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LES ANGES, D APRES L ECRITURE

survivance de leur polythéisme primitif. En embrassant le monothéisme, ils n'auraient pas voulu, dit-on, renoncer à leurs anciennes divinités. Mais comme il importait essentiellement de sauvegarder le dogme nouveau de l'unité de Dieu, ils en auraient fait des êtres inférieurs à Jéhovah, des personnages de la cour céleste, remplissant auprès du Tout- Puissant des fonctions analogues à celles des officiers dans les cours des rois d'Orient et à celles des prêtres dans le temple, des ministres chargés de porter les ordres divins auprès des hommes ou d'assurer l'exécution des desseins de la Providence dans le monde (i). Les rationalistes ont prétendu aussi que c'est surtout à partir de la captivité de Babylone et sous l'influence du mazdéisme que la théorie des anges s'est développée chez les juifs. De la sorte, pour expliquer la présence des anges et leur rôle dans l'histoire religieuse d'Israël, on a le choix entre une transformation des divinités primitives ou l'introduction d'éléments étrangers, d'origine païenne (2). A vrai dire, les deux solutions ne sont pas exclusives l'une de l'autre. Mais elles sont également erronées.

D'une part, en effet, le passage du polythéisme au monothéisme n'est qu'une hypothèse en contradiction avec l'histoire. Et s'il est vrai que les Juifs aient parfois manifesté des tendances idolâtriques, il convient de ne pas oublier que leur organisation religieuse et leur régime théocratique condamnaient radicalement et réprimaient des actes de ce genre. D'autre part, l'exil de Babylone, tout en les mettant en contact avec des peuples de religion différente, n'entama point et ne modifia pas leur foi religieuse,

1. Haag, Théologie biblique, Paris, 1870, p. 338, 4n, 45g, 497,, — a. Oswald, Angélologie Fribourg-en-Brisgau, 1889, P- 6«

Ils purent réfléchir plus qu'ils ne l'avaient fait jusque là sur le rôle des anges dont l'histoire des origines est pleine. Ils connaissaient leur existence ; ils savaient le rôle du serpent au paradis terrestre, de Satan auprès de Job, de l'esprit malin qui agitait l'âme de Saùl. Si l'influence étrangère se fit sentir, elle fut en tout cas bien superficielle et n'introduisit aucun élément essentiel. La preuve en est dans la différence radicale et irréductible qui distingue les anges de la Bible des anges du mazdéisme. Ceux-ci, en effet, les fravashis ne sont que les âmes des morts qui restent avec les vivants (i) ; tandis que les anges des juifs n'appartiennent nullement à la nature humaine. Ce sont des personnages d'ordre à part qui, pour entrer en relation avec les hommes, apparaissent sans doute sous forme humaine et ressemblent extérieurement à des hommes, mais ne sont pas en réalité des hommes.

On n'a pour s'en convaincre qu'à ouvrir la Bible. Dès la première page, les anges se montrent et jouent un rôle caractéristique. Ils ont un nom commun qui signifie messager, traduit étymologiquement par le mot grec de ayyeXoç, par le mot latin de angélus, dont nous avons fait notre mot ange. Ils s'appellent aussiJZ/s de Dieu, saints, esprits, armée des cieux. Leur existence ne fait pas l'ombre d'un doute; leur rôle est multiple ; leur nature se laisse deviner ; leur création est certaine. Mais de la première page de l'Ancien Testament à la dernière, et de l'Ancien Testament au Nouveau, tout ce qui concerne les anges va se développant, se déterminant, se précisant de plus en plus. Il y a une évolution progressive dans la connaissance qu'on en acquiert, et dont nous allons marquer les étapes.

i. Cf. Revue de V histoire des religions, 1899, p. 271-272.

