FRUITS DE LA REDEMPTION Z
comme la Rédemption elle-même. Jésus, en mourant sur la croix, acquiert un mérite infini, et d'abord pour lui-même. Gomme le dit l'Epître aux Hébreux, Jésus « est couronné de gloire et d'honneur à cause de la mort qu'il a soufferte (i). » C'est une gloire et un honneur qui rejaillissent sur le corps de Jésus : il ressuscite, il monte auxcieux, il est assis à la droite du Père. Ils exaltent aussi son nom; car, pour s'être humilié, pour avoir obéi jusqu'à la mort de la croix, « Dieu Ta souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et dans les enfers (2). » Ils méritent à Notre Seigneur ce titre de Sauveur, porté par d'autres avant lui, mais dont il a seul pleinement réalisé la signification ; car, ainsi que le dit le Catéchisme romain, « ce n'est pas à un peuple seul, mais à tous les hommes de tous les siècles, assis à l'ombre de la mort et retenus dans les liens du péché et du démon, qu'il a donné la lumière, la liberté et le salut, qu'il a acquis le droit à l'héritage du ciel. » Cette gloire et cet honneur méritent enfin à Notre Seigneur le culte de l'adoration par un sentiment particulier de reconnaissance pour sa passion. Saint Thomas observe qu'à chacune de ses humiliations a correspondu une exaltation particulière : sa résurrection, son ascension, sa place à la droite du Père et enfin la puissance déjuger tous les hommes (3).
2. Pour V homme ensuite. Le Catéchisme romain a résumé les fruits que l'homme retire de la passion du Sauveur; nous n'y reviendrons pas. Mais une observation s'impose, c'est que, malgré l'efficacité
1. Hebr., 11, 9. — 2. Phil., u, 10. — 3. Sum. theol, III, Q. xlix, a. 6.
intrinsèque de la Rédemption et la surabondance de sa vertu, l'homme n'est nullement dispensé d'apporter son concours. Il ne lui suffit pas, pour être justifié, de croire simplement à cette surabondante efficacité ; c'était là l'erreur protestante de la première heure, qui exaltait la foi au détriment des œuvres. Mais, au contraire, il doit coopérer dans la mesure de ses forces à la passion de son Sauveur, pour en recueillir les fruits et s'en appliquer les mérites. Car, selon le mot de saint Augustin, Dieu qui nous a créés sans nous ne nous sauvera pas sans nous ; et chacun doit répéter la parole de l'apôtre : u Ce qui manque aux souffrances du Christ en ma propre chair, je l'achève pour son corps, qui est l'Eglise (1). » Manquerai t-t-il donc quelque chose à la valeur infinie du sacrifice du Christ? Non certes. Ou bien son efficacité dépendrait-elle de notre concours ? Pas davantage. Mais ce concours n'en est pas moins indispensable pour nous en assurer l'heureuse application. Chacun donc doit apporter ou ses prières, ou ses pénitences, ou ses larmes, ou ses douleurs, ou ses sacrifices, ou son sang, ou sa vie, ou sa mort. C'est tout ce que la créature humaine peut faire, et ce tout est bien peu de chose en soi; mais, uni par un acte conscient de la volonté à la passion de notre divin Sauveur, l'effort de l'homme, tout humble qu'il soit, acquiert une valeur salutaire et divine ; en communiant ainsi à la vie humble et à la mort douloureuse du Christ, l'homme parvient au salut.
Son instrument sanctificateur et salutaire, c'est la grâce, que le Christ a méritée par sa passion et que Dieu nous donne libéralement et gratuitement. Mais à la rémission des péchés et à la délivrance de