détail, d'où finalement, -pour le chercheur attentif, se dégage une théologie. A la base se trouve un principe fondamental, une vérité de foi profondément ancrée dans la conscience chrétienne : c'est que le salât nous est venu par la croix du Fils de Dieu. Pour tous, la mort de Jésus-Christ est autre chose qu'un exemple ; elle a en dehors de nous, d'après le plan divin, une action réelle et mystérieuse, elle possèdeune valeur objective et définitive. Deux faits généraux expriment cette surnaturelle efficacité : la mort du Sauveur apaise pour nous la colère divine, elle est une peine, la peine de nos péchés, volontairement subie par le Seigneur à notre place. Ces deux idées de sacrificet expiatoire et de substitution pénale nous semblent résumer les divers et nombreux développements partiels que les Pères ont consacré à ce sujet. Les Pères de l'Eglise, pas plus d'ailleurs en Orient qu'en Occident, n'ont creusé davantage ces idées. Ils ont beaucoup parlé de substitution et de sacrifice, ils en ont affirmé le fait ou décrit les effets ; ils n'en ont pas cherché la nature intime ou la cause dernière. Ce progrès était réservé au Moyen-Age.

« Telle nous a paru être l'histoire variée et progressive du dogme de la Rédemption à la période patristique ; histoire qui dessine les grands traits du réalisme rédempteur et qui, par les premières solutions qu'elle ébauche, sans épuiser le fonds mystérieux du problème, justifie, annonce et prépare les solutions plus pénétrantes qui sont réservées à l'avenir. M. Harnack trouve les formes caractéristiques du réalisme rédempteur au moins dans la théologie latine ; il consent même à y reconnaître le germe authentique de la doctrine delà satisfaction, telle quelle sera formulée par l'Ecole. Or, nous les avons trouvées aussi, et les mêmes, dans la théologie grecque. Autant dire que c'est la doctrine unanime, sinon uniforme, de la tradition toute entière. Il n'y a pour s'y ynéprendre que les esprits systématiques, épris d'antithèses

sommaires, et que, sans doute, aiguillonne aussi le secret désir de prendre en faute l'Eglise. Les faits nous ont montré qu'il n'y a pas lieu d'établir une contradiction entre la tradition dogmatique et théologique de l'Orient et de l'Occident. L'histoire relève sans doute de légères nuances, mais qui ne vont pas jusqu'à créer des divergences, encore moins une opposition ; elle constate, au contraire, dans ces deux grands foyers de la pensée chrétienne, la permanence, sous des formules à peine différentes, d'une foi identique et d'une commune théologie. » J. Rivière, Le Dogme de la Rédemption, Paris 1905»p. 277-278.

Leçon XXIXe La Rédemption

I. Elaboration thèologique. — IL Saint Anselme et la théorie de la satisfaction. — III. Les droits du démon. — IV. Convenances, valeur et fruits de la Rédemption.

L Elaboration théologique

D'après le Nouveau Testament, le salut du genre humain est lié à la mort du Sauveur. Les conséquences pratiques sont déjà indiquées : délivrance de l'âme, expiation du péché, réconciliation avec Dieu (i). Quant à l'explication du mystère, elle s'y trouve en germe ; dans saint Paul, sous forme de rançon, de dévouement, d'obéissance, de sacrifice expiatoire, de substitution pénale; dans saint Jean, comme adoption divine, vie de Fâme et rédemption du corps. C'est là un double point de vue qui, loin d'être considéré exclusivement, doit se combiner et se compléter l'un par l'autre, qui, en fait, a déterminé, chez les Pères, un double courant, mais qui a fini par s'imposer.

1. BIBLIOGRAPHIE : Joindre aux auteurs, cités dans la leçon précédente, les articles de Bainvel, Saint Anselme ; de Portalié, Abèlard; de Yacandard, Saint Bernard, parus dans le Dictionnaire de Théologie; Gietl, DieSentenzen Roland's, Fribourg, i8gi ; Baltzer, Die Sentenzen des P. Lombardus, Leipzig, 190a.

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