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i° Les Noms. Les Chœurs. — Le nom commun d'ange reste le même. Le Nouveau Testament n'ajoute aux divers termes par lesquels on les désignait que celui d'habitants du ciel (i). En fait de noms propres et personnels, l'Ancien Testament n'en connaît que trois : Gabriel, Dieu est force (2) ; Michel, qui est comme Dieu ? (3) ; Raphaël, Dieu guérit (4). Sans doute le ive livre d'Esdras parle encore de Jérémiel et à'Uriel ; les rabbins et surtout les cabalistes en nomment beaucoup d'autres. Mais le Nouveau Testament n'a retenu que les trois premiers ; et le pape Zacharie (741-759), au concile de Rome de 7^5, puis le concile d'Aix-la-Chapelle de 789 (5) ont rejeté tous les autres.

L'Ancien Testament ne signale que deux chœurs d'anges, celui des Chérubins (6), si poétiquement décrit par Ezéchiel (7), et celui des Séraphins, dont parle Isaïe (8). Mais le Nouveau y ajoute les Principautés, les Puissances, les Dominations, les Vertus, les Trônes, les Archanges (9).

20 Leur existence. — L'existence des anges est très souvent affirmée dans la Bible. Ils entrent en scène dans les divers récits des origines. C'est un ange qui garde l'entrée du paradis, qui apparaît et parle à Agar ; ce sont des anges qui prédisent à Abraham la naissance d'Isaac et vont délivrer Loth de Sodome ; c'est un ange qui arrête le bras d'Abraham, au moment où il va immoler son fils ; ce sont des anges que Jacob, dans son sommeil, aperçoit montant et descendant le long de l'échelle, qui

1. Matth., xviii, 10. — 2. Dan., vin, 16. — 3. Dan., x, i3, 21. 4. Tob., m, 25. — 5. Hefcle, Histoire des conciles, trad. franc., Paris, 1870, t. iv, p. 446 ; t. v, p. 877. — 6. Gen., ni, 24; Exod., xxv, 22. — 7. Ezech., x, 1-20. — 8. Isa,, vi, 2, 6. — 9. Eph., 1, 20 ; Col., 1, 16 ; I Thess., iv, i5 ; Jud., q.

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va de la terre au ciel ; c'est un ange qui instruit Balaam de ce qu'il doit faire ; c'est un ange armé qui promet à Josué de combattre avec lui ; c'est un ange qui donne à Gédéon sa mission et annonce la naissance de Samson. Ces angélophanies continuent encore dans le Nouveau Testament. Qui ne se rappelle les apparitions d'anges à Zacharie, à la sainte Vierge, à saint Joseph, aux bergers de Bethléem, aux saintes femmes après la résurrection?

3° Leur création. — Les anges existent : ont-ils éîé créés? La réponse ne saurait être douteuse, puisque la Genèse dit que Dieu créa le ciel et que c'est dans le ciel qu'ils habitent. Du reste tout être fini a Dieu pour auteur et les anges sont expressément rangés parmi les créatures qui doivent louer et bénir Dieu.

« Louez-le, vous tous, ses anges ; Louez-le, vous toutes, ses armées (i).»

« Anges du Seigneur, bénissez le Seigneur ; Louez-le et exaltez-le à jamais (2). »

« C'est vous, Jéhovah, vous seul qui avez fait le ciel, le ciel des deux et toute leur armée (3). » Ils n'ont point l'éternité en partage, car c'est le privilège qui n'appartient qu'à Dieu (4).

Mais à quel moment ont-ils été tirés du néant? Avant la matière ou en même temps? Job les représente assistant dans la joie à l'œuvre de Dieu quand il posait les fondements de la terre (5). D'après les Proverbes (6), aucune créature n'existait avant la

1. Psal, cxlviii, 2. — 2. Dan., ni, 58. — 3. II Esdr., ix, 6. 4. Psal., xcix, 3 ; Prov., vin, 22 ; Eccli.f xxiv, 5. — 5. Job. xxxvni, 4-7. — 6. Prov.t vin, 22.

