Hebr., x, 5-7. — 2. Ps., lxviii
ce qu'Adam a perdu, le Christ Fa retrouvé sur la croix. » « C'est sur un bois élevé en plein air, et non dans une maison, qu'il a voulu souffrir, afin de purifier la nature même de l'air ; et la terre à son tour éprouvait un semblable bienfait, arrosée qu'elle était par le sang qui coulait des blessures du Christ.» Ce sont là les expressions de saint Chrysostome. Cette parole de l'Evangile : « Il faut que le Fils de l'homme soit élevé, » donne lieu à Théophylacte de faire la même réflexion : « La grande victime, élevée sur la croix, voulait sanctifier l'air, comme elLe avait sanctifié la terre par la trace de ses pas. » Une telle mort convenait à la rédemption de tout l'univers, ce qui fait dire à saint Grégoire de Nysse : (( La forme même de la croix, partant d'un point central pour se diriger aux quatre points opposés, nous représente l'universelle diffusion de la puissance et de la bonté de celui qui a été attaché à la croix. )> Saint Augustin dit : « Ce n'est pas en vain qu'il a choisi ce genre de mort ; il s'est montré de la sorte le vrai maître de cette science dont l'apôtre admire la largeur, la hauteur, la longueur et la profondeur. La largeur, qui nous est représentée par le bois transversalement posé en haut, regarde les bonnes œuvres, puisque c'est là que les mains doivent être étendues. La longueur, représentée par le bois qui s'élève de terre, c'est la stabilité ou la persévérance, puisque c'est par là que tout l'édifice de la vertu demeure inébranlable. La hauteur est cette partie qui dépasse et surmonte la partie transversale, comme pour appuyer la tête du crucifié ; et nous devons entendre par là l'espérance des biens supérieurs et divins. Enfin la partie du bois qui s'enfonce et disparaît sous terre, pour maintenir le tout, nous représente la profondeur des mystères de la grâce. » Le saint évêque dit encore ailleurs : « Le
Z^h LE CATÉCHISME ROMAIN
bois, sur lequel étaient fixés les membres de la victime, est encore la chaire du Maître qui nous instruit.» Ce genre de mort répond à un grand nombre de figures, ce qui fait dire au même saint Docteur : ce Pendant le déluge, c'est une arche de bois qui sauva le genre humain ; quand le peuple de Dieu quitte l'Egypte, c'est avec une verge de bois que Moïse divise la mer, renverse Pharaon et délivre les enfants d'Israël ; le même Moïse jette du bois dans l'eau et change en eau douce une eau pleine d'amertume; c'est en le frappant avec la verge de bois qu'il ouvre le rocher pour en faire jaillir une source abondante ; pour assurer la victoire de son peuple sur Amalec, c'est encore avec la même verge qu'il étend ses mains vers le ciel. La loi de Dieu est renfermée dans une arche de bois; et ne peut-on pas dire que c'est là comme autant de degrés qui conduisent peu à peu les hommes jusqu'au bois sacré de la croix (i). »
4. Certes, l'Ange de l'Ecole pouvait encore multiplier les citations et rappeler d'autres figures ; nous le pourrions également. Ajoutons seulement que c'est la victime elle-même et l'effusion de son sang jusqu'à la dernière goutte qui doivent retenir l'attention du chrétien et qui l'ont retenue. Notre Seigneur a racheté le monde en répandant tout son sang, car, sans effusion de sang, il n'est point de rachat ; c'est sur la croix qu'il en a versé la dernière goutte, et c'est sur ce gibet d'infamie qu'il a consommé son œuvre d'amour pour les hommes. Quoi d'étonnant dès lors que la croix soit devenue un objet de vénération, que les fidèles la baisent, la portent, la mettent partout, que l'Eglise la place dgms ses sanctuaires, au carrefour des routes et au
i. Sum. theoL, III, Q. xlvi, a. 4.
milieu des tombes, qu'elle en fasse l'ostension solennelle au jour du Vendredi saint et qu'elle ait institué des fêtes pour l'adorer comme elle en a institué pour adorer le sang précieux de Notre Seigneur et rappeler toutes les scènes de la passion (i) ? C'est avec raison que les fidèles font le chemin de la croix, pour employer une expression de notre langue chrétienne ; et c'est avec raison que les mystiques n'ont jamais cessé de méditer sur les douleurs et sur l'amour ineffable de Notre Seigneur. Nul sujet n'est plus propre, en effet, à susciter le regret du péché, la contrition et le désir de satisfaire ; nul, non plus, ne provoque autant l'amour reconnaissant et généreux.
2° Valeur de la Rédemption. — i. Ce qui fait la valeur du sacrifice de la croix, c'est la dignité du sacrificateur et de la victime, c'est-à-dire de Notre Seigneur, qui en fut à la fois le prêtre et la victime, a Or, Jésus réunissait en sa personne toutes les conditions exigées pour Finfinité du sacrifice. Bien que nécessairement finis comme ceux de toute créature, les actes qu'il pose par sa nature humaine, cause subordonnée et instrumentale, n'en revêtent pas moins une dignité, une valeur surhumaine, à cause de l'union hypostatique et de la communication des idiomes. La personne du Verbe s'attribue, se reconnaît les actes sacerdotaux et sacrificiels de sa nature humaine, elle les élève à la hauteur d'actes théandriques. Par conséquent, un sacrifice infini a été célébré par Jésus sur l'autel de la croix, et, devant l'éblouissante clarté de cette divine immolation, tous les sacrifices préparatoires et symboliques ont été pour jamais rejetés dans l'ombre, décla-
i. Dans la dernière partie de cet ouvrage, nous aurons à .revenir sur ces fêtes, notamment sur celle du Sacré-Cœur.
rés vains et inutiles, attentatoires même à l'honneur de l'unique sacrifice de Jésus. Au ciel, ce sacrifice se continue, en ce sens que Jésus, ayant pénétré à l'intérieur du voile avec son sang sur les mains, l'offre toujours à Dieu en expiation des péchés dé l'homme et pour obtenir à chacun de nous l'application de la grâce rédemptrice. Sur la terre, il se poursuit par le sacrifice de la messe, relatif à celui de la croix et destiné à nous en appliquer les mérites (1). »
2. Il n'est pas défini, cependant, que le sacrifice de la croix ait une valeur infinie. Mais il semble bien difficile de douter de cette valeur infinie, car l'enseignement commun des théologiens se trouve autorisé par l'union hypostatique. A raison, en effet, de cette union personnelle, tous les actes internes ou externes, tels que l'offrande à Dieu, la souffrance et la mort, qui constituent les uns le rôle du prêtre, les autres le rôle de victime, se rapportent au principe agissant, c'est-à-dire à la Personne du Verbe. Et, selon l'enseignement de saint Thomas, le Verbe est la cause efficiente de la passion, tandis que sa nature humaine n'en est que l'instrument ; en adoptant les actes d'obéissance, d'acceptation, de résignation, dont son âme humaine était pénétrée le Verbe les faisait siens et leur communiquait toute la dignité de sa personne divine, c'est-à-dire une valeur infinie. En même temps, ces actes ont pour objet l'effusion du sang qui appartient au Verbe incarné. De la sorte l'oblation spirituelle et le sang répandu, à cause de l'union hypostatique, possèdent cette valeur infinie.
3» Fruits de la Rédemption. — 1 . Pour Jésus lui-même. Les fruits de la Rédemption sont infinis