ÉLABORATION DU DOGME DE LA REDEMPTION
i. Nous venons de voir comment les Pères ont compris les données scripluraircs, sans arriver à formuler systématiquement le dogme de la Rédemption. A côté d'aperçus saisissants et d'idées justes, qui resteront comme l'expression de renseignement, combien de tâtonnements, d'essais imparfaits, de vues hasardées, téméraires et sujettes à caution, dont la raison, mieux éclairée par la foi, devra faire justice pour ne retenir que la vérité substantielle, la seule pleinement conforme avec les données évangéliques, la seule identique et permanente à travers les multiples explications dont on n'a cessé de l'envelopper.
Au fond, la Rédemption n'est pas autre chose que la destruction du péché et de ses conséquences par la mort salutaire de Jésus. Mais il y a là une double donnée : le péché de l'homme et la mort du Sauveur. Péché et mort doivent être examinés dans leurs raisons dernières avant que puisse se faire la synthèse. Or, qu'ont fait les Pères? Ils les ont étudiés séparément, trop souvent à la surface, sans pénétrer jusqu'à Fintime réalité, et surtout sans chercher à se rendre compte du lien mystérieux qui existe entre la mort du Christ et le péché de l'homme. C'est dire par conséquent qu'après eux restait à faire l'organisation systématique de l'enseignement chrétien sur ce dogme si important.
Tour à tour, en effet, les Pères ont étudié le péché et la mort.
2. Le péché a été examiné par eux, plutôt dans ses conséquences, que dans sa nature intime. L'une de ses conséquences générales, c'est de faire déchoir l'homme de l'état surnaturel dans un état de corruption et de mort ; Notre Seigneur nous a retirés de celui-ci pour nous rétablir dans celui-là. Et à ce point de vue, pour les Pères grecs, à la suite de
saint Jean et de saint Irénée, c'est surtout l'Incarnation du Verbe qui a opéré ce relèvement, la passion n'y joue qu'un rôle assez effacé. Il importera donc de mettre en relief le rôle de la Rédemption et de lui rendre la place qu'elle occupe dans le plan divin.
3. Une autre conséquence générale du péché, c'est qu'il a placé l'homme sous la dépendance du démon. L'Evangile et saint Paul parlent de rançon ; le salut est un rachat. Or, parmi les Pères, les uns se sont représenté le démon comme le maître du pécheur, comme un créancier, et ils en ont conclu que c'est au démon que Notre Seigneur a dû payer la rançon de la délivrance. Les autres sentant ce qu'une telle conception avait d'inacceptable, se sont rappelé que le démon n'est qu'une créature, que, s'il a des droits sur le pécheur, il ne saurait les tenir que de la permission de Dieu, et ils en ont conclu que, vis-à-vis de lui, le Sauveur n'avait aucun compte à régler de justice commuta tive. De ces deux opinions, la première sera écartée, la seconde sera simplement amendée.
[\. Enfin le péché a été considéré à des points de vue particuliers ; par rapporta Dieu, comme un outrage qui excite sa juste colère, comme une faute qui mérite un châtiment ; par rapport à l'âme, comme une souillure qui demande à être purifiée. C'est pourquoi les Pères ont envisagé la mystère de la Rédemption comme une réparation de l'honneur de Dieu, comme une peine subie à la place du pécheur, d'où l'idée d'une substitution pénale et satisfactoire, conforme à la prophétie d'Isaïe, et comme une purification d'une efficacité absolue, selon la doctrine de l'Epître aux Hébreux. Ces points de rue seront repris et examinés plus à fond.