ÉTAT SURNATUREL DES ANGES 3l

production de la terre: il n'y avait que la Sagesse éternelle; et d'après l'Exode, le Seigneur a fait en six jours le ciel, la terre et la mer et tout ce qu'ils rv lieraient (i) ; et enfin d'après l'Ecclésiastique, u Dieu a créé toutes les choses ensemble (2). »

C'est tout ce que nous apprend l'Ancien Testament, et, sur ce point, le Nouveau n'a rien ajouté. Une telle indécision fera que les Pères se prononceront, les uns pour leur création antérieure au monde sensible, les autres pour une création simultanée.

[\° Leur état surnaturel. — Les anges existent'; ils ont été créés. L'ont-ils été dans l'état de nature pure, c'est-à-dire avec les seuls dons requis parleur nature? L'Ecriture ne tranche pas cette question. Elle laisse entendre seulement qu'au moment de leur épreuve ils avaient déjà été élevés à l'ordre surnaturel, car elle les appelle les fils de Dieu (3), les saints (/j), les anges de lumière (5), et elle nous apprend qu'actuellement ils participent à la vue de Dieu, qu'ils jouissent de la vision béatifique (6). Mais à quel moment furent-ils élevés à cet état? Est-ce au moment même de leur création ou peu après ? Rien ne le dit dans le texte sacré. Et tandis que l'épreuve et la chute d'Adam son racontées tout au long, nous ne trouvons rien de semblable relativement aux anges. L'Ancien Testament fait simplement allusion à une faute commise par les démons ; car ils ont été créés bons et furent d'abord comme les anges ; il marque aussi le rôle funeste de Satan, Le Nouveau Testament nous enseigne que

1. Exod.y xx, 11. — 2. EcclL, xvm, 1. — 3. Job., xxxviii,^. 4. Dan., vin, i3; Marc, vin, 28. — 5. II Cor., xi, 14. — 6. Maith., xvm; 10 «

les démons ont été précipités dans l'enfer à cause de leur péché (i). Les anges ont donc été soumis à une épreuve, et plusieurs y ont succombé : c'est tout ce que nous révèle l'Ecriture.

5° Leur nature. — Le rôle que l'Ecriture leur prête nous fait connaître un peu leur nature. Manifestement ce sont des êtres personnels, inférieurs à Dieu puisqu'ils l'assistent, le servent, l'adorent, exécutent ses ordres, mais supérieurs à l'homme puisqu'ils lui communiquent les ordres de Dieu, paraissent et disparaissent d'une manière insolite. Ressemblent-ils complètement à Dieu ? N'ont-ils pas quelque chose de l'homme ? « On les appelle des esprits ; on les compare à un souffle rapide, à du feu qui brûle ; mais ils portent des traits humains, ils parlent, ils agissent, ils ont l'air de vivre comme les hommes: est-ce uniquement pour entrer en relation avec l'homme ou bien en vertu de leur propre nature? » L'Ecriture ne dit jamais qu'il leur soit naturel d'avoir un corps. Job prétend qu'ils n'ont point un corps matériel comme l'homme (2) ; et le livre de Tobie nous apprend que s'ils prennent la nourriture qu'on leur offre ce n'est qu'une apparence (3). En quoi dès lors consiste leur spiritualité? L'Ancien Testament ne l'explique pas clairement, tout en fournissant des traits caractéristiques de plus en plus accentués qui permettent de concevoir leur absolue spiritualité. Le Nouveau est plus explicite : ce sont des esprits invisibles (4) qui n'ont aucun commerce charnel. Mais la question de savoir s'il n'auraient pas un corps subtil, aérien, éthéré, reste ouverte ; et les Pères la trancheront en des sens bien divers.

i. II Pelr., 11, 4; Matth., xxv, 45 ; Jud.t 6. — a. Job.9 nrf 18, 19. — 3 Tob.t xii, 19. — 4. Hebr.9 1, i4; Col, h 16»

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