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Après le péché de l'homme, la mort du Sau

SAINT ANSELME ET LA THEORIE DE LA SATISFACTION 35q

veur a été étudiée en elle-même. C'est la mort imméritée d'une victime innocente : elle paye la dette des vrais coupables. C'est une mort volontaire, librement acceptée par obéissance : elle dépasse de beaucoup les sacrifices de l'ancienne loi. C'est un acte d'amour extraordinaire : elle plaît à Dieu. C'est la mort d'un Dieu : elle possède une valeur infinie.

La plupart de ces idées, très justes en elles-mêmes, sont à retenir. Mais, émises ça et là, au gré des circonstances, sans une vue d'ensemble ferme, aucune d'elles n'a pris un relief dominant et n'est devenue le centre d'un système harmonieusement lié. Elles demandent donc à être soumises à une analyse plus rigoureuse et à être rangées dans un ordre logique. De plus, c'est surtout le lien intime et mystérieux, qui existe entre la mort du Sauveur et le péché de l'homme, que l'on doit rechercher et déterminer avec soin. Et enfin, puisque le péché ne pouvait être réparé que par un sacrifice, mais par un sacrifice auquel seul un homme-Dieu pouvait donner toute son efficacité, il restait à signaler, mieux que ne l'avaient fait les Pères, soit le motif de ce sacrifice, soit la raison qui en faisait la valeur. Ce fut l'œuvre de l'élaboration théologique, qui se dessine avec saint Anselme, se précise avec Pierre Lombard et Alexandre de Halès et s'achève avec saint Thomas.

IL Saint Anselme et la théorie de la satisfaction

Saint Anselme a été le premier à essayer une systématisation de l'idée rédemptrice et à la mettre dans la satisfaction ; c'est dans son ouvrage Cur

Deus homo (i), Pourquoi V Incarnation. Il y procède à l'aide du raisonnement.

Le péché réclame une satisfaction et l'homme est impuissant à la fournir.

Pourquoi d'abord le péché réclame-t-il une satisfaction ? — C'est qu'il est une offense gratuite envers Dieu, un refus de l'hommage qui lui est dû, une désobéissance qui constitue une injustice. Il doit donc être réparé. Mais, pour réparer ce dommage moral et extérieur, le seul dont il puisse être question par rapport à Dieu, il faut restituer à Dieu ce qu'on lui a pris, c'est-à-dire son honneur. Ou satisfaire ou subir le châtiment, pas de milieu.

Mais l'homme, capable de pécher, est incapable de réparer dignement sa faute. Pourquoi ? — Parce que le péché, en s'attaquant à Dieu, revêt une gravité exceptionnelle, qui se mesure à la dignité infinie de la personne offensée, tandis que la satisfaction ne se mesure qu'à la dignité de celui qui satisfait. Or, l'homme ne saurait se comparer à Dieu. Il faut donc un réparateur égal à Dieu. Mais Dieu, en 1ant que Dieu, ne saurait réparer, puisqu'il est étranger à la nature humaine, seule coupable. Il faut donc que Dieu se fasse homme, qu'il soit Dieu parfait et homme parfait (2).

D'autre part, l'Homme-Dieu n'est pas pécheur ; pourquoi donc sa mort? — Pour satisfaire amplement, surabondamment. Sa mort est volontaire, donc méritoire. Ne pouvant mériter pour lui-même, puisqu'il n'en a nul besoin, il a mérité pour les pécheurs. Et Dieu a ratifié cette substitution et cette satisfaction.

C'est ainsi que saint Anselme a dégagé nettement

1. Patr. lat. t. clviii, col. 36i-43o. Il fut composé en 1098. — 2. Cur Deus homo, 11, 6, col. 4o4»

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